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Chemin faisant
La rubrique hebdomadaire de Paris Normandie : P’tit Pat’ Rouennais fait découvrir le Rouen d’hier et d’aujourd’hui.
"Une rue est faite pour que l’homme y choisisse son allure et son point de vue, pour qu’il y prenne le temps de parler et même de se parler à lui-même, pour regarder, aussi parler aux autres et éventuellement leur dire bonjour. C’est fait pour errer, pour se laisser happer par une idée, la suivre, la perdre..." (Roger Balavoine, Notes, né à Rouen en 1932).
Une compilation des articles n°1 (07/08/2007) au n°83 (11/02/2009) a été éditée et est disponible pour les adhérents et sympathisants. Renseignez-vous auprès de Daniel CAILLET.
01. 07/08/2007 : Rue du Petit Musc
02. 11/08/2007 : Rue Bouvreuil
03. 18/08/2007 : Rue aux Ours
04. 25/08/2007 : Esplanade Marcel Duchamp
05. 28/08/2007 : Rue de la Petite Chartreuse
06. 19/08/2007 : Rue du Clos des Marqueurs
07. 30/08/2007 : Rue du Petit Mouton, où une rue de tradition
08. 04/09/2007 : Rue de la République
09. 18/09/2007 : Rue Damiette et rue du Rosier
10. 19/09/2007 : Rue des Fossés Louis VIII
11. 20/09/2007 : Rue Beauvoisine
12. 26/09/2007 : Place du Boulingrin
13. 03/10/2007 : Rue de la Savonnerie
14. 10/10/2007 : Rue Saint Amand
15. 17/10/2007 : Rue Ricardière, la rue fantôme
16. 24/10/2007 : Rue des Arpents et des Espagnols (disparue)
17. 31/10/2007 : Place des Emmurées
18. 07/11/2007 : Chapelle Corneille, entre ombre et lumière
19. 14/11/2007 : Place de la Rougemare
20. 22/11/2007 : Place Bonne Nouvelle
21. 28/11/2007 : Rue du Champ de Foire aux Boissons
22. 05/12/2007 : Rue Thouret
23. 12/12/2007 : P’tit Pat’ Rouennais à la découverte étymologique du Mont Gargan.
24. 19/12/2007 : Balade autour du Mont Gargan
25. 26/12/2007 : Rue Georges Lanfry
26. 02/01/2008 : Rue Etoupée
27. 09/01/2008 : Place du Vieux Marché (1ère partie)
28. 16/01/2008 : Place du Vieux Marché (2ème partie)
29. 23/01/2008 : La nouvelle vie du calvaire
30. 30/01/2008 : Rue Jeanne d’Arc (1ère partie)
31. 06/02/2008 : Rue Jeanne d’Arc (2ème partie)
32. 13/02/2008 : Théâtre des Arts, une pièce en 3 actes
33. 20/02/2008 : Prendre les eaux au bon vieux temps... quand Rouen était station thermale
34. 27/02/2008 : Lieu de Santé et Hôtel-Dieu (1ère partie)
35. 05/03/2008 : Lieu de Santé et Hôtel-Dieu (2ème partie)
36. 12/03/2008 : Sur les traces de Jeanne
37. 19/03/2008 : Rue Eau de Robec (1ère partie)
38. 26/03/2008 : Rue Eau de Robec (2ème partie)
39. 02/04/2008 : Les plaques de nivellement "Ville de Rouen"
40. 09/04/2008 : Place de la Pucelle
41. 17/04/2008 : Rue Saint Patrice (1ère partie)
42. 23/04/2008 : Rue Saint Patrice (2ème partie)
43. 07/05/2008 : Rue des Bons Enfants
44. 15/05/2008 : Le Gros Horloge
45. 21/05/2008 : La fontaine Sainte Marie
46. 28/05/2008 : La caserne Jeanne d’Arc
47. 04/06/2008 : Le Clos Saint Marc
48. 11/06/2008 : Sous le soleil rouennais (1ère partie)
49. 18/06/2008 : Sous le soleil rouennais (2ème partie)
50. 25/06/2008 : Une histoire de palais. Eternel recommencement place de la Cathédrale.
51. 02/07/2008 : Signalétique historique
52. 09/07/2008 : Le Rouen alchimique
53. 16/07/2008 : L’Armada des navires "Rouen"
54. 23/07/2008 : Grammont, sablière et poudrière
55. 30/07/2008 : La mystérieuse Notre-Dame-du-Parc
56. 06/08/2008 : Funiculaire et tramway de Bonsecours
57. 13/08/2008 : Pie et Corneille
58. 20/08/2008 : Une bien étrange histoire
59. 27/08/2008 : Rue Ganterie
60. 03/09/2008 : Trésors des Jardins de l’Hôtel de Ville
61. 10/09/2008 : Rue et porte Martainville
62. 17/09/2008 : La ville à la campagne
63. 24/09/2008 : Travaux pratiques du patrimoine
64. 01/10/2008 : Origines et trésors du Jardin des Plantes
65. 08/10/2008 : Rue et place Cauchoise
66. 15/10/2008 : Eglise Saint Pierre du Châtel, la mal aimée
67. 22/10/2008 : L’octogénaire des plateaux
68. 29/10/2008 : "Le père Lachaise" rouennais
69. 05/11/2008 : Quand le port s’était mis au courant
70. 12/11/2008 : Patrimoine en balade
71. 19/11/2008 : Monument aux morts des forains
72. 26/11/2008 : A Bonsecours, quatre moutons veillent sur la bergère
73. 03/12/2008 : Le Secq des Tournelles
74. 10/12/2008 : La statue de Rollon
75. 17/12/2008 : Héraldique rouennaise
76. 24/12/2008 : Baroque et récupération
77. 31/12/2008 : Pont Corneille
78. 07/01/2009 : Le Musée des Beaux Arts
79. 14/01/2009 : Le cirque à Rouen
80. 21/01/2009 : Une rue monastique
81. 28/01/2009 : Une histoire de manège
82. 04/02/2009 : Une modeste voie royale
83. 11/02/2009 : Contre vents et marées
84. 18/02/2009 : Les inséparables
85. 25/02/2009 : Petit patrimoine végétal en péril
86. 04/03/2009 : Les îles rouennaises
87. 11/03/2009 : Jacques Pochet, le savetier rebouteux
88. 18/03/2009 : Haute et Basse Vieille Tour
89. 01/04/2009 : Une voie royale d’ouest en est
90. 08/04/2009 : Histoires de cloches
91. 15/04/2009 : Sur la piste de Ferdinand Marrou
92. 22/04/2009 : Tour Jeanne d’Arc et rue du Donjon
93. 29/04/2009 : Un vestige évocateur
94. 06/05/2009 : Feu la rue du Baillage
95. 13/05/2009 : Patrimoine en exil
96. 20/05/2009 : Prises d’air et observatoires
97. 27/05/2009 : Que reste-t-il de Saint Amand ?
98. 03/06/2009 : Temple et rue Saint Eloi
99. 10/06/2009 : Sacré-Cœur et Saint Fiacre
100. 17/06/2009 : La Croix de Pierre
101. 24/06/2009 : Musée de la Céramique
102. 01/07/2009 : Rue de la Seille
103. 08/07/2009 : L’Alhambra
104. 15/07/2009 : Rue du Renard
105. 22/07/2009 : Tour de Beurre
106. 29/07/2009 : La Cour d’Albane
107. 05/08/2009 : Rue de l’Ecole
108. 12/08/2009 : Vieux Rouen
109. 19/08/2009 : L’octroi rouennais
110. 26/08/2009 : Un axe historique
111. 02/09/2009 : Une église succursale
112. 16/09/2009 : Sacrifices pour l’Impératrice
113. 23/09/2009 : Place Henri IV
114. 30/09/2009 : Scénario catastrophe
115. 07/10/2009 : Du sordide au sublime
116. 14/10/2009 : Du pont suspendu au pont Boïeldieu
117. 28/10/2009 : Rouenneries
118. 04/11/2009 : Une personnalité méconnue à Rouen
119. 11/11/2009 : Chapelle Saint-Julien du Parc
120. 18/11/2009 : Les traces de l’église St Vincent
121. 25/11/2009 : Façadisme rouennais
122. 02/12/2009 : Une anti-star
123. 09/12/2009 : Faïence de Rouen
124. 16/12/2009 : Bourgtheroulde story
125. 23/12/2009 : Quand Rouen était fort de café
126. 30/12/2009 : Retour aux sources
01. 07/08/2007 : Rue du Petit Musc
Avez-vous remarqué les traces d’une ancienne voie qui débouchait jadis dans la rue Etoupée, et qui a disparu lors du percement de la rue de l’Hôtel de Ville ?
Lorsque cette dernière fut percée, il s'agissait de relier la place de l'Hôtel de Ville à la place Cauchoise. Une large et longue artère rectiligne a ainsi été créée, coupant sur son passage certaines rues telles que la rue de l'Ecole, la rue de l'Ecureuil ou la rue Beauvoisine. D’autres rues ont même complètement disparu (petite rue Saint-Laurent, rue Coupe Gorge...).
Ce sont donc des traces de la rue Petit Musc que vous pourrez découvrir en remontant la rue Etoupée vers la rue Saint-Patrice, sur la droite. Au coin d'une maison, on distingue, gravé dans la pierre, parmi les étais, le nom de "rue du Petit Musc". Un embryon de cette rue demeure fermé par une porte, devenue aujourd'hui l'allée d'une maison particulière. Ce nom peut paraître mystérieux au premier abord, mais il faut savoir que toute bonne ville qui se respecte avait une rue du Petit Musc, Petit Musse, ou Petit Muche, selon la manière dont on l'écrivait, mais aussi selon la prononciation locale. Il vient de l'ancien français "muche", signifiant cachette. Petit Musc serait une déformation de "pute-y-musse". Cette rue aurait abrité des femmes de mauvaise vie, autrement dit, des filles de joie...
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02. 11/08/2007 : Rue Bouvreuil
Entre la rue du Bailliage et le boulevard de l’Yser.
On pourrait penser que ce nom de rue a un rapport quelconque avec les oiseaux. Et bien, non ! Si le quai de la Mégisserie est le fief des oiseliers parisiens et non celui des commerçants en peaux, la rue Bouvreuil à Rouen, elle, était celui des négociants de bœufs, des maquignons (du latin "Bovariolum" et "Bovarium"). Long axe sud-nord, la rue du Champ des Oiseaux portait aussi ce nom au 17e siècle. Une suite logique en quelque sorte.
Outre ce marché important et renommé à l’époque, la rue et l’ancien hameau de Bouvreuil ont connu le château de Philippe Auguste dont seul le Donjon subsiste de nos jours.
Quant à la place du même nom, elle est devenu la place du Docteur Alfred Cerné, médecin, historien, et maire de la cité en 1928-1929. Un changement d’appellation judicieux quand on sait qu’il publia une "Histoire des sources et fontaines" et que le réservoir de la célèbre source Gaalor était implanté à cet endroit.
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03. 18/08/2007 : Rue aux Ours
Entre la rue de la Vicomté et la rue Grand Pont.
Toujours et encore les marchés rouennais. Rassurez vous, on ne faisait pas le commerce des ours qui ne fréquentèrent la ville qu’en laisse, et toujours accompagnés de leurs maîtres, des amuseurs publics appréciés jadis.
Un marché se tenait près de l’église Saint Cande le Jeune et l’on y vendait... des volatiles et notamment des oies, des "ouës" dans le langage populaire. Il y avait peu à faire pour passer au mot "ours" et c’est ce qui fut fait. Une altération du mot initial a suffi.
Une rue pleine de richesses avec des hôtels particuliers remarquables (Asselin et Leborgne), mais aussi, le souvenir de la maison natale de Boieldieu et la proximité des vestiges malheureusement délaissés de l’église Saint Pierre du Châtel et de la Tour Saint André.
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04. 25/08/2007 : Esplanade Marcel Duchamp
Devant le Musée des Beaux-Arts.
Marcel Duchamp, l’artiste éternel aux 4 facettes est le seul à pouvoir s’enorgueillir d’avoir 4 plaques de rue au texte différent.
Cet "ingénieur du temps perdu" qui revendiquait le droit à la paresse, a traversé tous les styles (cubisme, futurisme, dadaïsme, surréalisme ...) en s’excluant lui-même de tout courant. Il était "anartiste", superbe néologisme pour qualifier une personnalité hors du commun qui fut aussi "marchand de sel" et "joueur d’échecs" avec son ami photographe Man Ray. Il avait dit un jour "Je me suis forcé à me contredire pour éviter de me conformer à mon propre goût". Personnage complexe donc.
Traversons le square Verdrel (jardin Solférino avant 1929), et arrêtons-nous devant l’austère maison du 73 rue Jeanne d’Arc. Marcel y a vécu entre 1905 et 1925 ; ses frères et sœur aussi. Gaston, plus connu sous le nom de Jacques Villon était peintre, Raymond, dit Duchamp-Villon était sculpteur et Suzanne était elle aussi peintre. Une maison d’artistes donc qui garde en souvenir et en hommage une plaque commémorative sur sa façade.
On peut y lire " Marcel Duchamp 1887 -" mais pas d’année de décès. Oubli volontaire ou non ? Je vous avais bien prévenu que c’est un artiste éternel !
On a pu le redécouvrir en 2005 - 2006 lors de l’exposition d’André Raffray qui lui était largement dédiée au Musée des Beaux-Arts.
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05. 28/08/2007 : Rue de la Petite Chartreuse
Rue de Tours à la période révolutionnaire.
Entre la route de Darnétal et la route de Lyons.
Une rue et un quartier chargés d’une histoire chaotique. Les disciples de Saint Bruno, le fondateur au 11e siècle du Monastère de la Grande Chartreuse dans les Alpes, s’établirent ici en 1384. Le couvent de la Chartreuse de la Rose, construit près du Robec, comportait notamment une église conventuelle, une bibliothèque, un cloître et une salle capitulaire pour un effectif d’une quinzaine de moines. Il subsistera jusqu’aux guerres de religion, mais pillé et incendié lors du siège de la porte Saint Hilaire par les huguenots en 1562, puis devenu trop exigu, il sera abandonné définitivement en 1983 par la communauté qui s’était transportée au prieuré de Saint Julien de Petit Quevilly dès 1667.
Il ne reste aujourd’hui que quelques vestiges épars de cet ensemble dont la maison restaurée dans les années 80, hébergeant le "Comité du temps perdu pour les personnes âgées".
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06. 19/08/2007 : Rue du Clos des Marqueurs
Entre la rue de la Cage et l’avenue de la Porte des Champs.
L’endémique peste rouennaise et surtout celle de 1512, conduisit la cité à installer une véritable organisation sanitaire. La corporation des marqueurs était chargée d’inscrire une croix blanche sur toutes les maisons affectées par l’épidémie, et au début du 17e siècle des bâtiments logeaient aussi médecins et aides-soignants de l’époque.
Un règlement de police du 22 juin 1622 précisait en termes non équivoques qu’il était interdit "d’enlever ou faire enlever aucuns corps décédés de contagion, par autres que ces marqueurs, à peine de la vie".
Etait aussi installée dans cette rue la maison des "Arquebusiers".
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07. 30/08/2007 : Rue du Petit Mouton, où une rue de tradition
Entre la rue de la République et la place du Lieutenant Aubert.
"...c’était dans une venelle... une vieille maison de style normand... A droite se trouvaient des chambres de passe, à gauche logeaient des pensionnaires...". Simone de Beauvoir, professeur de philo au lycée Jeanne d’Arc en 1932 et 1933 nous raconte dans "La force de l’âge" l’histoire de la rue du Petit Mouton où elle séjournât quelque temps avec Jean-Paul Sartre.
Plus tard, le 13 avril 1946, grâce ou à cause de Marthe Richard, les maisons closes étaient fermées, condamnant Mme Claude et 1400 établissements français au chômage technique. Pourquoi ce flash-back historique ? Tout simplement pour éclairer les Rouennais sur la réputation de cette petite rue aux alignements fantaisistes, dans laquelle la plus belle et peut-être la plus vieille maison à encorbellement de la ville était sous étroite surveillance dès le début du 18e siècle. Etablissement de bains qualifié d’"étuve à femmes", à l’enseigne du Petit Mouton, tenu par des barbiers-étuviers, corporation jugée douteuse, une ordonnance de 1407 le mettait au pilori en termes non équivoques : "Se aucun ou aucune dudit métier de barberie, réprouvé et renommé tenir hôtel diffamé de borderie ou de maquellerie, il sera banni dudit métier en ladite ville." Qu’on se le dise !
Autres temps, autres mœurs, de nos jours, la rue est maintenant fréquentée par des graffs et tags de tout poil.
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08. 04/09/2007 : Rue de la République
Entre les quais et la place de l’Hôtel de Ville.
Relookée récemment grâce au plan FISAC, il nous est difficile d’imaginer une artère située autrefois dans un quartier populaire de tradition textile. L’insalubrité était telle qu’il fallut songer à détruire le bâti ancien pour créer une grande voie rectiligne sud-nord. On décida donc dès 1810 le percement de la rue Impériale. En fait, après dix ans de travaux et la destruction de l’abbaye de Saint Amand, dont il ne reste aujourd’hui que quelques vestiges épars, ce fut la rue Royale qu’on inaugura. En 1870, elle est baptisée définitivement rue de la République.
Depuis 1800, l’ancien dortoir des moines de l’abbaye de Saint Ouen était devenu l’Hôtel de Ville et la place était agrandie un peu plus tard pour les évolutions de la garde nationale. En 1865, on inaugurait la statue de Napoléon érigée avec le bronze des canons d’Austerlitz. La rue reliera les quais à la place Beauvoisine jusqu’à la création de la rue Louis Ricard vers le nord. Juin 1940 sonne le glas de la physionomie ancienne de la rue lorsqu’une bataille de chars engendre un terrible incendie qui ravage pendant trois jours toute la partie basse et le quartier environnant. Disparaissent alors entre autres, l’ex. Alhambra, devenu cinéma Omnia, la chapelle des Augustins et les Halles de la place de la Haute Vieille Tour, un patrimoine inestimable. Sera supprimé aussi, sans raison valable, l’ancien kiosque à tramways de style à la fois Art Nouveau et Art Déco. La boutique de l’ancienne armurerie Jacquet sera elle, heureusement conservée.
La reconstruction entraînera un notable élargissement de la voie près des quais, mais on épargnera le reste de la rue de nouvelles destructions.
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09. 18/09/2007 : Rue Damiette et rue du Rosier
Entre la rue Martainville et la place du Lieutenant Aubert pour la rue Damiette.
Saura - t’on un jour si Dame Miette a habité autrefois dans cette rue ? Ou si la proche limite de la ville à l’est, indiquée par une "meta", une borne en latin, a influé sur le nom actuel. Ou encore si la prise de la ville égyptienne de Damiette en 1249 par Saint Louis y est pour quelque chose ... Aucune réponse certaine ne peut être apportée.
Nombreuses sont les maisons remarquables qui font le bonheur des circuits touristiques, mais l’Hôtel de Senneville ou d’Aligre est incontestablement l’édifice le plus intéressant. Il est habituellement ouvert lors des Journées du Patrimoine et sa visite à connotation historique est un spectacle en soi. A quelques mètres de là, dans une propriété privée et invisible de la rue, le plus beau cadran solaire de la ville daté de 1707, attend une restauration hypothétique. Une aide financière de la collectivité serait la bienvenue pour remettre en état ce petit joyau.
Quant à la rue du Rosier, est-ce parce qu’un sieur Rozier (avec un "z"), avait une échoppe dans cette minuscule ruelle ?
Imagination et tradition orales sont souvent mêlées et il est difficile de faire la part des choses.
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10. 19/09/2007 : Rue des Fossés Louis VIII
Entre les rues de la Poterne et de la République.
Jadis rue de l’Aumône, en raison des logements pour les pauvres qui y étaient édifiés, elle prend sa dénomination actuelle en 1817 en mémoire d’un geste marquant de générosité du prince de l’époque. Il donne en effet aux bourgeois le terrain correspondant aux fossés de l’enceinte primitive de la cité. Aubaine pour les découvreurs et historiens, cette rue révèle au milieu du 19e siècle, les restes de l’enceinte militaire de la ville, puis des fragments de colonnes et de murs d’habitation ainsi que des vases antiques.
Plus récemment, une étonnante maison romane a été mise au jour lors du percement du tunnel Saint Herbland et les vestiges du 11e siècle de la chapelle Sainte Appoline à l’angle de la rue des Carmes, dans le sous-sol du magasin "La Maison du Tapis", remarquables par leur état de conservation, font partie de l’immense patrimoine rouennais dissimulé sous la chaussée. S’agit-il réellement d’un édifice religieux ou d’un bâtiment public à usage commercial ? Le terme "basilique" recouvrait dans l’antiquité romaine deux acceptions confortant les deux hypothèses. La question reste donc posée.
On remarquera aussi la face arrière du remarquable Hôtel Jubert de Brécourt de style Renaissance à proximité de la rue de la République.
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11. 20/09/2007 : Rue Beauvoisine
Entre la place Beauvoisine et la rue des Carmes.
Le cardo, voie romaine nord-sud, deviendra au Moyen-Age la rue d’Aubevoie (du latin Alba Via, ou voie blanche) à cause d’une "coulée" calcaire. Sur le tracé des rues des Carmes et Grand Pont, cette voie débouchait au niveau de la Seine traversée par les voyageurs allant vers la Basse Normandie, d’abord par un gué, puis plus tard par une passerelle en bois. Au nord, elle permettait de rejoindre la "montagne" en longeant la Rougemare.
Vers 1200, l’artère devient rue Beauvoisine (car elle conduit à Beauvais) et l’ancienne porte Sainte Apolline est reportée au niveau du carrefour du Coq à l’angle de la rue du Cordier.
Etablies au 17e siècle et jusqu’en 1792, deux communautés religieuses y sont installées, les Visitandines de Sainte Marie et les Bénédictines de Bellefonds. En 1856, on découvre des traces d’une double voie romaine qui reliait Rothomagus et Cesaromagus (Beauvais) et on exhume alors des pièces de monnaie et des vases ; mais aucun vestige gallo-romain ne subsiste, sauf dans le sous-sol.
Les constructions à pans de bois sont nombreuses, dont 132 maisons des 15e et 16e siècles ainsi que de beaux hôtels particuliers "parlementaires" inscrits à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, comme l’Hôtel Bigot de Sommesnil.
Les nostalgiques se souviendront aussi du passage du tramway qui entraina quelques démolitions de maisons pittoresques, et des auberges comme celle des 3 Mores dont la restauration se poursuit actuellement. Cette dernière existait déjà à l’époque de Jeanne d’Arc et ferma en 1902 après avoir accueilli une clientèle de classe dont Louis Bouilhet.
Le plan FISAC devrait redynamiser cette rue attachante grâce à la réfection quasi complète de la voirie privilégiant la déambulation piétonnière, un nouvel éclairage, et une aide financière aux commerçants pour la rénovation des vitrines.
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12. 26/09/2007 : Place du Boulingrin
C’était le "boule vert". Peut-être y jouait-on aux boules ? Toujours est-il que la version anglaise "bowling green" a été adaptée et est devenue rapidement le "boulingrin".
Créée en 1778, il a accueilli d’abord le marché aux chevaux devenu trop à l’étroit place de la Rougemare où il se tenait jadis. La place était alors "La Nouvelle Rougemare".
Une place devenue multi usages au fil des années qui accueillit tout d’abord le premier cirque de Théodore Rancy en 1881. Le cinéma Perfecta-Gaumont y connut ses heures de gloire dans les années 1910 et la foire de Rouen y fit une courte apparition. Une partie d’échecs vivants s’y déroula en 1928. Tout le quartier est gravement touché par les bombardements de la RAF, mais sans gêner l’exploitation alternative des lieux par les troupes de cirque. La salle devient une grande scène lyrique entre 1948 et 1962, et meetings politiques et matchs de catch s’y succèdent. Se produisent Duke Ellington, Roberto Benzi, le chef d’orchestre prodige de 14 ans et Louis Armstrong dans les années 50, puis quelques groupes de rock rouennais comme les "Rapaces" ou les "Météores" dans les années 60. Le cirque sera occupé par les étudiants lors des évènements de 1968 et une séance gratuite du "Mécano de la Générale" y sera alors projetée.
Mais c’est presque le chant du cygne, à une période où les règles de sécurité deviennent draconiennes. Fermé en avril 1973, le cirque est très vite démoli dès le mois de septembre suivant.
Disparaissait en même temps la Grande Brasserie du Cirque et l’âme de la place. La page était définitivement tournée et le seul regain d’activité sera apporté par la foire Saint Romain jusqu’en 1982.
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13. 03/10/2007 : Rue de la Savonnerie
Entre la rue Grand Pont et la place du Gaillardbois.
Déformation locale de saonnerie, cette rue doit son nom, du moins le croit-on, aux fabriques ou magasins de savons qui y étaient installés. Appelée aussi Saunière et Saunerie, Jacques Le Lieur, le célèbre auteur du "Livre des Fontaines" y naquit au n°18.
