Rendez-vous au n°22 de la rue Charles Lenepveu juste en face du chevet de l’église St Godard pour ouvrir une page d’histoire. Nous sommes devant l’ancien presbytère de la paroisse. En témoigne encore une petite croix de béton à l’entrée de la résidence. A sa droite, une grande plaque de marbre blanc remplace en 1922 celle de l’Académie de Rouen apposée en 1855 en hommage posthume à une personnalité inconnue de la plupart des Rouennais. Elle nous apprend le destin tragique de celui qui naquit ici le 29 juillet 1802, le baron Jules de Blosseville. Fils d’un officier de cavalerie dont la famille avait une tradition navale et administrative et d’une mère originaire de Saint-Domingue, il était navigateur, explorateur, géographe et naturaliste.

Après une formation approfondie à la maison, il se porte volontaire à 16 ans pour la marine et voyage aux Antilles, à Cayenne et au Brésil où il aiguise son appétit pour l’exploration et la découverte scientifique qui étaient alors en vogue. En 1821, la marine française nouvellement réorganisée décide d’envoyer une expédition vers les mers du Sud et il part pour le Pacifique le 11 août 1822. Il fait alors partie de l’expédition scientifique de « La Coquille » jusqu’en 1825 sous les ordres de Louis Isidore Duperrey. 1826 lui donne l’occasion de sonder l’estuaire de la Seine et en 1827, il visite les mers d’Inde et de Chine.

 

Perdu corps et biens

En 1833, lieutenant de vaisseau, à bord d’un brick de 8 canons « La Lilloise », il embarque pour aller protéger et assister les pêcheurs français au large des côtes d’Islande et du Groënland dont il relève la côte entre 68°34′ et 68°55′ de latitude nord. Bloqué par les glaces, il doit relâcher au nord-est de l’Islande (Vopnafjörd). Dans une dernière lettre datée du 5 août 1833, il indique son intention de retourner « avec prudence » parfaire ses découvertes. On n’a plus jamais, depuis son départ, entendu parler de lui. En 1836, il fut rayé des rôles de la Marine française. Le commandant Charcot recueillera et ramènera à bord de son « Pourquoi-Pas ? » un peu de terre découverte par le disparu.

 

© Daniel Caillet, 2016