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Sur le pont
Les articles "Sur le pont" 13/05/2008 au 15/07/2008 sont intégrés dans une compilation disponible pour les adhérents et sympathisants. Renseignez-vous auprès de Daniel CAILLET.
Les bustes présentés qui ornent le pont Boïeldieu de Rouen, oeuvres du sculpteur Jean-Marc de Pas, ont tous été réalisés lors d’une performance en public pendant l’Armada du siècle 1999. Celui de Jean de Bethencourt l’a été pendant l’Armada 2003 avec ceux de Jean Ango, Jean de Verrazano, Samuel de Champlain et Jean-Baptiste Charcot.
13/05/2008 : "Le Mystère Lapérouse" ou comment une expédition scientifique devient mythe
20/05/2008 : Marco Polo sur "La Route de la Soie"
27/05/2008 : René-Robert Cavelier, Sieur de La Salle, fondateur de la Louisiane
03/06/2008 : Premier tour du monde à la voile pour Magellan
10/06/2008 : L'incomparable James Cook
17/06/2008 : Le vice roi des Indes, Vasco de Gama
24/06/2008 : Jean de Béthencourt "Le Canarien"
01/07/2008 : Jacques Cartier, ancêtre spirituel de la Nouvelle-France
08/07/2008 : Amerigo Vespucci, découvreur ou usurpateur ?
15/07/2008 : L'erreur magistrale de Christophe Colomb
13/05/2008 : "Le Mystère Lapérouse" ou comment une expédition scientifique devient un mythe
Jean François de Galaup, comte de Lapérouse, navigateur français né le 23 août 1741 au château de Gô près d'Albi, fit ses études à Brest puis devint brigadier des armées navales. Louis XVI intéressé par les voyages entrepris par les britanniques, lui confie alors la direction d'une expédition à la fois économique, scientifique et politique dans le Pacifique. Portés par l'idée de diffuser la culture et les sciences, les valeurs du siècle des Lumières et les technologies les plus avancées, artistes et meilleurs savants sont embarqués.
Partie de Brest autour du monde pour achever l’œuvre de James Cook, à bord de deux frégates jumelles, "l'expédition Lapérouse" est dirigée par P.A. Marie Fleuriot, capitaine de l'Astrolabe et Lapérouse, à la barre de la Boussole. "J’arriverai en France en juin 1789" annonçait t’il dans sa dernière missive. Mais il ne rejoindra jamais Brest, son port d'attache, et à la veille de la Révolution les navires manquent à l'appel.
Ce sera le début du "Mystère Lapérouse". Après avoir traversé l'Atlantique, franchi le Cap Horn, débarqué sur les Iles de Pâques et d'Hawaï, rejoint l'Alaska puis les Samoa, Lapérouse allait toucher l'Australie lorsque qu'il périt corps et biens en pleine tempête à Vanikoro en Océanie. Quid des 220 membres de l'équipage ? Que sont-ils devenus ? Ont-ils été massacrés?
L'espérance enfin. En 1791, deux ans après le naufrage, la France lance une expédition qui revient bredouille, mais en 1826 l’Irlandais, Peter Dillon, retrouve des vestiges sur l'Ile de Tikopia et apprend que les navires se sont abimés sur l'île voisine de Sanikora. Informé de la découverte, Dumont d'Urville débarque à Vanikoro et y localise 40 ans après les faits, une épave qui s'avèrera être l'Astrolabe.
En 1964, J.L.Battet sur la Dunkerquoise, arrive sur les lieux. et les fouilles débutent. Un squelette parfaitement conservé est découvert et un sextant estampillé "fait par le sieur Mercier", élément de l'inventaire embarqué, est retrouvé. Les restes des frégates sont rapportés en France et déposées au Musée de la Marine.
Le drame devenu mythe trouve enfin sa réponse en 2005 lorsqu'une étude archéologique permet de conclure que la Boussole s'est échouée à Vanikoro et l'Astrolabe dans une fausse passe.
Lapérouse aurait-il livré ses derniers secrets? Pas si sûr, et l'expédition "Lapérouse 2008" s'est fixée pour objectif de retrouver le testament perdu d'un marin de l'éternité.
