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Histoires d'eau
01. 15/07/2010 : Une statue-fontaine voyageuse
02. 22/07/2010 : L’oasis des béliers
03. 29/07/2010 : Une fontaine facétieuse
04. 05/08/2010 : Hôtel de Ville pile et face
05. 12/08/2010 : Gros Horloge
06. 19/08/2010 : Rafraîchissement Second Empire
01. 15/07/2010 : Une statue-fontaine voyageuse
Mais à quoi s’occupaient donc les enfants avant l’apparition de l’électricité en 1879 ?
Quatre possibilités si l’on en croit le décor du monument-fontaine d'abord érigé sur l’ancienne place Saint Sever et inauguré le 2 juin 1875 devant 100 000 spectateurs curieux. Lecture, écriture, calcul et prière étaient privilégiés à l’Institut des Ecoles Chrétiennes de Saint Jean Baptiste de la Salle comme en témoignent les sculptures disposées tout autour. La fontaine haute de plus de 12 m se compose d’une vasque d’une quinzaine de m de diamètre surmontée d’une statue en bronze représentant le fondateur de l’ordre, haute de 3,80 m et pesant plus de 3 tonnes. Le 4 novembre 1872, un décret signé par Aldophe Thiers avait autorisé " l’érection à Rouen, par voie de souscription publique, d’un monument à la mémoire de l’abbé de la Salle". Elle connut un vif succès et le concours qui s’ensuivit sera remporté par le tandem Edouard Deperthes, architecte, et Alexandre Falguière, statuaire, qui récidiveront quelques années plus tard avec la fontaine Sainte Marie.
Transfert contesté
Le groupe monumental sera déplacé pour être remonté place Saint-Clément en 1888 malgré une vive contestation populaire. En 1941, une campagne est entreprise pour sauver la statue que les allemands veulent envoyer à la fonte, comme celle d’Armand Carrel et bien d’autres. Georges Lanfry lance alors son appel "Justice et grâce" et le poids équivalent en cuivre est proposé pour sauver l’oeuvre. Pourtant, une question mérite d’être posée. Si de nos jours, la place Saint Clément a conservé sa statue, a-t-elle encore une fontaine ? Depuis une vingtaine d’années, des ennuis techniques ne permettent plus d’avoir la vision rafraîchissante attendue d’un tel monument. Mais as-t-on vraiment en haut lieu, la volonté de faire mentir le dessinateur graveur rouennais Jules Adeline qui, dubitatif, écrivait : "le monument domine ; la fontaine est l’accessoire …". Fontaine, je ne boirai pas de ton eau, serait-on tenté de conclure. Dommage pour cet ouvrage inscrit à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1991.
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02. 22/07/2010 : L’oasis des béliers
Si Rouen a sa "fontaine aux lions" au carrefour de la Crosse (très récemment nettoyée), elle rend aussi hommage à la gent ovine tout près de la place du Vieux Marché dans l’ancien quartier des fourreurs et des pelletiers. Fort vieille, Jacques Le Lieur ne mentionne pourtant pas cette curieuse fontaine dans son incontournable "Livre des Fontaines" de 1525. Et pour cause. L’établissement de ce charmant petit point d’eau fut décidé le 11 août 1633 et sa construction réalisée une douzaine d’années plus tard, le long du cimetière jouxtant l’église Sainte Croix des Pelletiers. L’architecte-entrepreneur Pierre Barjolle en a été l’auteur talentueux. Alimentée par l’aqueduc de la source de Gaalor, l’une des trois sources principales de la ville avec celles de Carville et d’ Yonville, elle a connu bien des vicissitudes.
Un condensé décoratif
Déjà déplacée et privée de son bassin en 1667, la fontaine frappe agréablement le promeneur par sa discrète élégance malgré une riche ornementation dense et évocatrice. Un grotesque cornu, des figures d’hommes barbus sur des pilastres ioniques, des têtes de béliers et des guirlandes de fruits en constituent l’essentiel. Mais aussi de chaque côté, la lettre "L" en majuscule sous une couronne, une référence au "Juste" Louis XIII, roi de France à l’époque. Pour les curieux, deux interrogations demeurent. Les têtes de béliers sont-elles des représentations de l’agneau pascal ou du mouton rouennais ? Ou un rappel à l’activité principale de la population du quartier ? Quant à l’écusson central, vide aujourd’hui, portait-il les armoiries de la ville, ce qui semble probable ?
Classée Monument Historique depuis 1943, la fontaine restaurée en 1978 ne délivre plus son divin breuvage et la pose d’une plaque explicative succincte serait la bienvenue.
