A 39m d’altitude, à proximité de l’ancien monastère de la Visitation et sur l’emplacement d’un ancien cirque, cet imposant monument a été inauguré par Jules Grévy le 26 octobre 1879, comme en atteste la plaque commémorative apposée au milieu des escaliers d’accès. Il est l’œuvre du tandem Edouard Deperthes, architecte, et Alexandre Falguière, sculpteur, également auteur de la première fontaine de Saint Jean-Baptiste de la Salle. Ils furent tous deux les gagnants d’un concours auquel participait également Bartholdi et devant être la conclusion des travaux d’adduction d’eau débutés 25 ans auparavant. D’autres artistes contribuèrent aussi à cette édification dont le coût initial était estimé à 282.000 francs, entre autres un talentueux animalier, Victor Peter, auteur du groupe équestre du Grand Palais, et le sculpteur rouennais Alphonse Guilloux, élève de Falguière, qui a suggéré les eaux du Robec et de l’Aubette, figurés par des enfants. On reproche toujours à ce groupe allégorique une certaine lourdeur froide due à l’emploi excessif d’éléments symboliques, mais il reste malgré tout un intéressant témoignage de l’art sculptural de la fin du 19 e siècle.


Les « organistes » de Sainte Marie

Aussi, pour rendre l’édifice plus attrayant, lors de l’inauguration, un décor de feuillages sera installé et l’ensemble illuminé par un éclairage à gaz. L’installation sera électrifiée en 1919 et complétée en 1938 par des rampes multicolores puis en 1962, par un clavier de commandes permettant aux « organistes » de gérer le spectacle pendant la foire Saint Romain. Mais eau et électricité ne faisant pas bon ménage, le système d’une maintenance par ailleurs trop compliqué, sera supprimé en 1977 et d’une façon générale, l’entretien s’avèrera chroniquement difficile. En 1914, les Amis des Monuments Rouennais obtiendront une remise en état par le service des Eaux et la dernière restauration notable sera exécutée par l’entreprise Lanfry en 1983.

Difficile à apercevoir à l’arrière de la fontaine, une très belle sculpture d’Alphonse Guilloux intitulée « la source », initialement prévue pour être installée dans le square Solférino en 1903, sera finalement posée sur la terrasse surplombant le réservoir. Elle peut être contemplée, mais malheureusement de trop loin, de l’impasse Adrien Auzout menant à l’Observatoire.

 

© Daniel Caillet, 2017