Edifié en 1515 sous le règne de François Ier, rien ne prédestinait ce monument à supporter une croix. C’était un édifice civil, une riche « borne-fontaine » où petit « château- d’eau » gothique, comme on en trouve d’autres à Rouen (La Crosse, St Maclou…).

Pourquoi donc est-il devenu Croix de Pierre ?

Vers la fin du 12e siècle, au temps de Philippe Auguste, l’archevêque Gauthier Le Magnifique fait ériger des croix dans plusieurs lieux de la ville. La plus belle, en pierre, haute de 18 pieds, se trouve au carrefour le plus important du quartier est, en pleine campagne, là où la route romaine arrivant de Beauvais formait une patte-d’oie. Naît alors la place de la Croix de Pierre. En 1500 le cardinal d’Amboise fait construire une fontaine, alimentée 15 ans plus tard par la source de Carville de Darnétal pour desservir le quartier en eau. Cette pyramide à trois étages coiffée d’un pinacle, conserve ses caractéristiques médiévales avec les statues de la Vierge, de Ste Anne et St Jean ainsi que des patrons des églises voisines, St Nicaise, St Ouen et St Vivien. On y trouve aussi de petites effigies de St Louis, St Georges et St Michel dans les niches du 1er niveau ainsi que les armes de la France, de la Normandie et de Rouen.

Mais la croix initiale et la fontaine étaient de fait des monuments distincts.

 

Les sœurs jumelles

En 1562, les Huguenots renversent la croix et ne laissent debout que la pyramide-fontaine. Elle prend un style flamboyant en 1628 mais beaucoup moins solide qu’à l’origine, elle menace à nouveau ruine en 1774. Pour faciliter la circulation, on demande alors sa démolition, mais à une condition, qu’une croix en pierre remplace la pointe élégante du monument. On catholicisait ainsi un monument civil. Mais en 1792, la croix est une fois de plus renversée et remplacée par le buste du citoyen Marat qu’on jettera dans la Seine en 1795. Du coup, il n’y a plus ni croix, ni pointe. En 1816, la croix restaurée est enfin replacée, mais encore menacée par la ruine dès 1828. Cette fois, il n’est pas question de réparer et on décide en 1872 d’en faire une fidèle reproduction, tâche confiée à l’architecte Eugène Barthélémy, tout en conservant les vestiges de l’ancienne réédifiés dans le jardin Sainte Marie.