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03. 29/07/2010 : Une fontaine facétieuse
Place Barthélémy, contre l’église St Maclou, une première fontaine au débit insuffisant pour la population du quartier, avait été édifiée au tout début du 16e siècle, à quelques mètres de la fontaine actuelle en pierre de Vernon, qui la remplaça vers 1540. Bien sur, tous les Rouennais et les visiteurs étrangers à la cité ont remarqué deux petits bonshommes malicieux remplissant à leur manière la vasque inférieure.
Mais qui a copié sur qui ?
Si le "Manneken Pis" bruxellois en bronze est daté de 1619, son petit frère et ancêtre belge en pierre, le "Petit Julien" serait né en 1388. En France, au château de Fontainebleau, dans la Grande Galerie François 1er dont le plan fut établi en 1528, on trouve un décor stuqué de même inspiration, en vogue à l’époque. Comme l’écrivait Georges Dubosc à propos des Manneken-Piss et fontaines ubérales : "Nos aïeux ne se formalisaient pas pour si peu et il n’y a pas, pour ainsi dire, de vieilles villes françaises où l’on ne retrouve, au coin d‘un monument, quelque gaillardise plaisante dont ne s’offusquait pas leur bonne humeur tolérante."
Contrairement à une idée répandue, le décor séduisant de ce petit monument qui mêle des éléments profanes et sacrés, n’est pas à attribuer à Jean Goujon (qui travailla à l’église St Maclou en 1541), mais au fontainier Pierre de Maystre. Au centre, un motif aujourd’hui effacé a pu représenter le baptême du Christ, tandis qu’un mascaron à tête de faune fait toujours office de troisième jet d’eau. L’ensemble décoré d’angelots et de grappes de fruits est agrémenté sur les côtés par les "Manneken Pis" nus et joufflus.
Patrimoine en péril
Bien que la fontaine ait été restaurée de 1975 à 1977 et délivre quelques filets d’eau contrairement à la plupart de ses sœurs rouennaises, on remarque et regrette une dégradation de la pierre qui a tendance à s’accélérer rapidement. C’est ainsi que sur le côté droit inférieur, l’un des plus vieux moutons auréolés de la ville risque de trépasser. La comparaison entre deux photos prises à 18 mois d’intervalle seulement est éloquente.
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04. 05/08/2010 : Hôtel de Ville pile et face
"Terre", s’écriaient les marins après une longue traversée. C’est ce que l’on serait tenté de crier aujourd’hui puisque l’anneau liquide du parvis de l’Hôtel de Ville vient d’être comblé pour être remplacé par un ensemble végétalisé. Pénurie de notre liquide vital ou finances publiques à sec, ou les deux ? Toujours est-il que la maison commune rouennaise se trouve dans un environnement en pleine mutation côté ville et côté jardin.
Signes zodiacaux
Inauguré le 24 juin 1988 par Jean Lecanuet, le parvis est une réalisation quelque peu exotique inspirée du Prato della Valle de Padoue. Tout comme l’église Sainte Jeanne d’Arc, elle est due à l’architecte urbaniste Louis Arretche. Le parvis ovale entre la statue de Napoléon et l’Hôtel de Ville est en pierre blanche du Jura parsemé de motifs zodiacaux et d’un léopard, l’ancien emblème des Ducs de Normandie. Il était orné d’un canal annulaire avec des fontaines d’eaux jaillissantes, 22 colonnes dotées de 28 jets chacune d’un maximum de 2, 20 m, une hauteur variable selon la force du vent et commandée par le biais d’un anémomètre au sommet de l’Hôtel de Ville. Cette "symphonie aquatique" est/était à mettre à l’actif du fontainier parisien Jacques Lahyt, qui éclairait le site chaque nuit grâce à des projecteurs judicieusement installés. Malheureusement, une nouvelle génération de luminaires économiques mais sans âme a remplacé depuis peu une installation atteinte par une limite d’âge arbitraire.
Mythologie du 21e siècle
En 1660 déjà, dans le jardin de l’abbaye de Saint Ouen, existait un bassin en marbre blanc. Un siècle plus tard, on envisage la création d’un aménagement nouveau comportant plusieurs pièces d’eau, dont une circulaire et on y place en 1950 au beau milieu le groupe mythologique de Schoenewerk, élève de David d’Angers. Il "raconte" l’enlèvement de Déjanire, l’épouse d’Héraclès, par le centaure Nessus. Un enlèvement facilité aujourd’hui puisque … les pieds au sec !