On pouvait autrefois admirer la curieuse et admirable maison à pans de bois du 15e siècle "Le Logis des Caradas" du nom du bailli de Rouen en 1409, à l’angle de la rue de la Tuile. Quant à la fontaine de Lisieux édifiée au début du 16e siècle, cette pyramide gothique, à l’origine peinte et dorée représentait le Parnasse et était adossée à l’hôtel du même nom. Elle disparut en 1940. Une maquette la représentant peut être admirée dans le beffroy du Gros Horloge.
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14. 10/10/2007 : Rue Saint Amand
Entre les rues de la Chaîne et Saint Nicolas.
Son histoire est indissociable de celle de l’abbaye du même nom, situé sur l’emplacement de l’ancien castrum gallo-romain, aujourd’hui rue de la République.
Outre quelques vestiges de temples romains, donc païens, dont un théâtre, on a pu retrouver une portion du mur de fortification de la ville.
L’abbaye de Saint Amand, établissement de Bénédictines, fut fondée en 1042 par Gosselin d’Arques et sa femme Emmeline qui s’y retira avant de mourir. Il ne reste aujourd’hui de cet important domaine que quelques rares vestiges au milieu d’immeubles du 19e siècle.
C’était l’une des abbayes parmi les plus riches et les plus influentes de Normandie, grâce notamment à la largesse de Guillaume le Conquérant.
Mais la guerre de cent ans, puis les pillages des Huguenots en 1562 ont bien failli lui être fatals. L’incendie de 1709 accentua sa ruine et il fut supprimé en 1790 pour devenir alors un magasin d’habillement de l’armée.
Ce destin insolite sera accentué après que le domaine ait été éventré pour le percement de la rue Neuve (actuelle rue Saint Amand) et de la rue Royale (actuelle rue de la République).
Petite rue avec la place Saint Amand pittoresque et authentique, elle reste à échelle humaine, animée par les badauds et les noctambules, et sous le regard bienveillant de Claude Monet qui a manqué là l’occasion de nous brosser une série dont il avait le secret.
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15. 17/10/2007 : Rue Ricardière, la rue fantôme
Entre les rues aux Ours et du Fardeau.
Fermée en 1956 pour des raisons de sécurité et surtout pour qu’elle ne soit plus un repaire ou un refuge, cette ancienne voie en intrigue plus d’un.
Côté rue aux Ours, le plus intéressant, cette "insignifiante artère", comme la décrivait il y a un demi-siècle déjà Roger Parment dans ces colonnes, n’est large que de 1 m 25. c’est en fait maintenant, après les démolitions opérées sur le côté ouest, un long couloir voûté de quelques mètres, sur le mur duquel à gauche derrière la grille d’accès, on a eu la bonne idée de garder l’ancienne signalétique gravée dans la pierre. Un certain Cardier, Cardière ou Cardiez y aurait habité et un foyer d’accueil de l’institution de Valentin Haüy, le protecteur des aveugles et des malvoyants, y était installé autrefois.
Désormais passage privé, ce boyau étroit est surmonté par une superbe maison à pans de bois de plus de 400 ans qui ne ménage pas les surprises. Une plaque à l’entrée rappelle que la rue aux Ours était jadis la rue aux Ouës ou aux Oies, et une autre l’éclipse du 11 août 1999. En levant un peu plus les yeux, l’ancienne publicité, heureusement sauvegardée et parfaitement restaurée, "toiles blanchies sur le pré" et "toiles bleues et crêmées", évoque l’activité des anciens occupants Playou et Aunay. Encore plus haut, une petite Vierge en céramique, que les vieux Rouennais croient à tort avoir toujours vue, n’a été installée qu’en 2000, à l’occasion de l’Année Sainte ou Jubilé.
Pittoresque et attachante, cette petite rue rayée des plans officiels, aura, bien avant l’heure, préfiguré le centre-ville actuel où l’usage de la voiture est de plus en plus limité. Aucun carrosse n’a jamais pu emprunter la rue Ricardière !
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16. 24/10/2007 : Rue des Arpents et des Espagnols (disparue)
Actuellement entre le quai de Paris et la rue des Augustins après son déplacement en même temps que celui de la porte Guillaume Lion.
Quelconque à première vue, son histoire évoque le Rouen pittoresque d’avant guerre. C’était alors la rue des Espagnols, après avoir été dénommée auparavant rue Notre-Dame, rue des Pentheurs et même rue Guillaume Tell à la Révolution. L’ancienne rue des Arpents, elle, allait du quai de Paris jusqu’à la rue Martainville, soit l’axe de la rue Molière actuelle.
Un véritable coupe-gorge, cette rue des Espagnols. En fait un couloir étroit où les marchands de la péninsule ibérique étendaient en travers, draps et tissus (les "pentes") pour les faire sécher. Ce serait l’origine du nom "arpent" qui est aussi comme chacun sait, un lopin de terre. L’ambiance espagnole était renforcée par la prison des Galiots à proximité, qui accueillait les prisonniers espagnols au lieu et place des anciennes galères qui séjournaient dans le port.
Mais comment imaginer cette époque révolue en "arpentant" aujourd’hui cette rue morne et sans intérêt ?
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17. 31/10/2007 : Place des Emmurées
Sur ce lieu jadis immense et désert, se trouvait un couvent qui fut l’un des premiers de la ville.
En des temps où régnait une insécurité quasi permanente, les religieuses cloîtrées ne pouvaient plus jamais en sortir. Elles étaient de fait emmurées, après être entrées dans ses hautes murailles destinés à protéger la communauté.
Le couvent existait déjà vers 950 et les Emmurées de l’Ordre de Saint Dominique s’étaient installées vers 1260 dans le manoir archiépiscopal Saint Mathieu des frères Prêcheurs (dominicains) qui venaient de traverser le fleuve. Désaffecté à la Révolution, il sera démoli et le marché aux bestiaux construit sur cet emplacement fut inauguré en 1856 avant d’être transféré rue de Lessard vers 1895. En 1910 une halle rotonde octogonale abrite les marchands de denrées alimentaires, fruits et légumes notamment.
A cette époque ou l’écologie n’était pas un maître mot comme aujourd’hui, on pouvait à proximité immédiate de la place, voir monter et descendre la cuve mobile de l’usine à gaz créée en 1834 par Mrs Pauwels et Visinet.
Dans les années 30 une nouvelle halle est édifiée qui sera démontée en 1978 pour céder la place à un parking pour 278 véhicules sur 3 niveaux avec un marché couvert toujours existant. Malgré ce bloc de béton sans caractère ni fioritures, la place reste toujours animée et très fréquentée alternativement par les ménagères et les chineurs.
Trois colonnes de métal des anciennes halles de Baltard remontées côté rue Saint Sever tentent de rappeler le passé de ce quartier qui a su indirectement rester fidèle à sa vocation. Car désormais, ce sont nos sacro saintes automobiles qui restent ici emmurées. Rançon du progrès, elles bénéficient, malheureusement diront certains, d’autorisations de sortie que n’avaient pas les religieuses d’antan.
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18. 07/11/2007 : Chapelle Corneille, entre ombre et lumière
Après un chantier de 3 années, cette ancienne chapelle du collège des Jésuites, classée Monument Historique en 1910, deviendra auditorium régional en 2008.
La première pierre de cette chapelle atypique (puisque d’implantation nord - sud et donc sans chœur orienté à l’est), fut posée en 1615. Elle est restée inachevée par suite de moyens financiers insuffisants et d’un terrain instable. Deux grandes chapelles latérales devaient en effet être ajoutées et cela a empêché que cet édifice jésuite parmi les plus vastes de l’hexagone, ne devienne le plus grand. L’ordre religieux fondé par Ignace de Loyola et supprimé en 1762, aura marqué son époque, et malgré la disparition de l’orgue, des tableaux et d’un autel, il a laissé à Rouen ce monument remarquable par ses décors intérieurs exubérants.
Un avenir prometteur se dessine pour cette salle immense qui a déjà commencé une nouvelle vie depuis sa réouverture au public en 2000 avec des concerts de qualité très appréciés par les mélomanes rouennais.
Et dire qu’elle aurait fort bien pu disparaitre à la fin du 19e siècle tant son délabrement était avancé. Mais l’opinion hostile à cette dernière extrémité et la pugnacité des Sociétés Savantes ont eu raison des démolisseurs.
La restauration de la couverture de la nef et des transepts en 1959, le renforcement des fondations en 1970 et enfin en 1993, la restauration de la façade principale néo-classique du 18e siècle, lui ont redonné une fort belle allure. La dernière tranche de travaux quasiment terminée consistait à restaurer les voûtes hautes, à installer un chauffage par le sol et à poser une clôture provisoire des vitraux. Epineux problème que ces vitraux, à Rouen comme ailleurs, lesquels subissent une dégradation lente et inexorable due à la pollution. Et immense chantier pour la France qui réunit plus de vitraux que tout le reste de l’Europe.
Au final, une opération exemplaire pour un site qu’on fréquenté autrefois Pierre Corneille, Gustave Flaubert, Guy de Maupassant, Maurice Leblanc, André Maurois et Alain.
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19. Place de la Rougemare
Entre les rues Beauvoisine et Louis Ricard.
Momentanément place de la révolution en 1794, elle est pour beaucoup de Rouennais l’exemple d’une charnière subtile et agréable entre le passé et le présent.
Restée à échelle humaine, presque intimiste, elle invite le passant à faire une halte sous ses vieux platanes pour lui raconter son histoire. Ecoutons-la : d’abord le souvenir lointain du sanglant combat en 949 entre Richard 1er, duc de Normandie, et le roi de France Louis d’Outremer. Il se termina par une rouge mare, un véritable carnage. Mais le nom actuel ne sera donné à la place qu’au 13e siècle lorsqu’elle entra dans l’enceinte de la ville. Au milieu du 15e siècle elle est alors un marché aux chevaux important, avant son transfert place du Boulingrin devenue "La Nouvelle Rougemare". Et l’on ne vend plus sur la petite place que des veaux et des produits fermiers.
C’est alors que dans cet écrin de verdure est édifié la Chapelle Saint Louis, une véritable perle.
Les Bénédictines de Saint Louis s’installent dans ce couvent dont la première pierre fut posée en 1683, et y resterons jusqu’à la Révolution. Son histoire devient alors chaotique et on l’utilise comme magasin de fourrages, avant sa transformation en école où l’on pratiquait la méthode d’enseignement simultané issu de la loi Guizot. Presque en ruines, elle est délaissée, utilisée occasionnellement par le musicien Albert Dupré et comme dépôt de matériel de voirie.
Restaurée intérieurement dans les années 30, elle servira aussi de gymnase municipal.
Classée "Monument Historique" en 1957, une nouvelle vie commence pour elle et à la fin des travaux de 1977, elle devient le lieu culturel que nous connaissons.
Les travaux actuels tant extérieurs qu’intérieurs vont lui rendre sa splendeur d’antan.
Les amateurs de patrimoine remarqueront aussi de superbes demeures et hôtels particuliers construits du 16e au 19e siècles, certains d’une valeur architecturale incontestable agrémentés de médaillons, d’ornements divers ou d’oriols (l’un des plus beaux de Rouen au n°12), et d’autres comme la maison fantaisiste appelée "Le Vieux Logis" du Maître Huchier Morel à l’angle de la rue du Vert Buisson.
Photo différente de celle de l’article.
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20. 22/11/2007 : Place Bonne Nouvelle
"Quelle bonne nouvelle" se serait écriée en 1066 en interrompant sa prière, la duchesse Mathilde, femme de Guillaume le Conquérant, parti conquérir l’Angleterre. Légende sans doute, mais cette appellation évocatrice nous rappelle qu’existait autrefois un prieuré et son église, Notre Dame d’Emendreville ou des Prés.
Installé dans le faubourg Saint Sever en pleine campagne, des personnages célèbres y furent inhumés comme Henri 1 er d’Angleterre, l’Impératrice Mathilde et Arthur de Bretagne.
L’église était un très intéressant témoignage de l’architecture du 17e siècle. Pourtant en 1825, par mesure de sécurité, une notion qui n’est donc pas si récente qu’on le pense habituellement, le haut de la façade principale est rasé et l’édifice démoli en 1875.
Une seconde vie pour ce lieu commence avec la construction de la prison actuelle.
Elle "accueillera" pendant la guerre une partie des personnes arrêtées par la Gestapo qui n’avaient pu trouver place dans les sous-sols du Palais de Justice.
Et une actrice célèbre en sortira en 1973, mais à l’occasion du tournage du film "Les Valseuses". C’était Jeanne Moreau qui rencontrait rue Dambourney, à deux pas de là, Gérard Depardieu et Patrick Dewaere les autres protagonistes.
Pas de photo pour cet article puisqu’elles sont interdites.
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21. 28/11/2007 : Rue du Champ de Foire aux Boissons
Jusqu’en 1783, les négociants en boissons étaient rassemblés rue du Quai aux Celliers, dans le Faubourg Martainville, et autour de la porte Guillaume Lion, le long du Quai de Paris.
Pour des raisons de sécurité, les réserves d’alcool et autres alambics ont dû alors être transportés hors des murs, limitant ainsi le risque d’incendie, et ce fut un vaste terrain propriété de l’Hôtel Dieu qui les accueillit à l’ouest de la ville.
Condition sinéquanone : les constructions ne devaient pas dépasser 16 pieds de haut afin que les proches malades bénéficient d’une oxygénation suffisante pour un rétablissement rapide.
Sous cette réserve, l’ouest de l’avenue Pasteur fut remblayé et l’on construisit les loges ou berceaux des marchands dans une voie nouvelle pavée de grès, entièrement privée et fermée à clef à ses deux extrémités. Ces basses demeures de briques foncées avec un intérieur en pans de bois remplissaient un double office, atelier au rez-de-chaussée et habitation à l’unique étage desservi par un escalier en bois.
Se pose alors dans les années 80 la question du devenir de cette rue désertée depuis longtemps par les professionnels de la boisson et surtout les pittoresques "bouleurs de fûts". Une population bigarrée les avait remplacés, des artistes peintres entre autres. Pour la réhabiliter, l’architecte Michel Ratier envisage de la couvrir d’une verrière et propose même la création d’un port de plaisance dans le prolongement de l’avenue Pasteur. Projet sympathique, mais sans doute trop ambitieux qui ne verra jamais le jour. Un courant se manifeste alors pour le sauvetage de cette rue au charme désuet. Le 1er avril 1992, c’est l’ultimatum dans les colonnes de Paris Normandie : "Si la municipalité ne change pas d’avis, si elle persiste à condamner à mort la délicieuse et populaire rue du Champ de Foire aux Boissons, l’ensemble sera démonté pierre par pierre, brique par brique, et remonté dans le centre de la Nouvelle – Orléans". Canular bien sûr qui n’a pas empêché les bulldozers de s’en donner à cœur joie.
Cet ensemble dépaysant mais homogène était en fait le pendant du chai à vin en bordure du bassin Saint Gervais et lui aussi menacé de disparition.
Et même, si nous sommes aujourd’hui convaincus qu’il faut boire avec modération, on ne peut qu’être nostalgique en parcourant la rue actuelle. Maisons basses colorées à la "Burano", mais dans des tons plus pastels, et éclairage public suspendu entre les façades, rappelant les étendages de linge d’autrefois évoquent tant bien que mal tout un pan d’activité portuaire disparu à jamais.
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22. 05/12/2007 : Rue Thouret
Entre les rues du Gros Horloge et aux Juifs.
A l’époque de la construction de l’ancien Hôtel de Ville en 1607, à l’angle des rues du Gros Horloge et Thouret actuelles, ce n’était qu’une étroite ruelle, le passage de la Ronde, du nom de l’église voisine Notre Dame de la Ronde reliant la "cour de Justice" à la rue aux Juifs.
Après destruction de l’église, suppression du cimetière et démolition de quelques propriétés particulières, la rue était ouverte en 1806 et un buste de Jacques Guillaume Thouret installé.
Avocat au Parlement de Normandie et membre de l’Assemblée Constituante qui créa les départements français, ce dernier mourut sur l’échafaud en 1794, victime de la Terreur, bien peu reconnaissante. Quant à l’Hôtel de Ville, il avait cessé d’être la maison municipale trois ans plus tôt. Le buste de remplacement que nous pouvons voir de nos jours, est l’œuvre du sculpteur Jean Marc de Pas, celui là même qui vient d’embellir le pont Boieldieu de dix statues de grands navigateurs.
Deux feux de joie ont marqué l’histoire de cette artère, le premier allumé par les échevins de la ville en 1650 pour l’arrivée de Louis XIV et le second en 1729 pour célébrer le rétablissement de la santé de Louis XV. En 1857, on découvrait dans le jardin d’une maison 200 boulets de canon, donnant à penser qu’un arsenal existait en sous-sol.
Juste au moment où un projet était présenté pour prolonger la rue jusqu’à la rue aux Ours, en traversant le passage d’Etancourt. Projet sans suite, suivi d’un autre encore plus ambitieux en 1869 qui en élargissant considérablement la voie créait un "boulevard du Palais" allant jusqu’au port. Etait prévu également un nouveau théâtre vers la place Jacques Lelieur et la rue Saint Etienne des Tonneliers. Projet abandonné lui aussi.
Cette rue finalement restée à échelle humaine, était animée autrefois par les enfants de l’école Pouchet - les plus anciens s’en souviennent sûrement - et elle connut les affres de la dernière guerre et le ravage du Palais de Justice. Toujours présente, une gravure sur un mur de la superbe maison néo-gothique construite en 1895 et située à l’angle de la rue aux Juifs, rappelle ce passé douloureux. On peut lire, protégé par une plaque de verre posée en avril dernier par P’tit Pat’ Rouennais, l’inscription "détruit par les libérateurs".
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23. 12/12/2007 : P’tit Pat’ Rouennais à la découverte étymologique du Mont Gargan. Le Mont Gargan à Rouen, pourquoi ce nom ?
Les noms des rues ou d’un quartier font aussi partie du patrimoine.
A travers eux, nous apprenons la petite histoire qui, parfois, a fait la grande, nous découvrons des anecdotes surprenantes, le souvenir d’un personnage tombé dans l’oubli ressurgit. Ainsi, Gargan qui a donné son nom à un quartier de notre ville.
Est-ce le personnage mythologique qui aurait apprécié avant nous les charmes d’une des collines de Rouen et s’y serait reposé ? Comme l’inspecteur Derrick, bien qu’il n’y ait pas de pétrole sur le Mont-Gargan, menons l’enquête.
En France, de nombreux lieux ou cités sont liés au nom de Gargan : Gargas (Haute-Garonne et Vaucluse), Gargenville et Livry-Gargan (Yvelines), Garganvillar (Tarn-et-Garonne), etc.
On associe souvent Gargan avec l’endroit où serait passé Gargantua, le héros de Rabelais. Près de Duclair, le long de la Seine, entre les hameaux de l’ânerie et de la Fontaine, il y a la chaise de Gargantua, rocher ayant la forme de ce meuble. Idem aux Andelys. Il y a le passage de Gargantua à Tancarville. A Port-Mort (Eure), le menhir serait un caillou tombé de la poche de Gargantua.
Il y a Gorgon et Gargan, deux favoris de l’empereur Dioclétien, qui furent pendus en 303 pour ne pas avoir renié leur foi.
A la ferme des templiers, au Genetay, près de Saint-Martin de Boscherville, on célébrait une messe, à la saint Gorgon, et on pouvait alors acheter une amulette représentant un personnage bisexué. L’après-midi, se tenait une foire aux dindons et il y avait un costume typique pour les jeunes filles se rendant à cette fête. Il en était de même à Canteleu où les jeunes gens offraient aux vierges une amulette au sexe démesuré.
Il y a surtout en Italie, dans les Pouilles, une colline près de Manfredonia, où un berger nommé Gargan fut puni, en 390, par l’archange Michel pour avoir voulu tuer, par vengeance, une brebis fugueuse et réfugiée dans une grotte gardée par le saint. Au sud de Limoges, une colline porte le nom de Mont-Gargan. Des fouilles archéologiques ont montré qu’elle recelait un site gaulois lié au culte solaire. Et comment s’appelle l’église qui domine ce lieu ? Saint Michel bien sûr. Et quel est le nom du prieuré, construit au Xe s. sur le Mont-Gargan de Rouen ? Saint Michel toujours. Et où est construit le Mont Saint Michel, dans la Manche ?
Sur un rocher. Car plus réaliste, Gargan viendrait du gaulois Garganus, de la racine Garg, roche ou gorge. Il est souvent lié à Saint Michel, comme nous venons de le voir.
Et la Révolution donnait le nom de rue de la Montagne à la rue du Mont Gargan.
Comme quoi, on peut aussi voyager avec l’étymologie.
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24. 19/12/2007 : Balade autour du Mont Gargan
Là haut sur la colline, un quartier pas ordinaire alliant les attraits de la ville et ceux de la campagne. Que pourra y découvrir un promeneur attentif ?
Deux sites naturels remarquables, celui de Repainville tout d’ abord, lieu de dépaysement garanti sur l’emplacement d’anciens maraîchages. C’est aujourd’hui une zone réhabilitée ou cohabitent jardins familiaux, mares, jardin pédagogique et un espace dévolu aux cultures maraîchères. Le dénominateur commun est évident.
C’est aussi et surtout, la côte Sainte Catherine (essentiellement sur la commune de Bonsecours), exceptionnelle pour son panorama, sa flore méditerranéenne rare et sauvage et son troupeau de moutons à la belle saison. Classée depuis peu, on accède à son sommet par un escalier de 525 marches. Les sportifs apprécieront.
Les vieilles pierres toujours présentes sous la végétation y sont nombreuses : fondations du Prieuré Saint Michel fondé au Xe siècle, et celles de l’Abbaye Trinité du Mont (qui deviendra plus tard Sainte Catherine), édifiée en 1030 et détruite en 1597 lors du siège de Rouen pendant les guerres de religion ; vestiges de l’ancien et du nouveau fort qui frémissaient pendant les compétitions de moto-cross organisées dans les années 50 ; et enfin, la base circulaire du poste de DCA utilisé lors de la dernière guerre. Très récemment, on vient de réinstaller l’ancien calvaire, emblématique du site, sur un nouveau socle.
Les édifices de briques foisonnent eux aussi dans ce quartier attachant et chacun a une histoire à nous conter :
- L’ancienne filature Leveillé, route de Lyons la Forêt, bâtie dans la première partie du XIXe siècle, devenue caserne Trupel en 1889 puis garage municipal de 1963 à 2001.
- L’école Jules Ferry construite en 1935 illustre parfaitement l’architecture scolaire de cette époque.
- Rue Annie de Pène, les logements des cheminots de la gare Martainville disparue présentent eux, une unité symbolique de la charnière fin XIXe – début XXe siècle.
- La maison occupée autrefois par la brasserie Gruber, route de Lyons la Forêt.
Au détour des rues pittoresques et des sentes abruptes, le visiteur curieux découvrira aussi :
- Derrière les immeubles de la Chasse, quelques ruines d’un manoir du XVIIe siècle appelé jadis hôpital de la Madeleine.
- Dans une propriété privée de la rue de Repainville, les écuries, avec mangeoires et rateliers, d’une entreprise qui fournissait des mules pour le transport sur chariots des tonneaux destinés au port de Rouen.
- Au croisement des rues du Mont Gargan et Annie de Pène, semblant monter la garde, un curieux petit pavillon en bois au charme désuet. C’était un ancien salon de coiffure.
- Au cimetière, quelques tombes ne manqueront pas de susciter l’émotion ou le simple souvenir, comme celles des parents de l’actrice Annie Duperey, du peintre Léonard Bordes ou du journaliste Maurice Morisset. D’autres nous interrogerons davantage, comme celle d’un certain Eugène ... Hittler.
Et en redescendant vers la ville toute proche, une halte s’imposera derrière l’église Saint Paul due à l’architecte Barthélemy, pour admirer les vestiges de la première église romane, vestiges si rares à Rouen, si l’on excepte les cryptes de la Cathédrale et de l’église Saint Gervais. Un peu plus bas encore, presque en bordure du fleuve, la dernière photo sera celle d’une construction du XVIIIe siècle superbement restauré récemment. C’était l’ancien établissement thermal, qui rivalisait en son temps avec celui de Forges les Eaux.
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35. 26/12/2007 : Rue Georges Lanfry
Georges Lanfry, le sauveur de la Cathédrale bombardée le 19 avril 1944, méritait sûrement mieux que cette insignifiante rue (autrefois rue des Quatre Vents car toujours soumise aux courants d’air) surplombée par la plus hideuse des verrues rouennaises, l’ex. Palais des Congrès.
Né en 1884, ce catholique engagé aura toujours su défendre des causes pacifiques. Compagnon de Marc Sangnier au sein du Sillon, il dénonçait les conditions de vie déplorables dans certains quartiers rouennais avant de participer activement à la campagne des chiffonniers d’Emmaüs en 1963-1965.
Après des études d’architecture à l’Ecole des Beaux - Arts de Rouen, il racheta en 1921 la société Baron installée à Déville depuis 1774 dans l’ancienne maison de campagne du père de Gustave Flaubert.
Spécialisé dans la restauration des Monuments Historiques, il oeuvrera entre autres sur la Cathédrale, le Palais de Justice et l’église Saint Maclou.
