dimanche 27
05 | 2012

Fiches à consulter
Le thème à l'honneur
Fiches à consulter
Au quotidien
Bons et mauvais points
Jadis / Maintenant
La lorgnette
Parallèles et recto-verso
Les inclassables

Elle attend vos suggestions pour se remplir !

Vos nom et prénom :

Votre adresse email :

Votre idée :



Plaques des grands hommes

  • 01. 29/09/2010 : Gentleman, pas cambrioleur, Maurice Leblanc
  • 02. 06/10/2010 : On la surnommait "Castor", Simone de Beauvoir
  • 03. 13/10/2010 : L’abbé Cochet, un "fouilleur" de première !
  • 04. 20/10/2010 : Edouard-Mélite Pelay
  • 05. 27/10/2010 : Jules Adeline, sur le papier
  • 06. 10/11/2010 : Jules Poret de Blosseville
  • 07. 24/11/2010 : Un conquistador du cru
  • 08. 01/12/2010 : Yard, saute-ruisseau et poète clochard
  • 09. 08/12/2010 : Un Rouennais pas manchot
  • 10. 15/12/2010 : Un joueur de mots
  • 11. 22/12/2010 : La clef Duchamp
  • 12. 29/12/2010 : Parcours d’un as du volant
  • 13. 05/01/2011 : Un artiste multicarte
  • 14. 12/01/2011 : Explorateur de la Louisiane
  • 15. 19/01/2011 : L’homme qui peignait les chevaux
  • 16. 26/01/2011 : Science fiction et anticipation
  • 17. 02/02/2011 : "Le Polar Gentleman"
  • 18. 10/02/2011 : Un philosophe pour tous
  • 19. 16/02/2011 : Sous les feux de la rampe
  • 20. 02/03/2011 : Une gloire locale
  • 21. 09/03/2011 : Illustre professeur à Corneille


    01. 29/09/2010 : Gentleman, pas cambrioleur, Maurice Leblanc


    cliquez pour agrandir

    cliquez pour agrandir


    Monocle, haut de forme, moustache et canne. On l’imagine volontiers affublé avec les mêmes attributs qu’Arsène Lupin, son légendaire héros et célèbre "gentleman cambrioleur". Ce dernier est né en 1905 à la demande de Pierre Lafitte, le directeur du mensuel "Je sais tout" et qui a sans doute inspiré Gaston Leroux, le créateur de Rouletabille. Vous avez bien sur démasqué Maurice Leblanc, son géniteur. S’il est né à Rouen le 11 novembre 1864 au n°2 de la rue de Fontenelle, à l’angle du quai du Havre, une plaque commémorative sur la façade de l’immeuble cossu du n°4 de la rue du Bailliage à côté de l’hôtel particulier d’Hocqueville (qui ne deviendra Musée de la céramique que bien plus tard), reste la seule trace tangible de la vie rouennaise du romancier. Il y habita bourgeoisement pendant une quinzaine d’années, bureau au rez-de-chaussée et logement à l’étage.

    L’histoire d’une vocation ratée ?

    Doté d’une imagination fertile et débordante, le second enfant de l’armateur Emile Leblanc, suit de brillantes études au lycée Corneille et rêvera toujours de rencontrer ses idoles Gustave Flaubert et Guy de Maupassant. Ce dernier deviendra d’ailleurs son protecteur et la petite histoire rouennaise retiendra un clin d’œil fortuit (mais est-ce bien sur ?) puisque le buste de l’auteur de "Boule de suif" a été installé sous les frondaisons du square Verdrel (square Solférino à l’époque) à quelques dizaines de mètres de l’ancien logis du romancier. Une question reste posée presque 70 ans après sa mort (il s’est escamoté habilement, comme savait si bien le faire son héros, le 6 novembre 1941 et est enterré au cimetière parisien du Montparnasse) : a-t-il réussi la mission qu’il s’était assigné ? Il ne cachait pas qu’il voulait être " le romancier de la vie délicate des âmes" et il se retrouva, presque sans le vouloir, un écrivain populaire prolifique spécialisé en intrigues policières aventureuses, un genre pas très apprécié par les milieux littéraires traditionnels. Doit-on vraiment le regretter ?

    Retour en haut de page


    02. 06/10/2010 : On la surnommait "Castor", Simone de Beauvoir


    cliquez pour agrandir

    cliquez pour agrandir


    Celle qui en son temps fut une grande communicante, dans tous les sens du terme, aurait bien mérité de donner son nom à une voie rouennaise, mieux, à une médiathèque. Mais l’histoire locale en a décidé autrement et elle devra se contenter d’un ensemble abritant à la fois une modeste bibliothèque de quartier et pour montrer qu’elle n’est pas passée complètement à la trappe dans l’estime de nos responsables politiques, de vastes locaux d’archives. Des archives ! Un peu mesquin pour une femme au passé sulfureux mais universellement reconnue qui dans les années 30 fréquentait le "Métropole". C’était un lieu emblématique, le premier café existentialiste de la ville, un peu notre café de Flore à nous autres les vrais rouennais ! Il est depuis classé "Monument Historique" et Rouen se souvient de Simone de Beauvoir et de son "amour nécessaire", un certain Jean-Paul Sartre qui l’attendait en s’exerçant au yo-yo, la distraction à la mode. Tous deux professeurs de philosophie, l'une à Rouen au lycée Jeanne d’Arc et l'autre au Havre, ils se retrouvaient pour partager davantage qu'un petit noir dans ce décor Art-Déco, entre 1932 et 1936.

    Un Castor sans Pollux

    Et il est vrai que les dépenses de la jeune philosophe (elle est née en 1908) lors de son passage à Rouen, hormis ses repas à la brasserie Paul (située alors rue Grand Pont) qui était à la fois sa cantine et son bureau, n’étaient pas celles d’une milliardaire. Elle louait une modeste chambrette à l’hôtel de La Rochefoucauld en face de l’église St Romain, puis à l’hôtel du Petit Mouton dans une rue à la réputation douteuse. "...c’était dans une venelle... une vieille maison de style normand... A droite se trouvaient des chambres de passe, à gauche logeaient des pensionnaires..." Simone de Beauvoir, alias "Castor", nous raconte dans "La force de l’âge" l’histoire de cette ruelle. Mais au fait, pourquoi Castor ? Tout simplement le surnom que lui avait donné André Herbaud, l’un de des amis normaliens. Il sera ensuite repris par Sartre car "Beauvoir" est proche de l'anglais "beaver" signifiant castor. CQFD.

