Sans remonter au roi Dagobert qui, d’après les bons auteurs, aurait pris le premier édit concernant la propreté des rues des cités, on peut dire sans se tromper qu’on s’est préoccupé de ce sujet dès le Moyen-âge. Et, à cette époque déjà, notamment en raison de la division des pouvoirs, l’application des règlements restait souvent lettre morte (Image à la une : Place de la Haute-Vieille Tour à Rouen – Giusseppe Canella – 1824).

Dans notre bonne et belle ville de Rouen, ce n’est vraiment qu’à la fin du XVIII e siècle que diverses mesures vont être prises. Une ordonnance générale de police du 6 novembre 1778 va prescrire un nettoyage complet devant toutes les maisons de la ville deux fois par semaine et ce au son de la cloche qui en donne le signal. Elle impose en outre aux riverains de jeter de l’eau sur le pavé et dans les ruisseaux pendant les chaleurs de l’été.

En 1789, la ville ne possédant pas d’éclairage public, il est ordonné aux habitants d’éclairer le devant de leurs maisons « les jours où il ne ferait point de lune », mais seulement de 6 en 6 maisons. Comme l’état des rues est déplorable, les pavages, quand il y en a, en mauvais état, par temps de pluie, c’est un infect cloaque. C’est aussi très dangereux par nuits d’hiver et sans lune, à la lueur de quelques quinquets fumeux et défaillants, prescrits par la Municipalité,  de trouver son chemin sans être sali par cette boue infecte qui faisait dire que « Boue de paris et… de Rouen, ne s’en vont qu’avec la pièce ! ».Devant l’insalubrité grandissante des rues de notre ville, des voix s’élèvent dès 1859 : « Nos rues ne sont lavées et assainies que lorsque le ciel se charge de ce soin en nous envoyant un de ces violents orages qui, en nous débarrassant des vapeurs fétides, encombrent certaines places de terre et de sable. Et, cependant, une ville qui n’a pas d’abattoirs, qui voit couler dans ses rues le sang des bestiaux et qui, par conséquent, pendant l’été surtout, est exposée aux miasmes pestilentiels, devrait placer au rang de ses dépenses les plus nécessaires, la création de fontaines qui, coulant constamment, dans presque tous les ruisseaux, entretiendraient une fraîcheur aussi agréable qu’utile à la conservation de la santé. » Différents projets vont alors être étudiés comme la mise en place d’une turbine ou machine à vapeur pour détourner les eaux de la Béthune, la construction d’un aqueduc ou tunnel pour amener de l’eau des sources des environs de Neufchâtel, le percement sur Bihorel d’un puits pour atteindre la nappe phréatique,…tous jugés « grandioses », mais « trop coûteux », ou « pas assez réalistes » et tous…  abandonnés ! Aujourd’hui, les rouennais du XXIe siècle, dont je suis, se plaignent toujours de l’état de leurs rues. Crottes de chiens, détritus, poubelles renversées répandant leurs immondices sur les trottoirs, papiers jetés à terre, etc… jalonnent le parcours du piéton.

Mais à cela, une seule cause : l’incivilité dont font preuve les citoyens et le manque de respect qu’ils ont envers autrui.

 

 

 

© Daniel Caillet, 2015