Président de la Fédération Nationale du Bâtiment entre 1945 et 1950, il sera aussi président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de 1958 à 1962 et président des Amis des Monuments Rouennais.
Son implication sera aussi déterminante lors de la création de Paris Normandie en mars 1945. Ses activités multiples seront complétées et enrichies par des fouilles archéologiques. Il participera ainsi à la découverte de la crypte romane de la Cathédrale et d’un déambulatoire à l’abbaye de Jumièges.
Il deviendra alors l’un des plus grands spécialistes de l’architecture normande des 11e – 13e siècles.
Depuis son décès en 1969, la société Lanfry a gardé sa vocation initiale d’entreprise de restauration et continue à jouir d’une grande notoriété qui a dépassé les frontières régionales.
De nos jours, la rue Georges Lanfry, avec d’un côté la Cour d’Albane toujours aussi mal mise en valeur, et de l’autre un bloc de béton disloqué, malodorant et tagué, n’est pas digne du talent et des services que cet homme a mis au service du patrimoine rouennais.
Songera-t’on enfin en haut lieu à accorder à ce grand Rouennais un hommage plus décent. L’opportunité pourrait peut-être venir de la mutation actuelle de la ville avec la création et l’aménagement de nouveaux quartiers. L’ouverture d’une grande artère portant son nom est-elle utopique ?
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26. 02/01/2008 : Rue Etoupée
Entre les rues des Bons-Enfants et Saint Patrice.
Elle conduisait autrefois à la porte d’Arras, porte qui avait été fermée au 13e siècle.
Elle sera fermée à nouveau, bouchée ou étoupée définitivement en 1527, puis détruite en 1633 lors de la construction de l’Hôtel d’Arras. C’est ce dernier qualificatif, "étoupée", vieille expression normande, qui subsistera en interpelant plus d’un. Un nom commun devenu nom propre, voilà une nouvelle origine des appellations rencontrées dans la ville. (Il existait d’ailleurs une autre rue Etoupée, sans doute l’ancienne rue Tuvache, dans le quartier Martainville).
Courte et étroite, le promeneur découvrira successivement selon un axe sud – nord, tout d’abord, une superbe bâtisse Renaissance au n°10, dite "Cité de Jérusalem" et datée 1580. En façade, trois bas-reliefs nous content une belle histoire ; celle de deux frères pèlerins qui voyageant séparément depuis de nombreuses années, se retrouvèrent dans la ville sainte en y pénétrant par des entrées opposées. En levant davantage les yeux, c’est peut-être la plus belle lucarne de Rouen qui s’offre au regard. L’ensemble de la propriété, appartenant désormais à la MATMUT, bénéficie de travaux de restauration remarquables pour la création d’appartements de qualité.
Les armoiries des familles Toustain et de Croixmare au n°21 et celles du n°51 mériteront aussi une petite halte, tout comme le cadran solaire au n°38, sur une belle maison de 1910, œuvre de Georges Ruel, architecte et artiste, qui sut si bien défendre les maisons rouennaises à pans de bois. Sur ce cadran, une inscription "Ultima quando", "à quand l’heure dernière ?", incitera à une grave réflexion, tandis qu’à quelques mètres, une autre, gravée sur le mur d’une ancienne rue disparue, la rue du Petit Musc, rappellera que le quartier était très fréquenté jadis par les filles de joie. Peut-être se rendaient-elles, à deux pas de là, chez le tavernier de la Maison de la Poterne à la fin du 16e siècle.
Cohabitation et promiscuité étranges, puisque on pouvait aussi croiser dans la rue les religieuses des Nouvelles Catholiques, communauté fondée en 1675 et disparue en 1824.
Et tout en haut de la rue, au niveau de la rue Saint Patrice, une visite confidentielle vous fera découvrir la casemate, un ouvrage militaire de défense à 6 m. sous terre. Construit à la fin du 15e siècle, au fond du fossé et au pied des remparts, on y rencontre une habitante insolite, la Niphargus, petite crevette cavernicole blanche et aveugle, dans un ruisselet qui acheminait l’eau d’une source vers l’un des puits de la ville.
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27. 09/01/2008 : Place du Vieux Marché (1ère partie)
"Régénération" et "République" ont été momentanément les appellations de cette place qui se distinguait du Neuf-Marché, place Foch de nos jours.
Traversée par l’antique voie romaine Rouen-Lillebonne, il faut, même avec un œil expert, savoir démêler le vrai du faux, tant la mise en scène mélange authenticité, pastiche, façadisme et même une certaine incohérence historique.
Le vrai, on le doit aux fouilles effectuées de 1970 à 1976 qui ont permis de situer précisément la base du pilori et les vestiges de l’ancienne église Saint Sauveur rasée en 1795. Du vrai aussi pour les maisons à pans de bois côté nord, la belle maison d’angle rue Rollon, métamorphosée après son déplâtrage, et l’Hôtel Turgot - Legendre du 17e siècle, parfaitement restauré.
Presque du vrai, le Musée Jeanne d’Arc conçu par Roger Parment et inauguré en 1955, faisant suite à son homologue de la rue de Crosne ouvert deux ans auparavant.
Le façadisme lui, est flagrant côté ouest, après la démolition de belles maisons dont celle où Thomas Corneille naquit. On y retrouve pêle-mêle et pour le plus grand bonheur des touristes peu avertis, de gauche à droite, une façade transplantée de la rue Orbe, une autre Louis XV de la rue Eau de Robec et celle de la quincaillerie Sauvé, autrefois rue Saint Vivien. Toutes ont été démontées et replacées avec un évident souci d’esthétique mais assez maladroitement.
Incohérence encore avec le remontage de la maison dite "à la Pâquerette" jadis à l’angle des rues des Charettes et Harenguerie, redéployée et rehaussée bizarrement d’un seul côté.
Elle a pris la place du Théâtre Français, un ancien jeu de paume appelé aussi "salle des Eperlans" en raison de la proximité de la Halle aux poissons. Le Tout Rouen y courait, mais le bombardement du 19 Avril 1944 lui fut fatal, épargnant néanmoins les 1200 spectateurs rassemblés juste avant.
Et que dire de "La plus Vieille Auberge de France" ou Hôtel de la Couronne qui n’a retrouvé une façade gothique qu’en 1927. Elle est posée sur le seul élément d’époque, de belles caves il est vrai. Construction pastiche par excellence, avec son pendant, l’ex-"Ecu de France", un peu plus loin, réservé au personnel.
Les amateurs de patchwork apprécieront sûrement, mais certainement pas les puristes.
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28. 16/01/2008 : Place du Vieux Marché (2ème partie)
Le souvenir du marché, "le Ventre de Rouen" est toujours présent pour un grand nombre de rouennais. Les halles métalliques édifiées en 1869 sur le modèle de celles de Baltard à Paris, avaient été remplacées par des constructions plus modernes. Le bâtiment des Halles de la Boucherie construit en 1930 abritait déjà la statue de Jeanne d’Arc offerte par le sculpteur Maxime Real del Sarte en 1928, œuvre majeure d’un artiste qui nous a laissé aussi le Monument de la Victoire en 1926 et le Monument aux Morts des Forains en 1931. Ce premier mémorial, trop discret et trop proche d’un "chalet de nécessité" sera remplacé en 1979 lors de la construction de la nouvelle église Sainte Jeanne d’Arc.
Due à l’architecte Louis Arretche et grâce en partie aux dommages de guerre de l’église Saint Vincent bombardée, elle est devenue, malgré une certaine réticence de la population rouennaise, un élément incontournable de la Ville; les vitraux de Saint Vincent, heureusement conservés y ont été remontés, témoignage inestimable laissé par les élèves d’Arnault de Minègue il y a presque 500 ans.
Elle sera consacrée, puis inaugurée au printemps 1979 par Valéry Giscard d’Estaing.
Avec la Cathédrale, la place du Vieux Marché est toujours le site le plus fréquenté par les visiteurs importants. Le 14 mai 1944 le Maréchal Pétain déposait une gerbe au monument de Jeanne d’Arc lors de sa tournée des villes normandes sinistrées, suivi par la plupart des Présidents de la République, lors des fêtes données notamment en l’honneur de l’héroïne nationale.
Outre ces venues officielles, certains faits divers tragiques ou cocasses ont jalonné l’histoire de la place.
Ainsi en 1798, seize truands rouennais de la Bande à Duramé ont eu la tête tranchée.
En 1875, M. Fox, peintre décorateur du Théâtre Français, avait bâti une porte surmontée d’un château dont les créneaux touchaient le ciel, comme l’écrira Boieldieu.
Plus près de nous en 1969, un baptême hippy s’y déroulait. A cette occasion, Jeanne d’Arc fut choisie comme marraine d’une jeune fille destinée à être comédienne et promise à "brûler les planches", vision moderne d’une histoire ancienne bien connue.
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29. 23/01/2008 : La nouvelle vie du calvaire
Une page d’histoire s’est enrichie avec la restauration et la réinstallation à son emplacement d’origine du calvaire du Prieuré Saint Michel sur la colline Sainte Catherine.
Un peu d’histoire : une ancienne croix dite de "Croix Freschet" est déjà citée dans la charte de Charles de Beaurepaire en 1277. Elle est ensuite représentée dans une miniature des "Chroniques de Monstrelet", illustrant l’entrée de Charles VII à Rouen en 1449. Sans doute à l’époque, simple signal et point de repère pour les pèlerins, elle correspondait cependant à une croix tout à fait réelle, même si on en perd la trace sur les documents du 16e siècle, y compris dans le "Livre des Fontaines".
Après une destruction supposée, le calvaire est restauré aux alentours des années 1700, et la dernière représentation retrouvée est celle du graveur Jacques Bacheley en 1768. Le monument y apparait avec un emmarchement hexagonal. La Révolution lui sera sûrement fatale, mais on le retrouve ensuite sur des cartes postales de la fin du 19e siècle.
Lors de la guerre, il sera déplacé par les Allemands vers le belvédère.
Seul témoin visible de l’histoire d’un site prestigieux, sa restauration est le premier chantier de sauvegarde du patrimoine historique du lieu. Elle a consisté à rassembler les éléments éparpillés et mutilés, à les remettre en état et à réinstaller l’ensemble sur un nouvel emmarchement au vu de documents anciens fiables.
Pour une facture d’environ 13 000 €, 75 % restent à la charge de l’association, mécène en l’occurrence, et 25 % correspondent à la part de la ville de Rouen qui assure la maîtrise foncière depuis octobre 2006.
Ce chantier sera suivi dans les années à venir par des campagnes de fouilles sur les sites du Prieuré Saint Michel, de l’abbaye Sainte Catherine et des forts du 16 e siècle, toujours dans le respect du milieu naturel. Un "Archéoscope", structure d’appui aux fouilles et centre permanent d’initiation à l’archéologie, est aussi en projet.
Une table d’orientation devrait également être installée sur le belvédère.
Yann Quenault, le président, et la centaine d’adhérents bénévoles de l’association Panorama poursuivent sans relâche leurs actions de connaissance, protection et valorisation de ce site naturel hors normes, inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques depuis 1993, et devenu heureusement depuis lors, inconstructible.
Comme l’était en son temps le calvaire, c’est désormais un site entier mêlant histoire et nature, qui devient le repère montrant le chemin à parcourir en matière de défense du patrimoine.
Sans avoir à emprunter l’antique escalier créé par Enguerrand de Marigny en 1310, les sympathisants peuvent joindre ou rejoindre plus simplement l’association par courrier à : Panorama - BP 04 - 76240 Bonsecours.
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30. 30/01/2008 : Rue Jeanne d’Arc (1ère partie)
Entre la Seine et la gare SNCF.
Une artère qui aura connu beaucoup de vicissitudes depuis son ouverture en 1859, sous le nom de rue de l’Impératrice. Le tracé prévu initialement suivant l’axe des rues de la Vicomté, Ecuyère, Dinanderie et du Moulinet, ayant été abandonné, il fallait se résoudre à beaucoup détruire, avant de reconstruire.
Faisons un petit inventaire actuel et rétrospectif des richesses de la rue.
Dès 1861, l’église Saint André aux Fèvres est rasée, à l’exception de la tour. Un sort semblable attend l’église Saint Martin sur Renelle, la même année, dans un quartier de tanneurs aux ruelles tortueuses et nauséabondes. Destruction encore d’une maison dotée d’une belle façade Renaissance (115 - 117 rue du Gros Horloge) et démontage d’une autre, dite "de Diane de Poitiers" (129 - 131 rue du Gros Horloge), réinstallée quelques années plus tard dans le square créé au pied de la tour Saint André. Heureusement d’autres créations et reconstructions vont bientôt combler l’immense vide laissé. Le square Solférino, (Verdrel aujourd’hui), voit le jour en 1863 et les chantiers se succèdent jusqu’en 1887, mais sans aller au-delà des boulevards. C’est à ce niveau que se termine la rue qui prendra son nom actuel en 1870, là où trônait la statue d’Armand Carrel, journaliste rouennais célèbre opposant à Thiers.
Plus tard, le Président Félix Faure descendra la rue le 14 août 1896 pour se rendre à l’exposition nationale et coloniale sur le Champ de Mars.
Tout au long d’un parcours sud-nord, déambulant tranquillement à pied, installés dans le tramway électrique inauguré en 1896 en remplacement de son ancêtre à chevaux, ou aujourd’hui en Cy’Clic, les rouennais pouvaient ou peuvent admirer entre autres de la Seine à la rue du Gros Horloge, pour cette première partie :
- Le Théâtre des Arts dont les travaux allaient sacrifier une belle maison en 1956.
- La superbe maison de l’architecte Charles Fleury malheureusement bombardée et détruite en 1944.
- Les belles façades déplacées de la cour du Musée des Antiquités et remontées à côté de celle de "Diane de Poitiers" en 1935. Situées jadis 26 rue Damiette et 1 rue du Bon Espoir, elles seront incendiées lors de la "semaine rouge" (30 mai au 5 juin 1944), ainsi que le syndicat d’initiative installé depuis 1932. Pendant cet épisode tragique, des dégâts considérables seront occasionnés par les bombes de 500 à 2000 kg larguées par la force anglo-américaine, entre les rues Grand Pont et Jeanne d’Arc.
- L’église Saint Vincent sera gravement endommagée (mais pas au point d’être réduite à néant volontairement quelques années plus tard), la maison natale de Boieldieu disparaîtra, ainsi que les immeubles du cinéma "L’Eden" et du Crédit Lyonnais. Dans l’abri en sous-sol de ce dernier, 15 personnes réfugiées trouvaient la mort.
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31. 06/02/2008 : Rue Jeanne d’Arc (2ème partie)
Nous reprenons aujourd’hui notre déambulation de la rue du Gros Horloge jusqu’à la gare SNCF pour remarquer cette fois-ci :
- L’Hôtel de la Poste où cohabitent agréablement les styles Art Nouveau et régionaliste, et qui accueillait des présentations de mode dans les années 50.
- L’immeuble de la Poste mis en service en 1950 après une longue interruption des travaux depuis 1938, succédant à celui de 1863 et agrandi en 1906.
- L’entrée du Musée de la Céramique dont le portail est orné du "Neptune" d’un ancien hôtel de la rue Saint Etienne des Tonneliers, avec en surplomb, la curieuse "maison du bourreau".
- Au n°66, l’entrée majestueuse ornée de cariatides d’un immeuble construit en 1866.
- Au n°89, la maison de la photographie millésimée aussi 1866, dont le premier occupant, Mr Espagnet, fit installer sur la façade des statues de Niepce et de Daguerre. Cette dernière, ébranlée par les bombardements sera finalement détruite.
- Au n°102, une belle maison Art Nouveau, à l’emplacement de la tour dite de la Pucelle où Jeanne d’Arc fut emprisonnée du 25 décembre 1430 au 30 mai 1431, jour de son supplice. La base de la tour, sauvegardée, est toujours visible.
- Au-delà des boulevards, sur la portion créée en 1925 jusqu’à la gare SNCF (inaugurée par Gaston Doumergue le 4 juillet 1928), on peut voir l’immeuble Art Déco de la Direction Régionale des PTT, terminé en 1933, œuvre de Pierre Chirol, près duquel avait été installé un abri anti-aérien allemand. Dans le même style et de l’autre côté de la rue, l’un des rares édifices contemporains classé "Monument Historique" mérite l’attention. Il s’agit du "Métropole", premier café existentialiste Rouennais, où aimaient se retrouver Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre dans les années 1932-1936.
Au final, cette artère, riche en patrimoine du 19e siècle, si longtemps boudé et décrié, aurait pu se présenter sous un aspect moins rigide si l’on avait fait fi de contraintes urbanistiques réelles ou supposées à l’époque de la reconstruction. Certaines démolitions, sans revenir sur celle de l’église Saint Vincent, ont été mal appréciées par les Rouennais lors de la surélévation des quais et du bas de la rue en 1949, dans un quartier devenu mort. Ils se souviennent entre autres du transfert de la librairie Lestringuant, l’une des plus vieilles de la ville, et regrettent que la succession des nouvelles barres d’immeubles parallèles à la Seine, ait condamné l’accès naturel sud-nord conduisant à la place du Vieux Marché, si fréquenté par les matelots en goguette chers à Mac Orlan.
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32. 13/02/2008 : Théâtre des Arts, une pièce en 3 actes
Voir la fiche historique "Théâtre des Arts"
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33. 20/02/2008 : Prendre les eaux au bon vieux temps... ou quand Rouen était station thermale
Voir la fiche historique "Rouen station thermale"
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34. 27/02/2008 : Lieu de Santé et Hôtel-Dieu (1ère partie)
Voir la fiche historique "Lieu de Santé et Hôtel-Dieu"
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35. 05/03/2008 : Lieu de Santé et Hôtel-Dieu (2ème partie)
Voir la fiche historique "Lieu de Santé et Hôtel-Dieu"
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36. 12/03/2008 : Sur les traces de Jeanne
L’omniprésence de Jeanne d’Arc dans la cité saute aux yeux du visiteur occasionnel.
Souvenons-nous d’abord des voies publiques disparues portant le nom de l’héroïne nationale ou, place de la Pucelle, de la fontaine construite en 1510, coiffée d’une statue du sculpteur Slödtz, et détruite lors du bombardement du 2 juin 1944.
A peine descendu du train, voici notre visiteur déambulant rue Jeanne d’Arc, jadis rue de l’Impératrice. Première photo au Donjon où Jeanne fut mise en présence des instruments de torture le 9 mai 1431. Une plaque au numéro 102 de la rue lui apprend qu’elle y fut prisonnière, dans la tour dite "de la Pucelle".
La place du Vieux Marché va conforter sa première impression avec l’église portant le nom de la sainte et l’emplacement du bûcher où Jeanne sera brûlée le 30 mai 1431. Nouvelle photo pour la statue offerte en 1926 par Real del Sarte. En face, autre rappel avec le Musée de cire, et enfin la galerie du souvenir inaugurée par le Président Valéry Giscard d’Estaing en 1979. Sur le mur, gravée dans la pierre, la citation d’André Malraux, "Ô Jeanne, sans sépulcre et sans portrait - toi qui savait que le tombeau des héros - est le cœur des vivants".
D’autres plaques commémorent le passage de Jeanne dans la ville. Rue Saint Romain, l’une d’elles mentionne la citation à comparaître de l’accusée au Vieux Marché pour une "séance" qui aura lieu en fait dans le Palais Archiépiscopal ; l’autre, concerne la réhabilitation, le 7 juillet 1456, tout comme celle visible à l’entrée des Jardins de l’Hôtel de Ville. On trouvera également à ce niveau une plaque rappelant l’"odieuse épreuve dite de l’abjuration". Mais la plus émouvante est sans conteste celle du parapet du Pont Boïeldieu, d’où les cendres ont été dispersées dans le fleuve.
Notre visiteur découvre aussi un bas relief rue du Vieux Palais, sur le mur de l’actuelle Salle des Ventes, autrefois chapelle dédiée à Jeanne, et un haut relief au bas de la rue Jeanne d’Arc.
L’Hôtel de Ville n’est pas en reste, avec une statue de Jean-Jacques Feuchère, datée 1845.
Sans être exhaustif, il faut citer un vitrail dans l’une des chapelles de la Cathédrale présentant les armoiries des villes où le passage de la sainte a été marquant.
Différents lieux ou édifices ont emprunté également le nom de Jeanne, l’un des ponts de la ville, un lycée, une clinique ou un gymnase.
Le Musée des Beaux-Arts présente quant à lui, quatre tableaux et une très belle photographie de Charles Fréger. Le souvenir est perpétué aussi dans toute la ville lors des traditionnelles Fêtes Jeanne d’Arc, et plus prosaïquement dans les nombreux commerces qui profitent toujours de l’aura de l’héroïne. Un excellent café ou une larme de chocolat raviront le palais des plus exigeants.
Quelques films tournés à Rouen évoquent enfin l’histoire de la personnalité la plus connue et la plus honorée de la ville.
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37. 19/03/2008 : Rue Eau de Robec (1ère partie)
Entre la rue des Boucheries Saint Ouen et le boulevard Gambetta.
La rue Eau de Robec dont le nom vient de la "rivière de Robec", réhabilitée dans les années 1970, est l’une des rues les plus pittoresques de la cité. Gustave Flaubert qui y habita, écrivait dans Madame Bovary : "La rivière, comme une ignoble petite Venise, coulait en bas, sous lui, jaune, violette ou bleue, entre ses ponts et ses grilles. Des ouvriers, accroupis au bord, lavaient leur bras sur l'eau. Sur des perches partant du haut des greniers, des écheveaux de coton, séchaient à l'air..."
Un auteur chinois s’exprime même ainsi : "il y avait en Europe une rue sur laquelle on comptait plus de cinq cents ponts, et dont l’eau changeait de couleur plusieurs fois par jour."
Et l’on retrouve trace aux archives d’un procès tenu en 1513 entre les teinturiers de Rouen et ceux de Darnétal pour l’usage des eaux, à une époque où le quartier comportait aussi un couvent réputé, celui des Célestins, et le cimetière des Huguenots entre les rues Eau de Robec et Saint Hilaire.
C’est dire que l’histoire de la rue et du quartier est marquée essentiellement par ce souvenir diffus bien ancré dans la mémoire collective. Un souvenir, aidé par les vieilles photographies et les cartes postales, d’une rue habitée autrefois presque exclusivement par les teinturiers, foulons et fabricants de drap, qui au 19e siècle rejoindront le quartier Saint Gervais. Leurs maisons desservies par des passerelles, étaient coiffées de "greniers - étentes" souvent prolongés par des perches ou "pentheurs" sur lesquels les étoffes séchaient.
Dès 1880, la rue sera envahie par les brocanteurs et les antiquaires quand la rivière sera presque entièrement recouverte de ponts et de planches. A cette époque, la maison des Quatre Fils Aymon, dite aussi des Mariages, à l’angle de la rue du Ruissel, était un lieu de rendez-vous très fréquenté par la classe ouvrière. Outre un café au rez-de-chaussée, les étages étaient aménagés en garnis où l’on pouvait dormir sur des lits de paille pour quelques sous. Une pancarte indiquait "Ici on loge la nuit. Chambres populaires. Première nuit 50 centimes, deuxième nuit 20 centimes". Longtemps abandonnée, squattée et mutilée par les clochards, elle sera achetée par la ville en 1960, puis par l’Education Nationale en 1976 qui y créera le Musée de l’Education ouvert en 1983.
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38. 26/03/2008 : Rue Eau de Robec (2ème partie)
Une rue très étirée le long de la rivière et entrecoupée de ruelles d’un gabarit inhabituel dont le nom évoque une époque elle aussi pittoresque. On croise ainsi les rues - mais c’est un bien grand mot -de la Foulerie, Garde Monsieur (une rue fermée de nos jours par des portails métalliques), du Pont de l’Arquet et du Pont Codrille (une croyance populaire voulait que le codrille soit un petit œuf avorté pondu par un coq). On peut aussi rejoindre la rue des Faulx par le curieux passage privé de la Petite Horloge.
Comme en témoignent deux plaques commémoratives, des Rouennais célèbres naquirent dans cette rue, Edouard Adam en 1768, physicien inventeur d’une méthode distillatoire, et Jules Adeline en 1845, dessinateur aquafortiste. Alexandre Barrabé, notaire et maire de Rouen entre 1876 et 1881 y habita.
D’autres éléments de petit patrimoine sont également à remarquer. Sans être exhaustif, on peut citer des maisons datées, dont quatre sur des sablières, des bas-reliefs tels celui du n°136 et cet autre dit "alchimique" sur la maison de 1588 au n°186, des monogrammes aux n°s 64, 148 et 174, des statuettes de bois au n°243, quelques enseignes, et enfin la petite horloge, sans intérêt historique, dans le passage du même nom.
Même si la rue est devenue l’une des plus belles de la ville grâce à la rénovation de la quasi-totalité des façades, on regrettera cependant que les contraintes urbanistiques aient conduit à supprimer un nombre important d’intéressantes maisons à pans de bois. Entre 1966 et 1970, la rue a d’abord été défigurée par la construction de l’îlot A 1, anachronique dans cette rue et d’une banalité affligeante, entraînant la suppression des rues Barbet et du Corbeau. Puis en 1975, afin d’agrandir l’hôpital Charles Nicolle, ce sera au tour d’une grande partie du côté sud à être saccagée. Disparaîtront entre autres les maisons au n°29 du toilier – teinturier Delle et au n°97 des marchands – teinturiers Godebin. Toutes deux d’époque Louis XV, c’est une piètre consolation de retrouver aujourd’hui leurs façades remontées maladroitement, au fond de la place du Vieux Marché.