    Retour en haut de page


    03. 13/10/2010 : L’abbé Cochet, un "fouilleur" de première !


    cliquez pour agrandir

    cliquez pour agrandir



    cliquez pour agrandir


    Le 7 mars 1812 à Sanvic (quartier du Havre), débute l’histoire du fils d’un ancien soldat de l’Empire. Son père est garde-côte et son enfance se déroule à Etretat. Ses prédispositions intellectuelles sont remarquées et il est admis au Collège du Havre en 1827. L’année suivante, il entre au séminaire et se passionne bientôt pour l'archéologie quand les restes d'une villa gallo-romaine sont découverts près de chez lui. L’abbé Jean Cochet s’investit alors dans les fouilles et en 1834 est nommé correspondant de la Commission des antiquités. Ordonné prêtre en 1836, il aura été l’aumônier du Lycée de Rouen. Mais sa carrière ecclésiastique est courte, interrompue dès 1845 à cause d’une névrose générale, une forme de dépression qui l’accompagnera toute sa vie. Désormais, malgré cette santé préoccupante, il déploie une activité prodigieuse en parcourant toute la Normandie pour découvrir églises et monuments, les étudier et les restaurer. A l’étranger, il visite musées et collections privées en rencontrant maints érudits.

    Archéologue de terrain

    Ses travaux d’exploration dans le département lui confèrent vite une grande notoriété. Considéré comme un archéologue de terrain, il ne participe pas directement aux fouilles parfois expéditives, ce qui lui sera reproché. En parallèle, il multiplie les publications sur les églises du département, Dieppe en 1850 et Yvetot en 1852 et consigne dans deux ouvrages le résultat de ses fouilles. "Le tombeau de Childéric", paru en 1859, constitue une synthèse de ses recherches sur l’archéologie franque. En 1864 il publie "La Seine-Inférieure historique et archéologique" et réalise en 1871 le "Répertoire archéologique du département de la Seine-Inférieure".

    Parallèlement, il devient membre de l’Académie et de nombreuses sociétés savantes locales, correspondant du Comité des travaux historiques et des Sociétés Savantes en 1843, puis est nommé inspecteur des monuments historiques du département en 1849. En 1867, il devient conservateur du Musée des Antiquités de Rouen et s’installe dans la ville, participant à l’essor du Musée par des dons réalisés par le produit de ses fouilles.

    En avril 1875, il est frappé de paralysie et s'éteint le 1er juin de la même année au n°29 de la rue St Patrice. Une austère plaque en témoigne.

    Retour en haut de page


    04. 20/10/2010 : Edouard-Mélite Pelay


    cliquez pour agrandir

    cliquez pour agrandir



    cliquez pour agrandir


    Rendez-vous avenue Gustave Flaubert. Au n°74 un portail métallique bleu monogrammé "EP" cache un petit trésor inconnu des Rouennais, une boutique médiévale "Propriété du Musée départemental des Antiquités" transplantée du n°6 de la rue des Boucheries St Ouen quand la rue fut élargie pour le passage du tramway. Tout aussi inconnu, un grand rouennais y habita lorsque la rue était encore la rue de Crosne (jusqu’en 1951).

    Edouard Pelay est né à Rouen le 9 juin 1842. Sa mère était la fille d’un célèbre médecin rouennais à l'époque révolutionnaire et son père, Jean-Mélite, le directeur de la compagnie d'assurances "l'Urbaine". Edouard lui succèdera en 1862. Très tôt porté vers la bibliophilie, cet érudit devient un collectionneur inlassable spécialiste de la Normandie, du "p’tit papier" aux documents enluminés. Il partageait volontiers ses richesses, organisant de nombreuses manifestations, participant à diverses expositions et s’investissant dans plusieurs sociétés savantes. Il publia une dizaine d'ouvrages et fut le premier président de la Société rouennaise de Bibliophiles qu’il avait fondé.

    "Rouen, nouvelle bibliothèque"

    Il nourrissait une passion immodérée pour Corneille et il réunit une admirable collection d’ouvrages en éditions originales et rares, ainsi qu’une large iconographie sur le dramaturge. Mieux encore, il anima le comité de rachat de sa maison du n°4 de la rue de la Pie qui sera donnée à la ville en 1912, offrant ensuite sa bibliothèque cornélienne installée dans ce logis devenu Musée Corneille. Une plaque le rappelle précisément: 19 octobre 1917. Pas très loin trône un buste du généreux donateur.

    Il rassemble aussi une iconographie foisonnante sur Rouen acquise par la ville en 1983. Pas moins de 26 cartons comprenant des chartes médiévales, des étiquettes de coton à broder, des devis du XVIIIe siècle, des tickets du pont transbordeur, des timbres commémorant des événements rouennais marquants, des documents publicitaires. Une source de renseignements inestimable sur la période 1880-1920 mais stoppée net par son décès en 1921.

    Retour en haut de page


    05. 27/10/2010 : Jules Adeline, sur le papier


    cliquez pour agrandir

    cliquez pour agrandir


    Henri Beraldi, bibliophile et écrivain d'art écrit à son sujet : "Très actif, épris des trésors archéologiques de sa ville natale, il exploite avec succès la mine inépuisable du Vieux Rouen, et prend soin de conserver par la gravure les monuments, les maisons pittoresques, les aspects curieux que l'haussmannisation fait disparaître." De qui s’agit-il ? Jules Adeline né à Rouen le 28 avril 1845, habite et meurt le 24 août 1909 dans une maison typiquement normande au n°36 de la rue Eau de Robec. Il était à la fois dessinateur, aquafortiste, architecte et historien.

    A graver dans les mémoires

    C'est donc à Rouen même qu'il trouve l'inspiration des quelque 9000 dessins, gravures et aquarelles composant une oeuvre principalement dédiée à la vieille ville. Dès la fin de la guerre de 1870, il s’essaye par des dessins, des projets architecturaux et une première eau-forte. Pendant la période 1873-1885, il expose ses gravures au Salon des artistes français et obtient une médaille à l’Exposition universelle de Philadelphie en 1876. Membre de la Commission départementale des antiquités, de la Commission départementale d'architecture et de la Commission de l'école régionale des beaux-arts, il est élu membre de l’Académie de Rouen en 1880 et en devient le président en 1890. Officier de l'instruction publique en 1882, il est fait chevalier de la Légion d'honneur en 1896.

    Partageur, il met ses compétences au service de la connaissance de l'architecture de la ville en publiant des livres illustrés. Ainsi, l'histoire des "Quais de Rouen, autrefois et aujourd'hui" en 1880. Même si la photographie est opérationnelle depuis le début du 20e siècle, ce passionné d'archéologie prend soin de conserver l'aspect des maisons et monuments anciens uniquement en les dessinant. Sa créativité lui fait même imaginer une synthèse des monuments passés, présents et à venir par la création d'un "Rouen imaginaire". Il sera aussi l’architecte concepteur de monuments comme celui de Pouchet au Muséum de Rouen. Juste avant sa mort, il lègue à la bibliothèque, œuvres et travaux didactiques très documentés concernant les techniques de gravure.