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20/05/2008 : Marco Polo sur "La Route de la Soie"
Si le temps des croisades est à l'origine des premières découvertes vers l'Extrême-Orient, la période Marco Polo fait partie des grands moments de la connaissance en Europe de ces contrées éloignées. Personne avant lui n'avait sillonné tant de routes et cherché à comprendre le monde. A sa mort, le 8 janvier 1324, il a acquis une immense célébrité du fait de ses pérégrinations en Chine.
Lorsqu’il voit le jour le 15 septembre 1254, la prospère Venise domine Byzance et les riches marchands commercent avec les musulmans. Fils de nobles négociants, ce Vénitien abandonné par son père, aura une éducation bourgeoise classique et recevra en héritage, la passion de l'exploration. L'Empereur mongol ayant demandé au Pape de lui envoyer des érudits, Marco Polo, son oncle et son père partent sur la Route de la Soie pour un fabuleux voyage de 4 années. Ils découvrent au Moyen-Orient, le commerce des étoffes et des pierres précieuses, traversent l'Afghanistan et le désert de Gobi. L'Empereur, petit-fils de Gensis Khan, reçoit les voyageurs avec les honneurs dans sa capitale Combaluc (Pékin). Marco en devient un familier, un conseiller, puis sera ambassadeur dans le sud de la Chine, obtenant même le gouvernement d'une ville. Après 24 ans de voyage dont 16 aux côtés d’un souverain raffiné appréciant l'apport culturel des Vénitiens, ils sont autorisés à rentrer. Chargés de cadeaux et de diverses missions, ils traversent Ceylan, l'Inde, le Golfe persique et depuis Ormuz, rejoignent Venise en 1295.
Récits de voyage
En 1298, les Vénitiens, ennemis jurés des Génois sont en guerre et Marco Polo est fait prisonnier. Enfermé pendant trois années avec Rustichello de Pise, un romancier génois, il lui dicte le récit de ses aventures qui sera édité en français. A la sortie du " Livre des Merveilles du Monde ", on se moquera de ses écrits sans cependant douter de la véracité de ses voyages. Certains feront de lui un aventurier bohême, d'autres le qualifieront de pittoresque et de menteur.
L'importance historique de l'ouvrage récemment mis en lumière montre qu'au final, si quelques zones d'ombres subsistent (non évocation de la muraille de Chine, de la pratique des pieds bandés, de la cérémonie du thé...), ses mémoires publiés en 1307 rendent comptent d'une certaine vision du monde et du génie de Marco Polo. Il reste un compte-rendu éminemment utile sur l'Orient du 13ème siècle écrit par un expert économique et politique avant l’heure.
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27/05/2008 : René-Robert Cavelier, Sieur de La Salle, fondateur de la Louisiane
Premier Européen à parcourir le fleuve Mississippi, le 7 avril 1682, René-Robert Cavelier, Sieur de La Salle, au nom du roi de France Louis XIV, prend possession du Mississippi et baptise en son honneur la région s'étendant du golfe du Mexique aux Grands Lacs, "Louisiane". Très controversé, La Salle demeure l'un des plus grands explorateurs de l'histoire de la Nouvelle-France. Rouennais, fils de riches négociants, il voit le jour le 22 novembre 1643. Baptisé en la paroisse Saint Herbland, près du Gros-Horloge il fait ses études au collège des Jésuites, l’actuel Lycée Corneille, mais sept ans plus tard il renonce à ses voeux et reprend sa liberté.
Tels ces Normands explorateurs du Nouveau-Monde, il part en 1667 pour le Canada, où il reçoit l'aide de son frère Jean, prêtre Sulpicien établi près de Montréal. Il obtient une concession, apprend les langues indiennes et, à partir de 1668, se consacre à l'exploration de la région des Grands Lacs, tout en se livrant au commerce des fourrures. Au service du gouverneur de la Nouvelle France, Louis Buade, comte de Frontenac, il part sur les traces de Louis Joliet et père Marquette, finance une expédition et explore les grands lacs aux noms célèbres aujourd'hui, Michigan, Huron, Érié et Ontario. Ses qualités lui valent d'être nommé commandant de Fort Frontenac. En 1674, il est envoyé en France, afin de justifier la construction du fort. La mission de La Salle sera un succès et lui permettra d'être anobli.
