Chez les catholiques, les cloches cessent de sonner à partir du « Jeudi Saint » précédant Pâques et on les entend à nouveau à la fin de la veillée, juste avant le jour de Pâques proprement dit. Entre deux, elles seraient parties à Rome pour revenir dans la nuit, chargées d’œufs en chocolat qu’elles déversent dans les jardins pour le plus grand bonheur des enfants. A Rouen, « la ville aux cent clochers carillonnant dans l’air » selon Victor Hugo, cette symbolique est encore plus vraie qu’ailleurs mais l’histoire des cloches est plus prosaïque.

Deux grosses cloches ont occupé le campanile du bâtiment « de l’horloge » de l’Hôtel Dieu.

Sur l’une, fondue en 1682, on peut lire « chaque fois que je sonne,… j’avertis que l’on donne… Son esprit et son Cœur… à Jésus, son sauveur ». D’un poids d’environ 160 kg, elle sonne à l’aide d’un marteau extérieur. Elle est ornée de fleurs de lys et représente de profil, la sainte Madeleine, qui étire sa longue chevelure.

La seconde, est de 1679 et d’un poids équivalent. Les inscriptions rappellent les personnages qui ont présidé à sa naissance, à savoir, le Révérend Père Nicolas Brice qui l’a bénite et la femme d’un conseiller du roi : « J’ai été nommée Sainte Suzanne Henriette ». Une vierge à l’enfant est représentée, ainsi que trois couronnes royales dans un médaillon. Enfin, une mention concerne le fondeur : « Malherbe me fit ».

 

Cache Ribaud et Gros Léon

Au Moyen Age, depuis le 13e siècle, accompagnée des tinterelles, la pacifique Cache-Ribaud donnait l’heure à la population et sonnait le soir à 21 heures pour le couvre-feu. En l’entendant, les Rouennais savaient que les mauvais sujets, les « ribauds », allaient profiter de la nuit pour commettre leurs larcins et se cacher, d’où son nom de Cache-Ribaud. Sa sœur, la Rouvel, sonnait le tocsin dans des moments dramatiques, incendies ou émeutes comme l’appel à la révolte de la Harelle en 1382. Il semblerait que la cloche ait connu des problèmes de livraison et que sa valeur aurait été payée aux représentants du roi. Dès lors, il y avait peu à faire pour l’appeler « cloche d’argent », ce qui fut fait, une autre explication étant qu’elle contient de l’étain et aurait coûté très cher aux Rouennais.

A la Cathédrale, la cloche Jeanne d’Arc d’un poids de 20 tonnes fut installée le 22 avril 1920. La cérémonie inaugurale donna lieu à un épisode cocasse. Mgr Touchet, évêque d’Orléans qui devait bénir la Jeanne, arriva avec deux heures de retard. Il s’était tout simplement endormi dans le train et réveillé à Yvetot.

Le Gros Léon est un bourdon de plus de 6 tonnes fondu en 1892. Il devait initialement être placé dans le clocher de la Basilique de Bonsecours, mais on s’aperçut qu’il était trop gros et trop lourd pour être supporté par le clocher. Il fût donc installé à l’extérieur dans une cage. Gravé sur son pourtour, on peut lire : « Je me nomme Léon. J’ai été donné en l’honneur de Notre-Dame de Bonsecours, pour perpétuer le souvenir de Monseigneur Thomas, archevêque de Rouen, qui a fait élever dans cette paroisse le monument à Jeanne d’Arc ». Restauré fin 2007, Gros Léon est revenu à Bonsecours le 23 janvier 2008 et a sonné de nouveau lors de l’inauguration du nouveau Casino.

© Daniel Caillet, 2015