    Retour en haut de page


    06. 10/11/2010 : Jeune explorateur disparu, Jules Poret de Blosseville


    cliquez pour agrandir

    cliquez pour agrandir


    Rendez-vous au n°22 de la rue Charles Lenepveu juste en face du chevet de l’église St Godard pour ouvrir une page d’histoire. Nous sommes devant l’ancien presbytère de la paroisse. En témoigne encore une petite croix de béton à l’entrée de la résidence. A sa droite, une grande plaque de marbre blanc remplace en 1922 celle de l’Académie de Rouen apposée en 1855 en hommage posthume à une personnalité inconnue de la plupart des Rouennais. Elle nous apprend le destin tragique de celui qui naquit ici le 29 juillet 1802, le baron Jules de Blosseville. Fils d'un officier de cavalerie dont la famille avait une tradition navale et administrative et d’une mère originaire de Saint-Domingue, il était navigateur, explorateur, géographe et naturaliste.

    Après une formation approfondie à la maison, il se porte volontaire à 16 ans pour la marine et voyage aux Antilles, à Cayenne et au Brésil où il aiguise son appétit pour l'exploration et la découverte scientifique qui étaient alors en vogue. En 1821, la marine française nouvellement réorganisée décide d'envoyer une expédition vers les mers du Sud et il part pour le Pacifique le 11 août 1822. Il fait alors partie de l'expédition scientifique de "La Coquille" jusqu’à 1825 sous les ordres de Louis Isidore Duperrey. 1826 lui donne l’occasion de sonder l’estuaire de la Seine et en 1827, il visite les mers d’Inde et de Chine.

    Perdu corps et biens

    En 1833, lieutenant de vaisseau, à bord d'un brick de 8 canons "La Lilloise", il embarque pour aller protéger et assister les pêcheurs français au large des côtes d’Islande et du Groënland dont il relève la côte entre 68°34' et 68°55' de latitude nord. Bloqué par les glaces, il doit relâcher au nord-est de l’Islande (Vopnafjörd). Dans une dernière lettre datée du 5 août 1833, il indique son intention de retourner "avec prudence" parfaire ses découvertes. On n'a plus jamais, depuis son départ, entendu parler de lui. En 1836, il fut rayé des rôles de la Marine française. Le commandant Charcot recueillera et ramènera à bord de son "Pourquoi-Pas ?" un peu de terre découverte par le disparu.

    Retour en haut de page


    07. 24/11/2010 : Un conquistador du cru


    cliquez pour agrandir

    cliquez pour agrandir


    Né à Falaise en 1027, Guillaume le Bâtard est le plus illustre des ducs Normands.

    Duc à l’âge de 8 ans, son enfance ne sera pas des plus heureuses. En 1045, Guillaume a 18 ans et la révolte gronde en Normandie alors en proie aux désordres et à l’anarchie. Le mouvement est mené par le puissant duc de Bourgogne Guy de Brionne, mais Guillaume rétablit l'ordre dans l'Ouest qui devra se soumettre.

    Il épouse sa cousine Mathilde malgré l'opposition pontificale et pour renforcer le pouvoir ducal, il fait de Caen sa seconde capitale. Le pape Léon lèvera son interdiction dix ans plus tard sous condition : les époux qui auront 4 enfants, trois fils et une fille, devront construire deux monastères, l'Abbaye aux Hommes et l'Abbaye aux Dames

    De 1050 à 1060, Guillaume repousse de nombreuses incursions menées par Henri Ier qui s'inquiète désormais de sa puissance croissante. Mais la mort du monarque en 1061 permet à Guillaume de briguer la succession du roi d’Angleterre. C’est pourtant un autre prétendant, Harold, qui accepte la couronne en 1066 malgré le serment à Guillaume qui fait approuver ses droits par le Pape et décide de conquérir l'Angleterre. A la tête d’une armée de 50 000 hommes, il embarque pour le Comté de Sussex avant de se rendre à Hastings.

    La lame à l’œil

    La bataille a lieu le 14 octobre 1066. Harold meurt, atteint par une flèche dans l'œil. Cette victoire décisive fait de Guillaume le maître de l'Angleterre et il devient roi le jour de Noël 1066 dans la cathédrale de Westminster. Il s'empare de tous les biens du domaine et dresse l'inventaire des propriétés anglaises. C’est le fameux "Domesday-Book" (recensement national, achevé en 1086). L’épopée est fort bien racontée dans la Tapisserie de Bayeux.

    Mathilde sacrée reine, Guillaume est alors alternativement d'un côté ou de l'autre de la Manche en fonction des rébellions. En 1087, à la suite d'un accident de cheval à Mantes, il vient mourir à Rouen le 9 septembre. Prévoyant, peu de temps avant sa mort, Guillaume avait organisé sa succession : la Normandie pour son fils aîné, le trône d’Angleterre pour le cadet, et une importante somme d'argent pour le plus jeune.

    Ainsi prenait fin un règne glorieux et efficace de 52 ans.

    ***

    C’est à l’église St Gervais de Rouen que fut déposée la dépouille de Guillaume le Conquérant avant son transfert à l’abbatiale St Etienne de Caen pour ses funérailles.

    L’inscription de l’Académie des sciences de Rouen rappelle l’ancienneté de cet édifice

    "Ici était le Prieuré de Saint Gervais, où mourut Guillaume le Conquérant, le IX septembre MLXXXVII (1087). Académie Roth. Posuit an. MDCCCXLVI (1846)".

    On lit sur une autre plaque côté sud : "Diex Aïe La Justice, le Droit, La paix de Dieu

    Dernières paroles de Guillaume le Conquérant Aïeul des Rois Normands + 9 7BRE 1087 Le Souvenir Normand 9 Juin 1904."


    ***

    Retour en haut de page


    08. 01/12/2010 : Yard, saute-ruisseau et poète clochard


    cliquez pour agrandir

    cliquez pour agrandir


    Athanase François Yard voit le jour le 13 septembre 1876 à Boissay, dans le canton de Buchy.

    Ses parents exploitaient une petite ferme où il passe une enfance triste et pauvre. A 12 ans, sa mère meurt des suites d'une fluxion de la poitrine à l’âge de 39 ans. Il est alors élevé par son grand-père puis, à 16 ans, il quitte travail familial et école pour entrer chez un huissier à Buchy en tant que "saute-ruisseau" (jeune clerc chargé des courses). Dès lors, il écrit ses premiers vers sur des cahiers d'écolier.

    En 1898, profitant d'un héritage, il tente sa chance à Paris et en 1900, il publie son premier recueil "Dehors" sous le nom de Francis Yard. Il est alors surnommé "le Poète des Chaumes" à Montmartre et au Quartier latin.

    Racines champêtres indélébiles

    Mais, la vie parisienne n'aura qu'un temps, et en 1904 il revient en Normandie où il trouve un emploi de surveillant à l'école primaire supérieure de Montivilliers. Il sera instituteur d'abord à l'école de garçons d'Harfleur, puis à l'école Pasteur de Petit-Quevilly et enfin à l'école Leroy-Petit, place Saint-Paul à Rouen, jusqu'à sa retraite en 1931. Brevet élémentaire et certificat d'aptitude pédagogique seront ses seuls bagages.

