A Rouen, un premier Hôtel des Douanes avait été construit en 1723. Un nouvel alignement des quais lui sera fatal et il faudra construire en 1836 un bâtiment remplaçant cette ancienne « Romaine » (du nom de la balance utilisée pour peser les marchandises et les assujettir aux droits) entre les rues Haranguerie (aujourd’hui disparue) et de la Vicomté. Inspiré de la Renaissance florentine, il sera inauguré l’année suivante. A cette occasion, seul le beau fronton, œuvre du talentueux statuaire Nicolas Coustou, sera conservé et remonté grâce à l’architecte havrais Isabelle. La statue du célèbre sauveteur rouennais Louis Brune trônait à quelques encablures au beau milieu des barriques de vin d’Algérie débarquées sur le quai. Camille Pissarro évoquera cette époque avec son tableau « Le port près de la douane à Rouen ».

Toute la partie occidentale de l’édifice sera détruite, anéantie par les bombes le 30 mai 1944, premier jour de la « Semaine Rouge ». Quelque cent cinquante personnes qui s’étaient réfugiées dans ses caves y périrent, d’abord ensevelies sous les décombres, puis noyées le lendemain lorsque cédèrent les conduites d’eau lors d’un nouveau bombardement.

 

Navigation et commerce

Fort heureusement, la grande porte en plein cintre avec voussure, abondamment ornée de bas-reliefs échappera au désastre, tout comme les deux imposantes statues dues à David d’Angers (Grand Prix de Rome en 1811) symbolisant la Navigation et le Commerce. Depuis leur restauration, elles sont exposées aujourd’hui dans la salle du Jubé du Musée des Beaux-Arts. Entre deux, elles décorèrent la façade du nouveau bâtiment des Douanes, inauguré en 1964 sur le Mont Riboudet. La porte, quant à elle, sera démontée et replacée à l’automne 1948 pour agrémenter avantageusement le pignon du côté ouest de la Halle aux Toiles reconstruite après la guerre.