Méconnue des Rouennais, dans un quartier en pleine mutation et dénommée de nos jours église Sainte Catherine, le plus vieil édifice local est en fait l’église du Prieuré Notre-Dame-du-Parc installée dans le Parc Royal de Rouen à la fin du 12e siècle. Issu d’un mouvement qui dès 1076 initia un renouveau monastique dans l’occident chrétien, l’ordre de Grandmont crée sa « maison » à Rouen entre 1157 et 1180. En 1295, 158 maisons dont 15 en Normandie avec 92 religieux sont implantées, mais en 1317 le pape Jean XXII réorganise l’ordre. L’abbaye de Grandmont est chargée de le diriger avec ses 30 prieurés conventuels.

Ruiné et incendié en 1370, le monastère sera reconstruit, puis un siècle plus tard, ce sera au tour de la chapelle. En 1592, lors du siège de Rouen par Henri IV, le prieuré est à nouveau détruit et en 1772, l’ordre de Grandmont est lui-même supprimé par le pape Clément XIV.

Le domaine est alors transformé en caserne de dragons.

Edifiée sur un terrain sujet aux crues du fleuve, la chapelle ne sera pas épargnée et l’eau montera même jusqu’ à son autel, évènement relaté par une inscription et un repère sur le mur nord : « L’an mil six cent cinquante-huit… Par un débordement insigne… La Seine débordant de son lict… Parut jusque sur cette ligne. »

 

Une véritable poudrière

L’histoire de cet édifice de dimensions modestes deviendra alors chaotique et insolite lorsque Notre-Dame-du-Parc (l’appellation Sainte Catherine étant moins appropriée historiquement, tout comme Grammont au lieu de Grandmont) sera transformée en 1780 en magasin à poudre. Un chemin de ronde est alors creusé, un plancher de stockage construit, le portail muré ainsi que la plupart des autres ouvertures, renforçant la beauté sobre et austère d’un monument classé historique en 1936. Après le transfert de la poudrière à Grand Quevilly, il retrouvera sa vocation première lors de la messe célébrée le 25 janvier 1970, après avoir bénéficié d’importants travaux de restauration pendant une dizaine d’années. De superbes éléments de pavement roman (fin 12e – début 13e siècles) en terre cuite ont été découverts à cette occasion et mis en valeur dans l’édifice. Plus récemment lors de fouilles préliminaires aux travaux de la Médiathèque de l’architecte Ruddy Ricciotti, les restes d’un mur de la fin du Moyen Age, sans doute des vestiges du mur d’enceinte du prieuré, ont aussi été mis au jour. Les deux édifices pourraient cohabiter avec bonheur.

 

© Daniel Caillet, 2015