    Parallèlement à l'enseignement, il poursuit une carrière poétique marquée par le symbolisme, mais s'en distingue par sa sobriété de style. Avec ses "Armanaques", "L'Almanach Normand" qui réunit des proverbes, des dictons... il écrit aussi de courts récits et des contes, un genre qu'il développe dans son recueil des "Légendes et Histoires du beau pays de Normandie" qu'il illustre lui-même. Pendant une dizaine d'années, il travaille à un important répertoire linguistique, "Le patois de mon village". Il refuse la légion d'honneur en 1932 et en 1933 et publie "Sur le Robec". Il se met à boire à la mort de sa fille en 1936 et il vit ensuite dans la cabane de son jardin, dans un état de clochardisation, aidé seulement de quelques amis. Il publiera quand même "Mon Village" en 1945 et il mourra à Rouen des suites d'une congestion pulmonaire dans la crasse et la misère le 28 février 1947.

    Montant vers le cimetière Monumental où il est enterré, une rue lui rend hommage avec une modeste plaque au n°19 qui rappelle son passage sur sa chère terre normande.

    Retour en haut de page


    09. 08/12/2010 : Un Rouennais pas manchot


    cliquez pour agrandir


    René Dumesnil dit de Marcel Dupré : "Son œuvre est considérable, mais ce n’est pas seulement aux ouvrages publics qu’il doit une réputation universelle: son talent d’improvisateur fut reconnu en tous lieux du monde, pour l’un des plus extraordinaires dont un musicien ait été doué, et l’on a souvent regretté que cette musique édifiée sur un thème donné se soit évanouie à mesure qu’elle naissait.".

    Organiste, improvisateur et compositeur français précoce, né le 3 mai 1886 à Rouen au n°12 de la rue du Vert Buisson (en témoigne une plaque commémorative), dans une famille de musiciens, son père qui s’exerçait sur son orgue Cavaillé-Coll, deviendra en 1911 titulaire des grandes orgues de l’abbatiale Saint-Ouen, tandis que sa mère, pianiste et violoncelliste, avait fait de la musique de chambre avec Mendelssohn. A quatre ans, atteint d’ostéomyélite, il doit subir l’ablation de la clavicule droite et garder le lit pendant plus de six mois.

    De Saint Vivien à l’Albert Hall

    A huit ans, il donne son premier concert public à Elbeuf. A douze ans il devient titulaire de l'orgue de Saint-Vivien et à 16 ans, il entre au Conservatoire de Paris. Il sera premier prix de piano en 1905, d'orgue en 1907 (l’année où à la suite d’un accident, il a la main droite immobilisée et avec beaucoup d’imagination, s’exerce à perfectionner son jeu de pieds par des exercices très complexes), et de fugue en 1909. En 1914, il devient Grand Prix de Rome mais la guerre l’empêche d’aller séjourner à la Villa Médicis. En 1920, Marcel Dupré devient concertiste, donnant des récitals dans le monde entier. En 1926, il est nommé professeur d'orgue au Conservatoire de Paris où il enseignera pendant 28 années, et en 1934 il devient titulaire à St Sulpice à Paris. Sa renommée ne cessant de grandir jusqu’en 1939, il fait le tour du monde avec 40 concerts en Australie et 60 aux États-Unis et au Canada, dont l’intégrale de Bach à Montréal. En 1956, il est élu membre de l'Institut de France et la même année, un grand oratorio, "La France au Calvaire", sur un poème de René Herval, est exécuté le 25 juin pour l’inauguration de la réouverture de la cathédrale. Egalement auteur de nombreux ouvrages techniques, il donne son dernier concert en public à l'âge de 85 ans à l'Albert Hall de Londres avant de décéder le 30 mai 1971 à Meudon où il s’était installé en 1925.

    Retour en haut de page


    10. 15/12/2010 : Un joueur de mots


    cliquez pour agrandir


    Camille Cé, Camille Chemin pour l'état civil, est né à Rouen le 26 octobre 1878.

    Issu d'une famille de drapiers elbeuviens au XVIIIe siècle et de notaires rouennais au XIXe, il est le fils d'Amand Chemin, Armand Menich en littérature. A la fois poète et écrivain, il décèdera à Paris le 12 juin 1959.

    Le Rouennais "manchot"

    Professeur agrégé au lycée de Cherbourg de 1905 à 1909, il collabore à cette époque à la "Revue d'études normandes". La Manche l’honorera bien plus tard en l’élisant membre correspondant de la Société nationale académique de Cherbourg en 1954. Il sera aussi rédacteur en chef de la revue "Les Normands de Paris . Si à Rouen une plaque avec un médaillon le représentant a été apposée sur sa maison natale au n°12 bis de la rue de l'École, un lycée parisien, dans le 15e arrondissement perpétue sa mémoire.

    Il aimait à dire qu’ "accoler le mot normand à un nom d’artiste, ce n’est pas réduire son talent mais au contraire l’enrichir d’une dimension supplémentaire". Certains ont pu le comparer à Maupassant.

    Professeur d'anglais à Rouen au lycée Corneille, puis au lycée Saint-Louis de Paris, il est co-auteur avec Jean Gaument, alias Ferdinand Verdier, de romans et de contes se déroulant dans la région rouennaise. Sa production est marquée par un souci constant de mettre en valeur les tournures de langage et le vocabulaire normand avec pour thèmes principaux, la vie des humbles, des artistes, les drames sentimentaux, l'exotisme, le fantastique ("Le Fils Maublanc", distingué par l'Académie française). Critique littéraire, il est l'auteur d'un ouvrage d'analyse sur l'oeuvre d'Edouard Estaunié, d’une inspiration proche de la sienne. Le dramaturge Robert de Flers lui confiera en 1925 "Vous avez écrit cinq ou six fois le roman de la détresse humaine". Il est également l'auteur de traductions anglaises comme "Le Roi Lear" et du manuel "English Alive".

    Retour en haut de page


    11. 22/12/2010 : La clef Duchamp


    cliquez pour agrandir

    cliquez pour agrandir


    Devant le Musée des Beaux-Arts de Rouen, Marcel Duchamp, un artiste aux mille facettes est le seul à pouvoir s’enorgueillir d’avoir quatre plaques de rue aux textes différents.

    Né à Blainville-Crevon le 28 juillet 1887, ce fils de notaire est resté d’une extrême retenue après son passage sur terre. "Ingénieur du temps perdu", il revendiquait le droit à la paresse. Il était aussi "anartiste", superbe néologisme pour qualifier une personnalité hors du commun, "marchand de sel" et "joueur d’échecs" avec son ami photographe Man Ray.

    Il disait "Je me suis forcé à me contredire pour éviter de me conformer à mon propre goût".

