Devant le Musée des Beaux-Arts de Rouen, Marcel Duchamp, un artiste aux mille facettes est le seul à pouvoir s’enorgueillir d’avoir quatre plaques de rue aux textes différents.

Né à Blainville-Crevon le 28 juillet 1887, ce fils de notaire est resté d’une extrême retenue après son passage sur terre. « Ingénieur du temps perdu », il revendiquait le droit à la paresse. Il était aussi « anartiste », superbe néologisme pour qualifier une personnalité hors du commun, « marchand de sel » et « joueur d’échecs » avec son ami photographe Man Ray.

Il disait « Je me suis forcé à me contredire pour éviter de me conformer à mon propre goût ».

 

A contre-courant

Il a révolutionné la conception académique de l’art qui avant lui, ne jugeait la valeur d’une œuvre qu’en fonction du travail fourni. L’hétérogénéité des moyens d’expression et la complexité de ses œuvres, de la peinture (Nu descendant un escalier), à l’installation plastique la plus hermétique (Étant donnés…) en passant par des objets usuels (Fontaine, en fait un urinoir, Porte-bouteilles…) qu’il décrétait lui-même œuvres d’art, ne permettent de le classer dans aucun des mouvements artistiques du siècle dernier. Il traversa cubisme, futurisme, dadaïsme et surréalisme en s’excluant lui-même de tout courant.

A nous maintenant de traverser le square Verdrel (jardin Solférino avant 1929) pour nous arrêter devant l’austère maison au n°73 de la rue Jeanne d’Arc. Marcel y a vécu entre 1905 et 1925 avec ses frères et sœur. Gaston, plus connu sous le nom de Jacques Villon, et Suzanne étaient peintres, tandis que Raymond, dit Duchamp-Villon était sculpteur. Une maison d’artistes qui garde en souvenir et en hommage une plaque commémorative sur sa façade.

On peut y lire « Marcel Duchamp 1887 – » mais pas d’année de décès. Oubli volontaire ou non ? Serait-il un artiste éternel ? Allez savoir, mais si vous promettez d’être discrets, sachez quand même qu’il nous a quittés le 2 octobre 1968. Une épitaphe est gravée sur sa tombe au Cimetière Monumental de Rouen : « D’ailleurs, c’est toujours les autres qui meurent. » Ben voyons, serait-on tenté de lui répondre !