Lequel d’entre nous, un jour, en passant rue Sainte-Croix des Pelletiers à Rouen, n’a été étonné de découvrir ce salon de coiffure « années rétro ».

« Le Barbier de sa Ville » est le deuxième domicile de Didier, son propriétaire. Né au Bois de Boulogne à Paris en 1951, il arrive en 1966 à Canteleu avec ses parents qui ouvrent un salon de coiffure à la Cité Rose. C’est là qu’il apprend le métier. Adolescent, Didier savait déjà tenir les ciseaux et faisait quelques coupes sur ses copains : un véritable Guy Degrenne de la coiffure, comme il se définit lui-même. Après divers emplois dans plusieurs salons rouennais, notre barbier s’installe en 1974 dans sa boutique actuelle près de la place du vieux marché, à coté du restaurant « Le Lamparo » exploité par son frère. Il crée un univers qui lui ressemble, un salon style années 1930 avec des décorations qui fleurent bon ce passé rétro et dans une ambiance musicale très agréable.

Il a un attachement particulier pour un cadre, cadeau de sa grand-mère échangé en 1940 contre une plaquette de beurre et qui représente une échoppe de barbier au XIX e siècle avec cette maxime «  On rase aujourd’hui pour 2 sous et demain pour rien ». Le mobilier qui rappelle les années 1950 a été déniché dans des brocantes ou chez Emmaüs tandis que des banquettes en bois du métro parisien complètent le décor et invitent à se poser. Dans les vitrines, peignes, blaireaux, mousses à raser, rasoirs et lames nous rappellent des marques anciennes, comme Gilette, Pento, Kiss ou Roja.

Ici, le client est un ami fidèle, attaché à l’ambiance et au personnage depuis des dizaines d’années. Une clientèle très diversifiée, jeunes et moins jeunes, habitants du quartier ou d’autres quartiers de Rouen, et même d’autres communes de la Région. Aujourd’hui, Christophe, un client et ami de longue date, vient de Vernon. Son état d’esprit : «  Je ne suis pas à 2 minutes près » car chez Didier, on savoure le moment présent. On apprécie.

Nostalgie ou art de vivre ? A chacun de proposer sa réponse. Notre barbier se rappelle des années 1970 où le quartier était encore animé par de nombreux commerçants utiles : boulangers, bouchers, cordonnier, quincailler, relieur, marchand de champignons, repasseuse et même remailleuse, un vrai village qui a aujourd’hui disparu.

Au printemps 2011, Didier a mis fin à son activité et n’est plus là pour nous faire rêver. Qui demain pourra nous accueillir et saura nous donner le temps de vivre ?