    A contre courant

    Il a révolutionné la conception académique de l’art qui avant lui, ne jugeait la valeur d'une œuvre qu’en fonction du travail fourni. L'hétérogénéité des moyens d'expression et la complexité de ses œuvres, de la peinture (Nu descendant un escalier), à l'installation plastique la plus hermétique (Étant donnés...) en passant par des objets usuels (Fontaine, en fait un urinoir, Porte-bouteilles...) qu’il décrétait lui-même œuvres d'art, ne permettent de le classer dans aucun des mouvements artistiques du siècle dernier. Il traversa cubisme, futurisme, dadaïsme et surréalisme en s'excluant lui-même de tout courant.

    A nous maintenant de traverser le square Verdrel (jardin Solférino avant 1929) pour nous arrêter devant l’austère maison au n°73 de la rue Jeanne d’Arc. Marcel y a vécu entre 1905 et 1925 avec ses frères et sœur. Gaston, plus connu sous le nom de Jacques Villon, et Suzanne étaient peintres, tandis que Raymond, dit Duchamp-Villon était sculpteur. Une maison d’artistes qui garde en souvenir et en hommage une plaque commémorative sur sa façade.

    On peut y lire "Marcel Duchamp 1887 –" mais pas d’année de décès. Oubli volontaire ou non ? Serait-il un artiste éternel ? Allez savoir, mais si vous promettez d’être discrets, sachez quand même qu’il nous a quittés le 2 octobre 1968. Une épitaphe est gravée sur sa tombe au Cimetière Monumental de Rouen : "D’ailleurs, c'est toujours les autres qui meurent." Ben voyons, serait-on tenté de lui répondre !

    Retour en haut de page


    12. 29/12/2010 : Parcours d’un as du volant


    cliquez pour agrandir

    cliquez pour agrandir


    Si le "Vieux Renard" Louis Chiron pouvait se targuer d’être le plus vieux pilote de l'histoire de la Formule 1, un authentique Rouennais, à un quart de roue, n’avait rien à lui envier.

    Né le 29 décembre 1896, Philippe Etancelin débuta sa carrière de pilote en 1927 au Grand Prix de la Marne à Reims. Il le disputa à titre privé au volant d’une Bugatti et il le remporta. Fidèle à la marque pendant 4 saisons, il court ensuite, toujours à titre privé, sur une Alfa Romeo et remporte les Grands Prix de la Marne et de Picardie en 1933. L'année suivante, c’est le triomphe aux 24 heures du Mans avec Luigi Chinetti. Puis, 1935 le voit courir pour Maserati, avec qui il remportera une nouvelle victoire sur le circuit de Pau en 1936.

    "Phi-Phi" pour les intimes

    En 1938, il passe chez Talbot-Lago mais, comme pour de nombreux sportifs, "Phi-Phi" voit sa carrière stoppée net par le second conflit mondial.

    En 1946, c’est le grand retour sur Delage puis sur Talbot-Lago et il termine second du Grand Prix d'Albi. Pendant la saison suivante, il est victorieux du Grand Prix de Paris, sur le célèbre circuit de Montlhéry. Il sera toujours bien placé à Marseille, à Monza et sur le circuit tchèque de Brno. Lorsque le championnat du monde de Formule 1 est lancé le 13 mai 1950, Philippe a déjà passé les 53 ans, un âge rédhibitoire dans la plupart des autres disciplines sportives. Il termine 8 e du Grand Prix de Grande-Bretagne en 1950 et il aura participé à douze Grands Prix au cours de sa carrière. Toujours fidèle à sa marque fétiche et concourant à titre privé, il se classera souvent honorablement. Mais au cours des saisons suivantes, il connaîtra des fortunes diverses et ne pourra pas toujours "rentrer dans les points" En 1953, après la Grand Prix de Rouen sur le circuit des Essarts (dont il fut co-créateur), une épreuve qu'il terminera en 3 e position, Philippe Etancelin décide de prendre une retraite méritée, l’année même où le président René Coty le décore de la Légion d'honneur pour les résultats obtenus sur l'ensemble de sa carrière.

    Phi-Phi restera ensuite un membre actif du club des anciens pilotes jusqu'à sa mort le 13 octobre 1981 à Neuilly-sur-Seine à l’approche de ses 85 ans. Une plaque sur la maison au n°26 de la rue de l’Industrie dans l’île Lacroix rappelle sa vie rouennaise.

    Retour en haut de page


    13. 05/01/2011 : Un artiste multicarte


    cliquez pour agrandir

    cliquez pour agrandir


    A Rouen, le musée de la ferronnerie est plus connu sous le nom de "Secq des Tournelles".

    Intéressons-nous plutôt à son créateur. Jean-Louis Henri Le Secq des Tournelles nait en 1818 dans un milieu aisé. Artiste peintre, après un passage dans les ateliers du sculpteur Pradier et des peintres Granger et Delaroche, il rencontre en 1840 Gustave Le Gray, futur complice de ses débuts en photographie.

    Il expose ses premières oeuvres au Salon de 1842 et aborde la photographie vers 1848 avec des portraits. Il flirte ensuite avec l’architecture en photographiant des cathédrales qui seront l’un de ses thèmes de prédilection avec les paysages.

    Sélectionné en 1851 par la commission des Monuments Historiques pour une mission dans l’Est de la France, il suit les premières démolitions parisiennes en immortalisant de nombreuses maisons avant qu’elles ne disparaissent. Il participe à l'Exposition Universelle de 1855 et ne cesse de mêler ses trois passions, peinture, photographie et architecture.

    Un étonnant "savoir fer"

    Adoptant des formats toujours plus grands, il se livre à de surprenantes études de terrains et de sous-bois. Son fonds d'atelier sera légué à la Bibliothèque des Arts décoratifs de Paris en 1905 et la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine conserve aujourd’hui, épreuves et négatifs de la commande de 1851. Et à l’automne 1986, on rend hommage à l'un des premiers calotypistes français en dévoilant une œuvre longtemps inédite, environ 400 négatifs sur papier ciré et 700 épreuves sur papier salé.

    Quant à sa collection de ferronnerie débutée en 1862, elle sera poursuivie après sa mort en 1882 et elle fait de bonheur des visiteurs du Secq des Tournelles.

    Car ne se contentant pas d'amasser des trésors, il avait aussi transmis la manie de la "collectionnite" à son fils. Difficile d'imaginer les merveilles accumulées par ces amoureux du fer. Les enseignes ouvragées dominent des coffres bardés de renforts, les briquets succèdent aux lits à baldaquin, les dés à coudre aux balustrades.

    Gagnés par la fascination des "Le Secq des Tournelles" pour un matériau aux mille métamorphoses, on a envie de les remercier d’avoir partagé leur dévorante passion en léguant leur collection à la ville en 1921.

    Retour en haut de page


    14. 12/01/2011 : Explorateur de la Louisiane


    cliquez pour agrandir


    Premier Européen à parcourir le fleuve Mississippi le 7 avril 1682, René-Robert Cavelier, Sieur de La Salle, au nom du roi de France Louis XIV, prend possession du territoire et en son honneur, baptise "Louisiane", la région s'étendant du golfe du Mexique aux Grands Lacs Michigan, Huron, Érié et Ontario. Très controversé, La Salle demeure l'un des plus grands explorateurs de l'histoire de la Nouvelle-France. Ce Rouennais, fils de riches négociants, avait vu le jour le 22 novembre 1643 et sera baptisé en la paroisse St Herbland, près du Gros-Horloge. Il étudie au collège des Jésuites, l’actuel Lycée Corneille, mais sept ans plus tard, renonce à ses voeux et reprend sa liberté.

