La première fontaine, d’abord appelée fontaine Massacre, a été bâtie en 1457 et était alimentée par la source Gaalor située dans l’actuelle rue Pouchet, près de la gare SNCF. Elle était ornée de statues de la Vierge et des évêques de Rouen. Elle a été remplacée par la fontaine actuelle en 1733 (architecte Jean-Pierre Defrance) qui succéda à l’ancienne par trop délabrée. On a du mal aujourd’hui à imaginer qu’elle aurait dû être dédiée à Clovis, mais ce projet fut refusé. Le thème retenu finalement est une allégorie des « Métamorphoses d’Ovide », une belle histoire qui évoque les amours du dieu Alphée, symbolisant la Seine, et de la nymphe Aréthuse, figurant les sources rouennaises. Le visage radieux d’un Cupidon semblant flotter au-dessus du couple, illumine la scène, tandis qu’une austère plaque de marbre en caractères d’or latins, démontée en 1789 et reposée en 1846 avec les armes des Montmorency, ramène vite le regard du passant vers une réalité plus terre à terre. Le texte montre-t-il un signe d’allégeance, voire d’amour de la ville pour le roi Louis XV ?

 

Coupure d’eau, massacre d’une fontaine

Comme sur la plupart des fontaines rouennaises, on cherche en vain la moindre trace d’écoulement du précieux liquide et on ne peut que le déplorer. Une fontaine n’est « crédible » qu’alimentée en eau. Initialement, trois têtes d’hydre laissaient l’eau s’écouler, mais volées en 1770, on les remplaça par de simples robinets et la fontaine sera restaurée ensuite à plusieurs reprises par des sommités rouennaises en la matière, Hyacinthe Langlois en 1824, Eugène Dutuit en 1929 et Georges Lanfry en 1935. Est-ce si difficile au 21 e siècle d’amorcer le système d’alimentation de la cuve dissimulée dans le socle du monument ?

Un autre regret : méfiez-vous des imitations, entend-on souvent. Il faut savoir que la quasi-totalité du monument, devenu « Monument Historique » en 1862, est conservé sous forme de moulages au Musée des Monuments Français de Paris. De même que le façadisme non signalé est une tromperie pour le touriste non averti, les nombreux moulages ou copies exposés ci et là participent à une confusion qu’on pourrait dissiper facilement par la pose de plaques explicatives. Ce serait à la fois honnête et pédagogique.