Manuscrit précieux qui n’a jamais quitté les collections des archives municipales, le Livre des Fontaines, œuvre de Jacques Le Lieur nous transporte dans le Rouen de la Renaissance. De 1523 à 1526, en sa qualité de notaire du roi, Le Lieur est chargé de passer au peigne fin les aqueducs sous l’égide de la municipalité.

Il rédige le livre d’une écriture uniforme et le 30 janvier 1526, dans la maison commune, il le remet aux Conseillers en exercice. Debout, il tient le livre dans ses mains face aux Conseillers, alors que Jean Papillon, greffier de la ville, enregistre la donation. Il décrit les trois sources principales alimentant les fontaines de la ville à cette époque.

Il a probablement voulu réaliser un document technique exemplaire, avant d’être une œuvre graphique, et a retracé en élévation de part et d’autre du cours des sources, le paysage rural et urbain qu’il était possible alors d’observer.

 

Au fil de l’eau

A la suite d’une présentation générale et d’un éloge vibrant au cardinal Georges d’Amboise, il décrit la source Gaalor, son aqueduc et les fontaines qu’elle alimente.

Il passe ensuite à la source de Carville et termine par la source d’Yonville. Vient enfin, en guise de conclusion, une déclaration affirmant la véracité de ses constatations. Les plans en quatre bandes de parchemins complètent l’œuvre.

La première, de 1,37 m sur 0,64 m, est la célèbre « Grande Vue de Rouen » initialement en tête du livre. Détachée en 1823, elle est placée dans un cadre.

La seconde mesurant environ 3,40 m sur 0,34 m avec un ajout latéral, représente le cours de l’aqueduc de la source Gaalor.

La troisième, la plus longue, presque 8,50 m, est en forme de baïonnette et concerne l’aqueduc de la source de Carville.

La quatrième, de 4,70 m de long, dépeint l’aqueduc de la source d’Yonville.

Initialement placé dans une reliure de velours noir avec des garnitures de laiton doré, l’ouvrage était fixé sur une table de lecture par une chaîne et un cadenas, d’où son nom de « Livre Enchaîné ». Longtemps référence pour tout ce qui concerne l’adduction d’eau de la ville mais maintes fois plié et déplié sur le terrain, le problème de sa conservation se pose au début du 19e siècle et ses sorties sont devenues rarissimes, malgré sa restauration en 2002.

Il y aurait deux copies de ce livre. L’une indûment faite, remise aux archives de la ville a disparu, et une autre, tout à fait légale, réalisée en 250 exemplaires en 1911 est très recherchée par les bibliophiles.

 

Image à la Une : livre enchaîné de la Guildhall Library, ancienne bibliothèque enchaînée de Londres.

 

© Daniel Caillet, 2017