Quant au Robec, recouvert totalement en 1941, une évocation des temps anciens sera tentée par la reconstitution symbolique d’un nouveau "ruissel", alimenté par l’eau de ville et enjambé ça et là par quelques passerelles en béton. Nostalgie, quand tu nous tiens !
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39. 02/04/2008 : Les plaques de nivellement "Ville de Rouen"
Au fil de vos promenades dans les rues de Rouen, peut-être avez-vous remarqué ces petites plaques en fer fondu, apposées sur certains édifices publics ou maisons particulières à quelques dizaines de centimètres du sol. Certaines sont restées en bon état et très lisibles. D’autres le sont beaucoup moins, badigeonnées d’innombrables couches de peinture ou malmenées par le temps et la rouille.
Voici un exemple d’une belle plaque bien conservée au n°6 rue de la Seille.
Ces plaques, éléments de petit patrimoine, ont en leur temps, grâce à leur indication d’altitude, servi de guide pour moderniser et étendre le réseau de distribution d’eau potable de la cité.
Elles ont été posées il y a 150 ans. On peut y lire, dans leur partie supérieure, "Ville de Rouen". Au centre, est fixée une tablette portant l’indication de l’altitude du lieu où la plaque est installée, ce niveau étant donnée par rapport à celui de la mer. Enfin, dans la partie inférieure, un cartouche en relief indique au centre le millésime de 1860 et est entouré de deux branches de lauriers.
Ces repères ont été fabriqués par le sieur Lacroix, fondeur à Rouen, boulevard Saint-Hilaire et posées par le sieur Dumouchel, entrepreneur, boulevard Beauvoisine.
A l’issue de gigantesques travaux sur le réseau de distribution terminés vers 1880, la quantité d’eau disponible par habitant et par jour passa alors de 20 à 140 litres, permettant aux Rouennais d’avoir de l’eau beaucoup plus près de leur domicile au lieu d’aller la chercher aux fontaines publiques de la ville. Ces travaux permirent aussi d’alimenter des quartiers jusqu’alors privés du précieux liquide à cause de leur altitude.
Ainsi, à la décision municipale, prise en 1859, de faire "circuler l’air et le soleil dans les quartiers populeux afin d’assurer le bien-être de nos concitoyens" venait s’y ajouter l’eau.
Sur les 388 repères posés en 1860, 65 ont été retrouvés à ce jour par les adhérents de P’tit Pat’ Rouennais. D’est en ouest, ils sont situés entre Fontaine sous Préaux et la rue du Renard, et du nord au sud de la rue d’Ernemont à l’église Saint-Sever. La liste est disponible sur le site Internet de l’association. Avis aux observateurs pour en dénicher d’autres...
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40. 09/04/2008 : Place de la Pucelle
Longtemps, on a cru que Jeanne d’Arc avait été brûlée ici, méprise due à l’existence d’une fontaine édifiée en 1755 en son honneur. Celle-ci a disparu en 1944, mais le souvenir de la Pucelle d’Orléans demeure.
Gontran Pailhès écrit : "Sur la place de la Pucelle, la fontaine de Slödtz, touchée de plein fouet, est réduite en poussière. A sa place, il n’y a plus qu’un vaste entonnoir sur lequel un fonctionnaire zélé, viendra déposer la pancarte de rigueur Monument historique".
Sur cette petite place intéressante à bien des égards, un édifice remarquable attire le regard par sa magnificence. Guillaume II le Roux, seigneur de Bourgtheroulde, décide à la fin du XVe siècle la construction d’un hôtel en pierre digne de lui. Après sa mort en 1520, Guillaume III, son fils, embellira l’hôtel et l’aile nord sera reconstruite au XVIIIe siècle après un incendie.
On peut admirer sur la façade la fameuse salamandre, emblème de François Ier.
La galerie d’Aumale comporte six baies Renaissance en anse de panier au-dessus d’un soubassement à deux niveaux orné d’un décor sculpté de qualité. Guillaume III y a fait représenter la fastueuse entrevue du Camp du Drap d’Or. On peut voir François Ier et Henri VIII d’Angleterre se saluant devant un long cortège de dignitaires. Plus haut d’autres bas - reliefs illustrent le poème allégorique des Triomphes de Pétrarque.
Délaissé par la banque qui l’occupait, cet admirable hôtel Renaissance va être transformé en hôtel de grand standing, un moindre mal si l’accès à la cour intérieure est maintenu pour les visiteurs de la cité.
Côté sud, une fontaine gallo-romaine (II-IIIe siècle), découverte en 1994, est mise en valeur dans l’entrée d’un immeuble.
On remarque aussi trois beaux porches en pierre délicatement ouvragés et quelques belles maisons à pans de bois dont celle au n°4, la première à Rouen à avoir été restaurée dans les années 60. Pour le côté anecdotique, une ancienne publicité murale peinte "Beurre, Œufs, Fromages" a été sauvegardée, rappelant une époque révolue.
Agréable à vivre, la place a pourtant été complètement défigurée après la guerre avec l’installation de baraquements provisoires, puis plus tard avec la construction d’un hideux parking à étages. On envisagea même dans les années 50 d’y édifier le Théâtre des Arts.
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41. 17/04/2008 : Rue Saint Patrice (1ère partie)
1ère partie : "Grand siècle"
Entre les rues Jeanne d’Arc et de Lémery.
Autrefois rue des Balences (probablement à cause d’une enseigne commerciale à ce nom), de la Hoterie et de la Galère, cette rue sinueuse, calme et pittoresque à souhait fut aussi la rue des Parisiens pendant la période révolutionnaire.
Chargée d’histoire, elle tient son nom actuel de l’église située à l’angle de la rue de l’Abbé Cochet, archéologue et préhistorien normand décédé le 1er juin1875, comme en témoigne la plaque commémorative posée sur la maison au n°29.
Incendiée, réédifiée en 1535, puis agrandie en 1648, elle mérite une découverte approfondie, notamment de ses admirables vitraux montés de 1538 à 1625 et de son orgue reçu en 1790. Chapeautée par un clocher au 17 e siècle, elle est l’une des 13 églises paroissiales de la ville en 1791, mais sera fermée en 1793 pour être rendue au culte en 1802. Utilisée momentanément par la secte des théophilantropes, nul ne sait si l’inscription "Quis Po" gravée dans la pierre sur l’un de ses murs est en rapport avec cette occupation. Son presbytère, bien défendu par un portail hermétique, est un havre de paix renfermant une mine de petits trésors du Rouen confidentiel (Voir sur ce sujet notre article du 21 juillet 2007 "Le Rouen top secret").
Cheminant entre hôtels particuliers et nobles demeures, l’absence de toute activité commerciale lui confère un caractère très "Grand Siècle". Et pour cause, puisqu’on peut y découvrir et admirer des édifices remarquables aux entrées majestueuses. Certains, comme
L’Hôtel dit d’Arras sont classés Monuments Historiques.
Edifié à partir de 1633 à l’emplacement de l’ancienne porte aux Rats condamnée en 1527, ce qui donna naissance à la rue Etoupée, nom reprenant une vieille expression normande (Chemin faisant du 2 janvier 2008 ) il présente un beau porche d’entrée et deux corps de logis séparés par une cour intérieure sous laquelle on accède au passage souterrain conduisant à la casemate, ouvrage de défense de la ville construit à la fin du XVe siècle. Nicétas Périaux le mentionne dans son "Dictionnaire des rues et places de Rouen" en 1870. Pension renommée en 1838, les locaux seront ensuite investis en 1846 par la communauté jésuite chassée lors de sa dissolution en 1880.
La ville rachète alors l’hôtel pour y créer l’un des premiers lycées de jeunes filles en France. Ce sera le lycée Jeanne d’Arc devenu collège Barbey d’Aurevilly.
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42. 23/04/2008 : Rue Saint Patrice (2ème partie)
2ème partie : le grand patrimoine
Juste à côté, un autre hôtel particulier mérite l’attention, l’Hôtel de Girancourt (Meynet à l’origine, sans doute le nom du bâtisseur).Construit vers 1630, dix générations de la même famille de magistrats l’ont occupé sans discontinuer. Sa splendide façade de style Louis XIII avec une profusion de pilastres, corniches et autres guirlandes s’achève par un tympan Louis XIV imposant et délicieusement raffiné. Réquisitionné après la dernière guerre, son état de vétusté deviendra très inquiétant, mais il faudra attendre 1983 et dix ans de travaux aidés par les Monuments Historiques, pour qu’il retrouve enfin sa splendeur d’antan. Il rappelle une époque un peu surannée où l’on allait "respirer la brise rafraîchie" ou prendre un repas de fête dans l’oriol (du latin oriolum), la "petite maison sur la grande". On pouvait aussi flâner dans les jardins en espaliers traversés par les vestiges de l’ancien rempart d’époque Philippe Auguste.
Quant au bâtiment principal du 17 e siècle, en pierre au rez-de-chaussée et à colombages pour les autres niveaux, il jouxte la cour de l’Hôtel Mouchard qui faisait partie jadis de la même propriété et qui vient lui aussi d’être remarquablement restauré.
De retour vers l’église Saint Patrice, il faut aussi signaler l’Hôtel Jore, dont il ne reste plus malheureusement que le portail classé, et le bel Hôtel Cerné du 18e siècle.
...et le petit
On remarquera enfin quelques éléments intéressants de petit patrimoine comme le fronton millésimé 1887 au n°40 ainsi que la maison restaurée au n°18. C’est ici que l’association P’tit Pat’ Rouennais fit ses premières armes en sauvegardant une fenêtre à guillotine du 18e siècle confiée aux bons soins des Compagnons du Devoir de Mont Saint Aignan (notre article du 16 novembre 2006 "La fenêtre à guillotine sauve sa tête" et le site Internet http://www.ptit-pat-rouennais.fr Actions terminées).
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43. 07/05/2008 : Rue des Bons Enfants
Entre les rues Jeanne d’Arc et Cauchoise.
La rue aux 3 clochers.
Elle doit son nom au Collège fondé en 1358 par les Bons-Enfants oeuvrant pour l’éducation des enfants pauvres, supprimé en 1556 et remplacé par celui des Jésuites.
Dans un quartier très populeux et croyant, trois églises paroissiales qui seront supprimées en 1790/1791, jalonnaient jadis cette artère :
- Saint Martin sur Renelle, antérieure à 1200, autour de laquelle la place publique du "Marché aux Balais" animait le quartier. Elle sera démolie en 1861 pour ouvrir la rue de l’ Impératrice.
- Saint Pierre l’Honoré, en haut de la rue Ecuyère disparaîtra en 1840 après être devenue un atelier de fonderie de cloches.
- Sainte Marie la Petite, construite au 16e siècle, entre les rues des Béguines et de la Prison (devenue rue de l’ Ancienne Prison), subira le même sort au début du 19e siècle et le culte israélite s’installera dans ses vestiges en 1865. Les bombardements de la "Semaine rouge" en 1944 l’achèveront définitivement, mais les défenseurs du patrimoine ont perdu là l’occasion de garder le porche qui était resté intact.
Récemment, une vue fugitive et inédite du côté nord de la salle Sainte Croix des Pelletiers a été rendue possible pendant les travaux sur l’immeuble au n°15 occupé il y a peu par l’enseigne Kiloshop. A cette adresse, le Grand Hôtel, démoli en 1914, accueillait autrefois les voitures des messageries de Dieppe, Beauvais et Abbeville dans ses remises aménagées pour les hautes voitures. Les voyageurs résidaient au-dessus dans une galerie en encorbellement.
Quasiment en face, l’ancienne imprimerie de Jules Lecerf qui fut l’un des premiers imprimeurs de province à faire de la phototypie mérite un arrêt photo.
Le n°100 pour un presque centenaire.
"Fontenelle est né dans cette maison le 11 février 1657" peut-on lire en lettres de cuivre sur une plaque de marbre noir un peu plus loin dans la rue, au n°100. A une époque où la longévité n’était pas la nôtre, il s’en est fallu de peu que le neveu de Pierre Corneille devienne centenaire. Il devait décéder le 9 janvier 1757 et la rue portera brièvement son nom en 1794.
Une rue éclectique puisque l’Art Nouveau y laissera son empreinte en céramique au n°95.
On peut y lire la réclame du Constructeur Fumiste PORRAZ qui vendait des "Calorifères de Caves, d’Eglises et Maisons bourgeoises", et des "Fourneaux pour Charcutiers, Hôtels, Refuges, Asiles".
On déplore par contre la disparition, suite à un vol, d’une belle statuette sur une maison à pans de bois, en face de la rue Etoupée et il ne reste plus qu’un socle vide.
Enfin, pour l’anecdote, on citera au n°28 une plaque en bois avec la mention "Pharmacie fondée en 1710".
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44. 15/05/2008 : Le Gros Horloge
Après la révolte de la Harelle en 1382, les bourgeois demandent au bailli de construire une horloge et le 5 août 1389, le conseil accepte de bâtir une tour ou beffroi pour la loger. Neuf ans de travaux et au final l’érection d’une tour couronnée d'une flèche couverte de plomb. Très vite, la charpente menaçant de rompre est remplacée, à partir de 1711, par un dôme surmonté d’une lanterne.
L’horloge sera achevée par Jean de Felain qui en deviendra le premier gouverneur et sera chargé de l’entretien en échange d’un logement dans la tour. Le mécanisme d’origine toujours existant a cessé d’actionner les cadrans et les cloches sonnant tous les quarts d’heure. Remplacé en 1928 par une horloge électrique, c’est elle qui remplit désormais cette fonction.
Il faudra attendre 1449, pour que la Rouvel, la cloche d’argent (surnom venant de la couleur claire due à une proportion élevée d’étain dans l’alliage), soit remontée à côté de la Cache-Ribaut, laquelle, sonnant matin et soir, réglait la journée des ouvriers. Avant la construction de l’horloge, celle-ci sonnait le couvre-feu le soir (d’où son nom, car elle signalait l'heure à laquelle les gens de mauvaise vie, les "ribauds", se cachaient pour commettre leurs forfaits).
A l’origine, seules les heures étaient sonnées. En 1410 deux cadrans furent ajoutés au-dessus de la porte Massacre entre Hôtel de Ville et beffroi. Olivier Homo, gouverneur de l’horloge, en serait le créateur et l’inventeur du système ingénieux de tiges et pignons transmettant le mouvement du mécanisme aux cadrans.
En 1527, la porte Massacre est démolie et l’arcade de style Renaissance, est surmontée d’un pavillon portant les nouveaux cadrans que nous admirons toujours. Ils indiquent en plus de l'heure, les phases de la lune et les jours de la semaine représentés par des triomphes.
A noter le côté insolite de la représentation sur l’arcade, d’un angelot "tête à l’ envers". L’artiste se serait vengé, jugeant que son salaire était trop faible. Sur les cadrans, on remarquera aussi le chiffre IIII au lieu de IV.
Au pied du beffroi se trouve également une très belle fontaine. Construite en 1457, elle sera remplacée en 1734 et illustre les amours du fauve Alphée et de la nymphe Aréthuse. Des travaux importants ont permis récemment d’installer à l’intérieur du beffroi un très intéressant Musée du temps.
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45. 21/05/2008 : La fontaine Sainte Marie
A 39m d’altitude, à proximité de l’ancien monastère de la Visitation et sur l’emplacement d’un ancien cirque, cet imposant monument a été inauguré par Jules Grévy le 26 octobre 1879, comme en atteste la plaque commémorative apposée au milieu des escaliers d’accès. Il est l’œuvre du tandem Edouard Deperthes, architecte, et Alexandre Falguière, sculpteur, également auteur de la première fontaine de Saint Jean-Baptiste de la Salle. Ils furent tous deux les gagnants d’un concours auquel participait également Bartholdi et devant être la conclusion des travaux d’adduction d’eau débutés 25 ans auparavant. D’autres artistes contribuèrent aussi à cette édification dont le coût initial était estimé à 282.000 francs, entre autres un talentueux animalier, Victor Peter, auteur du groupe équestre du Grand Palais, et le sculpteur rouennais Alphonse Guilloux, élève de Falguière, qui a suggéré les eaux du Robec et de l’Aubette, figurés par des enfants. On reproche toujours à ce groupe allégorique une certaine lourdeur froide due à l’emploi excessif d’éléments symboliques, mais il reste malgré tout un intéressant témoignage de l’art sculptural de la fin du 19 e siècle.
Les "organistes" de Sainte Marie.
Aussi, pour rendre l’édifice plus attrayant, lors de l’inauguration, un décor de feuillages sera installé et l’ensemble illuminé par un éclairage à gaz. L’installation sera électrifiée en 1919 et complétée en 1938 par des rampes multicolores puis en 1962, par un clavier de commandes permettant aux "organistes" de gérer le spectacle pendant la foire Saint Romain. Mais eau et électricité ne faisant pas bon ménage, le système d’une maintenance par ailleurs trop compliqué, sera supprimé en 1977 et d’une façon générale, l’entretien s’avèrera chroniquement difficile. En 1914, les Amis des Monuments Rouennais obtiendront une remise en état par le service des Eaux et la dernière restauration notable sera exécutée par l’entreprise Lanfry en 1983.
Difficile à apercevoir à l’arrière de la fontaine, une très belle sculpture d’Alexandre Guilloux intitulée "la source", initialement prévue pour être installée dans le square Solférino en 1903, sera finalement posée sur la terrasse surplombant le réservoir. Elle peut être contemplée, mais malheureusement de trop loin, de l’impasse Adrien Auzout menant à l’Observatoire.
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46. 28/05/2008 : La caserne Jeanne d’Arc
Lorsqu’en 1772 l’intendant de Crosne augmente la garnison pour mieux assurer la sécurité de la ville, se pose alors le problème de l’hébergement des troupes. Après l’achat, rive gauche, de l’ancien grenier à sel qui s’avère être un mauvais choix du fait d’un terrain soumis aux crues et rendant les liaisons entre les deux rives aléatoires, l’emplacement du Pré aux Loups, bien que marécageux, semble plus judicieux.
Dans ce quartier à l’est de la cité, où habite une population ouvrière pauvre, les travaux de construction débutent en 1776. La nouvelle caserne Martainville deviendra pourtant rapidement insuffisante, et elle devra être agrandie entre 1785 et 1790 avec l’édification aux extrémités de deux pavillons.
L’imposante façade de pierre, classique, majestueuse et sobre à la fois, est couronnée par un fronton aux armes des rois de France. Du au rouennais Marin-Nicolas Jadoulle, on peut lire sur ce dernier "LUDOVICUS XVI ANNO DOMINI MDCCLXXVI" (1776).
Les bâtiments sont marqués par quatre préceptes essentiels, fonctionnalité, régularité, luminosité, salubrité, avec de larges espaces de circulation et un monumental escalier de prestige.
Déjà la crise du logement.
972 soldats pour seulement 324 lits avec une chambre pour 10 impliquent une vie quotidienne très spartiate, et malgré l’installation de couchettes individuelles, le confort ne s’améliore guère. Les locaux deviennent même insuffisants et le logement dans les établissements religieux s’avère courant.
Placée sous le patronage de Jeanne d’Arc, une extension significative sera opérée en 1886 et, outre les chambres, la caserne comprendra alors des cuisines, une infirmerie, une prison, un gymnase et des magasins.
Soumise à l’occupation pendant la seconde guerre mondiale, les Allemands y interneront les prisonniers britanniques et des croix rouges seront peintes sur les toits pour signaler aux avions ennemis, la présence de blessés et de prisonniers. Elle sera ainsi épargnée par les bombes alliées et deviendra à la libération, un centre de formation de jeunes recrues et de rapatriement pour prisonniers et déportés.
La fin de la vocation militaire de l’édifice a sonné et elle est alors investie par des services administratifs. L’inscription en 1948 à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques des façades, toitures et guérites d’entrée, lui évitera la démolition envisagée par l’Armée et la ville la rachètera en 1968.
En décembre 1984, le Conseil Régional prendra possession des locaux dont seules les façades et toitures seront conservées. Quant au fossé drainant, longeant le boulevard Gambetta, il sera découvert et mis en valeur avant que de nouveaux travaux d’extension et de restructuration donnent à l’ensemble son aspect actuel.
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47. 04/06/2008 : Le Clos Saint Marc
Une histoire qui remonte au Moyen Age.
Le Clos Saint Marc doit son nom à une ancienne chapelle où s’étaient installés les Cordeliers de l’ordre franciscain en 1228, avant leur transfert en 1255 à l’église Saint Clément. Proche de l’Aubette, cette chapelle, incendiée vers 1342, réédifiée en 1435, sera définitivement détruite en 1835.
Tout autour s’était édifié un quartier, où d’innombrables ruelles s’enchevêtraient. La place était autrefois divisée en deux : le clos Saint Marc, où Grand Clos, à l’ouest, et le Petit Clos à l’est, utilisé comme parvis à la chapelle.
Le Clos Saint Marc faisait partie du fief des seigneurs du Tot qui pouvaient y faire tenir un marché. Pendant la Révolution, son nom fut changé en Clos Marc, puis Clos des Volontaires.
Eugène Noël dans son livre "Rouen, Rouennais, Rouenneries" brosse le tableau dans un langage savoureux : "Au fil du temps, le Clos était devenu un méli-mélo d’allées noires et tortueuses conduisant à des escaliers, à des escabeaux, à des chambres sans toit et tout cela communiquant de l’un à l’autre par d’ignobles percées ... On vivait là de père en fils dans une communauté, dans une promiscuité sans nom."
Une tradition maintenue.
En 1832, le Conseil Municipal, présidé par Henry Barbet, décide la création d’une place à l’emplacement du Grand et du Petit Clos Saint Marc. Dès 1837, le marché s’installe sur la place, alors arborée et agrémentée de fontaines, avant que ne soient construites les hallettes en 1846. Une de ces dernières, métalliques depuis 1885, sera incendiée en 1920 tandis que la dernière guerre mondiale aura raison définitivement de l’un des bâtiments.
L’ensemble restant sera démonté en 1963 pour l’édification de la salle omnisports Lionel Terray, inaugurée en 1968. Un mur de béton d’une architecture très quelconque coupait alors la belle perspective que l’on avait autrefois entre les quais et la place Saint Vivien.
A la même époque était percée la rue Robert Schumann, entraînant la démolition des établissements " Meubles Froger", enseigne de la place depuis 1896.
Le Clos Saint Marc est devenu l’un des pôles d’animation commerciale de la ville, surtout le dimanche matin, à l’heure où les Rouennais viennent faire leur marché. Il l’a été aussi lors des évènements de mai 68 lorsque 20.000 manifestants s’y étaient rassemblés le 13, rappelant les affluences de 1936.
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48. 11/06/2008 : Sous le soleil rouennais (1ère partie)
Les méridiennes
La mesure du temps à travers les âges à donné lieu à de multiples créations.
Des précurseurs d’abord, avec bien sûr le cadran solaire évolué qui succéda au gnomon primitif, utilisé par les Egyptiens, les Chaldéens et les Incas, mais aussi les clepsydres, ou horloges à eau, et les sabliers.
L’horloge à combustion ou à feu est citée pour mémoire, les horloges mécaniques devenant rapidement les plus répandues dès la fin du 12 e siècle. Souvent monumentales, elles devaient être réglées, et ce sont les méridiennes qui étaient employées comme moyen de contrôle. Constituées d’une graduation verticale avec à son sommet un disque décoratif percé, elles permettaient de situer avec précision la position du soleil.
Il en reste quatre à Rouen dont la plus remarquable est situé dans les jardins de l’Hôtel de Ville. Le méridien de Paul-Ambroise Slodtz, placé sur ce site depuis 1826, avait été installé en 1753 sur les quais à l'emplacement de l'ancienne Bourse Découverte rasée en 1791. Il était utilisé par les commerçants. Depuis 1830, on peut y lire pour chaque mois l'heure légale, compte tenu de l'équation du temps, sur des plaques de marbre malheureusement très endommagées. Un ensemble décoratif baroque nous montre une femme assise représentant le commerce tandis qu’un peu plus haut, un vieillard tenant un sablier indique du doigt la ligne de la méridienne. Enfin, un médaillon situé au centre de la base et vide aujourd’hui, contenant à l’origine l’effigie de Louis XV, avait été remplacé par une plaque "Liberté – Egalité". Ce monument peu connu du grand public aurait grand besoin d’une restauration.
La méridienne du Musée Flaubert, installée autrefois sur l’Hôtel Dieu de la Madeleine, place de la Calende, haute de 3 m, comporte elle, une courbe de l’équation du temps en forme de 8 dominée par une représentation d’Apollon, dieu du jour et du soleil, sur son char.
Située dans une cour privée au 39 de la rue Beauvoisine, une autre méridienne qui malheureusement ne voit pas le soleil en hiver, un comble, représente les signes zodiacaux.
Enfin, celle de l’Archevêché, visible de la rue des Bonnetiers, hélas bien incomplète mais récemment restaurée, brille de mille feux.
