C’était l’ « Hôtel de la Cour des Comptes » qui s’y était installée en 1591, mais on le connait davantage sous le nom de son supposé constructeur, Nicolas Romé, seigneur de Fresquienne et du Bec-Crespin, conseiller du Roi et Maître des requêtes.

La façade de la partie la plus ancienne, conservée dans le « Palais des Congrès » en expiration de sursis, présente un décor analogue à ceux des constructions de la même époque comme la galerie d’Aumale de l’Hôtel de Bourgtheroulde ou l’Hôtel Jubert de Brécourt, rue de l’Hôpital. C’est un excellent exemple de la première Renaissance rouennaise avec des pilastres à candélabres et des frises à enroulements d’excellente facture.

 

Que reste-t-il ?

A vrai dire, peu de chose, juste de quoi se donner bonne conscience en affirmant haut et fort qu’on a fait le maximum pour préserver ce qui pouvait l’être. Conservé dans l’entrée de la Chambre Régionale des Comptes de Haute Normandie, 21 rue Bouquet, un cartouche de la façade semble dater la construction de 1525. Mais le Livre des Fontaines de Jacques Lelieur, pourtant de la même date, n’en fait pas état. On pénétrait dans l’hôtel par la rue des Carmes pour trouver dans la cour, à droite de l’édifice d’origine, un bâtiment classique un peu plus récent présentant cinq travées. Son style caractéristique l’apparentait sans conteste aux édifices de la seconde Renaissance. Il comportait au rez-de-chaussée une galerie transformée en chapelle après l’acquisition par la Chambre des Comptes. La galerie qui possédait des voûtes aux remarquables pendentifs, devint plus tard un passage ouvrant sur la rue St Romain.

Longtemps enserré dans des constructions qui ne permettaient pas d’apprécier sa juste valeur, ce monument historique classé, sera gravement endommagé par les bombardements et l’incendie de 1944, en mai et juin. On remontera ce qui avait été épargné à l’emplacement d’origine, mais avec un étage en moins, le second niveau s’étant semble-t-il volatilisé. A cette occasion, la loggia qui bordait la cour côté sud disparaissait sous les coups de pioche des démolisseurs sans états d’âme. Le remontage dans l’actuel Palais des Congrès – pour très peu de temps encore et fermé depuis treize ans – aura contribué au caractère confidentiel de cet élément de patrimoine ignoré par une majorité de rouennais.