[Fontaine dite de la Crosse représentant une Vierge à l’enfant construite entre 1481 et 1485. Démolie en 1860 pour l’élargissement de la rue des Carmes. Reconstruite à proximité en 1861 par le sculpteur Arsène Jouan.]

 

 

 

Voici le récit selon mes informations antérieures sur le symbolisme de la « fontaine aux lions de Rouen » et les tenants et aboutissants qui en ont résulté au cours de l’histoire à partir du XIe siècle.

Les vikings, gens du nord, habitant le Bords de la mer (Le vik) envahirent la Neustrie, qui fut renommée « la Normandie » après le traité de Saint Clair sur Epte en 966. Guillaume le Conquérant battit le roi félon Harold en 1066. En 1096 – 1099 eut lieu la première croisade des chevaliers par sept chefs de guerre dont quatre Normands : « Robert de Normandie, Etienne de Blois, Bohémond Ier et son neveu Tancrède » lesquels reprirent le tombeau du Christ aux turcs.

En cette terre lointaine, ils découvrirent une statue représentant « deux lions » dont l’un riait et l’autre pleurait. Ceux-ci étaient de profil, opposés l’un à l’autre et avaient une patte levée. Ils représentaient des sentiments contraires. Nous avions encore il y a moins de quatre-vingt ans une similitude avec une image humoristique d’un « Jean qui rit et Jean qui pleure » Les Normands en firent l’effigie de leur nouvelle terre normande en remplaçant les lions par des lions léopardés ou des léopards lionnés. Nous en voyons sur les blasons côté anglais par les Plantagenêt.

A l’émission télévisée du 29/08/2007 sur la 5e chaîne « les démêlés entre la reine d’Angleterre et la princesse Diana » j’ai vu en fin d’émission, sur le cercueil de Diana un drapeau avec pour armes, des lions léopardés passant, sur trois pattes, la gueule ouverte, semblables à ceux du drapeau de la Normandie. Le sculpteur qui fit la fontaine a marqué l’un des lions d’un signe de tristesse, mais je ne sais pas s’il a fait rire l’autre lion ?

Il serait bon de savoir quand fut construite la fontaine qui servait d’abreuvoir aux chevaux.

Le blason de la Normandie présente deux « léopards passants, d’or, sur champ de gueules ».

 

 

Le léopard héraldique se distingue du lion en ce qu’il est représenté « passant », c’est-à-dire marchant sur trois pattes, la quatrième dressée, corps de profil et tête de face, et queue redressée vers l’extérieur (et non retombant sur le dos, comme pour le lion). Le léopard peut être « lionné », ou « rampant » (la position héraldique du lion), s’il est dressé sur ses pattes arrière. Il ne se distingue plus alors que par la queue et la tête, représentée de face.

Ce blason ne fut jamais celui de Guillaume le Conquérant, à l’époque duquel le langage héraldique n’est pas encore constitué.

Le premier duc de Normandie à avoir porté un blason connu est Geoffroy d’Anjou (duc en 1135), dont la plate tombe en émail, réalisée vers 1172, porte six lions d’or sur champ d’azur (bleu).

Après lui, c’est peut-être son fils Henri II qui porte le premier les trois léopards, en tous cas certainement son petit-fils Richard Cœur de Lion (1189-1199) qui les représente sur son sceau.

En sautant une génération, les lions sont donc devenus des léopards, mais c’est seulement aux XIVe et XVe s. que leur nombre est réduit de trois à deux, et qu’ils sont attribués, non pas à une famille, mais à une province, la Normandie, disputée entre le roi de France et le roi d’Angleterre pendant la guerre de Cent Ans.

On discute pour savoir lequel des deux souverains, par défi à l’autre, prit cette initiative.

 

Additif

Je vous prie de m’excuser pour avoir fait une erreur. Cette fontaine, si je ne fais pas d’erreur de nouveau, se nommerait la fontaine de la « Crosse » ? Les deux têtes de lions sont d’une statue issue du Moyen Orient au XIIe siècle avec des lions passants qui se tournaient le dos. L’un d’eux riait et l’autre pleurait. Les Normands de la première croisade, en firent état sur leurs blasons normands (Voir Internet à « Blasons normands ») sur lesquels ils furent transformés en lions passants avec une patte levée comme ils l’étaient sur la statue. Le sculpteur de la fontaine aux lions s’est inspiré de la statue dont l’histoire fut perdue au cours des siècles, mais encore présente à son époque.

Les Normands ont modifié le profil des lions en lions léopardés ou encore, en léopards lionnés selon leur fantaisie. Il n’en reste pas moins que ceux-ci sont issus de la statue précitée. Je pense que celle-ci représentait deux sentiments contraires.

 

René CAILLOT