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49. 18/06/2008 : Sous le soleil rouennais (2ème partie)
Les cadrans solaires
Comment concevoir que dans la ville considérée à tort comme le "pot de chambre de la Normandie", on puisse recenser les cadrans solaires ? Et pourtant, les amoureux du petit patrimoine en ont dénombré une dizaine digne d’intérêt.
Le plus beau est sans conteste celui du 18 rue Damiette daté de 1707 sur lequel on pouvait lire autrefois "Qua non putatis" ("Quand vous n’y pensez pas"), inscription complètement effacée aujourd’hui. Situé dans une propriété privée, il aurait grand besoin d’une restauration ainsi que celui de l’église Saint Vivien au cadran du 17 e siècle sur le mur de la sacristie. La devise en est "Ultima quando" ("Á quand l’heure dernière ?"), dernier rappel peut-être du cimetière existant à l’époque.
Plus récent et en bien meilleur état est celui du 38 rue Etoupée avec la même devise que celui de l’église Saint Vivien. Placé sur une maison bâtie en 1910 par l’architecte et artiste Georges Ruel, un grand défenseur des maisons à pans de bois comme le sera plus tard Daniel Lavallée, il est visible de la rue Jean Lecanuet.
Celui de la caserne Philippon, ancien séminaire Saint Vivien, a bénéficié quant à lui, d’une restauration ostentatoire, mais son gnomon n’a pas été remis en place.
Deux établissements scolaires ont également un cadran solaire. Le collège Bellefonds, 161 rue Beauvoisine où le chapitre du monastère des Bénédictines était jadis hébergé, présente un cadran du 17 e siècle incomplet et abimé alors qu’au collège Barbey d’Aurevilly, 36 rue Saint Patrice, on aperçoit en cherchant bien, un tout petit cadran quasiment effacé. Un autre conçu en 1986 sur une plaque de marbre a tout simplement été volé.
En mauvais état aussi est celui de l’Hôtel de Villequier (18 e siècle), 10 rue de la Seille, tout en haut d’un fronton en fond de cour alors que celui du 103 rue du Champ des Oiseaux, incomplet, laisse apparaître la mention "Sparu".
Une disposition différente a été adoptée pour le cadran solaire horizontal en fonte du Musée du Secq des Tournelles qui présente en outre un cadran portatif appelé "cadran de berger", type de cadrans exposés également au Musée des Antiquités.
Pour l’anecdote, il faut citer enfin les vestiges situés 148 rue Beauvoisine dans une cour privée. Ce pourrait être un cadran lunaire, une hypothèse à confirmer.
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50. 25/06/2008 : Une histoire de palais. Eternel recommencement place de la Cathédrale.
La disparition d’anciens logis comme une maison à pans de bois sculptés et flanquée d’un superbe escalier du début du 17 e siècle, avait déjà fait scandale lors de la construction en 1898-1899 de l’immeuble de la Mutuelle-Vie. D’autres subiront un sort semblable rue des Quatre vents, la bien nommée. Œuvre des architectes Gosselin et Auvray, le projet, précédé d’une multitude d’autres, fut très critiqué à l’époque. L’immeuble cohabitera tant bien que mal avec la Cathédrale qui apprendra au fil du temps qu’elle n’est pas seule au monde.
Au carrefour des antiques "cardo" et "decumanus", elle a pour voisine depuis la Renaissance, le Bureau des Finances, beau témoignage de l’architecture civile sous le règne de François 1er, ainsi qu’une intéressante fontaine. Puis au 17e et 18e siècle, des habitations viendront se greffer directement sur elle et il en reste encore aujourd’hui des traces visibles. Elle a même en vis à vis, la "Grande Pharmacie du Centre" dont le style Art Déco ne choque plus personne depuis longtemps. Et pourtant en 1870, Nicétas Périaux écrivait déjà : "L’établissement d’un jardin public serait d’un bon effet autour de ce magnifique monument". Qui croire, qui suivre ? Ne le saura-t-on pas trop tard ?
Rosaces et culs-de-lampe
Le Palais des Congrès actuel se trouve quant à lui sur un emplacement occupé avant 1900 par des magasins (fabrique de passementerie, commerce de vins, "Café de l’Univers" ...) et même par une chapelle dont les voûtes nervurées, les rosaces ou autres culs de lampe faisaient le délice des Rouennais avant guerre. La "Chambre" des Comptes était installée en ce lieu depuis 1589 dans un hôtel particulier édifié vers 1525 et appartenant à la famille rouennaise Romé de Fresquiennes. Le passage de la Cour des Comptes, ouvert en 1900 entre les rues des Carmes et St Romain, belle entrée majestueuse, sera malheureusement détruit par les bombardements du 19 avril 1944. Seuls quelques vestiges jugés arbitrairement dignes d’intérêt seront sauvegardés et maintenus sur place, alors que des fragments seront accueillis dans les locaux de la Chambre Régionale des Comptes rue Bouquet. Sans doute, comme pour beaucoup de monuments endommagés, aurait-on pu en garder davantage.
Les Anciennes Mutuelles reconstruiront finalement leur siège à Belbeuf. Il sera inauguré en 1968 mais entre temps, les projets s’étaient succédé, sans qu’aucun n’obtienne l’agrément des Monuments Historiques. Et en juillet 1972, la date de début de démolition de l’ancien immeuble coïncidera avec celle du début des ennuis et polémiques pour Rouen et ses habitants.
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51. 02/07/2008 : Signalétique historique
Même si les graffiti existent depuis la nuit des temps (précurseurs préhistoriques, témoignages des grognards napoléoniens sur les pyramides égyptiennes, bateaux stylisés gravés sur nos églises régionales...), même si on peut donc faire quelques exceptions pour des inscriptions anciennes à caractère historique ou symbolique, leur recrudescence et leur banalisation dans la bonne ville de Rouen en inquiète plus d’un.
Et pourtant, les graffiti n’ont pas toujours été une pollution visuelle, une calamité diront certains, mais une nécessité pour une bonne gestion de la ville et la vie quotidienne de ses habitants. Ils indiquaient aux passants le nom du lieu où ils étaient et on les retrouve encore aujourd’hui gravés sur nos murs. Si certains ne méritent pas d’explication particulière, "Rue Gros Horloge" (sous la voûte du beffroi) ou "Eau de Robec" (angle rue du Pont de l’Arquet), d’autres ont une origine plus insolite.
Des noms d’emprunt
Souvent, ils reprennent le nom d’un propriétaire. Ainsi, la rue "Macé", autrefois rue du Refuge en rappel d’un couvent de filles pénitentes, la "Rue Ricardière" (désormais voie privée débouchant rue aux Ours) ou la "Rue Boutard" (nom gravé sur l’église St Godard).
Les anciennes enseignes ont inspiré entre autres la "Rue du Rozier", la «Rue de la Rose" et la "Rue du Chapron", au niveau de la place St Vivien. La "Rue du Chouquet" est le souvenir inscrit dans la pierre, de la distribution de bûches à la veille de Noël par les échevins de la ville, aux habitants les plus marquants. Le chouquet désignait aussi un banc en bois.
La "Rue du Petit Musc", voie supprimée vers 1865 pour le percement de la rue de l’ Hôtel de Ville, était quant à elle habitée par des femmes de mauvaise vie. C’était antérieurement la rue Pute-y-Musse, muce ou muche, terme désignant une cachette. La "Rue Bourgerue" (actuelle rue de Germont) a tiré son nom d’un lieu infect et malsain, un bouge.
Parfois, c’est un évènement comme la venue d’un cardinal à Rouen en 1596 qui a donné le nom à la "Rue de Florence".
Pour d’autres, plusieurs hypothèses peuvent être avancées. C’est le cas de la "Rue Damiette", référence à une certaine Dame Miette, souvenir de la prise de Damiette par St Louis, ou pour les étymologistes, rappel de la mecte désignant une borne ou une limite, un vieux mot venant du latin meta.
Très ténues sont parfois les traces restantes et il faut avoir un œil averti. Ainsi, sous la plaque actuelle de la rue de Montbret, on aperçoit encore le "s" final de la vieille "Rue Pincedos".
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52. 09/07/2008 : Le Rouen alchimique
Si l’alchimie est une science occulte centrée sur la recherche d’inspiration spirituelle, ésotérique ou d’un remède universel, que penser de certaines représentations bizarres ornant quelques façades rouennaises ? Un circuit mystérieux attend les plus curieux.
- Rue Etoupée, une superbe bâtisse Renaissance au n°10, dite "Cité de Jérusalem" datée 1580. En façade, trois bas-reliefs nous content une belle histoire ; celle de deux frères pèlerins (ou d’un Maître et de son apprenti) qui voyageant séparément depuis de nombreuses années, se retrouvèrent dans la ville sainte en y pénétrant par des entrées opposées.
- Négociant en tissus, l’homme qui demeurait et exerçait sans doute son activité rue Eau de Robec au n°186, partit un jour sur son cheval en direction d’Elbeuf pour y négocier quelques affaires. Mais arrivé à la forêt des Essarts, des bandits de grand chemin lui tendent un piège, le dévalisent et le laissent pour mort. La réaction de l’animal est étonnante et il réussit à retrouver son point de départ rouennais. Les voisins se mettent alors en route et retrouvent notre homme qui sera finalement sauvé. Par gratitude, il installera au dessus de sa porte une superbe frise représentant le cheval sans son cavalier, quittant la forêt et se dirigeant vers des tours et remparts symbolisant la ville.
- L’Hôtel de Bourgtheroulde nous présente à la fois la salamandre (emblème de François 1er), un "homme sauvage" bien mystérieux et le Phénix, oiseau fabuleux, doué de longévité et caractérisé par son pouvoir de renaître après s'être consumé sous l'effet de sa propre chaleur. Il symbolise ainsi les cycles de mort et de résurrection.
- Au 83 de la rue d’Amiens, une très belle maison à la façade de bois avec une inscription énigmatique "Havre d’Ecose", et des indiens au regard inquisiteur surveillant la rue.
Puis, les photographes en quête d’insolite ne manqueront pas de fixer la maison fantaisiste "Le Vieux Logis" du Maître Huchier Charles Morel place de la Rougemare, comme celle de la "Rémore", rue Eugène Dutuit. Mais aussi la fontaine du lion et la frise aux lions rue de Fontenelle, le cygne d’une vieille auberge 47 rue Cauchoise, la méduse rue Eau de Robec, la statue de Nicéphore Niepce rue Jeanne d’Arc et le tympan du portail St Jean de la Cathédrale.
Enfin, les "grotesques", rieurs, tristes, inquiétants, menaçants ou inquisiteurs, toujours extravagants, fantastiques ou énigmatiques sur nombre de façades resteront une mine inépuisable pour rester un plus en pensée, dans cet univers étrange et mystérieux d’un Rouen trop méconnu.
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53. 16/07/2008 : L’Armada des navires "Rouen"
Visitant le Musée Maritime de Rouen, vous vous arrêterez certainement devant la très belle maquette du liberty-ship "S/S Rouen", navire construit en 1942 à Los Angeles qui transporta pendant la seconde guerre mondiale 550 hommes et une cargaison de marchandises diverses dans le monde entier. A sa sortie de chantier, il est baptisé "George G. Meade" du nom d’un général ayant participé à la guerre de Sécession. Torpillé en 1943, il sera sauvé, et à l’issue du conflit, il faisait partie des 75 liberty-ships achetés aux Etats-Unis par le gouvernement français pour reconstituer la flotte de navires de commerce.
Rebaptisé "Rouen", il sera utilisé par la Compagnie Générale Transatlantique jusqu’en 1953. En 1948, en escale au Havre un important incendie se déclare à bord et il est longtemps immobilisé avant de reprendre la mer. Vendu à la Grèce, le cargo sera démoli en 1969.
Quatre autres navires ont porté le nom de "Rouen" dans le passé, tous assurant la traversée entre Dieppe et Newhaven.
Le premier est un paquebot à aubes construit à Londres en 1853 qui participa à la guerre de Crimée en forçant le blocus avant de reprendre les traversées entre la France et l’Angleterre jusqu’en 1863.
Le second "Rouen" est un paquebot à hélice.
Le record reste toujours à battre
Le troisième, construit à Glasgow, fut mis en service en avril 1888 et dès le 12 septembre de la même année, il battait le record entre Dieppe et Newhaven en 3 h 20. Les ferries actuels ne sont pas plus rapides, renforçant la performance de l’époque. Il sera vendu en 1903.
Le quatrième enfin, équipé de turbines et de trois hélices, fut construit aux Forges et Chantiers de la Méditerranée au Havre et lancé le 18 mai 1912. Il participa aux deux conflits mondiaux. Durant le premier, transformé en croiseur auxiliaire, il est torpillé face à Cherbourg le 28 décembre 1916 (perte de 3 marins dieppois). Ramené à Dieppe, réparé et remis en service sur la ligne Dieppe-Newhaven à la fin de 1918, il est réquisitionné lors de la seconde guerre mondiale par l’Amirauté française et participe à l’évacuation de Dunkerque comme navire hôpital. Pris par les autorités allemandes en août 1940, il est armé comme patrouilleur puis sert après transformation, de navire de recherches scientifiques (études sur le radar) sous le nom de "Wullenwever". Retrouvé à Kiel et ramené à Dieppe en 1945, jugé irrécupérable, il terminera une belle carrière de 37 ans en 1949, sous le chalumeau des démolisseurs.
La ville de Rouen fut donc bien représentée sur les mers du globe durant un siècle. Le Musée Maritime en garde la trace et perpétue ainsi la tradition maritime séculaire de la ville.
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54. 23/07/2008 : Grammont, sablière et poudrière
Quel sentiment étrange éprouve t’on en découvrant ce quartier à l’histoire insolite.
En émane un mélange subtil d’odeurs du passé, de l’encens de la chapelle Notre-Dame-du-Parc et des pièces de viandes des anciens abattoirs alors que se profile (ou se profilait) pour l’horizon 2010 une restructuration importante et l’ouverture de la Médiathèque.
Tout débute en 1833 avec la création des premiers abattoirs entre l’avenue de Grammont et la rue de Sotteville sous le règne de Louis Philippe. Puis ce sera le don à la ville d’un terrain de deux hectares (emplacement de l’actuelle clinique Mathilde depuis 2001) par Mr Joly de Bammeville à la fin du 19e siècle. Sur cette prairie du "Pré-aux-bœufs", un nom prédestiné, sont édifiées de 1885 à 1889 des halles métalliques destinées au négoce du bétail.
L’abattage des abattoirs
Plus tard, l’implantation du marché aux bestiaux rue de Lessard entraînera le transfert des abattoirs, "les plus modernes de France" sur un site voisin. Ils seront inaugurés en 1934 mais 50 ans après toute cette activité se transportera à Tourville la Rivière. Difficultés financières et problèmes de normes sanitaires auront raison de l’âme du quartier et l’on ne conservera symboliquement qu’une grille, un portail et le guichet d’entrée. Même le château d’eau et sa grande horloge, repère facile pour les habitants, sera détruit en janvier 2000.
Déjà durement frappé par les bombardements de 1943 et 1944, le quartier Grammont ne cessera de panser ses plaies après l’appel lancé pendant l’hiver particulièrement rude de 1954 par l’Abbé Pierre pour une "insurrection de la bonté". La cité d’urgence Contremoulins en briques et toits de tôle abrite dès l’année suivante les plus déshérités. Des pavillons avec jardinets la remplaceront en 1978. Une autre initiative heureuse sera le remblaiement de la "mare de la Poudrière", fosse dangereuse restée sans protection après la fin d’exploitation de la carrière de sable. De 1962 à 1972, les programmes de constructions des immeubles dits de la Sablière ou de la Poudrière près de l’église se succèderont. Presque tous ont disparu aujourd’hui mais toujours parent pauvre, le quartier bénéficie cependant depuis 1984 d’un désenclavement grâce à l’ouverture du pont Mathilde en 1980 et la création d’un parc de 29 000 m2 apprécié des Rouennais de la rive droite comme de la rive gauche.
L’histoire de la chapelle Notre-Dame-du Parc sera l’objet du prochain article.
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55. 30/07/2008 : La mystérieuse Notre-Dame-du-Parc
Méconnue des Rouennais, dans un quartier en pleine mutation et dénommée de nos jours église Sainte Catherine, le plus vieil édifice local est en fait l’église du Prieuré Notre-Dame-du-Parc installée dans le Parc Royal de Rouen à la fin du 12e siècle. Issu d’un mouvement qui dès 1076 initia un renouveau monastique dans l’occident chrétien, l’ordre de Grandmont crée sa "maison" à Rouen entre 1157 et 1180. En 1295, 158 maisons dont 15 en Normandie avec 92 religieux sont implantées, mais en 1317 le pape Jean XXII réorganise l’ordre. L’abbaye de Grandmont est chargée de le diriger avec ses 30 prieurés conventuels.
Ruiné et incendié en 1370, le monastère sera reconstruit, puis un siècle plus tard, ce sera au tour de la chapelle. En 1592, lors du siège de Rouen par Henri IV, le prieuré est à nouveau détruit et en 1772, l’ordre de Grandmont est lui-même supprimé par le pape Clément XIV.
Le domaine est alors transformé en caserne de dragons.
Edifiée sur un terrain sujet aux crues du fleuve, la chapelle ne sera pas épargnée et l’eau montera même jusqu’ à son autel, évènement relaté par une inscription et un repère sur le mur nord : "L’an mil six cent cinquante huit ... Par un débordement insigne ... La Seine débordant de son lict ... Parut jusque sur cette ligne."
Une véritable poudrière
L’histoire de cet édifice de dimensions modestes deviendra alors chaotique et insolite lorsque Notre-Dame-du-Parc (l’appellation Sainte Catherine étant moins appropriée historiquement, tout comme Grammont au lieu de Grandmont) sera transformée en 1780 en magasin à poudre. Un chemin de ronde est alors creusé, un plancher de stockage construit, le portail muré ainsi que la plupart des autres ouvertures, renforçant la beauté sobre et austère d’un monument classé historique en 1936. Après le transfert de la poudrière à Grand Quevilly, il retrouvera sa vocation première lors de la messe célébrée le 25 janvier 1970, après avoir bénéficié d’importants travaux de restauration pendant une dizaine d’années. De superbes éléments de pavement roman (fin 12e – début 13e siècles) en terre cuite ont été découverts à cette occasion et mis en valeur dans l’édifice. Plus récemment lors de fouilles préliminaires aux travaux de la Médiathèque de l’architecte Ruddy Ricciotti, les restes d’un mur de la fin du Moyen Age, sans doute des vestiges du mur d’enceinte du prieuré, ont aussi été mis au jour. Les deux édifices pourraient cohabiter avec bonheur.
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56. 06/08/2008 : Funiculaire et tramway de Bonsecours
Bonsecours, disposait jusqu’en 1890 de rares omnibus assurant la liaison avec Rouen. Pourtant, cette commune attirait les promeneurs, séduits par le splendide panorama sur les méandres de la Seine, et les pèlerins se rendant au sanctuaire dédié à la Vierge.
Un projet de voie ferrée de montagne, les "tramways de granit", fut présenté en 1876. C’était l’une de ces idées farfelues sur le transport par rail dont le 19e siècle était friand. Pour palier la faible adhérence des voies classiques, on avait envisagé un chemin de roulement constitué de deux dalles de granit enchâssées dans le béton, avec entre elles une poutre de guidage. La ligne longue de 2 km 200, partant du quai de la Bourse, devait été utilisée par des véhicules automoteurs à vapeur de 30 places seulement, mais capables de circuler tant sur les voies publiques que sur leur infrastructure propre. Outre son côté technique aventureux, elle aurait représenté un énorme investissement, la rampe nécessitant 30 viaducs d’une longueur totale de 250 m. Le projet fut donc abandonné rapidement.
Finalement, c’est en 1892 que Bonsecours est relié aux "basses terres" grâce à la construction d’un funiculaire à contrepoids d’eau. Ce chemin de fer de montagne, long de 400 m, partait d’Eauplet en bordure de Seine pour aboutir sur l’esplanade de la basilique 132 m plus haut. Chaque voiture, pouvait transporter 90 personnes dont 50 assises et était équipée d’une cuve à eau remplie en 5 minutes. Au moins 12 allers et retours quotidiens étaient prévus mais déjà lourdement pénalisé par l’irrégularité du bateau d’Eauplet assurant la correspondance, le funiculaire affrontera très vite un sérieux concurrent, le tramway.
Lutte commerciale
Envisagée dès 1889 en traction vapeur, puis électrique à partir de 1895, la ligne fut mise en service en 1899. Long de 5 km 600, cet itinéraire voyait circuler des motrices plus puissantes que leurs homologues rouennaises.
72 allers et retours quotidiens assurèrent le succès du tramway qui transporta près de 700 000 voyageurs en 1901 contre 140 000 seulement pour le funiculaire en pleine déroute financière. Les résultats étaient si catastrophiques que la Compagnie du Tramway de Bonsecours assura à partir de 1905 la gestion du chemin de fer de montagne. Mais tandis que le tramway connaissait toujours une bonne fréquentation, la clientèle du funiculaire chutait inexorablement et faute de passagers, il fermera le 25 mai 1915, laissant le tramway assurer seul la desserte. Son service cessa le 24 février 1953.
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57. 13/08/2008 : Pie et Corneille
Nous ne remercierons jamais assez Pierre Corneille qui a jugé bon de naitre le 6 juin 1606, date facile à retenir s’il en est. Et il a choisi le n°4 de la rue de la Pie pour cet heureux évènement. Célèbre par la plume, le dramaturge au nom d’oiseau, aura donc été sans le vouloir, d’une logique absolue.
Dans cette minuscule rue dont le nom semble venir de l’enseigne de l’"Hôtel de la Pie", serpentait autrefois un ruisseau au milieu de pittoresques maisons à pignons, dont celle de Pierre Corneille.
Retraçons un peu l’histoire de cette demeure devenue musée en hommage au grand homme.
A l’époque des frères Corneille, Pierre et Thomas, son cadet de 20 ans, deux maisons étaient accolées, héritage du père, Maître des Eaux et Forêts. Celle de Pierre était la "petite", plus étroite mais plus haute. Elle aurait bien pu disparaître au 18e siècle, si l’ambitieux projet du nouvel Hôtel de Ville imaginé par Matthieu Le Carpentier avait vu le jour. Heureusement pour le père de la tragédie, sa construction débutée en 1758, n’ira pas au-delà des fondations (maquette au Musée des Beaux Arts). En 1858, afin d’élargir la chaussée, la maison sera reconstruite en retrait de 2 m. Une tablette de marbre indiquait alors "Ici est né, le 9 juin 1606, Pierre Corneille" vite remplacée par une autre rectificative. Une ancienne photographie de 1884, montre la rue ornée d’une toile peinte représentant la maison natale, au cours d’une cérémonie organisée en l’honneur de l’écrivain. Puis, le bistrot Lemercier s’y installera et l’on pouvait voir à cette époque le buste du tragédien sur un socle en façade, petit patrimoine disparu, alors qu’une belle descente d’eaux pluviales a été sauvegardée.
Alors qu’elle était devenue plus tard une annexe de l’imprimerie Wolf, installée aux n°13 -15 de la même rue, la maison est alors rachetée en 1912 par un comité de soutien qui la remettra à la ville sous la condition qu’un musée cornélien y soit installé. Ce qui fut fait.
Et que voir d’autre dans cette rue dénommée "Mignotte" avant 1488, mais aussi "Saint Jacques", "Pierre Corneille" évidemment, et "de Tours" pendant la Révolution ?
Sur sa rive méridionale, au n°3, le restaurant l’"Ecu de France" hébergeait le personnel des invités de "La Couronne" accueillis à deux pas de là. Un peu plus loin, au n°9, un autre restaurant "Les Nymphéas" garde une rare devanture moyenâgeuse dite "en feuillure" avec une imposte vitrée garnie de barreaux, laissant passer un peu de lumière. Enfin au n°21 l’ "Hôtel des Alleurs" reconstruit au 18e siècle, possédait une remarquable cheminée fin 15e, début 16e siècle qui a malheureusement été déplacée à Jumièges.
En définitive, une petite rue mais une longue histoire.
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58. 20/08/2008 : Une bien étrange histoire
Quelques documents et objets en vitrine au 45 rue aux Ours, en étonneront plus d’un. Petit résumé d’une histoire oubliée, d’un fait divers du 18e siècle, cette exposition permet de mieux comprendre l’attachement de l’association P’tit Pat’ Rouennais à militer pour la pose d’une plaque commémorative au n°15 de la rue, et pourquoi pas pour l’édification d’un mausolée à Bourg Beaudouin qui rappelleraient utilement un épisode de l’histoire régionale. Jean Marie Roland, vicomte de la Platière, économiste distingué et collaborateur de "l’Encyclopédie", rencontre en 1776 la jolie Manon plus jeune de vingt ans. Honnête, rigoureux, et grand travailleur, il l’épouse en 1780, alors qu’il vient d’être nommé inspecteur des manufactures à Amiens. Il est en poste à Lyon lorsqu’éclate la Révolution. Partisan des idées nouvelles, il est envoyé dans la capitale où le couple s’installe. Roland se lie avec les Girondins, Robespierre entre autres. Manon, dite "Madame Roland", passionnée elle aussi par la politique, reçoit bientôt dans son salon tous les hommes influents et facilite l’entrée de son époux dans le "ministère Girondin" où il obtient le portefeuille de l’intérieur. Elu à la Convention, Roland refuse le siège de député, préférant conserver son poste ministériel. Les Montagnards l’accuseront d’avoir fait disparaître des papiers compromettants et son attitude pendant le procès du roi le desservira. Las de toutes ces attaques et très atteint par les révélations de Manon qui vient d’avouer son amour pour un autre, Roland démissionne. Il veut quitter Paris, mais l’assemblée lui refuse l’autorisation. Dès lors, son destin est scellé car ses violentes attaques contre les Montagnards et la Commune de Paris le condamnent et il doit être arrêté le 2 juin 1793.