Il décide de poursuivre ses explorations plus à l'ouest et en 1667, se rend en France, afin d'obtenir le soutien du roi. Il en revient accompagné de l'explorateur italien Henri de Tonty, qui deviendra son meilleur ami. En 1683, l'explorateur débarque à La Rochelle avec en projet, la colonisation de la Louisiane. Louis XIV le nomme vice-roi d'Amérique du Nord et en 1684, il quitte la France avec une flotte de quatre navires, afin d'établir une colonie à l'embouchure du Mississippi. Maladresse, ironie du sort ou incompétence? Lorsqu'il atteint le golfe du Mexique, il ne peut trouver l'embouchure du fleuve et accoste au Texas.
En janvier 1687, il repart vers le Canada à la tête d'un groupe de dix-sept hommes afin d'aller chercher de l'aide pour les quelques membres restants de l'expédition. Mais ses hommes se mutinent et La Salle est assassiné au bord du fleuve Trinity au Texas, le 19 mars 1687.
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03/06/2008 : Premier tour du monde à la voile pour Magellan
Depuis l'Antiquité, les gens instruits savaient que la terre était ronde et trouver un océan vide demeurait la hantise des découvreurs. Aussi, lorsque le 6 septembre 1522 Sébastien del Cano, second de Magellan traverse l'océan indien et passe le Cap de Bonne Espérance, jamais le monde n'avait paru aussi vaste.
Disgracié après avoir combattu aux Indes, persuadé que l'on peut atteindre l'Asie en contournant les terres du Nouveau Monde, l'explorateur portugais Fernand de Magellan, né vers 1480, passe au service de Charles Quint et sa mission est d’ouvrir aux Espagnols la route des épices alors aux mains des Portugais.
4 mois après son départ, l'expédition longe l'Amérique du Sud et arrive près des côtes du Brésil. Une mutinerie éclate le 1er avril 1520 alors que les marins hivernent en Patagonie. Certains en viennent même à douter de l'existence d'un passage vers l'ouest et plus encore de leurs chances de survie. Magellan devra se montrer clément, car comment poursuivre le voyage, si en vertu de la loi, il doit exécuter un cinquième de l’équipage?
Des rats pour seule nourriture
Il décide alors d'envoyer le Santiago en reconnaissance mais il s'échoue. Le 2 octobre 1520 le Cap Virgenes est en vue, marquant l'entrée du détroit qui l'emmènera vers l'océan Pacifique et qui deviendra rapidement détroit de Magellan en son honneur. Alors qu'il traverse le Pacifique, vivres et eau viennent à manquer et l'équipage est contraint de manger des rats. Il débarque sur l'île d'Homothon après un ravitaillement de riz aux Mariannes et alors que le roi de l'île de Cebu se convertit au christianisme, celui de l'Ile Mactan refuse de se plier aux envahisseurs blancs. Magellan engage le combat et tombe sous les coups le 27 avril 1521.Quelques jours plus tard, sous prétexte de vouloir remettre aux officiers de la flotte les joyaux et présents qu'il avait promis d'envoyer au roi d'Espagne, le roi de l’île de Cebu tend une embuscade aux arrivants et 26 hommes sont tués ou mis en esclavage.
La Conception est brûlée devant l'Ile de Bohol tandis que la Victoria et la Trinidad prennent le large début mai et atteignent les îles aux épices. Mais alors que l'expédition charge les navires restants, la Trinidad ne peut repartir à cause d’une importante voie d'eau. Seule, La Victoria quittera l'île pour rejoindre l'Espagne.
L'expédition aura malgré tout été un succès dont les conséquences scientifiques élargiront considérablement les connaissances de l’époque, la géographie s'affirmant comme une lecture du réel. Il faudra ensuite attendre 58 ans pour que l'Anglais, Sir Francis Drake ne réussisse la deuxième circumnavigation.
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10/06/2008 : L'incomparable James Cook
Regardant par la fenêtre, James Cook, né en 1728 dans le Yorshire en Angleterre, alors en apprentissage dans un village de pêcheurs, ressent à 16 ans l'appel de la mer. Mousse dans la marine marchande, il étudie l'astronomie, l'algèbre et la navigation et après deux ans dans la Navy, il prend les commandes d’un navire de la flotte royale. Il participe au siège de Québec, s'initie aux techniques de mesures employées à terre par les géomètres, se consacrant à la topographie et la cartographie de l'embouchure du Saint-Laurent, ce qui permet au général Wolfe une attaque décisive dans les plaines d'Abraham. Son talent est alors remarqué par l'Amirauté et la Royal Society de Londres et en 1768, cette dernière, contre toute attente, confie trois voyages d'explorations et de découvertes scientifiques à ce fils de paysan.
