Bonsecours, disposait jusqu’en 1890 de rares omnibus assurant la liaison avec Rouen. Pourtant, cette commune attirait les promeneurs, séduits par le splendide panorama sur les méandres de la Seine, et les pèlerins se rendant au sanctuaire dédié à la Vierge.

Un projet de voie ferrée de montagne, les « tramways de granit », fut présenté en 1876. C’était l’une de ces idées farfelues sur le transport par rail dont le 19e siècle était friand. Pour pallier la faible adhérence des voies classiques, on avait envisagé un chemin de roulement constitué de deux dalles de granit enchâssées dans le béton, avec entre elles une poutre de guidage. La ligne longue de 2 km 200, partant du quai de la Bourse, devait été utilisée par des véhicules automoteurs à vapeur de 30 places seulement, mais capables de circuler tant sur les voies publiques que sur leur infrastructure propre. Outre son côté technique aventureux, elle aurait représenté un énorme investissement, la rampe nécessitant 30 viaducs d’une longueur totale de 250 m. Le projet fut donc abandonné rapidement.

Finalement, c’est en 1892 que Bonsecours est relié aux « basses terres » grâce à la construction d’un funiculaire à contrepoids d’eau. Ce chemin de fer de montagne, long de 400 m, partait d’Eauplet en bordure de Seine pour aboutir sur l’esplanade de la basilique 132 m plus haut. Chaque voiture, pouvait transporter 90 personnes dont 50 assises et était équipée d’une cuve à eau remplie en 5 minutes. Au moins 12 allers et retours quotidiens étaient prévus mais déjà lourdement pénalisé par l’irrégularité du bateau d’Eauplet assurant la correspondance, le funiculaire affrontera très vite un sérieux concurrent, le tramway.

 

Lutte commerciale

Envisagée dès 1889 en traction vapeur, puis électrique à partir de 1895, la ligne fut mise en service en 1899. Long de 5 km 600, cet itinéraire voyait circuler des motrices plus puissantes que leurs homologues rouennaises.

72 allers et retours quotidiens assurèrent le succès du tramway qui transporta près de 700 000 voyageurs en 1901 contre 140 000 seulement pour le funiculaire en pleine déroute financière. Les résultats étaient si catastrophiques que la Compagnie du Tramway de Bonsecours assura à partir de 1905 la gestion du chemin de fer de montagne. Mais tandis que le tramway connaissait toujours une bonne fréquentation, la clientèle du funiculaire chutait inexorablement et faute de passagers, il fermera le 25 mai 1915, laissant le tramway assurer seul la desserte. Son service cessa le 24 février 1953.