Visitant le Musée Maritime de Rouen, vous vous arrêterez certainement devant la très belle maquette du liberty-ship « S/S Rouen », navire construit en 1942 à Los Angeles qui transporta pendant la seconde guerre mondiale 550 hommes et une cargaison de marchandises diverses dans le monde entier. A sa sortie de chantier, il est baptisé « George G. Meade » du nom d’un général ayant participé à la guerre de Sécession. Torpillé en 1943, il sera sauvé, et à l’issue du conflit, il faisait partie des 75 liberty-ships achetés aux Etats-Unis par le gouvernement français pour reconstituer la flotte de navires de commerce.

Rebaptisé « Rouen », il sera utilisé par la Compagnie Générale Transatlantique jusqu’en 1953. En 1948, en escale au Havre un important incendie se déclare à bord et il est longtemps immobilisé avant de reprendre la mer. Vendu à la Grèce, le cargo sera démoli en 1969.

Quatre autres navires ont porté le nom de « Rouen » dans le passé, tous assurant la traversée entre Dieppe et Newhaven.

Le premier est un paquebot à aubes construit à Londres en 1853 qui participa à la guerre de Crimée en forçant le blocus avant de reprendre les traversées entre la France et l’Angleterre jusqu’en 1863.

Le second « Rouen » est un paquebot à hélice.

 

Le record reste toujours à battre

Le troisième, construit à Glasgow, fut mis en service en avril 1888 et dès le 12 septembre de la même année, il battait le record entre Dieppe et Newhaven en 3 h 20. Les ferries actuels ne sont pas plus rapides, renforçant la performance de l’époque. Il sera vendu en 1903.

Le quatrième enfin, équipé de turbines et de trois hélices, fut construit aux Forges et Chantiers de la Méditerranée au Havre et lancé le 18 mai 1912. Il participa aux deux conflits mondiaux. Durant le premier, transformé en croiseur auxiliaire, il est torpillé face à Cherbourg le 28 décembre 1916 (perte de 3 marins dieppois). Ramené à Dieppe, réparé et remis en service sur la ligne Dieppe-Newhaven à la fin de 1918, il est réquisitionné lors de la seconde guerre mondiale par l’Amirauté française et participe à l’évacuation de Dunkerque comme navire hôpital. Pris par les autorités allemandes en août 1940, il est armé comme patrouilleur puis sert après transformation, de navire de recherches scientifiques (études sur le radar) sous le nom de « Wullenwever ». Retrouvé à Kiel et ramené à Dieppe en 1945, jugé irrécupérable, il terminera une belle carrière de 37 ans en 1949, sous le chalumeau des démolisseurs.

La ville de Rouen fut donc bien représentée sur les mers du globe durant un siècle. Le Musée Maritime en garde la trace et perpétue ainsi la tradition maritime séculaire de la ville.

© Daniel Caillet, 2017