Au « carrouge de la Crosse » était jadis une fontaine de style gothique construite entre 1481 et 1485 et qui servait d’abreuvoir aux chevaux. Nous sommes à l’angle de la rue des Carmes et de la rue de l’Hôpital et ce « joli petit monument mauresque » comme on le qualifiait en 1835 représente une Vierge à l’enfant abritée par une sorte de dais. Alors qu’elle tombait en ruine, elle est démolie en 1860 afin d’élargir la rue de l’Hôpital et reconstruite à proximité par le sculpteur Arsène Jouan. Elle était alimentée par la source Gaalor dont la chambre de captage se situe rue Pouchet. Démolie le 26 août 1944, elle fut édifiée à nouveau à l’identique par le sculpteur Lepicard et l’entreprise Lanfry de 1975 à 1979.

 

L’histoire

En Turquie, une terre lointaine, eut lieu en 1096-1099 la première croisade des chevaliers par sept chefs de guerre dont quatre Normands, Robert de Normandie entre autres. Ils découvrirent une statue représentant deux lions passants dont l’un riait et l’autre pleurait, deux sentiments contraires et l’image humoristique de « Jean qui rit et Jean qui pleure ». De profil, opposés l’un à l’autre, ils avaient une patte levée. Les deux têtes de lions de la fontaine sont donc issues de cette antique statue dont le sculpteur s’est fortement inspiré. Cependant, les Normands ont modifié le profil des lions en lions léopardés ou encore, en léopards lionnés selon leur fantaisie. Mais si le sculpteur a marqué l’un des lions d’un signe de tristesse, voulait-il faire rire l’autre lion ?

 

Patrimoine héraldique, mode d’emploi

Le léopard héraldique se distingue du lion en ce qu’il est représenté « passant », c’est-à-dire marchant sur trois pattes, la quatrième dressée, corps de profil, tête de face et queue redressée vers l’extérieur (et non retombant sur le dos, comme pour le lion). Le léopard peut être « lionné », ou « rampant » (position héraldique du lion), s’il est dressé sur ses pattes arrière. Il ne se distingue plus alors que par la queue et la tête, représentée de face.

Cette représentation ne fut jamais celle de l’époque de Guillaume le Conquérant, le langage héraldique n’étant pas encore constitué. Les lions deviendront plus tard des léopards, mais c’est seulement aux XIVe et XVe siècles que leur nombre est réduit de trois à deux et qu’ils sont attribués, non pas à une famille, mais à la province de Normandie, disputée entre les rois de France et d’Angleterre pendant la guerre de Cent Ans. On discute toujours pour savoir lequel des deux, par défi à l’autre, prit cette initiative.