Lorsqu’en 1772 l’intendant de Crosne augmente la garnison pour mieux assurer la sécurité de la ville, se pose alors le problème de l’hébergement des troupes. Après l’achat, rive gauche, de l’ancien grenier à sel qui s’avère être un mauvais choix du fait d’un terrain soumis aux crues et rendant les liaisons entre les deux rives aléatoires, l’emplacement du Pré aux Loups, bien que marécageux, semble plus judicieux.

Dans ce quartier à l’est de la cité, où habite une population ouvrière pauvre, les travaux de construction débutent en 1776. La nouvelle caserne Martainville deviendra pourtant rapidement insuffisante, et elle devra être agrandie entre 1785 et 1790 avec l’édification aux extrémités de deux pavillons.

L’imposante façade de pierre, classique, majestueuse et sobre à la fois, est couronnée par un fronton aux armes des rois de France. Du au rouennais Marin-Nicolas Jadoulle, on peut lire sur ce dernier « LUDOVICUS XVI ANNO DOMINI MDCCLXXVI » (1776).

Les bâtiments sont marqués par quatre préceptes essentiels, fonctionnalité, régularité, luminosité, salubrité, avec de larges espaces de circulation et un monumental escalier de prestige.

 

Déjà la crise du logement

972 soldats pour seulement 324 lits avec une chambre pour 10 impliquent une vie quotidienne très spartiate, et malgré l’installation de couchettes individuelles, le confort ne s’améliore guère. Les locaux deviennent même insuffisants et le logement dans les établissements religieux s’avère courant.

Placée sous le patronage de Jeanne d’Arc, une extension significative sera opérée en 1886 et, outre les chambres, la caserne comprendra alors des cuisines, une infirmerie, une prison, un gymnase et des magasins.

Soumise à l’occupation pendant la seconde guerre mondiale, les Allemands y interneront les prisonniers britanniques et des croix rouges seront peintes sur les toits pour signaler aux avions ennemis, la présence de blessés et de prisonniers. Elle sera ainsi épargnée par les bombes alliées et deviendra à la libération, un centre de formation de jeunes recrues et de rapatriement pour prisonniers et déportés.

La fin de la vocation militaire de l’édifice a sonné et elle est alors investie par des services administratifs. L’inscription en 1948 à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques des façades, toitures et guérites d’entrée, lui évitera la démolition envisagée par l’Armée et la ville la rachètera en 1968.

En décembre 1984, le Conseil Régional prendra possession des locaux dont seules les façades et toitures seront conservées. Quant au fossé drainant, longeant le boulevard Gambetta, il sera découvert et mis en valeur avant que de nouveaux travaux d’extension et de restructuration donnent à l’ensemble son aspect actuel.