Le mousse devient chef d’expédition
Nommé lieutenant de vaisseau, il embarque à bord de l’Endeavour l'astronome Charles Green et les naturalistes Banks et Solander. Officiellement, il a pour mission d'aller observer une éclipse de soleil depuis l’observatoire Fort Vénus de Tahiti. Les résultats scientifiques observés seront universellement admirés et il démontrera que la Nouvelle-Zélande n'est rattachée à aucune terre. Il estimera aussi la taille de l'Australie.
A la recherche de la Terra Australis
A partir de 1772, Cook, promu capitaine, va sillonner les océans, chargé de vérifier l'existence d'un continent austral, source de tous les questionnements scientifiques au 18 siècle. Il frôlera la banquise mais sans jamais apercevoir le continent recherché. De retour en Angleterre son rapport est clair : la mythique Terra Australis n’existe pas.
Celui que l'on considère désormais comme "le plus grand navigateur de tous les temps» repart en 1176 investi d'une nouvelle mission : trouver un passage Nord-Ouest pour raccourcir le trajet des importateurs de thé entre Asie et Europe. Il retrouve les îles découvertes par Crozet et Kerguelen, donnant au premier archipel le nom de Prince-Edouard, touche la Tasmanie, découvre les îles Sandwich (Hawaï) et se livre à une étude hydrographique du littoral nord-américain. Il franchit enfin le détroit de Béring, mais arrêté par la banquise alors qu'il hiverne aux îles Sandwich, il est tragiquement assassiné à la suite d'une querelle avec les indigènes.
L'Europe pleure le capitaine Cook, sûrement le plus remarquable découvreur de la planète. Il aura rendu d’immenses services à l'hydrographie, à l'ethnographie, aux sciences naturelles, à l'astronomie et la médecine navale. En hommage deux navettes spatiales porteront les noms de ses navires.
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17/06/2008 : Le vice roi des Indes, Vasco de Gama
Depuis 1165 circule dans l'entourage des rois chrétiens, une lettre rédigée en latin par un certain prêtre Jean. Destinée à l'empereur de Byzance, elle décrit l'existence d'une contrée au-delà des terres musulmanes où "s'étend un merveilleux royaume traversé par un fleuve provenant du paradis, charriant émeraudes, saphirs et rubis..." Dès lors, cette perspective va motiver l’occident pour rejoindre cette destination mystérieuse. L'esprit de découverte et la recherche de ressources prédominant à la Renaissance vont permettre à Henri le Navigateur, héritier de l'ordre du Temple, de renouer pas à pas, les liens commerciaux rompus sur les côtes africaines depuis la prise de Constantinople par les turcs ottomans. Dix ans se sont écoulés depuis que Bartolomeo Diaz a doublé le Cap de Bonne Espérance et la prochaine étape sera l'Inde et ses richesses.
Un aller-retour
L'avènement au Portugal de Manuel 1er, désireux d'atteindre les Indes avant les espagnols, est à l'origine du projet. Le roi fait appel à ce fils de noble né vers 1469 à Sines et instruit dans la prestigieuse école de Sagres. Il lui donne pour mission d'explorer l'océan indien et le 20 mai 1498, Vasco de Gama aborde Calicut, près du port le plus important de la côte Malabar, là où arabes et chinois échangent leurs marchandises et embarquent la production locale. Pour les portugais, c'est l'aboutissement d’un prodigieux rêve entretenu pendant plus d'un siècle. Vasco de Gama, peu informé sur les réalités de la vie quotidienne locale, constate avec surprise que les portugais obtiennent les mêmes droits commerciaux que les arabes, provoquant une certaine tension. Il crée un port d'exportation de poivre et de coprah et s'installe à Cochin. Il est le premier européen à rallier l'Inde par la mer en contournant le Cap de Bonne Espérance. Par suite d’intrigues avec les marchands arabes, il est mal accueilli par le Rajah et revient en Europe sans avoir trouvé le prêtre Jean.
