Quel sentiment étrange éprouve t’on en découvrant ce quartier à l’histoire insolite.

En émane un mélange subtil d’odeurs du passé, de l’encens de la chapelle Notre-Dame-du-Parc et des pièces de viandes des anciens abattoirs alors que se se profilait à l’horizon 2010 une restructuration importante avec l’ouverture d’un bâtiment qui devait être une médiathèque.

Tout débute en 1833 avec la création des premiers abattoirs entre l’avenue de Grammont et la rue de Sotteville sous le règne de Louis Philippe. Puis ce sera le don à la ville d’un terrain de deux hectares (emplacement de l’actuelle clinique Mathilde depuis 2001) par Mr Joly de Bammeville à la fin du 19 e siècle. Sur cette prairie du « Pré-aux-bœufs », un nom prédestiné, sont édifiées de 1885 à 1889 des halles métalliques destinées au négoce du bétail.


L’abattage des abattoirs

Plus tard, l’implantation du marché aux bestiaux rue de Lessard entraînera le transfert des abattoirs, « les plus modernes de France » sur un site voisin. Ils seront inaugurés en 1934 mais 50 ans après toute cette activité se transportera à Tourville la Rivière. Difficultés financières et problèmes de normes sanitaires auront raison de l’âme du quartier et l’on ne conservera symboliquement qu’une grille, un portail et le guichet d’entrée. Même le château d’eau et sa grande horloge, repère facile pour les habitants, sera détruit en janvier 2000.

 

Déjà durement frappé par les bombardements de 1943 et 1944, le quartier Grammont ne cessera de panser ses plaies après l’appel lancé pendant l’hiver particulièrement rude de 1954 par l’Abbé Pierre pour une « insurrection de la bonté ». La cité d’urgence Contremoulins en briques et toits de tôle abrite dès l’année suivante les plus déshérités. Des pavillons avec jardinets la remplaceront en 1978. Une autre initiative heureuse sera le remblaiement de la « mare de la Poudrière », fosse dangereuse restée sans protection après la fin d’exploitation de la carrière de sable. De 1962 à 1972, les programmes de constructions des immeubles dits de la Sablière ou de la Poudrière près de l’église se succéderont. Presque tous ont disparu aujourd’hui mais toujours parent pauvre, le quartier bénéficie cependant depuis 1984 d’un désenclavement grâce à l’ouverture du pont Mathilde en 1980 et la création d’un parc de 29 000 m2 apprécié des Rouennais de la rive droite comme de la rive gauche.

 

© Daniel Caillet, 2016