    A l’instar d’autres Normands explorateurs du Nouveau-Monde, il part en 1667 pour le Canada, où il reçoit l'aide de son frère Jean, prêtre Sulpicien établi près de Montréal. Il poursuit ses explorations plus à l'ouest mais, afin d'obtenir le soutien du roi, il revient vite en France, accompagné de l'explorateur italien Henri de Tonty qui deviendra son meilleur ami.

    Il obtient une concession, apprend les langues indiennes, et à partir de 1668, se consacre à l'exploration de la région des Grands Lacs, tout en se livrant au commerce des fourrures. Au service du gouverneur de la Nouvelle France, le comte de Frontenac, il part sur les traces de Louis Joliet et père Marquette, partis eux aussi explorer la vallée du Mississippi.

    Ses qualités lui valent d'être nommé commandant de Fort Frontenac. Sa mission sera un succès et il sera anobli.

    Des marins assassins

    En 1683, l'explorateur débarque à La Rochelle avec en projet, la colonisation de la Louisiane. Louis XIV le nomme vice-roi d'Amérique du Nord et en 1684, il quitte la France avec une flotte de quatre navires, afin d'établir une colonie à l'embouchure du Mississippi.

    Maladresse, ironie du sort ou incompétence ? Lorsqu'il atteint le golfe du Mexique, il ne peut trouver l'embouchure du fleuve et accoste ... au Texas.

    En janvier 1687, il repart vers le Canada à la tête d'un groupe de dix-sept hommes afin d'aller chercher de l'aide pour les quelques membres restants de l'expédition. Mais les marins se mutinent et La Salle est assassiné au bord du fleuve Trinity au Texas, le 19 mars 1687.

    Une grande et belle plaque commémorative à l’angle des rues du Gros-Horloge et du Bec nous rappelle ces faits ainsi qu’un monument-plaque dans le baptistère de la Cathédrale et un buste du sculpteur Jean-Marc De Pas sur le pont Boïeldieu.

    Retour en haut de page


    15. 19/01/2011 : L’homme qui peignait les chevaux


    cliquez pour agrandir


    Que reste-t-il à l’emplacement de sa maison au n°19 de la rue de l’Avalasse ? Une simple plaque commémorative rappelant qu’il est né ici le 26 septembre 1791. Quant à son buste, il a disparu et nul ne sait ce qu’il en est advenu. Théodore Géricault, issu d’une famille bourgeoise royaliste, n’avait que deux passions, l’art et le cheval. En 1808, il accède à l’atelier de Carle Vernet, peintre spécialisé dans l’étude des chevaux et se lie avec son fils Horace avant d’entrer à l’école des Beaux-arts de Paris. Il présente au Salon de 1812 une toile équestre qui fait sensation et est récompensée. En 1814, il suit Louis XVIII en fuite à Gand et après son échec au concours du Prix de Rome de 1816, il voyage, découvre la Renaissance italienne et Rubens. Au retour, il s’installe près de son ami Vernet et s’attelle à une oeuvre monumentale, "Le Radeau de la Méduse", présentée au Salon de 1819. Réaliste, forte, mais controversée, elle obtient un franc succès.

    En 1820 Géricault organise une exposition itinérante en Angleterre, s’initie à la lithographie et en profite pour pratiquer l’équitation. Il s’inspire de la peinture locale et son thème favori devient le cheval. Une puissance extraordinaire s’en dégage comme dans le fameux "Derby d’Epsom". Fin 1821, il rencontre le peintre Jacques-Louis David avant de rentrer à Paris. Menant une vie désordonnée, il dépense sans compter pour entretenir ses chevaux et parallèlement, s’oriente vers les représentations de la mort et de la souffrance tels les aliénés mentaux, "la monomane du jeu" ou "le kleptomane", sujets très en vogue.

    Le naufrage d’un grand peintre

    Des chutes de cheval répétées entraînant une lésion à la colonne vertébrale passée inaperçue, vont aggraver un état déjà critique et il doit s’aliter en février 1823. Il ne se relèvera pas et meurt le 26 janvier 1824, laissant inachevés nombre de grands projets, restés à l’état d’esquisses, traitant de l’abolition de l’esclavage et de la traite des Noirs.

    Ayant peu exposé de son vivant, il laisse une œuvre souvent riche et dérangeante, mais malheureusement dispersée. Toujours en quête de l’humain, il a introduit dans la peinture le mouvement, la couleur et des thèmes réalistes annonciateurs d’une nouvelle école, le romantisme. Désormais, la place est libre pour Delacroix, son héritier spirituel.

    Retour en haut de page


    16. 26/01/2011 : Science fiction et anticipation


    cliquez pour agrandir

    cliquez pour agrandir


    Robert Fulton, ingénieur américain né en 1765 , est considéré comme l'inventeur du bateau à vapeur. En fait, il est celui qui rendit opérationnel un procédé déjà connu. Cultivant son goût pour l’art, il part à l'âge de 17 ans pour Philadelphie et se fait un nom en peignant portraits et miniatures et rencontre Benjamin Franklin. En 1786, expatrié en Grande-Bretagne, il s’oriente finalement vers le dessin industriel. Arrivé en France en 1797 il propose au Directoire, alors en guerre contre l’Angleterre, un sous-marin baptisé Nautilus, 70 ans avant les "Vingt mille lieues sous les mers" de Jules Verne.

    Quelques mètres sous la Seine

    Sur les quais, une plaque sur un "Marégraphe" récemment restauré, rappelle l’expérience de ce "citoyen américain" qui "En Seine devant Bapeaume du 24 au 31 juillet 1800... procéda aux premières expérimentations de navigation sous-marine sur son navire submersible Nautilus construit à Rouen...". Présenté avec son concepteur à bord, le Nautilus replia mât et voiles sur le pont, et avec trois membres d'équipage actionnant une vis, plongea à une profondeur de 7,60 m. Les essais se poursuivent ensuite au large du Havre et de Camaret. Mais bien que concluants (l’engin aurait pu couler les bateaux anglais), ils ne convainquent personne. Ni les Français, Napoléon Bonaparte en tête, ni les Britanniques, ne montrent un quelconque intérêt pour cette géniale invention.

    Fulton poursuit cependant ses études sur la propulsion à vapeur, avec le soutien de Robert Livingston, l’ambassadeur américain à Paris. Il teste un prototype mais c’est un échec. Doté d’une machinerie trop lourde, le bateau coule et Fulton doit construire un modèle renforcé. En 1803, il fait fonctionner le premier bateau à vapeur sur la Seine et en 1807, il ouvre la première ligne commerciale régulière entre New York et Albany, sur l'Hudson.

