Le long du flanc nord de la Cathédrale, la Cour d’Albane est à l’emplacement d’une église d’un ensemble religieux qui comprenait aussi une nécropole ainsi que des constructions appartenant à la communauté des chanoines et sans doute un palais archiépiscopal.

En 1525, Jacques Le Lieur nous la montre bordée au nord par une rangée de maisons semblables à celles de la rue des Quatre-Vents (rue Georges Lanfry actuelle). Le 20e siècle leur sera fatal et il ne reste qu’une rescapée, la « Vieille Maison » de la rue St Romain, (sauvegardée grâce aux « Amis des Monuments Rouennais » en 1897) et quelques traces de solives sur les murs inférieurs de la tour St Romain.

 

Un parfum d’Italie

Le Lieur ne montre pas les bâtiments entre les cours d’Albane et des Libraires. Pourtant, la galerie d’un cloître du 13e siècle, surmontée de l’ancienne Trésorerie, formait le logis d’Albane. Pourquoi ce nom ? Simplement à cause de sa construction par Pierre de Colmieu, devenu cardinal d’Albano en Italie. Il accueillait le Collège d’Albane, dix clercs qui chantaient les offices dans la Cathédrale et abritait aussi la bibliothèque, riche d’une cinquantaine d’ouvrages au 12e siècle.

Le cloître était en fait un côté du quadrilatère reconstituant l’atrium de l’édifice primitif comme en attestent les pierres d’attente au nord de la Cathédrale.

De cette galerie jadis ouverte, il reste cinq élégantes travées à deux niveaux avec des fenêtres au rez-de-chaussée fermées au 19e siècle par un décor rappelant le 15e siècle.

Des vestiges d’une chapelle romane peut-être dédiée à St Romain ont été découverts en 1937 alors que d’autres bâtiments occupaient l’espace comme la prison capitulaire, la trésorerie et la loge aux chiens des dogues lâchés chaque soir dans la Cathédrale.

Transformée longtemps en atelier et réserve de matériaux de restauration, la Cour d’Albane servait accessoirement de parking. Bien sur, elle méritait mieux et ce sera une grande satisfaction pour les Rouennais lorsque le « jardin d’Albane » actuel deviendra visible et partiellement accessible.

Rappelons que la ville de Rouen est jumelée avec celle de Salerne depuis 2002.

Enfin pour les curieux amateurs de petit patrimoine, une question : qu’est devenu le cadran d’horloge peint par Monet et remonté plus tard au fond de la cour ? Visible sur de nombreuses cartes postales, il était encore en place en 1936.

 

 

© Daniel Caillet, 2016