En 1522, le nouvel " amiral des Indes" reprend la mer avec une flotte de guerre. Il bombarde et ruine Calicut, mène contre les musulmans la " guerre des épices" avec un esprit de croisé, et passe avec les princes de la côte Malabar des traités assurant aux portugais un monopole commercial. L'expédition de Vasco de Gama marquera l'histoire à tout jamais et est à l'origine de la colonisation de l'Inde. L'empire colonial portugais est né. Couvert d'honneurs, ce marin hors pair restera inactif pendant 20 ans avant de recevoir la plus haute distinction, celle de Gouverneur Général des Indes et décèdera juste après, le 24 décembre 1524.
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24/06/2008 : Jean de Béthencourt "Le Canarien"
Au début du 15e siècle, la seigneurie de Grainville-la-Teinturière, fief de teinturiers, tisserands et foulons, fait grand usage de l'orseille, plante tinctoriale permettant de teindre les draps en rouge. Déjà à la recherche d'or, d'ivoire et d’esclaves, Jean de Béthencourt, né en 1360 dans cette petite commune ambitionne de créer aux îles Canaries une colonie normande et tirer profit de toutes ses ressources. Contrairement à celle de Gadifer de la Salle, son associé, à l'origine d'émeutes qui contribueront à l'échec relatif de l'expédition, la devise de Béthencourt est " la force par la douceur". Il souhaite établir des rapports pacifiques et exemplaires entre normands et indigènes pour que ces îles soient le reflet de " l'exaltation et l'ostentation de toute la chrétienté". C'est en cela que son projet de colonisation normande est une première, préfigurant davantage l'avenir que ne rappelant le passé.
Quand l’orseille était une richesse convoitée
En pleine guerre de Cent Ans, le seigneur et son associé vont entreprendre pour leur compte, avec l'appui du pape et d’Henri III, roi de Castille, la conquête de l'archipel des Canaries peu connu et sans propriétaire. Ils embarquent à la Rochelle le 1er mai 1402 sur deux navires avec 80 hommes d'équipage et de nombreux colons, arrivent à Lanzarote et conquièrent les îles voisines de Fuerteventura et d'El Hierro. Béthencourt reconnait le roi comme son suzerain et devient lui même " roi des îles Canaries".
Les historiens s'accordent pour dire que Béthencourt conquît ces îles et y forma le premier établissement européen, mais divergent sur l'époque des faits. Fort heureusement, il existe une chronique connue sous le nom de " Le Canarien", rendant compte d’informations essentielles sur la vie des indigènes à l'arrivée des conquérants. Ecrit par les franciscains Pierre Bontier et Jean Le Verrier, participants de l'expédition, ce texte est le seul document existant. L’expédition de Jean de Béthencourt restera une réussite commerciale assurant aux normands le prospère monopole de l'orseille, et près d'un siècle plus tard, les Canaries deviendront une escale incontournable pour Christophe Colomb avant sa traversée vers le Nouveau Monde en 1492.
Le roi des Canaries, mort en 1425 sera enterré dans le choeur de l’église Notre Dame de l'Assomption de sa commune natale. Gravée par le sculpteur dieppois Caulier, une inscription surmontée des armes de Béthencourt sur une table de marbre noir rappelle cette belle aventure. On y lit en lettres d’or : " A la mémoire de Jehan de Béthencourt, navigateur célèbre et roi des Canaries inhumé dans le choeur de cette église en 1425. Priez pour lui".
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01/07/2008 : Jacques Cartier, ancêtre spirituel de la Nouvelle-France
En 1532 le malouin Jacques Cartier est présenté à François 1er par l’abbé du Mont-St-Michel qui évoque les voyages du marin au Brésil et à Terre-Neuve prouvant qu'il peut " conduire des navires à la découverte de terres nouvelles dans le nouveau monde". Promu capitaine, il effectuera trois voyages en Amérique du Nord de 1534 à 1542, succédant à Verrazano, pour découvrir le " passage du Nord-Ouest".