    Il dessinera ensuite le premier navire de guerre à vapeur qui porte son nom.

    Mort en 1815, les cinéphiles auront pu retrouver son histoire dans le film "Austerlitz" d'Abel Gance. Orson Welles interprétait le rôle.

    Retour en haut de page


    17. 02/02/2011 : "Le Polar Gentleman"


    cliquez pour agrandir


    Si Jean-Martin Charcot, neurologue célèbre, avait exploré les "terra incognita" de la pathologie nerveuse, son fils Jean-Baptiste, né le 15 juillet 1867, deviendra l’un des plus grands explorateurs polaires du 20e siècle. Robert Falcon Scott, autre figure marquante de l'âge héroïque de l'exploration en Antarctique, l’affubla d’un sobriquet resté célèbre : "The Polar Gentleman». Après une longue absence française dans le domaine de la recherche polaire et la découverte de la Terre Adélie par Dumont d’Urville en 1840, Charcot effectue deux expéditions capitales, avec le "Français" en 1903-1905, puis en 1908-1910 à bord du "Pourquoi Pas ?". Un drôle de nom pour un navire, mais après tout, pourquoi pas, pourrait-on dire. En fait, il l’avait appelé ainsi, car dans son enfance, quand on lui demandait ses raisons de devenir marin et explorateur, Jean-Baptiste répondait invariablement : "pourquoi pas ?". Naviguant dans des conditions extrêmes en bordure de banquise, il longe la Terre de Graham et découvre un territoire inconnu qu’il baptise "Terre Charcot" en l’honneur de son père. Les résultats de ses missions ont de quoi impressionner. Des milliers de kilomètres de côtes reconnues, des cartes marines d’une précision telle qu’elles deviennent vite indispensables aux chasseurs de baleines, et des photographies à profusion.

    Escale rouennaise

    Le 4 juin 1910, de retour en France, le "Pourquoi Pas" passe sous le Pont Transbordeur rouennais et en présence de Paul Doumer et de nombreuses personnalités venues l’accueillir, le Commandant retrouve sa femme. Un siècle plus tard, une plaque commémorative au pied du pont Boïedieu était dévoilée devant la petite fille du Commandant et d’une centaine de Rouennais curieux et reconnaissants. Ils apprenaient que pendant la première guerre mondiale, Charcot, le médecin de marine chassait ... les sous-marins.

    De nombreuses missions scientifiques du navigateur explorateur, seront aussi conduites dans les mers du nord tant aux îles Féroé qu’à Jan Mayen ou en Islande. Au Groenland, il collaborera aux recherches de l’explorateur danois Mikkelsen et en 1934, il y installe la mission ethnographique de Paul-Emile Victor qui doit vivre pendant un an au milieu d'une population eskimo. Mais le 15 septembre 1936, sur le chemin du retour au large de l’Islande, le "Pourquoi Pas ?" pris dans une tempête cyclonique, fait naufrage dans de dramatiques conditions. Il se brise sur les récifs et sombre avec son équipage. Un seul survivant réussira à regagner la côte à la nage. Le corps de Charcot sera retrouvé et enterré au cimetière Montmartre de Paris après des funérailles nationales.

    Retour en haut de page


    18. 10/02/2011 : Un philosophe pour tous


    cliquez pour agrandir


    "Fontenelle est né dans cette maison le 11 février 1657" peut-on lire en lettres de cuivre sur une plaque de marbre noir au n°100 de la rue des Bons Enfants. A une époque où la longévité n’était pas la nôtre, il s’en est fallu de peu que le neveu de Pierre Corneille devienne centenaire. Il devait décéder le 9 janvier 1757 et la rue portera brièvement son nom en 1794. A l’angle des rues de Fontenelle et de Crosne, parmi d’autres gloires locales, un médaillon nous fait découvrir son visage. Mais les Rouennais connaissent-ils vraiment ce rationaliste ennemi de l’obscurantisme ?

    Un lumineux philosophe

    Bernard le Bouyer de Fontenelle restera le philosophe et poète qui annonça l'esprit des Lumières en vulgarisant les théories scientifiques nouvelles. Le neveu de Pierre et Thomas Corneille, fils d'avocat, fréquenta le collège des Jésuites, étudia le droit et se consacra très tôt à la littérature. A 20 ans, son oncle Thomas l'engage comme collaborateur de sa revue, le "Mercure galant". Précoce, à 23 ans, il fait jouer "Aspar" mais la représentation est un échec. De 1682 à 1687, ses textes le font connaître comme philosophe et scientifique soucieux de vulgarisation intelligente, plus que comme auteur de précieuses poésies, opéras ou tragédies. Parmi ses nombreux ouvrages, on peut citer "la République des philosophes", un roman utopique vantant une démocratie radicale, matérialiste et athée, "les Dialogues des morts" qui rapportent des conversations fictives entre Sénèque et Scarron, Socrate et Montaigne, un article ironique sur la rivalité des religions, une vulgarisation des théories coperniciennes, un traité sur "l'Origine des fables" ou bien encore "l'Histoire des oracles", dénonciation des impostures en matière de religion.

    Un soutien moderne

    En 1688, sa "Digression sur les Anciens et les Modernes", référence à la fameuse querelle, lui valut d'être élu à l'Académie française trois ans plus tard, avec l'appui des Modernes. Secrétaire de l'Académie des sciences à partir de 1697, il se consacra à la diffusion des progrès scientifiques de son temps et à l'histoire de cette institution. Il publia encore une "Géométrie de l'infini", une "Vie de Corneille", une "Histoire du théâtre", des "Réflexions sur la poétique" et une "Théorie des tourbillons cartésiens".

    Curieux et cultivé, d'une intelligence supérieure, il avait la réputation d'un bel esprit, passionné de sciences et animé d'une grande foi dans le progrès.

    Retour en haut de page


    19. 16/02/2011 : Sous les feux de la rampe


    cliquez pour agrandir


    Au n°51 de la rue St Eloi, une plaque rappelle l’existence du Jeu de Paume des Bracques où Molière joua tandis que Corneille rencontrait l’actrice Mlle Duparc à qui il dédia ses "Stances à la marquise". La troupe se produisit à Rouen de mars à octobre 1658.

    Une autre actrice illustre de cette époque était Marie Desmares plus connue sous le nom de. "La Champmeslé"

    Actrice et tragédienne née à Rouen le18 février 1642 ,elle est fille d’un receveur du domaine de Normandie et fait très tôt ses débuts d’actrice à Rouen. Jeune veuve, elle se remarie en 1666 avec l’acteur Charles Chevillet, connu à la scène sous le nom de "Monsieur de Champmeslé". En 1668 ils intègrent la troupe du Théâtre du Marais, où elle incarne Vénus dans La Fête de Vénus de l’abbé Claude Boyer. L’année suivante, elle est Hermione dans Andromaque d’un jeune dramaturge débutant, un certain Jean Racine. Elle obtient avec ce rôle un grand succès à l’Hôtel de Bourgogne où elle joue devant la reine.