Rouennais d’adoption
Devenu hors la loi, il parvient à s’échapper et se réfugie à Rouen chez deux vieilles demoiselles qui au péril de leur vie l’hébergent dans leur maison au n°15 de la rue aux Ours. Pourquoi Rouen ? En 1761, Roland y travaillait et était tombé amoureux de l’une des filles de Mme Malortié. Après la mort de sa promise en 1773, Roland restera toujours en contact avec la famille et c’est donc à Rouen que le 10 novembre 1793, il apprend l’exécution de Manon. Au pied de l’échafaud, la trop belle et intelligente Madame Roland s’exclamera : "Ô Liberté que de crimes on commet en ton nom". Roland marche alors en direction de Paris et à Bourg Beaudouin, il se tue de deux coups de canne épée. On trouvera sur lui ce billet : "Qui que tu sois qui me trouve gisant ici, respecte mes restes; ce sont ceux d’un homme qui est mort comme il a vécu, vertueux et honnête." François Mitterand serait venu discrètement à Bourg Beaudouin sur le chemin du château de Cocquetot pour retrouver le corps enterré sans cercueil et si peu profondément que les enfants du village s’amusaient à le toucher avec des bâtons. Les plus curieux retrouveront des traces de ce drame étrange au Musée du Vieil Evreux avec la table sur laquelle le corps fut déposé, et au Musée des Antiquités de Rouen où l’arme fatale est conservée dans les réserves.
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59. 27/08/2008 : Rue Ganterie
Déjà rue des Gantiers au 14e siècle, voilà une rue pittoresque que les bombardements de 1944 ont malheureusement amputée. Victime de guerre pourrait-on dire. Un flash back permettra de mieux apprécier le patrimoine exceptionnel de cette artère. Déjà en 1861, les contraintes urbanistiques faisaient des ravages détruisant l’église de St Martin sur Renelle pour le percement de la rue de l’Impératrice, devenue rue Jeanne d’Arc. Plus tard, de belles maisons gothiques à encorbellement subiront les assauts des bombes côté sud entre les rues des Ciseaux (actuelle rue de la Poterne) et Socrate. Disparaîtront les N°s 69 (épicerie Bigot), 71 (menuiserie Blard), 75 (serrurerie Guérard). Le N°85 reste un bel exemple de ce riche patrimoine détruit dont l’un des fleurons était la "Maison Royale", jadis logement de la reine douairière d’Angleterre. Le côté sud ne sera pas épargné avec la disparition au n°58 de l’Hôtel de St Wandrille, propriété de l’abbaye du même nom qui fut aussi avant 1707 Bureau des Finances et dont le splendide escalier partit en fumée.
De Duval de Coupeauvlille à Papa Loulou
L’Hôtel Duval de Coupeauville aux n°72, connaîtra quant à lui un sort plus heureux. De cet édifice Louis XIII où aurait séjourné Voltaire en 1731, invité par son ami le sieur de Cideville, ne restait plus après les bombardements que la façade agrémentée de bossages. Elle sera démontée pierre par pierre en 1955 et réinstallée au nouveau presbytère de Barentin. Une restauration plus discutable sera entreprise en 1949 à l’angle de la rue Beauvoisine (Magasin Antonelle) où du vieux tuileau se mêle aux colombages à la façon bas-normande.
Patrimoine immatériel
La richesse patrimoniale reste aussi dans le souvenir d’une population qui a pu connaître le restaurant Dupas près du Carrefour de la Crosse, à l’enseigne "Grande Rôtisserie Moderne", la librairie papeterie Buchy-Methivier, l’imprimerie Aubriet ou le Père Carbonnet, marchand d’huile. Ou encore, le "Bec Parisien" qui vendait les célèbres "Becs Auer", héritiers des antiques becs papillon utilisés pour l’éclairage au gaz. La musique était elle aussi bien représentée avec les magasins du musicien Haumesser dont les concerts étaient fort appréciés et le Père Rézeau, dit "Papa Loulou", facteur d’instrument de musique au n°10. Parmi les commerçants populaires, une place particulière sera réservée à M. Dervois, ami de Georges Dubosc, qui avait créé au n°91, le "Musée de la rue". Il y exposait documents et photos d’actualité. Ce fut le cas pour le centenaire de la mort de Napoléon 1er en 1921. Quant aux gantiers, fort nombreux dans le quartier dès le 13e siècle à proximité des tanneries, ils ont déserté la rue depuis la fin du 19e siècle et leur souvenir n’est plus qu’une évocation gravée sur une banale plaque de rue.
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60. 03/09/2008 : Trésors des Jardins de l’Hôtel de Ville
Quel riche patrimoine recèle le jardin de l’ancienne abbaye de St Ouen ! Dès l’entrée, deux plaques célèbrent Jeanne d’Arc, pour l’épreuve de l’abjuration et sa réhabilitation. A l’ouest, près du portail des Marmousets, se dresse une copie de la grosse pierre de Jellinge offerte à la ville par le Danemark lors du millénaire de la Normandie en 1911. L’originale, l’une des deux pierres runiques situées à Jellinge fut érigée en 983 par le roi du Danemark Harald dit "dent-bleue" à la mémoire de son père. La statue de Rollon d’Arsène Letellier sera installée en 1864 dans le square Solférino. Mais une polémique survint pour une "erreur de placer un guerrier du Xe siècle dans un jardin moderne" et Rollon s’installera le 27 avril 1872 près de l’abbatiale. A l’occasion des fêtes de 1911, deux copies en bronze sont réalisées dont une offerte à la ville norvégienne d’Alesund qui pourrait être la ville natale de Rollon.
L’amputation du chef viking est sans rapport, comme on le pense souvent, avec les dégâts occasionnés par la guerre. Déjà en 1886, un doigt manquait, puis après réparation, ce fut un autre en 1922. Plus récemment, dans les années 70, on refit l’index et le fourreau de l’épée. Peut-on espérer qu’en 2011, pour célébrer les 1100 ans de la Normandie, son fondateur retrouve bras et arme ? Et pourquoi ne pas l’installer alors dans le centre historique sur une place à son nom, affirmant ainsi que Rouen a tout lieu d’être fière de ses origines scandinaves. A deux pas, on remarquera le buste du poète belge Emile Verhaeren, connu à Rouen pour sa fin tragique en 1916 lorsqu’après une conférence, il était bousculé sous un train en partance.
Slodtz et Schoenewerk
Côté nord, le méridien de Slodtz est placé ici depuis 1826, transféré de l’ancienne Bourse Découverte où il avait été installé en 1753. On peut y lire pour chaque mois l'heure légale, compte tenu de l'équation du temps, sur des plaques de marbre très abimées. Un ensemble décoratif baroque montre une femme assise représentant le commerce et au dessus, un vieillard tenant un sablier indique du doigt la ligne de la méridienne. Un médaillon sur la base contenait l’effigie de Louis XV, remplacé par une plaque "Liberté-Egalité". Un monument peu connu du public qui aurait grand besoin d’une restauration. Face à lui, au centre d’un bassin depuis 1950, une belle composition d’Alexandre Schoenewerk dégage une impression de puissance. Elle représente Nessus enlevant Déjanire qui avec son mari Héraclès, allait traverser un fleuve gardé par des centaures. Nessus leur proposa son aide et prit Déjanire dans ses bras. Mais il ne s'arrêta pas et continua sa course, moment immortalisé par ce groupe sculpté d’abord installé dans une allée en 1879. Deux éléments modernes complètent harmonieusement le décorum en accord avec l’architecture de la résidence bâtie à l’emplacement d’un quartier jugé insalubre : une agréable fontaine géométrique et la fameuse "Pomme d’Or", emblématique petit monument de mosaïque restauré en 2007 par "P’tit Pat’ Rouennais".
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61. 10/09/2008 : Rue et porte Martainville
A une époque où les maîtres mots sont hygiène et sécurité, l’histoire de cette rue défraye la chronique plus que toute autre. Malgré son assainissement après l’épidémie de choléra en 1832, elle resta longtemps un foyer pestilentiel innommable.
Eugène Noël, dans le "Journal de Rouen" nous la décrit : "Des taudis noirs en ruines accumulés les uns sur les autres sans rues et sans ruelles, ayant entre eux communications par des crevasses, par des éventrements, par des perches suspendues. De la cave au grenier on pouvait aller de tous dans tous. Impénétrable à la police, au fisc, l’obscur labyrinthe n’était ouvert qu’aux gueux [...]. On y pouvait naître, vivre et mourir incognito. Lorsqu’il fut question de démolir cette cité puante, où le choléra fit ses premiers et plus terribles ravages, on chercha les propriétaires de ces étranges immeubles ; on ne les trouva pas. De fait, il n’y en avait point..."
Auberges et tavernes, "Le Petit Corset", "L’ami du Cœur" ou "Le Pot cassé", avaient sombré dans un sordide qui rivalisait avec les cours obscures mal fréquentées. Celles "du Puits d’Or" ou "du Mouton" étaient particulièrement à fuir.
Très ancienne, la rue s’est d’abord appelée Martinville du nom d’un ancien fief du 12e siècle. Mais son nom pourrait aussi venir de "Martin Via", la voie de Mars, rappel d’un temple bâti à l’emplacement de l’église St Paul.
Elle s’est aussi appelée "Chemin du Ny-de-Chien" au 11e siècle, quand les ducs de Normandie y avaient leurs chenils, et rue de la Liberté en 1794.
On y découvrit au début du 17e siècle les sources ferrugineuses de "La Marêquerie", établissement réputé et concurrent des "Eaux de St Paul". Une pollution catastrophique conduira à sa fermeture en 1903.
Elle était au 16e siècle la voie la plus importante de la cité tant en nombre d’habitants qu’en activité commerciale et artisanale. C’était aussi la seule conduisant à Paris, par la porte Martainville, située au 10e siècle près de l’église St Maclou et qui sera souvent déplacée. Juste à côté était le "Vivier du Roi" alimenté par le Robec et l’Aubette.
Une voie royale
Les notabilités, princes, rois ou ecclésiastiques pénétraient dans Rouen à ce niveau, comme le petit Louis XIV alors âgé de 14 ans en 1650. Cette ouverture vers la capitale, souvent assiégée au cours de son histoire sera rasée en 1783, tout comme la gare Martainville récemment.
Daniel Lavallée, défenseur éminent des pans de bois de la ville, œuvrera ici avec efficacité.
Martainville, une rue au patrimoine très riche, allant de l’église et l’Aître St Maclou, unanimement admirés, à des éléments plus modestes mais remarquables comme des sablières datées. Au n°210, alors que la façade a été magnifiquement restaurée, on déplorera dans la cour intérieure, l’état alarmant d’un bel escalier Louis XV. Il est vraiment regrettable ici comme ailleurs, que le côté caché ne soit pas à la hauteur de la vitrine sur rue.
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62. 17/09/2008 : La ville à la campagne
Au fil du temps, la métropole rouennaise n’a cessé de s’étendre en tous sens, mais sa progression en direction du nord traduit fort bien désir et nécessité de s’échapper d’un centre confiné et de plus en plus pollué, vers des horizons réputés plus dégagés.
"On devrait construire les villes à la campagne car l’air y est plus pur", est une idée pas si loufoque d’Alphonse Allais que les rouennais ont adoptée. Ils investiront donc massivement l’ "au-delà" des boulevards. Pour preuve, des noms évocateurs qui fleurent bon la chlorophylle comme "rue des Pleins Champs", "rue Verte", "rue du Champ des Oiseaux" ou "rue des Cafés Champêtres" à Mont St Aignan. Il n’y a pas si longtemps, la rue Verte était cernée par les pépinières et les maraîchages, alors que n’existaient pas encore les rues Malatiré et Sénard. Cette "rue du Varvot", se frayait un passage au milieu de voies de moindre importance à l’accès limité par des tourniquets empêchant le passage intempestif des vaches.
L’ancienne gare inaugurée en 1847 s’appropria le terrain de l’ancien jardin des Carmes utilisé par les pépinières Lesueur, mais son équipement malcommode sur un emplacement relativement exigu exigeait un projet nouveau plus réaliste.
Dès lors, l’aspect de la rue change dans sa partie inférieure au début du 20e siècle avec la construction de la nouvelle gare.
Nostalgie de la Belle-Epoque
On sacrifie alors la portion de la rue Jeanne d’Arc qui était en continuité avec la rue Verte. Disparaissaient notamment au n°10 l’hôtel Victoria, annexe de celui de Dieppe, très en vogue à la Belle-Epoque, mais aussi la statue d’Armand Carrel érigée en 1877 entourée de beaux arbres. Un quartier bien fréquenté avec l’Institution Jeanne d’Arc "d’éducation de jeunes demoiselles"
Les travaux commencés en 1907 s’étaleront sur une vingtaine d’années et l’édifice de style "Art nouveau" est enfin inauguré le 4 juillet 1928 par Gaston Doumergue, desservi par le tramway électrique apparu dans ce secteur dès 1896.
Autre grande voie vers le nord, la rue du Champ des Oiseaux commençait jadis à l’ancien carrefour Bouvreuil, aujourd’hui place du Docteur Cerné, alors que la porte Bouvreuil existait encore. Rue du Faubourg Bouvreuil à la fin du 18e siècle, autre nom en phase avec la nature annoncée par les premières pentes en direction de Mont St Aignan et de Bois-Guillaume, elle sera de fait raccourcie et son point de départ reculé au niveau du boulevard. Il eut été facile, sans doute trop, de la dénommer rue du "Chant" des Oiseaux pour que l’illusion soit complète, sachant que la Forêt Verte la couvrait intégralement au 14e siècle.
Ces rues seront quasiment épargnées par la guerre, à l’exception de la partie haute de la rue Verte essentiellement entre la rue Malatiré et le chemin de Clères où les bombardements des 19 avril et 25 août 1944 occasionnèrent des dégâts importants. On retrouvera donc dans ce secteur une certaine unité architecturale caractéristique de la fin du 19e siècle et du début du 20e avec une exception inclassable, la maison datée 1890 du célèbre ferronnier Ferdinand Marrou.
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63. 24/09/2008 : Travaux pratiques du patrimoine
Les "Journées du Patrimoine" ont permis de découvrir l’exceptionnelle richesse du quartier de la Croix de Pierre. Tout comme les 320 visiteurs de ce week-end, suivez le guide.
L’église St Vivien d’abord, dont le porche fut remanié vers 1890. Au sud, un cadran solaire nous pose une question sans réponse "A quand l’heure dernière ?", tandis qu’au nord, les maigres restes d’une fontaine rappellent que l’eau dans chaque logement fut longtemps un doux rêve. Juste à côté, peut-être un "tour" dans lequel on laissait les enfants abandonnés. Plus haut, l’horloge Renaissance ne fonctionne plus, séparée de son mécanisme qui coule des jours heureux dans le beffroi du Gros Horloge.
Dans ce quartier, naguère riche en établissements de soins et de bienfaisance, les monastères pullulaient et il en reste des éléments remarquables.
Celui des Capucins, moines barbus en "capuce" et sandales, dont on peut voir un oratoire du 17e siècle récemment restauré. Etablis sur le "Mont Calvaire", lieu de pèlerinage, ils furent les premiers pompiers rouennais, allant puiser dans la citerne d’eau enfouie sous le cloître.
En face, celui des Visitandines, Archevêché après 1905, accueillit des religieuses jusqu’en 1970. La construction du lycée Jeanne d’Arc n’épargna qu’une petite chapelle mortuaire sous les jardins en terrasses, le long des remparts. Les inscriptions émouvantes des sœurs décédées visibles sur les parois, méritent sauvegarde et mise en valeur.
A proximité, deux vestiges du couvent des Ursulines décorés par Jean-Pierre Defrance, rappellent le rôle enseignant des religieuses. La grande chapelle, actuelle bibliothèque dite "des Capucins", et la petite chapelle funéraire miraculée, dans l’enceinte de l’école Nibelle, sont les témoins du couvent transformé en logements ouvriers en 1923. Il sera rasé en 1973 pour le percement de l’avenue de la Porte des Champs et la construction du Conservatoire, malgré la résistance acharnée des Amis des Monuments Rouennais galvanisés par leur présidente Elisabeth Chirol.
Courte halte pour deux anecdotes historiques insolites.
Où comment rendre moins rébarbatives les leçons d’histoire !
Le 15 octobre 1562, François de Civille, militaire rouennais, reçoit en pleine mâchoire un coup d’arquebuse au cours de la confrontation entre armée royale et Huguenots. Une chute s’ensuit. Laissé pour mort, il est enterré provisoirement, puis exhumé par son valet, il est sauvé, mais lors de la guerre civile tombe d’un 2e étage sur ... un tas de fumier. Il en réchappe encore. Il meurt le 23 décembre 1610, mais ne sera inhumé que le 19 février 1611. On écrira "François de Civille, trois fois mort et enterré, et, par la grâce de Dieu, trois fois ressuscité."
Le lendemain, 16 octobre 1562, Antoine de Bourbon, père d’Henri IV, est lui aussi touché au cours d’une lutte acharnée, alors qu’il s’était écarté pour satisfaire un besoin naturel. Il s’éteindra peu après, atteint par la gangrène. Une occasion d’épitaphe savoureuse pour Voltaire : "Ami français, le prince ici gisant ... vécut sans gloire et mourut en pissant."
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64. 01/10/2008 : Origines et trésors du Jardin des Plantes
Lorsqu’en 1691, Louis de Carel, président de la Cour des aides, achète aux Religieuses Emmurées de Rouen un terrain de la forêt du Rouvray, le destin du domaine est déjà scellé. Un jardin, vite entouré de murs est dessiné et un pavillon édifié. Créé dans la vague des jardins botaniques, le Jardin des Plantes a d'abord été le "Jardin de l'Académie", fruit de la passion d'un groupe d'amis fondateurs de l'Académie des sciences, des belles lettres et arts de Rouen. La propriété appartiendra ensuite à l’écossais John Law, financier responsable d’une célèbre banqueroute sous la régence en 1720. Ce fut le "Jardin Planterose" en 1741 du nom d’un ancien propriétaire, puis le "Jardin Trianon" en 1801. Après son acquisition par Napoléon en 1811, il devient la Sénatorie de la Seine-Inférieure et des fêtes publiques y seront données avant que l'horticulteur anglais Crac Calvert y établisse des serres et cultive des dahlias en 1820.
En 1832, les collections sont d'une telle importance que la ville achète un terrain pour y transférer le jardin botanique et le "Jardin des Plantes" est officiellement créé et ouvert au public en 1840. On y fait d'importants travaux d'aménagement avec notamment la construction de la serre centrale (1839-1842) de style néo-classique, inscrite à l’ Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1975 et restaurée en 1995, puis de sept autres serres (1883-1884) dont la serre palmarium et l’orangerie (1895-1896). Les serres tropicales (1936-1938) seront inaugurées le 10 mai 1938 ainsi qu’en témoigne une plaque. Installée au milieu d’un bassin, la statue martelée en bronze "Migrations" du sculpteur suisse Georges Schneider, symbolise un envol d’oiseaux. Parfaitement dans son élément dans un milieu naturel, elle l’était tout autant sur le parvis de la gare SNCF rive droite où elle avait été installée en 1970 avant son départ pour le Jardin des Plantes. Elle rappelait alors les migrations des usagers du train.
Pionniers téméraires
Une plaque commémorative rend hommage aux fondateurs des jardins botaniques rouennais, notamment à Félix-Archimède Pouchet qui fut directeur du Jardin Trianon de 1832 à 1872. Une autre, nous rappelle ou nous apprend qu’ici même, Sophie Blanchard "le 7 septembre 1806 s’éleva seule en montgolfière ..." et qu’Elisa Garnerin qui avait été la première femme à tenter une descente en parachute en 1815 en sautant d’un ballon, renouvela sa performance le 15 août 1817. Dans l’écrin d’un patrimoine naturel exceptionnel omniprésent, on remarquera aussi le buste en pierre d' Eugène Noël dû à Alphonse Guilloux en 1905 et celui du dieu Pan, la pierre commémorative de Gerhard Munthe offerte par la Norvège en 1911, une stèle funéraire et des statues de femmes allongées dont l’une a un bras cassé. Kiosque à musique, pressoir restauré et bassins accueillants pour armadas miniatures sont aussi des éléments très appréciés des visiteurs, petits et grands.
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65. 08/10/2008 : Rue et place Cauchoise
Une étymologie facile pour ce quartier en liaison directe avec le pays de Caux.
Les voyageurs y pénétraient autrefois par une porte qui elle aussi avait voyagé. C’était tout simplement la porte Massacre, primitivement installée au niveau du Gros Horloge, qui avait émigré au nord ouest de la cité, démontée et transportée pierre par pierre. Une belle porte surmontée de terrasses et dont une salamandre ornait le fronton depuis 1525. Belle, mais trop étroite puisque deux voitures à chevaux ne pouvaient s’y croiser. On décida donc, afin d’éviter les bouchons (déjà !), de la démolir en 1775 et ses pierres seront réutilisées pour la construction de l’Hôtel de l’Intendance, devenu Préfecture et aujourd’hui Rectorat.
Une place remplacera alors la porte. Une imposante statue y trôna longtemps mais elle était en bronze et fut récupérée par les allemands. Elle représentait Pouyer-Quertier, député et sénateur de la Seine Inférieure, mais aussi riche industriel à l’origine de l’usine de tissage de "La Foudre", du nom d’un remorqueur ayant sombré dans le port vers 1848 et dont l’une des chaudières récupérée alimentait la filature.
Le socle de pierre sera lui aussi enlevé pour céder la place à un modeste massif, disparu également, tout comme le petit poste de police, pâle imitation d’un temple grec à colonnades.
La rue Cauchoise, quant à elle, reste riche de petits témoignages du passé, tels au n°49 cette porte cintrée en pierre datée de 1631 au-dessus de laquelle un cygne sculpté porte une croix. Etait-ce le "Cygne de la Croix" ? L’impasse de la "Tour d’Argent" rappelle une vieille enseigne disparue comme celles des "Trois Pipes", du "Panier Fleury" ou du "Rat Porteur". Sous oublier celle du marchand de vaisselles qui avait malicieusement appelé son magasin "Au Brise-Tout".
La chaussée du géant
Une découverte peu banale en 1509 marque l’histoire de la rue dont l’un des habitants était sans doute de taille peu commune. Lors de travaux, on exhuma en effet un sarcophage en pierre contenant des ossements de dimensions hors normes. Une plaque de cuivre laissait un début d’indice : "Dans ce tombeau, gist noble et puissant seigneur, le chevalier Messire Ricou de Vallemont et ses ossements".
Le bombardement du 19 avril 1944 a occasionné dans ce quartier du "Faubourg Cauchoise" de gros dégâts, surtout dans le bas de la rue où toutes les maisons côté impair ont été détruites.
Fort heureusement quelques beaux spécimens à pans de bois ont été restaurés ou continuent à l’être, enfin débarrassés du malheureux plâtrage de leurs façades en vogue au 19e siècle. Une mention particulière doit être décernée à celle du n°70, datée de 1602 avec un charmant bas relief représentant des tourelles. Incontestablement l’une des plus belles de Rouen, il est difficile d’imaginer qu’elle ait pu abriter le "Dépôt de charbons de Paris". Mais le commerce n’est-il pas la vocation de cette artère toujours animée ?
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66. 15/10/2008 : Eglise Saint Pierre du Châtel, la mal aimée
A l’origine, ce fut le Chastel de Rollon, une chapelle dédiée à St Pierre, devenue église vers le 13e siècle. Qu’est-ce aujourd’hui ? Quelques vestiges méconnus du grand public dans un état de délabrement lamentable. Fatalité direz-vous, destin normal de toute création humaine. Vous avez tort. Les vestiges actuels sont ceux de l’église rebâtie aux 15e et 16e siècles qui a accueilli diverses confréries dont celles des Agonisants et des Pèlerins de St Pierre de Rome. De biens maigres restes au demeurant.
Puis son histoire s’est brusquement assombrie à la veille de la Révolution, lorsqu’une importante remise en état s’avéra nécessaire dans une période de disette financière. L’église, vendue à la fin de 1791, sera utilisée à différentes fins et notamment comme magasins et écuries des Nouvelles Galeries à l’aube du 19e siècle. On découvrit alors des ossements extirpés d’un ancien cimetière. En 1913, un bruit circule que la tour pourrait être rasée. Malgré une tentative de mouvement d’opinion en 1920 pour sa conservation, on peut chercher en vain les statues des prophètes installées autrefois sur les contreforts. Elles ont tout simplement été "descendues" et sciées en 1921 ainsi que les gargouilles pour des raisons de sécurité. Déjà ! Les protestations n’y feront rien, mais quatre statues seront malgré tout hébergées au cloître Ste Marie. Et la belle pietà «en couleur d’albâtre et azeur, cheveux et bords dorés avec 2 petits ymages paints et blanchis de blanc de plomb", qu’est-elle devenue, et les beaux vitraux, et le précieux mobilier dont l’église a été vidée ?
