Chanson de Jane GRINGOIRE sur l’air de « Je rêve au fil de l’eau »

J’suis née rue Eau-d’Robec

Et j’ai grandi avec
Les autr’s goss’s au bord de la rivière.
En savt’s et pieds nus,
Sal’s et à demi-nus,
On barbottait des journées entières !
On apercevait dans l’eau,
Chaque jour du nouveau :
D’la vaissell’ en morceaux,
Des chats crevés, des vieux brocs
Et puis au fil de l’eau,
On lançait des bateaux
Qu’on faisait avec des bouts d’journaux.

D’en haut, les gens vidaient leurs seaux
De toilettes,
Ça faisait des jets d’eau, c’était chouette !
Et si ça sentait pas la violette,
On s’bouchait l’nez viv’ment,
En riant !

En r’gardant l’fil de l’eau,
De ma f’nêtr, tout en haut’,
Je m’figurait qu’j’étais… à Venise !
Les vieilles boîtes en fer blanc
S’en allaient, doucement,
Emportées au souffle de la brise…
Mais les autr’s quartiers de Rouen
Etaient jaloux sur’ment,
On à mis mon ruisseau,
Sous terre, dans un tuyau !
Ma pauv’rue Eau-d’Robec,
A présent qu’t’es à sec,
T’es dev’nue une rue comme
Toutes les rues.
Çà s’ra peut’être plus sain
Mais on perd, c’est certain,
Le plus grand
Des agréments
« D’à Rouen » !

 

© Daniel Caillet, 2016