    L’égérie racinienne

    Elle se lie alors d’une amitié passionnée avec Jean Racine qui écrira certaines de ses plus belles et fines tragédies pour elle. Elle sera tour à tour Bérénice (1670), Monime dans Mithridate (1673), Iphigénie (1674) et Phèdre (1677), mais cette dernière pièce n’ayant rencontré qu’un succès mitigé, La Champmeslé quitte Racine pour le comte de Clermont-Tonnerre. Un quatrain est alors en vogue dans la capitale :

    "À la plus tendre amour elle était destinée, qui prit longtemps Racine dans son cœur ; Mais par un insigne malheur le Tonnerre est venu, qui l’a dé racinée".

    Deux ans plus tard elle passe, avec son mari, dans la troupe de Molière. Elle y reprend les rôles que Racine lui avait écrits et s’empare du répertoire tragique que Molière met à l’affiche, telles que la plupart des tragédies de Corneille. Lorsque les deux troupes fusionnent pour donner naissance à la Comédie-Française en 1680, la Champmeslé est l’une des principales sociétaires. Elle meurt le 15 mai 1698 durant les représentations d’Oreste et Pylade. La Fontaine lui a dédié sa fable Belphégor et Boileau l’a immortalisée à sa façon : "Jamais Iphigénie en Aulide immolée, ne coûta tant de pleurs à la Grèce assemblée que, dans l’heureux spectacle à mes yeux étalé, en a fait sous son nom verser la Champmeslé".

    Retour en haut de page


    20. 02/03/2011 : Une gloire locale


    cliquez pour agrandir

    cliquez pour agrandir


    Né à Rouen le 6 décembre 1775 au n°61 de la rue aux Ours, le père d’Adrien Boïeldieu était secrétaire à l'archevêché. Adrien s’initie au chant et au solfège à la Cathédrale, prend des cours de piano, d'orgue et d'harmonie avant de commencer une carrière de compositeur.

    En 1793, c’est son premier opéra comique, La Fille coupable joué au Théâtre des Arts.

    Il enchaîne opéra sur opéra comme Le Calife de Bagdad et en 1803 il accepte un poste à la cour impériale de St Petersbourg, devenant directeur de l'Opéra Français. Il revient pourtant à Paris malgré les offres du tsar et renoue avec les succès. En 1815, il succède à Méhul à l'Académie des Beaux Arts.

    Le Petit chaperon rouge

    En 1818, il crée Le Petit chaperon rouge d'après Perrault. C’est au moment où la mode tourne en faveur du style de Rossini dont Boïeldieu est un admirateur, qu'il compose en 1825 La Dame blanche, l'un de ses plus grands succès.

    Il cherchera ensuite à varier son style mais la maladie stoppera la composition d’un nouvel opéra qu’achèvera son fils Louis. Des problèmes à la gorge le mèneront régulièrement en cure dans les Pyrénées, à Hyères et en Italie avant son décès le 8 octobre 1834. Après des obsèques nationales aux Invalides, il est incinéré à Rouen au Cimetière Monumental. 1875 sera l’occasion de célébrer le centenaire de sa naissance par de grandioses manifestations et la reconstitution d’anciennes portes de la cité fortifiée comme la porte Jehan le Cœur.

    Le 31 mai 1944, pendant la Semaine Rouge, sa maison natale à pans de bois qui abritait déjà, comme aujourd’hui, un commerce de timbres et gravure, sera entièrement détruite. Disparaîtront à jamais la plaque initiale et le buste du compositeur qui la surmontait.

    De nos jours, le seul souvenir de Boïeldieu est sa statue voyageuse place du Gaillardbois. Inaugurée en 1839 sur le cours éponyme devant l’hôtel d’Angleterre dans le quartier de la "Petite Provence", elle sera déplacée en 1899 vers la rue Camille St Saëns.

    Retour en haut de page


    21. 09/03/2011 : Illustre professeur à Corneille


    cliquez pour agrandir

    cliquez pour agrandir


    Bel hommage d’élève à maître que cette plaque du Lycée Corneille reprenant un propos d’André Maurois. Emile-Auguste Chartier alias Alain, vit le jour le 3 mars 1868.

    A la fois philosophe, journaliste, essayiste et professeur de français, avant d’être connu sous ce nom, il utilisa d’autres pseudonymes tels Criton, Quart d'œil ou encore Philibert.

    Entré au lycée d'Alençon en 1881, il opte finalement pour une préparation littéraire externe après avoir songé à l’École polytechnique. Il s’oriente vers la philosophie et reçu à l'agrégation, sera professeur au lycée Corneille de 1900 à 1903.

    Après une formation approfondie à la maison, il se porte volontaire à 16 ans pour la marine et voyage aux Antilles, à Cayenne et au Brésil où il aiguise son appétit pour l'exploration et la découverte scientifique qui étaient alors en vogue. En 1821, la marine française nouvellement réorganisée décide d'envoyer une expédition vers les mers du Sud et il part pour le Pacifique le 11 août 1822. Il fait alors partie de l'expédition scientifique de "La Coquille" jusqu’à 1825 sous les ordres de Louis Isidore Duperrey. 1826 lui donne l’occasion de sonder l’estuaire de la Seine et en 1827, il visite les mers d’Inde et de Chine.

    Jamais hors de propos

    Il écrira dans "La Dépêche de Rouen et de Normandie" des chroniques hebdomadaires intitulées "Propos" qui deviendront quotidiennes, pas moins de 3000 billets jusqu’en 1914. Professeur de khâgne au lycée Henri IV, il influencera profondément ses élèves (Raymond Aron, Simone Weil, André Maurois...).

    A l'approche de la guerre, Alain milite pour le pacifisme. Sans renier ses idées, il s'engage et refuse toute promotion en restant simple brigadier. Le 23 mai 1916, il est blessé au pied et hospitalisé avant d’être affecté au service météorologique puis démobilisé en 1917. Il se retire alors au Vésinet jusqu’à sa mort. Marqué par les atrocités de la guerre, il publie en 1921 son célèbre pamphlet "Mars ou la guerre jugée" et s’engage aux côtés du mouvement radical en faveur d'une république libérale contrôlée par le peuple.

    En 1927, il signe la pétition contre la loi sur l’organisation générale de la nation en temps de guerre et son nom côtoie notamment ceux de Jules Romains, Raymond Aron et Jean-Paul Sartre. Son œuvre est alors guidée par la lutte pacifique et il cofonde le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes. Déjà rhumatisant, une attaque cérébrale le condamne au fauteuil roulant et il décède le 2 juin 1951. Son buste, œuvre du sculpteur Henri Navarre, est installé à l’Hôtel de Ville depuis le 3 octobre 2009.

    Retour en haut de page

  • Mentions légales
    © P'tit Pat' Rouennais - Tous droits réservés - Dernière mise à jour le 5 septembre 2011.