« Terre », s’écriaient les marins après une longue traversée. C’est ce que l’on serait tenté de crier aujourd’hui puisque l’anneau liquide du parvis de l’Hôtel de Ville vient d’être comblé pour être remplacé par un ensemble végétalisé. Pénurie de notre liquide vital ou finances publiques à sec, ou les deux ? Toujours est-il que la maison commune rouennaise se trouve dans un environnement en pleine mutation côté ville et côté jardin.

 

Signes zodiacaux

Inauguré le 24 juin 1988 par Jean Lecanuet, le parvis est une réalisation quelque peu exotique inspirée du Prato della Valle de Padoue. Tout comme l’église Sainte Jeanne d’Arc, elle est due à l’architecte urbaniste Louis Arretche. Le parvis ovale entre la statue de Napoléon et l’Hôtel de Ville est en pierre blanche du Jura parsemé de motifs zodiacaux et d’un léopard, l’ancien emblème des Ducs de Normandie. Il était orné d’un canal annulaire avec des fontaines d’eaux jaillissantes, 22 colonnes dotées de 28 jets chacune d’un maximum de 2, 20 m, une hauteur variable selon la force du vent et commandée par le biais d’un anémomètre au sommet de l’Hôtel de Ville. Cette « symphonie aquatique » est/était à mettre à l’actif du fontainier parisien Jacques Lahyt, qui éclairait le site chaque nuit grâce à des projecteurs judicieusement installés. Malheureusement, une nouvelle génération de luminaires économiques mais sans âme a remplacé depuis peu une installation atteinte par une limite d’âge arbitraire.

 

Mythologie du 21ème siècle

En 1660 déjà, dans le jardin de l’abbaye de Saint Ouen, existait un bassin en marbre blanc. Un siècle plus tard, on envisage la création d’un aménagement nouveau comportant plusieurs pièces d’eau, dont une circulaire et on y place en 1950 au beau milieu le groupe mythologique de Schoenewerk, élève de David d’Angers. Il « raconte » l’enlèvement de Déjanire, l’épouse d’Héraclès, par le centaure Nessus. Un enlèvement facilité aujourd’hui puisque … les pieds au sec !

 

© Daniel Caillet, 2017