C’était au Moyen Âge le chantier naval et l’arsenal de Rouen. De galée viendra « galère », désignant l’embarcation bien connue. Philippe le Bel l’installa en 1293 à peu près à l’emplacement de la cité administrative actuelle.* Il était le plus ancien du royaume et remplissait des fonctions d’accueil, d’entretien, de construction et d’armement des vaisseaux royaux. Défendu par des murs et un fossé, il comportait un bassin (l’estang), des cales sèches, des magasins, des ateliers de charpenterie, de couture et de fabrication d’armes. Les forêts de Roumare et du Rouvray l’approvisionnaient en bois tandis que le fer venait du pays d’Ouche. Quant au chanvre, filé dans les environs, il servait à confectionner cordes et voilures.

Un site stratégique

Le Clos connut une forte activité pendant la Guerre de Cent Ans car il était le seul chantier royal capable de construire des navires de guerre. On y fabriqua probablement une partie de la flotte qui sombra lors de la bataille de l’Écluse en 1340. En 1374, Charles V réorganise la gestion du Clos des Galées en nommant un « maître et garde » des bateaux, en quelque sorte un gestionnaire surveillant. Dès lors, est ébauché un service permanent de la marine militaire, une véritable intendance. Le maître, sous le commandement de l’amiral de la mer Jean de Vienne, nommé en 1373, devait aussi se charger de recruter les ouvriers du chantier comme les calfats, les fabricants de rames, les « maîtres de hache » et autres charpentiers.

En 1418, à l’approche des Anglais, les Rouennais brûlent tous les équipements et le Clos ne sera reconstruit qu’en 1451. La création du port du Havre par François Ier signe alors l’arrêt de mort du Clos des Galées avec un dernier bateau construit en 1532.

* Vaste quadrilatère entre, au nord la Seine et la rue Pierre Chirol, au sud les rues des Emmurées et Brisout de Barneville et à l’est la rue St Sever.

Histoire du Clos aux galées, le chantier naval et l’arsenal de Rouen au Moyen Âge

Chronique. Chaque mercredi l’historienne Agathe Poirot-Bourdain revisite l’histoire de Rouen et de son agglomération. Au Moyen Âge, le quartier dit de Richebourg, paroisse Saint-Clément, connaît un destin historique. Rouen n’est pas uniquement concentrée sur le trafic fluvial, la localisation dans ses murs du plus ancien arsenal royal montre aussi une vocation maritime et une identité de port de guerre.

L’histoire du Clos aux galées s’est longtemps perdue. Son étude montre cependant la place de cet établissement dans les annales rouennaises et l’histoire de la marine. Une charte transcrite aux cartulaires des Emmurées en 1297 prouve son existence.

En 1308, le Clos est clairement mentionné par Philippe le Bel dans des lettres d’amortissement accordées aux Carmes de Rouen. Son nom est lié aux galées, vaisseaux et nefs constituant la flotte de l’époque.

Jusqu’au début du XIVe siècle, les rois de France ne possèdent pas de marine nationale, se contentant de louer aux villes hanséatiques, à Gênes ou à la Norvège, les bateaux dont ils ont besoin. Las de cette dépendance, Philippe le Bel change la donne en lançant les prémisses d’une flotte nationale, développée sous la houlette de constructeurs gênois. La rive gauche de Rouen est choisie en raison de sa communication avec la mer par la Seine, sa proximité des forêts et la concentration d’ouvriers et de mariniers. L’emplacement est situé bien à l’abri d’attaques surprises, renforcé par des fossés et de hautes palissades, puis sous Charles V par des murailles défendues par deux cents arbalétriers.

Un chantier naval fermé par François Ier

À l’intérieur de l’enceinte, une petite cité s’organise. Divers bâtiments côtoient de grandes halles où les bateaux tirés hors de l’eau par des chemins de rondins et mis sur accores, sont radoubés. En 1338, huit halles sont dénombrées. Se trouvent également au sein du Clos aux galées, un bassin, des logements pour le personnel, des ateliers de construction, une manufacture d’arme et des magasins de vivres qui, en 1340, pourvoient à l’armement et au ravitaillement de 20 000 hommes et de 200 nefs.

En 1376, une ordonnance royale règle l’exploitation des forêts de Roumare et du Rouvray pour le chantier. La maison du maître du clos, figure emblématique, symbole royal, est luxueuse avec une salle basse et un étage. Les attributions du maître sont déterminées par le roi et ses gages sont élevés.

Charles de Beaurepaire les estime en 1377 à 300 francs or par an. La guerre de Cent ans développe intensément l’activité du Clos aux galées. Seul chantier naval capable de construire des navires de guerre, il permet ainsi au roi d’avoir un léger avantage sur l’ennemi anglais en exerçant une évidente pression pendant trois ans. L’approche des belligérants en 1418 oblige à brûler le Clos aux galées. « Le cloz aux galleez fut ars et detruis, même les galleez qui flottoient en Sayne. » Orge, blé et sénevé remplacent les halles.

Reconstruit après la guerre, l’accroissement des tonnages et la concurrence du clos d’Harfleur signent sa condamnation. Sous François Ier, le clos ferme. Le Clos aux galées de Rouen demeure la première tentative d’organisation d’une flotte permanente. Si modeste que ce chantier puisse paraître, barges et galées de moins de cent tonneaux, minuscules ancêtres de nos navires de guerre, ont pourtant fait trembler l’Angleterre pendant un siècle.

 

Rouen au temps de la construction navale (crédit documents : L’histoire de la marine nationale)

Paris Normandie

© Daniel Caillet, 2019