C’était la plus belle salle de cinéma de la ville .On aimait « aller à l’Omnia », la concurrente des Folies-Bergère de l’île Lacroix .A l’emplacement de l’ancien Hôtel d’Espagne, la salle de 1650 places avait vu le jour en 1906 pour accueillir les spectacles de music-hall dans un luxe sans pareil. Conçu par l’architecte Victoria Lelong et édifié par l’entrepreneur Chouard, sa tour d’angle couronnée d’un dôme ne passait pas inaperçue. A sa base, des hublots balayaient la ville de leurs puissants faisceaux.

 

Une décoration pour le moins osée

La façade « Art Nouveau » était ornée de trois statues d’Alphonse Guilloux représentant la danse alors qu’au premier étage, une grande verrière de 9 mètres sur 5, due à Paul Steck et réalisée par Devisme (maître verrier) et Thorel, montrait une bacchante échevelée aux formes visibles. Mais cette « Apothéose de la beauté et de la joie » dérangeait les prudes Rouennais qui avaient créé une ligue de moralité ; pour rien d’ailleurs, puisque dans la nuit du 14 au 15 août 1918, un avion allemand lâchait une bombe pulvérisant l’objet du litige. Il sera remplacé par un vitrail représentant un sujet plus consensuel, un drakkar sur lequel navigue Jeanne d’Arc accompagnée d’un gaulois, de Corneille et d’un poilu de 14-18. On était bien loin de la verrière du scandale.

Des panneaux décoratifs bucoliques ornaient la salle, tels les « Normands sous les pommiers » ou la « Terrasse à la Bouille » de Robert Pinchon, ainsi qu’une statue suggestive du déjà cité Alphonse Guilloux. La belle rouennaise Antonia avait posé pour « L’heure du plaisir ».

Mais si les spectacles se succédaient, les changements de gestion aussi, les indélicatesses du caissier et du directeur, entraînant une désaffection progressive de l’établissement. Il devient « Théâtre de l’Omnia-Pathé » en 1910 et en 1936, les Rouennais y découvrent les premières « réclames ». Il connaitra un franc succès, mais la guerre aura à nouveau raison de lui. Incendié par les allemands en juin 1940, c’est un amas de ruines. Une nouvelle salle ouvre en 1952, inaugurée en présence de Jean Marais et de Michel Simon entre autres. Puis ce sera le Gaumont inauguré en 1973 que nous connaissons aujourd’hui et dont l’avenir semble bien incertain.

© Daniel Caillet, 2018