Vie privée, littérature… L’Université de Rouen met en ligne 4 450 lettres écrites par Flaubert

Il est désormais possible de consulter en ligne la correspondance de Gustave Flaubert. L’occasion de parcourir les 4 450 lettres réunies par une équipe de chercheurs de Rouen.

Lettre à Colet Louise, Croisset, 04 août 1846…

Avis aux amateurs de littérature ! Une édition électronique de la correspondance de Gustave Flaubert est désormais accessible à tous gratuitement. Rassemblant 4 450 lettres écrites par l’écrivain normand, ce travail titanesque a été réalisé par une équipe de chercheurs, de transcripteurs et de thématiciens.

Yvan Leclerc, professeur émérite à l’Université de Rouen (Seine-Maritime), directeur du Centre Flaubert, CÉRÉdI (Centre d’Études et de Recherche « Éditer-Interpréter ») et Danielle Girard, coordinatrice de la mise en ligne et des transcriptions ; conceptrice et coordinatrice de l’index thématique ; chercheuse associée au CÉRÉdI, ont orchestré ce projet. Présentation.

« Une aventure humaine, matérielle et technologique »

Après la mise en ligne des manuscrits de Madame Bovary, en 2009, et de Bouvard et Pécuchet, en 2013, une nouvelle édition électronique consacrée à la correspondance de Flaubert est accessible gratuitement sur le site dédié. 4 450 lettres ont été recensées par l’équipe de ce vaste projet, un travail collaboratif qui a mobilisé de nombreux intervenants :

Danielle Girard a coordonné toute l’équipe. La plateforme collaborative a permis de rassembler différents collaborateurs, passionnés par Flaubert. C’est à la fois une aventure humaine, matérielle et technologique. L’ensemble de l’équipe est nommé sur le site. Chacun s’y présente dans son rapport à Flaubert. Une manière d’humaniser l’outil technique, précise Yvan Leclerc à Normandie-actu.

Le résultat de cette collaboration ? De multiples entrées dans cette correspondance, vaste matière qui évoque tant la vie intime de l’homme que l’évolution des arts et de la société.

Vie privée et société du XIXe siècle

Conservées sur différents sites, parmi lesquels la bibliothèque de l’Institut (1 470 lettres), la BNF (598 lettres) et la bibliothèque Villon de Rouen (214 lettres), ces lettres sont de précieux documents qui renseignent à la fois sur la vie intime de Gustave Flaubert et sur les arts et la société au XIXe siècle :

Ce qui est passionnant dans les correspondances, c’est que Flaubert parle de tout. S’y dessine la vie privée de l’homme dans des échanges avec les femmes qui ont traversé sa vie, comme Elisa Schlésinger ou encore Louise Colet qui va l’accompagner pendant toute la rédaction de Madame Bovary. Ces lettres parlent de littérature. Chez Flaubert, la correspondance est un journal de la création.

C’est aussi toute l’histoire du XIXe siècle qui défile : « Flaubert est à Croisset quand les Prussiens arrivent. De juillet 1870 à mars 1871, sont consignés différents événements qui racontent l’histoire du XIXe siècle. »

Un Flaubert épistolier spontané

Cette nouvelle édition numérique offre l’occasion d’entrer dans la correspondance de l’écrivain de différentes manières, grâce à l’indexation thématique qui permet de procéder à une recherche par lieu, par personne ou par thème. Les manuscrits publiés et transcrits révèlent différents visages de l’auteur rouennais ; l’homme dans son intimité, l’écrivain dans la spontanéité de l’échange épistolaire :

Si les manuscrits des romans sont raturés, ceux de la correspondance révèlent une écriture plus spontanée, plus fluide. Les lettres ont été écrites d’un seul jet. Certains préfèrent le Flaubert épistolier pour le style plus naturel et le jet continu. Le style de Flaubert fut l’objet d’une querelle, dans les années 1920, entre Marcel Proust et Albert Thibaudet.

Présentant différentes facettes de l’écrivain, cette édition numérique est à la fois l’occasion de mettre en lumière certains aspects de sa vie et de son verbe, mais elle favorise également l’appropriation par tous de cette vaste matière.

Un accès gratuit pour tous

L’accès à une correspondance numérique permet d’interroger le corpus grâce un moteur de recherche.

L’édition numérique permet d’entrer dans cette correspondance de différentes manières. Nous ne faisons ainsi pas concurrence aux éditions papier car la nôtre ne comporte pas de notes. Nous proposons une autre approche : le papier présente les lettres dans l’ordre chronologique, l’édition numérique offre différentes possibilités : affichage des lettres par correspondant, par localisation, lieu de rédaction ou de conservation. Il existe une multiplicité de consultations.

Cette correspondance, financée par des fonds publics (Université, Région etc.), est accessible en ligne gratuitement.

Une matière infinie

Si cette mise en ligne vient clore une nouvelle étape dans le projet d’édition numérique, elle ne met pas un point final à la recherche.

La page ne se tourne jamais sur Internet. Contrairement à ce qui se passe pour Madame Bovary, roman pour lequel nous avons peu de chances de tomber sur de nouveaux manuscrits, les lettres sont dispersées. Certaines passent encore en vente et demeurent inédites. Le projet va pouvoir se décliner à l’infini, offrant la possibilité d’ajouter des éléments quand ils se présenteront.

Un nouveau projet est déjà lancé : publier toutes les lettres adressées à Flaubert et créer, via des fils de conversation, de vrais dialogues. « L’idée est de mettre en face la correspondance passive des lettres qu’il a reçues. C’est un projet qui nécessite deux à trois ans. Il y a 3 000 lettres à traiter. »

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© Daniel Caillet, 2017