Le pauvre Rollon n’a pas fière allure ! Il se délabre inexorablement… Jusqu’où cela ira-t-il ? Revenons sur l’histoire de cette statue dressée en hommage au premier duc de Normandie.

Le 24 août 1863, le Journal de Rouen relate que la statue en plâtre de Rollon, vient d’être dressée sur son piédestal dans les Jardins de l’Hôtel de Ville. C’est l’œuvre du rouennais Arsène Letellier, créateur également des statues de Niepce et de Daguerre.

Elle est soumise au jugement des Rouennais et à l’appréciation de la municipalité. Elle n’est alors qu’un projet susceptible de modifications.

 

Letellier représente le héros au moment où il aurait dit : « Nous ne voulons nous soumettre à personne, tout ce que nous acquerrons par les armes, nous en resterons maîtres et seigneurs ».

La statue est ainsi décrite : « Le chef normand debout, la main gauche appuyée sur la garde de sa massive épée, montre de l’index de sa droite étendue la terre qu’il a conquise et sur laquelle il va régner en souverain absolu, mais équitable… »

Le Journal de Rouen suggère des modifications dans l’attitude de Rollon, mais en définitive, un accueil positif est réservé. La statue est donc acquise par la ville qui demande au sculpteur de reproduire sa statue en pierre de Chauvigny avec toutefois quelques légers remaniements suggérées « par des personnes de goût… « . Letellier reçoit une subvention de 4.000 francs et l’emplacement reste à déterminer.

 

Un choix difficile

Le 5 septembre 1863, le square Solférino est inauguré. On songe alors à y installer la statue sur les rochers, mais une polémique survient entre partisans d’une installation dans le square et les opposants qui trouvent le choix plutôt malheureux, « un non-sens et un anachronisme que de placer un guerrier du Xe siècle dans un jardin moderne ».

Finalement tous s’accordent pour l’installation dans les Jardins de l’Hôtel de Ville.

Le Conseil Municipal vote la somme de 1.394,96 francs pour les frais de pose de la statue finalement érigée dans ce jardin en 1865.

 

La statue au fil du temps

A l’occasion des fêtes du Millénaire Normand en 1911, la ville passe commande au sculpteur rouennais Alphonse Guilloux de deux moulages de la statue destinés, l’un à la ville d’Aalesund en Norvège, lieu de naissance supposé de Rollon, l’autre à la ville de Fargo, aux Etats-Unis. Elle fait en outre exécuter une reproduction en bronze pour Aalesund.

Déjà en 1886, Georges Dubosc se plaint du mauvais état de la statue à laquelle il manque un doigt et demande sa restauration. En 1922, le chanoine Allard signale que l’index de Rollon est à nouveau tombé.

Plus près de nous, en 1998, dans Paris-Normandie un article déplore à nouveau le mauvais état de la statue « peu digne du respect pour le fondateur de la Normandie ».

Enfin, en 2008, c’est au tour de l’Association P’tit Pat’ Rouennais d’attirer l’attention sur la nécessité d’entreprendre rapidement une restauration.

En 2011, nous fêterons le 1100e anniversaire de la fondation du duché de Normandie au traité de Saint-Clair-sur-Epte. Peut-on espérer que la statue soit restaurée et digne de l’événement ?