A partir de 1924, c’est une entreprise de chauffage central qui investit les lieux, juste avant que le classement à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques n’évite la vente de la charpente et son départ probable à l’étranger.
Une charpente remarquable aux entraits sculptés
La totalité de la nef nord et le collatéral étaient en effet couverts par une voûte de bois peint avec une charpente aux entraits sculptés. Elle fut heureusement démontée à la veille du bombardement du 30 mai 1944, et une grande partie de ces bois précieux existe toujours, entreposée dans un hangar de la rive gauche. Qu’attend- t’on pour la reposer ? Qu’elle soit définitivement jugée irrécupérable, ce qui n’est pas le cas, que toutes les priorités de la ville soient satisfaites, ce qui nous rendrait au moins au siècle prochain, ou que les Rouennais fatalistes oublient son existence et l’intérêt à la sauvegarder ?
Pour couronner le tout, le creusement d’une tranchée à la fin de 1951, entrainera l’affaissement d’une partie de l’édifice déjà mal en point.
Si l’on ajoute que les pouvoirs publics n’ont jamais pris conscience de l’intérêt à conserver en bon état ce témoignage inestimable du passé, pourra t’on encore oser parler de fatalité ?
Si la sauvegarde de St Pierre du Châtel vous intéresse, n’hésiter pas à contacter P’tit Pat’ Rouennais qui a déjà constitué un groupe actif de défense. Article du 19/2/2007 "Ils veulent sauver une église".
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67. 22/10/2008 : L’octogénaire des plateaux
La renaissance de Byzance dans un quartier populaire, est-ce possible ? On croit rêver ou voyager, alors qu’il suffit de grimper sur le plateau des Vieux Sapins pour découvrir St Jean Eudes, l’une des rares églises rouennaises édifiées au 20e siècle.
Mais pourquoi ce vocable ? Tout simplement parce que le fondateur des "Eudistes" en 1643 et canonisé en 1925 était l’ainé d’une famille de sept enfants, et que garder sa mémoire dans ce quartier destiné à accueillir les familles nombreuses à partir de 1922, semblait judicieux. De fait, la construction de l'église paroissiale réalisée par l'entreprise Lanfry de 1926 à 1930 répondait à une nécessité. Le programme sera élaboré conjointement par l'abbé Maubec et l'architecte Robert Danis, Directeur de l’Ecole des Beaux Arts de Strasbourg. Ce dernier aménageait dans le même temps la chapelle du paquebot "Ile-de-France" qui assurera la première traversée Le Havre-New York le 22 juin 1927. L’ambitieux programme comprenait notamment la construction de l'église et du presbytère, mais aussi d'une salle paroissiale et l'aménagement d'une esplanade.
Un phare dédié à St Michel
Le presbytère, bâti en 1925-1926 reste dans la tradition régionale, en briques à décor de silex taillés. Quant à l'église, bénie le 10 juin 1928, réalisée en béton armé, elle a la forme d'une croix latine à transept octogonal avec un campanile accolé, véritable phare du plateau, qui corrige l’aspect massif de la coupole à la forme bulbeuse. Le goût de l’époque privilégie la beauté des lignes induite par un rapport approprié des proportions. L’abondante décoration évoque bien sûr l’esprit Art Déco, mais il est plus juste de qualifier le style de "moderne néo-byzantin". Des artistes tels que Marcel Imbs, l'atelier de Jean Gaudin et les sculpteurs Busnel et Séguin participèrent à la décoration jusqu’en 1935. Des matériaux divers se côtoient avec bonheur, traditionnelles briques rouges avec insertion de silex, béton armé et pavés de verre bleutés qui illuminaient autrefois l’église. Malheureusement, la technique du "béton translucide" en était à ses balbutiements et les différences de température feront chuter de nombreux cabochons, d’où une étanchéité déficiente et surtout, une insécurité permanente pour les fidèles. Dès 1951, les offices se réfugient dans la crypte dans laquelle on peut admirer un bas relief représentant la Cène, transféré de l’église St Nicaise. Il faudra attendre dix ans pour que quelques travaux soient entrepris. Les cabochons seront supprimés et douze oculi créés, comblés par des vitraux du maître verrier Bernard Legrand.
La mobilisation pugnace des habitants évitera la démolition un moment envisagée et conduira au classement de l’édifice comme Monument Historique le 26 octobre 1998. Ré-ouverte au culte à la fin de l’an 2000, l’église est désormais sauvée. L’extérieur de la voûte de béton translucide a été recouverte en 2003 d’une chape de cuivre étanche, lui donnant une belle coloration verte rappelant l’environnement bucolique d’avant guerre.
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68. 29/10/2008 : "Le père Lachaise" rouennais
A la Toussaint, le cimetière connait une inhabituelle fréquentation. Souvenir de ceux qu’on a connu ou oublié, il est pour le visiteur attentif, un admirable album à feuilleter, tombe après tombe. Lieu de méditation sur le sens de la vie, y compris de la notre, il incite à la réflexion sur les vanités humaines anéanties par la mort. Et sans être pour autant un lieu sinistre, sa visite permet l’approche de l’histoire des villes et villages, grâce à une galerie de personnages anonymes reprenant vie. Les classes sociales se découvrent à travers l’architecture des tombes et les espérances et chagrins envahissent les textes. Les objets, parfois banals, souvent beaux et étonnants, sont des témoins précieux de l’évolution de l’art funéraire. Longtemps, les morts inhumés en centre ville, ont fait peur aux vivants en rappelant les dévastatrices épidémies de peste. Un édit royal de 1776 ordonne le transfert des cimetières hors la ville et Rouen en crée alors cinq nouveaux. Le Père Lachaise parisien, inauguré en 1804, parc funéraire autant que cimetière avec ses remarquables tombeaux-monuments, montre le rayonnement des notables au-delà de la mort et fait des envieux dans les grandes villes françaises.
Joyau de l’art funéraire
Le cimetière monumental est alors construit entre 1824 et 1828. Véritable ville dans la ville, la lecture des noms des familles venues habiter ici pour l’éternité, rappelle ceux qui ont développé leurs talents dans la littérature, les arts, la conduite municipale ou le rayonnement économique de la ville. Gustave Flaubert le mal aimé, Boieldieu le musicien, Félix-Archimède Pouchet, le peintre et graveur Hyacinte Langlois, Charles Verdrel, l’ancien maire, Francis Yard, le poète normand, l’abbé et archéologue Cochet, n’ont pas à montrer leurs cartes de visite. Le plus pertinent est sans doute Duchamp-Villon rappelant que "D’ailleurs, c’est toujours les autres qui meurent". Albert Beaucamp, musicien parti en 1967 ajoute "Je ne vous ai pas quitté, la musique ne meurt pas" et James Barker, un fondeur anglais venu développer l’industrie à Sotteville, est tout rouillé par le temps. Certaines tombes deviennent illisibles, telle celle de Bourbel de Montpinçon, colonel de cuirassiers de Napoléon, tandis que d’autres sont de véritables chef-d’œuvre sculptés. La plus curieuse est sans doute celle de Louise-Aimée Lieutaud, fondatrice de la Société rouennaise des études spirites, "incarnée sur la terre en 1796 et retournée au monde des esprits en 1876".
Tout cela représente un héritage précieux fragilisé par l’indifférence coupable, l’oubli, et l’usure du temps. A une époque où vandalisme et avidité sont des comportements courants, le réel fléau est le vol de bustes et de statuettes pour des collectionneurs sans scrupules. Le meilleur moyen d’honorer les défunts en protégeant et valorisant ce patrimoine inestimable est alors de manifester une curiosité non morbide pour les cimetières. D’enrichissantes visites sont alors promises.
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69. 05/11/2008 : Quand le port s’était mis au courant
Mais que sont donc ces tours étranges sur les quais rouennais ?
Les marégraphes, puisque c’est d’eux dont il s’agit, étaient des accumulateurs hydrauliques. Conçus en 1885, ils alimentaient les grues placées le long des hangars pour charger et décharger les navires à quai. Ils constituaient jusqu’au niveau de l’horloge, des châteaux d’eau dont le remplissage était assuré par une machine à vapeur. Un cylindre en fonte de 60 tonnes guidé par deux rails verticaux comprimait à 53 atmosphères l'eau amenée ensuite par des conduites aux grues portuaires, dans lesquelles un piston entraînait la chaîne de levage de la flèche. Un tout nouveau système élaboré par l’anglais Armstrong qui remplaça avantageusement les grues à vapeur jugées inadaptées aux besoins nouveaux et dont les inconvénients étaient majeurs, notamment une chauffe trop lente avec risque d’incendie et un coût exorbitant. Deux de ces tours sont situées rive droite sur les quais de Boisguilbert et Ferdinand de Lesseps et la troisième rive gauche sur le quai Jean de Béthencourt. En 1893, on installe sur la première, celle d’amont, une horloge et un marégraphe, qui indique aux capitaines des navires l’heure et la hauteur d'eau disponible dans la Seine. La seconde en aval, sera elle directement équipée dès sa construction en 1901.
Hautes d’une vingtaine de mètres et décorées d'un parement de silex, brique et calcaire, elles sont dues à l'architecte Lucien Lefort et se réclament du "style normand" ou plutôt "néo-normand". Le dernier conflit mondial sera fatal à ces ingénieuses installations car en août 1944, les Allemands saboteront systématiquement les grues avant leur départ, et elles ne seront pas remplacées par la suite. Les marégraphes sont classés à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1997.
Quelques lieues sous la Seine
Une plaque commémorative posée sur la première tour rappelle l’expérience du "citoyen américain" Robert Fulton qui "En Seine devant Bapeaume du 24 au 31 juillet 1800 ... procéda aux premières expérimentations de navigation sous-marine sur son navire submersible Nautilus construit à Rouen ..." et qui tenta de vendre au gouvernement français son sous-marin pour couler les bateaux anglais. Présenté avec son concepteur à bord, le Nautilus replia mât et voiles à plat sur le pont, et avec trois membres d'équipage actionnant une vis, plongea à une profondeur de 7,60 m. Mais, ni les Français, ni les Britanniques, ne montrèrent un quelconque intérêt pour cette géniale invention.
Tout prêt, rue Nansen, la Compagnie centrale d’énergie électrique édifie en 1902 une centrale destinée à alimenter les toutes nouvelles grues électriques du port. Tout comme les marégraphes, elle mêle agréablement briques et silex sur une ossature métallique dont le style fit longtemps penser aux ateliers Eiffel. En fait, elle est l’œuvre du talentueux architecte rouennais Charles Fleury qui a laissé une autre construction remarquable rue de la Vicomté, au n°72. Une bonne idée de balade-découverte pour un automne maussade.
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70. 12/11/2008 : Patrimoine en balade
Neveu de Georges Bizet, Maxime Réal del Sarte nait le 2 mai 1888 dans une famille très ouverte au monde artistique. Mutilé de guerre, son handicap ne fera toutefois pas obstacle à sa carrière de sculpteur et il laissera à la ville, trois œuvres majeures. Pour mieux comprendre son inspiration, il faut savoir que ce fervent catholique, admirateur de Jeanne d’Arc, fonda et dirigea les "Camelots du Roi", mouvement nationaliste et monarchiste proche de l’Action Française dont Réal del Sarte était membre. Il créa aussi une association, "Les Compagnons de Jeanne d’Arc", et disait volontiers à propos de l’héroïne nationale, "Je fus toujours son serviteur".
La réplique de la Pucelle
Réalisée en pierre du Poitou, après que le parlement ait décidé en 1920 de l’érection d’un monument national à la mémoire de Jeanne d’Arc, la statue est installée le 7 mai 1925 sur la place du Vieux Marché. D’anciennes photographies nous la montre dans une niche de la Halle de la Boucherie, réalisée par l’architecte Edouard Lair.
L’habitude de venir fleurir la statue lors des traditionnelles fêtes se propagea vite et les plus hautes instances partageront cet honneur. Pourtant en 1927, une anicroche survint lorsque Poincaré, l’invité d’honneur, salua la mémoire d’une Jeanne concurrente, celle du sculpteur rouennais Alphonse Guilloux. Mais dès l’année suivante, l’œuvre de Réal del Sarte retrouva sa prééminence sous l’oeil du Maréchal Pétain qui reviendra en 1944 suivi du Président Vincent Auriol en 1949.
Mais se souvient-on que la statue a eu une sœur jumelle, réplique exacte que le sculpteur voulait offrir à Franklin Delano Roosevelt ? C’est en définitive l’Université de Montréal qui en hérita en 1945 après le décès du président américain.
Une victoire déplacée
L’année 1926 verra l’installation d’une autre œuvre colossale, le Monument de la Victoire. Edifiée devant le Palais de Justice, cette colonne de 9 m 50 en forme de faisceaux de licteurs romains, est surmontée d'une Victoire ailée et exalte le triomphe français de 1918. Au pied, deux poilus montent la garde, celui de gauche pouvant être Charles Maurras, dirigeant de l'Action Française, et deux bas reliefs rappellent les séjours rouennais des troupes britanniques et des réfugiés belges pendant le premier conflit mondial.
Plusieurs sites avaient été pressentis, dont le pont de pierre pour remplacer la statue de Corneille, mais aussi la place Carnot où le monument sera finalement déplacé lors des travaux du métro. Le 11 novembre 1940, alors que tout rassemblement était prohibé, des étudiants de l’Institution Join Lambert déposent des fleurs devant le monument, premiers signes tangibles de la résistance contre l’occupant.
Sérieusement endommagée par le bombardement du 8 août 1944, la colonne sera au rendez-vous des Rouennais et du Général de Gaulle. "De grandes tâches restent à accomplir" dira ce dernier. Ce qu’a du penser aussi Réal del Sarte avant de s’atteler au monument aux morts des forains édifié en 1931 sur la place du Boulingrin (notre prochain article).
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71. 19/11/2008 : Monument aux morts des forains
Après le premier conflit mondial, la corporation foraine sous l’égide d’Alphonse Rancy, souhaitait édifier un monument à la mémoire de ses disparus.
Paris n’ayant pas donné son accord, le roi des belges, Albert 1er, proposa de l'ériger à Bruxelles, mais c’est Rouen qui sera choisie, en raison de son importante et populaire foire St Romain. Le 27 novembre 1930, la ville autorise l’implantation du monument au cœur même de la foire, place du Boulingrin, devant le pavillon des gardes-champêtres. La réalisation est confiée à l'architecte Jean Dahmen, sur une maquette du sculpteur Maxime Real del Sarte (1889-1954). De conception originale, l'édifice s'inspire des formes antiques avec un hémicycle de 11 mètres comprenant 4 colonnes, surmontées d'un fronton gravé "AUX FORAINS MORTS GLORIEUSEMENT 1914 POUR LA PATRIE 1918". Le motif central, placé sur une volée de 9 marches, représente 2 lions traînant un char portant la Gloire ailée tendant de son bras droit une couronne de lauriers et soutenant de son bras gauche un poilu mourant. L'inauguration du monument, le 15 novembre 1931 s’accompagnera de festivités et le cortège déambulera en musique, conduit par le Maire, Georges Métayer et le député Paul Anquetil. Les sociétés savantes, philanthropiques ou patriotiques et les amicales d'anciens combattants étaient aussi associées à la fête, tout comme l'Union Foraine Belge qui avait dépêché des représentants.
Consensus national
Union, justice et paix étaient les maîtres mots des déclarations. A cette occasion, les forains remettaient officiellement le monument à la ville de Rouen.
Une torpille lors du bombardement du 17 août 1942, décapita malheureusement un des lions. Sa restauration confiée à Real del Sarte, sera exécutée par le sculpteur rouennais Richard Dufour. A l'issue des travaux, en septembre 1949, une plaque est apposée "A nos morts de la guerre 1939-1945 soldats, requis, déportés, victimes de l'extermination et du nazisme".
En 1974, le déplacement du monument aux morts, situé au bord du boulevard, fut rendu nécessaire par le projet d'élargissement de la chaussée. Désireuse de maintenir le monument à proximité de la foire St Romain, la Ville décida son transfert à quelques mètres, dans l'angle formé par le bas de la rampe Saint Hilaire, la rue des Marronniers et le boulevard.
Mais les travaux se révélèrent plus délicats que prévus. En effet, le monument est en majeure partie en béton et pèse plus de 600 tonnes et seuls les lions ont été sculptés dans la pierre. Tous les motifs architecturaux en béton, colonnes, frontons... avaient été exécutés en blocs appareillés, ce qui rendit possible démontage et transfert. Les travaux durèrent 7 mois et furent achevés en mai 1975.
En plus des commémorations des deux guerres mondiales, le Monument aux Morts est fleuri à chaque inauguration de la foire St Romain par la Reine des Forains et une délégation de professionnels et d'élus municipaux.
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72. 26/11/2008 : A Bonsecours, quatre moutons veillent sur la bergère
Edifié en 1892 face à la basilique, le monument commémoratif dédié à Jeanne d’Arc domine la vallée et les lieux rouennais de l’épopée johannique. L’édicule central soutenant la coupole et le campanile en plomb et cuivre doré, est l’œuvre de Ferdinand Marrou. On peut lire sous cette coupole à lanternon surmontée d’un St-Michel terrassant un dragon en bronze doré, les noms des principales villes ayant jalonné la vie de l’héroïne, de Domrémy à Rouen. Au cœur trône la copie de la statue de Jeanne, l'original étant à l'abri dans la basilique. Sur le socle, l’inscription "VIVE LABEUR" fut considérée à tort comme étant la devise de la Pucelle. De chaque côté, deux pavillons abritent les statues des saintes Marguerite et Catherine, sortes de pendants symboliques.
Un portrait en pierre et en pied
L’édifice imposant s’intègre à merveille au site ouvert sur l’espace environnant. De style Première Renaissance, inspiré de la lanterne du château de Chambord, il s’organise autour du corps central de la sainte. Sculpté en pied, le colossal "portrait" représente la prisonnière en armure, avec les mains jointes et les poignets attachés, symbole de force. Un visage impassible aux yeux vides renvoie à l'autre monde, identifiant Jeanne à une sainte en incarnant les valeurs morales fondatrices de sa légende, foi et combativité.
D'abord conçu pour être installé à Rouen, le monument devait se situer près du donjon du château de Philippe Auguste, mais le projet n’aboutit pas, l’emplacement trop exigu étant de surcroît occupé par les Ursulines. La guerre de 1870 paralysera l’opération, mais en 1882 Mgr Thomas, archevêque, relance l’idée et décide d’une implantation, non plus à l’endroit initial, mais sur les collines alentour. D’une ampleur nouvelle, le projet est confié aux architectes Lefort et Juste Lisch qui réalise dans le même temps la gare St Lazare. Débuté le 1er mai 1890, le chantier se termine le 28 mai 1892.
Pourquoi un tel hommage ?
Au 19e siècle, l'Église catholique réagit vivement face à une laïcisation du mythe par des penseurs ou des historiens tel Michelet. Aussi, en 1869, Mgr Dupanloup, évêque d'Orléans entame le processus de canonisation qui aboutira un demi-siècle plus tard, à déclarer sainte, une femme condamnée par un tribunal ecclésiastique puis réhabilitée après sa mort. La statue sera offerte par les religieuses et les jeunes filles du diocèse à l’archevêque. Désormais propriété de la commune, l’ensemble est classé Monument Historique depuis 1986.
Au moment de sa construction, il était un instrument de glorification de Jeanne d’Arc et l’église organisait des rituels de commémoration, grands pèlerinages et processions. Conçu à des fins de prosélytisme religieux pour une réappropriation de l’image de la future sainte, il est toujours très visité mais a perdu une partie de sa valeur symbolique à forte connotation religieuse. Malgré sa facture classique, les considérations premières de l’édification sont difficilement perçues par un public contemporain.
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73. 03/12/2008 : Le Secq des Tournelles
Un musée époustouflant mais pas spécialement inspirant, à priori pas de ceux qu’on placerait en tête de liste. Et même en sachant que la collection de 15 000 pièces de ferronnerie est unique au monde, on pense y mourir d'ennui.
Pourtant, l’ancienne église St Laurent aujourd'hui dédiée à la célébration des arts du fer réserve une quantité d'émotions muséales, une déferlante de stupéfaction, d'admiration, de plongeon dans un passé humble ou prestigieux, mais surtout, une certaine sympathie pour les passionnés qui lui ont consacré leur vie.
Tout débuta au 19e siècle lorsque Jean-Louis Le Secq des Tournelles se mit à collectionner les objets en fer les plus étonnants et les plus hétéroclites, des grilles de châteaux aux couteaux de cuisine, des serrures sophistiquées aux cabochons de souliers.
Mais il ne s'est pas contenté d'amasser des trésors, il a aussi transmis la manie de la "collectionnite" à son fils Henri. Difficile d'imaginer les merveilles accumulées au fil des décennies par ces amoureux du fer. Les enseignes les plus ouvragées surplombent des coffres bardés de renforts, aux mécanismes réglés au micron. Les briquets succèdent aux lits à baldaquin, les dés à coudre aux balustrades.
La présentation nous conduit à découvrir une multitude d'ustensiles dont l'usage si familier à nos aïeux s'est perdu, préférés aujourd'hui dans un autre matériau. On a oublié ces objets qui jadis avaient leur place dans la rue, à l'église, dans l'âtre, sur la table, et même dans la parure...
La maestria des artisans et la finesse de certaines pièces émerveille. Saurait-on encore les fabriquer de nos jours ?
Gagnés par la fascination des Le Secq des Tournelles pour ce matériau aux mille métamorphoses, on a envie de les remercier d’avoir partagé leur dévorante passion en léguant leur collection à la ville en 1921.
La légende de l’Arbre Sec
L’emblème du musée est l’enseigne d’un drapier provenant de Paris. Elle a donné son nom à une rue près du quai de la Mégisserie, la rue de l'Arbre Sec.
Un arbre qui fait référence à une légende car les pèlerins de Terre Sainte se recueillaient devant un chêne creux et desséché qui dit on, datait du commencement du monde. Il était resté vert jusqu'à la Crucifixion, mais c’est alors que tous les arbres de l'univers se desséchèrent. De quoi marquer les esprits ! Cet arbre devenu célèbre en Occident évoquait l'Orient et ses luxueuses étoffes et c’est sans doute la raison du choix du commerçant.
Mais pourquoi à son tour, le musée a-t’il sélectionné cette oeuvre pour le représenter ?
Tentons une explication un peu hasardeuse. Le donateur de la collection étant Henri Le Secq des Tournelles, la raison pourrait être l'homophonie, Le Secq, l'Arbre Sec.
En outre, l'arbre symbolisant la famille en généalogie, en supposant qu'Henri n'a pas eu d'enfant, il était bel et bien un arbre sec. Et il est troublant d'apprendre que c'est en faisant des recherches généalogiques à Rouen qu'il a pris la capitale normande comme légataire de sa collection, magnifique trace concrète de son passage sur terre.
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74. 10/12/2008 : La statue de Rollon
Le pauvre Rollon n’a pas fière allure ! Il se délabre inexorablement... Jusqu’où cela ira-t-il ? Revenons sur l’histoire de cette statue dressée en hommage au premier duc de Normandie.
Le 24 août 1863, le Journal de Rouen relate que la statue en plâtre de Rollon, vient d’être dressée sur son piédestal dans les Jardins de l’Hôtel de Ville. C’est l’œuvre du rouennais Arsène Letellier, créateur également des statues de Niepce et de Daguerre.
Elle est soumise au jugement des Rouennais et à l’appréciation de la municipalité. Elle n’est alors qu’un projet susceptible de modifications.
Letellier représente le héros au moment où il aurait dit : "Nous ne voulons nous soumettre à personne, tout ce que nous acquerrons par les armes, nous en resterons maîtres et seigneurs".
La statue est ainsi décrite : "Le chef normand debout, la main gauche appuyée sur la garde de sa massive épée, montre de l’index de sa droite étendue la terre qu’il a conquise et sur laquelle il va régner en souverain absolu, mais équitable ..."
Le Journal de Rouen suggère des modifications dans l’attitude de Rollon, mais en définitive, un accueil positif est réservé. La statue est donc acquise par la ville qui demande au sculpteur de reproduire sa statue en pierre de Chauvigny avec toutefois quelques légers remaniements suggérées "par des personnes de goût ...». Letellier reçoit une subvention de 4.000 francs et l’emplacement reste à déterminer.
Un choix difficile
Le 5 septembre 1863, le square Solférino est inauguré. On songe alors à y installer la statue sur les rochers, mais une polémique survient entre partisans d’une installation dans le square et les opposants qui trouvent le choix plutôt malheureux, "un non sens et un anachronisme que de placer un guerrier du Xe siècle dans un jardin moderne".
Finalement tous s’accordent pour l’installation dans les Jardins de l’Hôtel de Ville.
