La tour édifiée vers 970 par le petit fils de Rollon, Richard 1er, et démolie en 1204, a donné son nom aux places des Haute et Basse Vieille Tour. En 1256, St Louis décide la construction de halles à l’emplacement de la tour. Au début du 20e siècle, la place de la Haute Vieille Tour était un quadrilatère fermé sur trois côtés par les bâtiments des halles, le quatrième étant occupé par de vieilles maisons et par la Bourse du Travail. Edifiée en 1903 par l’architecte Trintzius influencé par l’Art Nouveau, elle était décorée de fresques de Paul Baudouin. On accédait à la place par un passage sous la Fierte St Romain et la rue de l’Epicerie. Depuis le 13e siècle, un marché s’y tenait déjà, et six siècles plus tard, on y vendait « Fruits, légumes, volailles, friperies, arbustes… ». Chaque bâtiment avait une utilisation spécifique, halles aux Toiles au sud, aux Grains à l’est et aux Draps au nord. Les utilisations évoluèrent ensuite en fonction des besoins et des évènements avec une connotation guerrière marquée. Caserne, arsenal, camp de prisonniers seront les affectations, mais aussi entrepôt pour les décors du Théâtre des Arts, bureaux, et occupation par l’Ecole des Beaux-Arts.

 

Histoire de châsse et fayences

La Fierte de style Renaissance, reste le seul vestige de l’ancienne place. Sans doute l’œuvre de Jean Goujon en 1542, c’était une chapelle ouverte au sud de la place ou la foule venait assister le jour de l’Ascension à la levée de la châsse de St Romain. Ce « privilège de la Fierte » ou « fête de la Gargouille » qui permettait à un condamné à mort désigné pour cette tâche d’être gracié, fut supprimé à la Révolution. Seule la Halle aux Toiles sera reconstruite après les destructions de la dernière guerre et en 1978, lors du creusement du parking souterrain, des vestiges gallo-romains étaient mis au jour, battant en brèche l’hypothèse de nombre d’historiens qui pensaient que la Seine ne recouvrait pas l’emplacement à cette époque. Au sud de la Halle aux Toiles, reliée par le passage sous la Fierte, la place de la Basse Vieille Tour abritait également le marché. Toutes les anciennes constructions ont disparues, dont les dernières maisons à « avant-soliers » rouennaises, un type d’habitat qui laissait une partie du rez-de-chaussée ouvert à la circulation publique. Avant leur disparition, « A la cruche cassée » par exemple, on y vendait des porcelaines, « fayences », cristaux et verreries. Seul élément conservé de l’hôtel des Douanes établi sur les quais et détruit en 1944, la porte sera remontée sur le côté ouest de la Halle aux Toiles réédifiée à partir de 1958. Le mémorial aux victimes civiles de la guerre est intimement inclus dans son arcature désormais aveugle.

Richard 1er pouvait il imaginer que ce lieu chargé d’histoire deviendrait un jour un parking et que Halle aux Toiles et Fierte seraient ensevelies sous une crasse innommable ? Une reconversion qui fait fi de l’opinion de certains auteurs du 18e siècle qui considéraient ce site comme le plus beau marché de France et même du monde. Fort heureusement, quelques décisions récentes laissent penser que l’année 2009 permettra à l’ensemble de retrouver son lustre d’antan.