Un secteur stratégique de la ville médiévale

La fouille archéologique est réalisée préalablement au projet de construction d’un hôtel rue du Donjon à Rouen, par la Foncière ALTER EGO – Groupe Thélème. Le site s’inscrit dans un secteur clef de la ville, près du château médiéval et de la Porte Bouvreuil, l’un des principaux accès à la cité, situé sous l’actuelle place du docteur Alfred Cerné.

Les recherches archéologiques, menées par l’Inrap, sont une opportunité unique d’enrichir les connaissances sur l’évolution de la ville du XIIIe siècle jusqu’à nos jours. Les parcelles en cours d’étude se situent à l’emplacement du fossé nord du château de Rouen (XIIIe-XVIe siècle), à la marge d’un édifice de spectacle antique (IIe-IVe siècle) et sur le trajet de deux sources qui alimentaient les fontaines rouennaises au Moyen Âge et à l’époque moderne : Notre-Dame et Gaalor. Les constructions réalisées au XIXe siècle dans le pensionnat des Ursulines sont aussi étudiées. Leur jardin englobe le donjon et une partie des fortifications. Une promenade est créée avec un mur de soutènement qui reprend le tracé de l’ancien fossé, comblé par les déchets des habitants.

Le château et son système défensif

La contrescarpe maçonnée du fossé qui ceinture le château de Rouen au niveau de sa tour maîtresse sera étudiée. Ce mur de soutènement, en pierres de taille calcaires et présentant un léger fruit (la base est en avant par rapport au sommet), couvre la paroi extérieure du fossé. Celui-ci, de 18 m de large, entoure le donjon au nord-est de la forteresse construite par Philippe Auguste au début du XIIIe siècle, après le rattachement de la Normandie au royaume de France. Le sommet du donjon, communément appelé Tour Jeanne d’Arc, est transformé en terrasse d’artillerie pendant la guerre de Cent Ans. A l’extérieur du fossé, se trouve un vaste terre-plein, dont l’utilité est encore mal connue : espace avancé dans le système défensif du château, en avant des fossés situés à l’emplacement des boulevards actuels ?

Les sources Gaalor et Notre-Dame

La zone fouillée comprend les aqueducs des sources Gaalor et Notre-Dame. Leurs tracés sont connus grâce aux relevés actuels, au travail du docteur Cerné, qui a étudié les sources de la ville au début du XIXe siècle, et au Livre des Fontaines réalisé par Jacques Le Lieur au début du XVIe siècle. Depuis le XVIIIe siècle, et grâce à d’importants travaux de réfection, l’aqueduc de la source Gaalor, dont l’accès actuel se situe dans la rue Pouchet, est visitable. L’une des ouvertures est présente sur le site : un escalier en colimaçon permet d’accéder au conduit. A intervalle régulier, des puits en pierres de taille avec des vides servant de marches, signalent les anciennes entrées dans le souterrain.

Un dépotoir « sauvage » du XVIe siècle

Le château est le siège de l’administration royale jusqu’à la fin du Moyen Âge. Puis, au début du XVIe siècle, il perd son rôle administratif et judiciaire et entame son déclin, accéléré par la moindre efficacité militaire des forteresses médiévales face à l’évolution de l’artillerie. A la fin du XVIe siècle, la partie sud du château est détruite pour laisser place à des hôtels particuliers, comme le montre le plan de Gomboust datant de 1655. Alors que le château est en cours de démantèlement, un dépotoir de plus de 2 m de haut envahit le secteur et comble peu à peu le fossé. Il illustre la mise en application des décrets royaux et municipaux enjoignant à la population rouennaise d’évacuer ses déchets hors de la ville.  Mais ce heurt (hourd en ancien français) ou tertre, où s’entassaient les ordures, ne semble pas faire partie des décharges autorisées. Un texte de 1593 rappelle en effet qu’il est interdit de jeter des ordures le long du fossé du château car cela bouche l’accès à la fontaine dite du Chastel.

Texte des panneaux explicatifs à l’entrée du chantier.

 

 

 

 

© Daniel Caillet, 2015