En 1534, il atteint Terre Neuve, explore le golfe du St Laurent et entre en contact avec les amérindiens avec lesquels la confiance s'installe. Il met pied à terre à Gaspé et revendique la région pour le roi de France. Il la nomme " Canada", de l’iroquois Kanata signifiant village, puis revient à St-Malo avec les fils du chef amérindien Donnacona. " Afin de parachever la découverte des terres occidentales", il armera ensuite une flottille qui remontera le St Laurent et à bord de la Grande Hermine, atteindra le site de " Québec". Continuant en amont, il construira un fortin pour hiverner. Arrivé en barque avec ses compagnons à Hochelaga, il aperçoit un peu plus loin une bourgade sur une colline. Il la nomme Mont Royal, devenu Montréal. Un chef de village lui affirme qu’il peut entrer dans un pays riche en or, mais il rebrousse chemin et après un passage à St Pierre et Miquelon, il revient à St Malo en juillet 1536 pensant avoir exploré une partie de la côte orientale de l'Asie.
" Faux comme des diamants du Canada"
Les Français qui cherchent de l'or, des gemmes et des épices, sont invités par Donnacona au riche royaume de Saguenay. Confiée au seigneur de Roberval, homme de cour avec pour objectifs la colonisation et la propagation de la foi, l’expédition embarque du bétail et libère des prisonniers pour en faire des colons. Mais Roberval prenant du retard, Cartier s'engage sur l'océan sans attendre. Il accumule or et diamants qu'il négocie avec les Iroquoiens. Enfin, en 1542, il retrouve Roberval à Terre-Neuve et malgré l'ordre de ce dernier de rebrousser chemin, il retourne en France où à peine arrivé, il fait expertiser le minerai et apprend qu'il s’agit de pyrite et de quartz sans valeur. Sa mésaventure sera à l'origine de l'expression " faux comme les diamants du Canada".
Déçu, il se retire dans son manoir près de Saint-Malo où il meurt de la peste en 1557, à l’âge de 66 ans. Il restera parmi les grands noms du 16e siècle. Premier à faire un relevé des côtes du golfe du St-Laurent, à décrire la vie des indiens du nord-est de l'Amérique et à découvrir le fleuve St Laurent, futur axe de l'empire français d'Amérique, il est à l’origine de l'occupation par la France des 3/4 d'un continent.
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08/07/2008 : Amerigo Vespucci, découvreur ou usurpateur ?
Fils de notaire, ce navigateur est né le 9 mars 1454 à Florence. Très tôt délaissé par sa mère, il passe alors beaucoup de temps avec son oncle qui entretient des relations avec la famille des Médicis et il en profite pour s'imprégner des arts de la Renaissance. Oncle et neveu resteront deux ans en France où Amerigo rencontre notamment Bartolomé Colomb, en visite chez Louis XI, alors en quête d’un financement pour les expéditions de son frère. Après le décès de son père, il retourne en Italie en devenant intendant de la famille des Médicis. En 1491, désormais responsable de leur banque, il gagne Séville puis rencontre Christophe Colomb à Barcelone au retour de sa première expédition. Les hommes se lieront d'amitié et Amerigo s'occupera de l'affrètement des bateaux de la seconde expédition en 1493.
Un mystérieux découvreur
L’incertitude reste entière sur le nombre de voyages réellement faits par le navigateur. Son nom n’apparait sur aucune liste de marins, et tout ce qui est relaté provient de ses propres écrits. Ainsi dans une lettre, il évoque un voyage entrepris en 1501 au cours duquel il aurait débarqué sur un territoire situé entre le Vénézuéla et le Brésil ; dans une autre de 1504, il décrit quatre voyages qu'il aurait faits mais certains détails démontrent qu'il a bel et bien voyagé vers le Nouveau Monde. En 1505, il est nommé capitaine d'une expédition vers les Indes demandée par le roi Ferdinand, mais la disparition de ce dernier en entraine l’annulation. En 1507, c’est lui qui choisit désormais les navigateurs des nouvelles expéditions et il ne sillonne plus les mers. Il devient responsable de la réalisation des cartes géographiques officielles, activité qu’il exercera jusqu'à sa mort le 22 février 1512 atteint sans doute de la peste.
