Au fil du temps, la métropole rouennaise n’a cessé de s’étendre en tous sens, mais sa progression en direction du nord traduit fort bien désir et nécessité de s’échapper d’un centre confiné et de plus en plus pollué, vers des horizons réputés plus dégagés.

« On devrait construire les villes à la campagne car l’air y est plus pur », est une idée pas si loufoque d’Alphonse Allais que les rouennais ont adoptée. Ils investiront donc massivement l’ « au-delà » des boulevards. Pour preuve, des noms évocateurs qui fleurent bon la chlorophylle comme « rue des Pleins Champs », « rue Verte », « rue du Champ des Oiseaux » ou « rue des Cafés Champêtres » à Mont St Aignan. Il n’y a pas si longtemps, la rue Verte était cernée par les pépinières et les maraîchages, alors que n’existaient pas encore les rues Malatiré et Sénard. Cette « rue du Varvot », se frayait un passage au milieu de voies de moindre importance à l’accès limité par des tourniquets empêchant le passage intempestif des vaches.

L’ancienne gare inaugurée en 1847 s’appropria le terrain de l’ancien jardin des Carmes utilisé par les pépinières Lesueur, mais son équipement malcommode sur un emplacement relativement exigu exigeait un projet nouveau plus réaliste.

Dès lors, l’aspect de la rue change dans sa partie inférieure au début du 20 e siècle avec la construction de la nouvelle gare.

 

Nostalgie de la Belle-Epoque

On sacrifie alors la portion de la rue Jeanne d’Arc qui était en continuité avec la rue Verte. Disparaissaient notamment au n°10 l’hôtel Victoria, annexe de celui de Dieppe, très en vogue à la Belle-Epoque, mais aussi la statue d’Armand Carrel érigée en 1877 entourée de beaux arbres. Un quartier bien fréquenté avec l’Institution Jeanne d’Arc « d’éducation de jeunes demoiselles »

Les travaux commencés en 1907 s’étaleront sur une vingtaine d’années et l’édifice de style « Art nouveau » est enfin inauguré le 4 juillet 1928 par Gaston Doumergue, desservi par le tramway électrique apparu dans ce secteur dès 1896.

Autre grande voie vers le nord, la rue du Champ des Oiseaux commençait jadis à l’ancien carrefour Bouvreuil, aujourd’hui place du Docteur Cerné, alors que la porte Bouvreuil existait encore. Rue du Faubourg Bouvreuil à la fin du 18 e siècle, autre nom en phase avec la nature annoncée par les premières pentes en direction de Mont St Aignan et de Bois-Guillaume, elle sera de fait raccourcie et son point de départ reculé au niveau du boulevard. Il eut été facile, sans doute trop, de la dénommer rue du « Chant » des Oiseaux pour que l’illusion soit complète, sachant que la Forêt Verte la couvrait intégralement au 14e siècle.

Ces rues seront quasiment épargnées par la guerre, à l’exception de la partie haute de la rue Verte essentiellement entre la rue Malatiré et le chemin de Clères où les bombardements des 19 avril et 25 août 1944 occasionnèrent des dégâts importants. On retrouvera donc dans ce secteur une certaine unité architecturale caractéristique de la fin du 19e siècle et du début du 20e avec une exception inclassable, la maison datée 1890 du célèbre ferronnier Ferdinand Marrou.

 

© Daniel Caillet, 2017