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05. 12/08/2010 : Gros Horloge
La première fontaine, d’abord appelée fontaine Massacre, a été bâtie en 1457 et était alimentée par la source Gaalor située dans l’actuelle rue Pouchet, près de la gare SNCF. Elle était ornée de statues de la Vierge et des évêques de Rouen. Elle a été remplacée par la fontaine actuelle en 1733 (architecte Jean-Pierre Defrance) qui succéda à l’ancienne par trop délabrée. On a du mal aujourd’hui à imaginer qu’elle aurait du être dédiée à Clovis, mais ce projet fut refusé. Le thème retenu finalement est une allégorie des "Métamorphoses d’Ovide", une belle histoire qui évoque les amours du dieu Alphée, symbolisant la Seine, et de la nymphe Aréthuse, figurant les sources rouennaises. Le visage radieux d'un Cupidon semblant flotter au-dessus du couple, illumine la scène, tandis qu’une austère plaque de marbre en caractères d’or latins, démontée en 1789 et reposée en 1846 avec les armes des Montmorency, ramène vite le regard du passant vers une réalité plus terre à terre. Le texte montre-t-il un signe d'allégeance, voire d'amour de la ville pour le roi Louis XV ?
Coupure d’eau, massacre d’une fontaine
Comme sur la plupart des fontaines rouennaises, on cherche en vain la moindre trace d’écoulement du précieux liquide et on ne peut que le déplorer. Une fontaine n’est "crédible" qu’alimentée en eau. Initialement, trois têtes d’hydre laissaient l’eau s’écouler, mais volées en 1770, on les remplaça par de simples robinets et la fontaine sera restaurée ensuite à plusieurs reprises par des sommités rouennaises en la matière, Hyacinthe Langlois en 1824, Eugène Dutuit en 1929 et Georges Lanfry en 1935. Est-ce si difficile au 21 e siècle d’amorcer le système d’alimentation de la cuve dissimulée dans le socle du monument ?
Un autre regret : méfiez-vous des imitations, entend-on souvent. Il faut savoir que la quasi-totalité du monument, devenu "Monument Historique" en 1862, est conservé sous forme de moulages au Musée des Monuments Français de Paris. De même que le façadisme non signalé est une tromperie pour le touriste non averti, les nombreux moulages ou copies exposés ci et là participent à une confusion qu’on pourrait dissiper facilement par la pose de plaques explicatives. Ce serait à la fois honnête et pédagogique.
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06. 19/08/2010 : Rafraîchissement Second Empire
Ce n’est pas une fontaine, mais l’un des trop rares points d’eau de la ville si l’on excepte ceux du Jardin des Plantes et du parc Grammont, autres poumons verts importants. Il est vrai que l’endroit bénéficie d’une situation privilégiée à proximité de l’ancienne Renelle des tanneurs alimentée par la source Gaalor, tout comme la fontaine du Bailliage qui dispensait le divin breuvage dès 1455. Voilà un ensemble rafraîchissant harmonieux que l’on doit à l’architecte Georges Bourienne qui avait aussi réalisé dans ce square inauguré le 5 septembre 1863 (Jardin Solférino à l’époque pour commémorer la victoire de Napoléon III sur les Autrichiens, 4 ans plus tôt.), le monument des Frères Bérat édifié en 1905. Le nom de Charles Verdrel, maire mégalomane de 1858 à 1868, le "baron Haussmann rouennais", ne fut associé au site qu’en 1926. Les rochers de la cascade proviennent de la propriété de Mme de Lux à Incarville et l’on envisageait à l’époque d’y installer la statue de Rollon au sommet. Mais une polémique de presse survient alors entre les partisans et les opposants à cette initiative. Mr Beaucantin, inspecteur des promenades publiques et opposé à la "solution Solférino", déclare dans le Nouvelliste que le choix est plutôt malheureux et que c’est un non sens et un anachronisme que de placer un guerrier du Xe siècle au milieu d’un jardin moderne sur un enrochement.
Le conseil municipal se divise sur le sujet et pour clore les débats, une commission municipale se réunit le 2 septembre 1864 afin de délibérer sur l’emplacement de la statue. Finalement tous s’accordent pour l’installer dans le jardin de l’Hôtel de Ville.
Problèmes en cascade
Le bassin était alimenté à l’origine par la source Gaalor grâce à une machine à vapeur astucieusement dissimulée derrière les rochers. Mais le système complexe cessera de fonctionner en 1876. Un nouveau type d’alimentation la remplace en 1901 mettant un terme aux ennuis techniques répétés et aux problèmes de voisinage. Dès lors, l’eau de la source Gaalor rejoint directement la Seine via les égouts. Comme pourraient nous le faire croire les gracieux volatiles locataires de la pièce d’eau, est-ce un "cygne d’étang ?".
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