Musée des Beaux Arts

L’« André Chénier de la politique ». C’est ainsi que le surnommait Littré. Il y a juste un siècle, la statue d’Armand Carrel, dont Chateaubriand était admirateur et ami, trônait encore au croisement des boulevards et de la rue Jeanne d’Arc, avant d’être transférée sur la place du 39 e RI en 1926. Elle y restera 15 ans, jusqu’à sa dépose à la fin de 1941 pour être fondue. Ecrivain politique né à Rouen le 8 mai1800, ce fils de marchand drapier étudie à Rouen  avant d’intégrer Saint-Cyr dont il sort avec le grade de sous-lieutenant. En Espagne en 1823, il s’enrôle dans un bataillon français qui combat pour les Cortès. L’année suivante, pris et traduit devant le conseil de guerre, il n’échappe qu’avec peine à la condamnation capitale. En 1830, il fonde « Le National » avec Thiers et Mignet,  journal républicain qui d’entrée de jeu exercera une grande influence sur l’opinion et jouera un grand rôle dans l’avènement des Trois Glorieuses. Après la révolution de Juillet, Carrel désormais rédacteur en chef, propage de plus en plus ouvertement les doctrines républicaines.

A peine journaliste, publiciste beaucoup                                                                                            

L’homme sera aussi impliqué dans plusieurs procès de presse dont un en 1834 devant la Cour des Pairs où il se défendra vaillamment lui-même et il meurt à St Mandé au cours d’un duel politique en juillet 1836. Blessé à l’aine et  transporté chez un ami, il succombe rapidement et ses obsèques donnent lieu à une grande manifestation silencieuse où les carlistes comme Chateaubriand côtoient les figures de l’opposition comme Arago et Alexandre Dumas. Il a mérité l’estime de ses adversaires mêmes par la loyauté de son caractère. Outre ses articles, il a laissé entre autres un «  Résumé de l’histoire des Grecs modernes » et une « Histoire de la contre-révolution en Angleterre ». Littré et Paulin ont publié en 1857-1858 ses « Oeuvres politiques et littéraires ». Armand Carrel, moins démocrate que républicain, prenait pour modèle constitutionnel celui des Etats-Unis, ce qui ne l’a pas empêché de critiquer certains aspects comme  l’esclavage ou le matérialisme. Il se référait avant tout aux fondateurs de la république américaine, et surtout de Washington qui avait su se retirer de la vie publique après deux mandats, exemple que la planète aimerait bien voir suivi de nos jours.

Image à la Une :  portrait par Ary Scheffer.

 

 © Daniel Caillet, 2018