Mais pourquoi a-t-on donné au nouveau continent le nom d'Amérique, dérivé du prénom de Vespucci, et non un autre en rapport avec Christophe Colomb qui en a fait la découverte auparavant ? C'est en France qu'il faut chercher l'origine de ce fait, jugé comme une importante erreur par certains. En 1507, un imprimeur vosgien souhaite rééditer la cosmologie de Ptolémée et il y inclure les dernières découvertes. Martin Waldseemüller dessinera les cartes en désignant les terres nouvelles, rappelant la lettre de Vespucci intitulée " Mundus Novus". Dès lors, il est reconnu comme le découvreur du Nouveau Monde après avoir été dépeint au 17e siècle comme un usurpateur qui aurait falsifié des écrits pour une gloire personnelle. Quant à Christophe Colomb, tombé dans l’oubli, il n'a jamais eu conscience d'avoir foulé un territoire nouveau. Il pensait avoir accosté dans une île des Indes...
Chouchou des Rouennais, l'Amérigo Vespucci est l’un des plus grands voiliers d'école militaire du monde. Sa construction a débuté le 12 mai 1930 à la demande de Benito Mussolini et il est sorti des chantiers napolitains en 1931. Ce trois-mâts carré, long de 101 m. a pour port d'attache La Spezia et a fêté en 2001 ses 70 ans sous les couleurs de la marine italienne.
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15/07/2008 : L'erreur magistrale de Christophe Colomb
Pour tout un chacun, Christophe Colomb a découvert l’Amérique. En réalité, l'Islandais Leif Eriksson et bien d'autres, l'avaient fait plusieurs siècles avant lui. Peu de choses sont connues sur sa jeunesse et de nombreux doutes subsistent. Cristoforo Colombo serait né à Gênes en 1451. Nullement intéressé par le commerce paternel de lainages, il décide très tôt de devenir marin et c'est des mains de son beau père, passionné d'exploration maritime, qu'il reçoit des cartes dont il fera bon usage. Il étudiera notamment les sciences, la navigation, les écrits de Ptolémée, le Livre des Merveilles de Marco Polo. Compétent mais beaucoup trop imaginatif, il nourrit le rêve ambitieux et fou pour l'époque, de gagner l'Asie des épices en voguant vers l'Ouest. Pour lui, la terre est ronde et l’Europe pas si loin que ça de l’Asie...
A la fin du Moyen Âge, la chrétienté assiégée par les Turcs rêve d'horizons nouveaux et les souverains espagnols, Ferdinand et Isabelle de Castille, convaincus des intérêts religieux et financiers de l’entreprise, accueillent avec bienveillance le projet présenté par Colomb.
Terre ! En réalité, le Nouveau Monde
Le 3 août 1492, il quitte Palos en Andalousie avec trois caravelles, la Santa María, la Pinta et la Niña. Deux mois plus tard il débarque sur l'île de Guanahami dans les Bahamas actuelles. Il en prend possession au nom des rois catholiques espagnols et la nomme San Salvador. Convaincu de sa position, il croit avoir atteint les Indes et baptise les habitants " indiens". Fort de sa réussite il repart en 1493 afin d’installer une colonie. Il découvre les petites Antilles, Guadeloupe et Dominique ainsi que Puerto Rico. Il explore les côtes de Cuba et de la Jamaïque, fonde la colonie d’Isabela et en confie le gouvernement à son frère Bartolomeo. Découvrant que les indigènes sont anthropophages, il décide de les réduire en esclavage avant de rentrer en Espagne en 1496. Reprenant la mer en direction des " Indes" en 1498, l’Amiral poursuit son expédition vers l'île de Trinidad tandis que Ferdinand et Isabelle reçoivent des plaintes sur la mauvaise gestion de la colonie. Ils envoient Bodadilla afin d’arrêter les deux frères pour les ramener en Espagne et les juger. A l'issue du procès, Colomb se verra retirer le contrôle des nouvelles terres et s'éteindra à Valladolid le 20 mai 1506, dépossédé de tous ses privilèges mais convaincu d'avoir atteint les Indes.
1492... une date qui résonne comme un événement historique majeur, Christophe Colomb découvre l’Amérique ! Ironie du sort, il était convaincu d’avoir rejoint les Indes et était pleinement satisfait d’avoir atteint son but. Il ne saura jamais qu’il s’agissait d’un nouveau continent et que sa découverte le faisait entrer dans les annales de géographie.
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