Le Conseil Municipal vote la somme de 1.394,96 francs pour les frais de pose de la statue finalement érigée dans ce jardin en 1865.
La statue au fil du temps
A l’occasion des fêtes du Millénaire Normand en 1911, la ville passe commande au sculpteur rouennais Alphonse Guilloux de deux moulages de la statue destinés, l’un à la ville d’Aalesund en Norvège, lieu de naissance supposé de Rollon, l’autre à la ville de Fargo, aux Etats-Unis. Elle fait en outre exécuter une reproduction en bronze pour Aalesund.
Déjà en 1886, Georges Dubosc se plaint du mauvais état de la statue à laquelle il manque un doigt et demande sa restauration. En 1922, le chanoine Allard signale que l’index de Rollon est à nouveau tombé.
Plus près de nous, en 1998, dans Paris-Normandie un article déplore à nouveau le mauvais état de la statue "peu digne du respect pour le fondateur de la Normandie".
Enfin, en 2008, c’est au tour de l’Association P’tit Pat’ Rouennais d’attirer l’attention sur la nécessité d’entreprendre rapidement une restauration.
En 2011, nous fêterons le 1100e anniversaire de la fondation du duché de Normandie au traité de Saint-Clair-sur-Epte. Peut-on espérer que la statue soit restaurée et digne de l’événement ?
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75. 17/12/2008 : Héraldique rouennaise
"De gueules, à l'agneau pascal d'argent, la tête nimbée et contournée, portant une bannerette du même chargée d'une croisette d'or, au chef cousu d’azur semé de trois fleurs de lys d’or", telle est la description officielle des armoiries de la ville de Rouen, jadis Roem.
Sous la domination des ducs de Normandie, la ville avait pris pour sceau le léopard figurant dans leurs armes, "de gueules, à deux léopards d'or (armé et lampassé d’azur)". Appelé fréquemment lion, mais à tort, on trouve le fauve au bas de deux chartes conservées aux archives. L'une est un acte de vente d'un tènement de 1222, tandis que l'autre, émanant du maire et datée de novembre 1262, concerne le bail des moulins du roi. La légende en est "SIGILLUM COMMUNIE URBIS ROTHOM".
Vers 1250, Pierre Rigaud, qui occupait alors le siège de Rouen, tint plusieurs conciles provinciaux, visita son diocèse et fit preuve d un saint zèle et d’une activité soutenue. Peut-être est-ce lui qui remplaça le léopard, pièce principale des armoiries, par le pieux symbole de l'agneau pascal. Ce dernier existait déjà sur le sceau du chapitre de la cathédrale et ne tarda pas à se trouver sur les pièces d'or et d'argent de la ville, devenant la marque distinctive de l’hôtel des monnaies. Les pièces héraldiques de l’écu changent complètement, mais la couleur du champ est conservée.
Certains historiens allèguent que l'importante et toute puissante corporation des marchands drapiers, dont l’emblème était le mouton, le fit adopter par la ville au moment où l'administration municipale prenait une orientation démocratique.
En fait, l'agneau pascal ne détrôna pas immédiatement son concurrent le léopard, et ils se partageront les honneurs pendant quelques temps et vivront en bonne intelligence. Cependant, vers la fin du 14e siècle, le léopard commence à régresser, n’étant plus représenté que sur la banderole du mouton, dans un sceau de 1362.
Dans la période moderne, les armoiries de Rouen ne subiront pas d'autres modifications, à part le changement de son chef de France.
Coexistence pacifique
Faisant partie intégrante du petit patrimoine, on retrouve aujourd’hui les armes de la ville tant sur des édifices publics que privés et dans des matériaux très divers, pierre, métaux, mosaïque ou autres. Les léopards sont toujours au nombre de deux, mais dans une demeure particulière, boulevard de la Marne, on en dénombre trois, symbole de la Normandie.
Le mouton quant à lui est toujours solitaire et auréolé ou non.
La coexistence des deux types d’armoiries reste gravée dans la pierre au 56 de la rampe Bouvreuil, où fonctionnait autrefois l’école de droit. Mais jusqu’à quand ?
Le mouton couronné de la fontaine St Maclou, encore intact il y a deux ans, est réduit à sa plus simple expression. Il se désagrège lentement et inexorablement sans que quiconque, à part l’association P’tit Pat’ Rouennais, ne s’en émeuve. Si la pyramide de Saqqarâh, vieille de 4700 ans résiste encore, qu’en sera - t’il d’ici peu du patrimoine de la ville si nous n’y prenons garde ?
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76. 24/12/2008 : Baroque et récupération
Aujourd’hui, l’église Saint Romain, à l’angle des rues de la Rochefoucauld et du Champ-des-Oiseaux est bien visible depuis les abords de la gare. Située autrefois à l’extérieur des vieux remparts de la ville, Saint Romain était la chapelle du couvent des Carmes Déchaussés, fondé en 1568 et supprimé à la Révolution. Un nom qui lui est venu des religieux qui marchaient pieds nus dans des sandales par signe d’humilité et installèrent leur couvent sur ce site en 1624. La première pierre est posée en 1679 par le premier président de la Cour et la dédicace a lieu le 21 décembre 1681. Les travaux se prolongeront jusqu’en 1729.
Des lapins dans l’église
On peut être étonné de rencontrer des petits lièvres décoratifs dans cet édifice baroque. Mais il avait bien fallu être reconnaissant envers les financeurs de la reconstruction de l’église à la fin du 17e siècle... une certaine famille Becdelièvre.
L’appellation moderne de Saint Romain a un fondement beaucoup plus ancien. L’évêque, auteur de nombreux miracles, mourut le 23 octobre 639 et on le représente traînant derrière lui un dragon enchaîné, ou encore debout avec une longue croix. Il reste aujourd’hui le patron de Rouen en conservant sa popularité grâce à la célèbre foire. L’église abrite le tombeau de marbre rouge du saint, enchâssé sous le maître-autel du 19e siècle. Jusqu’en 1804, ce dernier était conservé dans la crypte de l’église Saint Godard.
Le clocher actuel fut élevé en 1876, en remplacement de celui beaucoup plus modeste et inesthétique construit en 1806. Sous la direction de l’architecte Eugène Barthélemy père, c’est Ferdinand Marrou, le célèbre ferronnier d’art rouennais dont la maison est située dans le bas de la rue Verte, qui l’édifiera en utilisant le plomb repoussé.
Un musée du vitrail rouennais
Devenue église paroissiale pendant le Révolution, Saint Romain a accueilli des vitraux des 16e et 17e siècles provenant d’autres églises désaffectées ou détruites à cette époque ou plus tard. C'est ainsi que des vitraux provenant d'une chapelle de l'ancien cimetière Saint Maur, des vitraux de Saint Martin sur Renelle et de l'église Saint Etienne des Tonneliers garnissent ses fenêtres. 21 des 24 vitraux proviennent de ces anciens édifices. Les trois autres, dans la chapelle des fonts baptismaux sont datés de 1868. Le couvercle de ces fonts provenant de l’église Saint-Etienne des Tonneliers et transféré dans l’église en 1802 est actuellement au Musée des Beaux Arts. Le dernier conflit mondial n’épargnera pas l’édifice lorsqu’ un avion anglais bombarda le quartier en détruisant quelques vitraux, heureusement d’intérêt mineur.
L’orgue de l’église construit vers 1750 provient de l’ancienne église Saint Laurent, devenu le musée de la ferronnerie du "Secq des Tournelles". Il semble souffrir des vibrations du métro, qui passe juste au dessous. Il a perdu sa verticalité et le son en est sérieusement affecté.
Quant aux anciens jardins des Carmes déchaussés, ils ont été utilisés par les pépinières Lesueur jusqu’en 1922, à l’époque de la construction de la gare actuelle inaugurée en 1928.
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77. 31/12/2008 : Pont Corneille
Jusqu’à la Révolution n’existait qu’un unique franchissement du fleuve à Rouen. Un simple pont porté par 19 bateaux, système rudimentaire, dangereux et d’un coût d’entretien prohibitif.
C’était le modeste successeur du pont de pierre construit au milieu du 12e siècle sur ordre de la duchesse Mathilde et défendu sur la rive gauche par la Barbacane.
Pourtant, la liaison entre les deux rives restait d’une importance primordiale et la construction d’un pont résistant et fiable était réclamée par la population. Napoléon, en visite en 1810, s’engage à édifier un ouvrage en pierre et c’est Marie Louise qui, trois ans plus tard en posera la première pierre. Corneille Lamandé vient de réaliser le pont d’Iéna à Paris et on le sollicite pour les travaux rouennais.
Le Pont Circonflexe
De l’eau coulera sous le pont, si l’on peut dire, puisqu’il ne sera mis en service qu’en 1829. Son nom évoluera dans une époque chaotique et il sera successivement Pont de Pierre, Pont Circonflexe en raison d’une forme inhabituelle, Pont d’Angoulême et Pont d’Orléans avant d’être définitivement baptisé Pont Corneille en 1848. La raison était évidente.
Corneille sauvé des eaux
Depuis 1834, le terre-plein à l’extrémité de l’île Lacroix accueillait la statue du célèbre dramaturge due au sculpteur David d’Angers.
Elle restera fièrement campée jusqu’à la seconde guerre mondiale et résistera après la destruction du pont le 9 juin 1940, lorsque l’armée française décide de dynamiter tous les franchissements de la Seine pour freiner l’avancée de l’ennemi. Mais les Allemands récupéraient les métaux non ferreux pour alimenter les industries de guerre. Aussi, pour la sauver, les autorités locales la laisser sombrer. Les Allemands évaluent son poids à 1,5 tonne alors qu’il est de 4,540 tonnes et ce qui devait arriver, arrive. Le palan prévu pour une charge de 2 tonnes cède et la statue s’écrase au sol puis s’enlise. Pour la récupérer, on attend la marée basse, on découpe la statue et on en profite pour mouler ses éléments. Le jour du départ pour l’Allemagne, le camion tombe en panne et la Libération arrive. Corneille est sauvé.
Les anciens se souviennent sûrement du trafic des tramways reliant les deux rives sur la chaussée pavée et du grand escalier plongeant dans la Seine et si utile aux mères de famille qui en avaient fait leur lavoir et un lieu de causette.
Le pont actuel, long de 288 m et large de 28 m, tant attendu par les habitants de l’île Lacroix en remplacement de squelettiques passerelles, sera inauguré le 19 juillet 1952 par André Morice, ministre des travaux publics et Jacques Chastellain, alors maire de Rouen. Il était alors le plus grand pont en acier soudé français. Depuis, il a été particulièrement à la fête, en juin 1956 lors du spectacle son et lumière "Le triomphe de Jeanne", donné à l’occasion des fêtes Jeanne d’Arc pour le 5e centenaire de la réhabilitation de l’héroïne nationale. 50.000 personnes s’y pressaient ce soir là sans aucun risque puisque 4 ans plus tôt, 85 camions chargés de sable et de gravier avaient pu tester sa résistance. Et depuis, il est toujours à rude épreuve lors des 24 heures motonautiques de Rouen pour supporter une foule compacte venue admirer des bolides qui n’ont rien de commun avec les antiques pousseurs à aubes de nos aïeux.
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78. 07/01/2009 : Le Musée des Beaux Arts
A une époque où les inventions de toutes sortes se multipliaient, l’une d’elles du 1er septembre 1801, continue aujourd’hui à instruire et ravir petits et grands. Un lieu abstrait venait d’être créé : le musée. Il devait accueillir entre autres, les œuvres des établissements religieux mis à mal en 1789. Au nombre de quinze pour les régions françaises, Rouen était sur la liste des heureuses élues. Gabriel Lemonnier et Charles le Carpentier, tous deux peintres, sont chargés des opérations préliminaires et en 1806 un conservateur est nommé, Jean-Baptiste Descamps qui officiera jusqu’à 1832. Le "Musée de peinture" ouvre ses portes à l’Hôtel de Ville le 4 juillet 1809, exposant déjà 230 toiles. Les origines des œuvres sont diverses, surtout d’origine locale, mais aussi des dépôts réguliers de l’Etat, suite à des saisies ou des prises de guerre. Le 19e siècle sera l’âge d’or du musée qui pourra acquérir des collections d’ensemble ou ponctuelles et recevoir aussi des dons d’artistes. Entreront alors dans les salles, Poussin, Fragonard, Ingres, Géricault, Corot, David d’Angers et bien d’autres. En 1861, 411 œuvres étaient recensées et le constat était sans appel, les locaux étaient désormais trop exigus pour le temple de la peinture du 19e siècle.
Ce fut en fait Charles Verdrel, alors maire, qui grâce à ses grandes opérations d’urbanisme, offrit une belle opportunité. La percée de la rue de l’Hôtel de Ville (notre rue Lecanuet) et la création du jardin Solférino (square Verdrel), dégageront un espace suffisant et fort bien situé. Louis Sauvageot, ancien élève de Viollet le Duc, se voit confier le projet et l’inauguration du musée aura lieu le 12 février 1888.
Un patchwork artistique
L’enrichissement des collections devient spectaculaire avec le legs Jules Hédon en 1907 (tableaux des 17e, 18e et 19e siècles), puis deux ans plus tard, la célèbre donation François Depeaux de 52 toiles impressionnistes de Renoir, Sisley ... et une "Cathédrale" de Monet. Le musée des Beaux Arts mérite bien son nom et devient même un haut lieu de l’impressionnisme.
Ce sera ensuite l’importante donation Jacques-Emile Blanche, l’arrivée des "primitifs", puis l’élargissement à la sculpture, au mobilier et aux objets d’art, mais aussi 5000 dessins du 16e au 20e siècle. Une trentaine d’icônes russes et balkaniques rejoindront les collections ainsi que des œuvres données par Mme Marcel Duchamp et de nouveaux dépôts de l’Etat avec Jacques Villon, Dufy et Caillebotte. Le point d’orgue reste à ce jour, l’acquisition de "La flagellation du Christ à la colonne" par Le Caravage et "L’orage" par Poussin.
En définitive, la calme et positive histoire du musée, ne sera entachée que par les dégâts des bombardements d’avril 1944 complètement gommés depuis la rénovation effectuée à l’occasion du centenaire.
Au cœur du musée, le Jardin des Sculptures, havre de paix en plein centre ville, est devenu un lieu convivial et pédagogique où "Le martyr de Ste Agnès", belle toile lumineuse récemment restaurée et mise en valeur dans un cadre à l’ancienne, illustre parfaitement ce que doit être un musée moderne.
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79. 14/01/2009 : Le cirque à Rouen
Les anciens se souviennent avec nostalgie et amertume de sa massive silhouette près de la place du Boulingrin. Succédant au Champ de Mars où les "itinérants" s’installaient, son origine remonte à une pétition des riverains des boulevards demandant la construction d'un cirque. Un premier projet est déposé en 1889, suivi de trois autres. C'est le projet Blanchet avec postes de police et de pompiers qui est retenu, car conciliant les impératifs de sécurité des spectateurs et ceux des forains de la foire St Romain. Un lieu d’accès facile avec le tramway électrique inauguré en 1896. Une salle de 3000 places, des écuries pour les chevaux et animaux de cirque, une salle des fêtes pour bals et banquets ainsi qu'une brasserie avec terrasse. On a vu grand. La soirée inaugurale a lieu le 18 octobre 1894 et les spectacles se succèdent, organisés alternativement par les cirques Piège et Rancy.
Les jeux du cirque
Les politiques s’y retrouvent aussi volontiers comme le Parti Socialiste qui tient son congrès en 1905, avec Jean Jaurès, Aristide Briand et Pierre Renaudel.
Puis des séances de "cinématographe", nouvelle distraction apparue à Rouen à la foire St Romain en 1896, sont organisées par Pathé, Omnia et Gaumont. C’est donc la première salle rouennaise puisque en 1908 seulement, Joseph Bramy, rue du Gros Horloge, transforme son magasin en cinéma, le «Théâtre de l'Innovation". Se déroulent aussi des "parties vivantes" sur un échiquier géant occupant la piste, des personnages costumés figurant les pièces.
Le Théâtre Français de la place du Vieux marché étant devenu inutilisable après les bombardements d'avril 1944, le cirque est réquisitionné par les allemands.
Puis la salle retrouve sa vocation initiale pour le plus grand bonheur des rouennais qui aspirent désormais à se distraire. Comme le Théâtre des Arts et les salles de cinéma sont anéantis, toutes les manifestations culturelles, sportives et artistiques s’y déroulent. Après une première saison lyrique débutée en septembre 1945, concerts et récitals se succèdent. Duke Ellington se produit en 1950, Roberto Benzi, jeune prodige de 14 ans, dirige un concert en 1952 et Louis Armstrong chante en 1955. Les représentations continuent jusqu'en 1962 quand le Théâtre des Arts reconstruit, les accueillent à nouveau.
Sportifs et enfants profitent aussi des lieux avec des combats de boxe et des spectacles de Noël. En mai 1968, ce sont les étudiants qui tiennent leurs réunions dans la "Maison de l'information libre et populaire". Des générations s'en souviennent encore avec émotion.
Cruel destin
Mais le cirque vivait ses derniers instants car Rouen disposait enfin de salles confortables et bien équipées. Par ailleurs, ce genre de spectacle était moins en vogue et la société Rancy, véritable dynastie depuis 1856, connaissait des difficultés financières. L’équipement emblématique fermera finalement pour des raisons de sécurité, l'état de vétusté nécessitant des travaux jugés trop importants. Voué à la démolition après 80 ans de bons et loyaux services, il succombe sous la pioche des démolisseurs en septembre 1973.
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80. 21/01/2009 : Une rue monastique
Souvenez-vous. Dans la nuit du 23 février 2006, un éboulement emporte une partie du rempart supportant un remarquable petit oratoire du 17e siècle. Vous êtes rue des Capucins, anciennement rue des Bonnes Œuvres.
L’histoire du couvent installé ici est étroitement liée à celle de l’Hôtel-Dieu par l’assistance aux pestiférés. La foule des pèlerins se rendant jadis à Notre-Dame du Mont Calvaire (c’était son nom à l’époque), empruntait un chemin de croix toujours existant. Sur l’une des terrasses de cette petite "montagne", s’élevait la chapelle de la Sainte Croix. On peut toujours voir parmi les monticules, de petits oratoires en pierre, de style Louis XIII, formant des niches, dont l’une d’elles conserve une statue de moine de belle allure. Un lieu plein de mystère dans un vrai parc suspendu à la Sémiramis. Fermé en 1790, inoccupé jusqu’en 1850, le couvent devint alors la propriété des Petites Sœurs des Pauvres dont la mission était l’assistance aux vieillards seuls et sans ressources. Mais malgré des travaux conséquents, la congrégation décide en 1970 de quitter Rouen et l’ensemble est démoli en 1976. A noter que ces vestiges sont pour l’essentiel situés sur la copropriété voisine des "Capucines", bien étrange nom et approximation hasardeuse d’un promoteur peu soucieux de réalité historique.
Pompiers précurseurs
Mais qui étaient donc les Capucins dont le nom provient de leur tenue. Barbus et pieds nus dans leurs sandales, ils étaient vêtus d’un long "capuce". Arrivés à Rouen en 1582, ces Franciscains s’établissent dans leur "Grand Couvent" bâti au début du 17e siècle sous les murailles de la ville. Ils profitent alors de l’autorisation du roi pour utiliser une partie des démolitions de Château Gaillard et construisent leur église sur un terrain donné par un maître-pâtissier.
Ils se spécialisent dans les secours en cas d’incendie, un guetteur profitant de la situation dominante privilégiée du couvent pour alerter et intervenir grâce à la citerne de 1400 muids d’eau enfouie sous le cloître. Ils portent aussi aide aux habitants lors d’épidémies et 19 d’entre eux périront courageusement.
Un pieux entourage
Les établissements religieux étaient fort nombreux entre la limite de l’octroi au nord et la fontaine de la Croix de Pierre au sud.
Ainsi en 1642, les "Dames" du 2e monastère de la Visitation s’installaient à l’emplacement de l’actuel lycée Jeanne d’Arc, au pied des remparts. Mais la construction de l’établissement n’épargnera qu’une modeste chapelle mortuaire dont la restauration et la mise en valeur seraient les bienvenues.
Les Dames de St François étaient là aussi en voisines dans l’hôpital qu’elles avaient fondé.
Enfin dans le bas de la rue, les Ursulines dont le souvenir reste vivant avec la bibliothèque dite à tort "des Capucins" et une petite chapelle funéraire dans l’enceinte de l’école Nibelle.
Cette dernière, qui mérite aussi une restauration, a été décorée, ainsi que la bibliothèque, au milieu du 18e siècle par Jean Pierre Defrance, auteur également de l’ornementation de la fontaine du Gros Horloge.
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81. 28/01/2009 : Une histoire de manège
Trônant fièrement dans la cour de récréation, on pourrait presque croire qu’il a été installé là pour les moments de détente des bambins du Cours Notre Dame, rue d’Ernemont. Pourtant, son histoire n’a absolument rien de ludique et pendant très longtemps, on a cru qu'il s'agissait d'un simple pressoir. En fait, à l'origine, c'était un manège à chevaux, mais il est fort vraisemblable qu’il cumulait les deux utilisations. Pour preuve, l’existence d’une auge circulaire en pierre et quelques restes d'une roue en bois. On pense cependant que son rôle premier consistait à puiser de l'eau pour irriguer les vergers du couvent des sœurs d'Ernemont installé à l’emplacement des bâtiments actuels de l'école. Construit au milieu du 18e siècle, ce type de manège est représenté dans la célèbre encyclopédie de Diderot et d'Alembert. Son mécanisme à roues dentées dont le fonctionnement est très simple, a été admirablement restauré par le Centre d’Histoire Sociale en 1996. Un cheval attelé faisait tourner une grande roue d'axe vertical qui actionnait dans le même temps une pente roue d'axe horizontal. Ce dernier, prolongé sur l'extérieur, entraînait enfin une chaîne de godets qui remontaient l'eau du fond du puits, système de norias bien connu.
C’est le type de puits que beaucoup ont pu voir dans la scène finale du film "La folie des grandeurs" avec Yves Montand et Louis de Funès, mais avec une différence notable, puisque le cheval y est remplacé par des esclaves. Le puits est profond de plusieurs dizaines de mètres et des spéléologues y sont descendus pendant la journée du patrimoine de 1996 en remontant à la surface des tuyaux de type gouttière en zinc.
A cheval et sans vapeur
Autrefois, ce type d’équipement représentait une réelle «source d'énergie" bien utile, la problématique initiale étant de faire tourner une roue avant que le mouvement ne soit ensuite transformé pour des utilisations diversifiées. Ainsi, dans une ferme du Pays de Caux, ce genre de manège servait à entraîner une machine à battre le grain. Il faut se souvenir qu'aux tous débuts de l'humanité, la seule énergie disponible pour l'homme était sa seule force physique. Plus tard, il domestiquera des animaux pour se déplacer, tirer des charrues ou bien les exhiber dans des cirques et des zoos, ou encore le vent faire fonctionner des moulins. Bien après, la principale source d'énergie deviendra la vapeur à la fin du 18e siècle, juste après la construction du manège du Cours Notre Dame. Viendra en dernier lieu l’ère qui semble se terminer, celle des énergies fossiles comme le pétrole pour l'éclairage au siècle dernier et les moteurs à explosion, l'électricité et enfin l’atome. Ce manège était donc à son époque et toutes proportions gardées, une sorte de moteur électrique ou même une petite centrale nucléaire mais incomparablement moins dangereuse. Il reste de nos jours un élément modeste mais remarquablement conservé du petit patrimoine d’un quartier trop méconnu.
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82. 04/02/2009 : Une modeste voie royale
L’histoire rouennaise a connu de nombreuses incursions étrangères belliqueuses. Les anglo-saxons n’ont pas été les derniers à fréquenter le quartier Beauvoisine et Jean Bailleul roi d’Ecosse à la fin du 13e siècle est peut-être indirectement responsable du nom donné par la suite à la rue. Plus vraisemblablement, on opte pour une autre origine lorsqu’en 1535, Jacques V, le roi d’Ecosse, un souverain très fleur bleue, traversa la Manche pour venir épouser la princesse Madeleine, fille de François 1er. Il n’en fallait pas plus pour que la petite voie encore sous les murs de la ville au 15e siècle, la "rue Maiete" ou "rue de Mette", dans laquelle était situé l’hôtel rouennais où logeât l’hôte illustre, devienne la rue d’Ecosse.
Une autre explication est possible. Au début du 16e siècle, on accédait par une longue allée dont l’entrée était rue Beauvoisine, au clos des Arbalétriers de la Cinquantaine dont le manège était peut-être dirigé par des écossais habitant cette petite rue qui se terminait au niveau de la rue du Rempart Bouvreuil.
En 1667, il était décidé de la "rendre accessible au charroi" en aplanissant le terrain depuis la rue du Cordier "pour faciliter le roulage du canon dans la nécessité".
A la période révolutionnaire, la rue deviendra provisoirement "rue de Corneille" et cette dénomination bénéficiera quelques temps après à la rue Morand.
Ce n’est qu’au 19e siècle qu’elle sera prolongée jusqu’à la rue de la Glacière en utilisant le remblai des anciens fossés et la portion du rempart démoli.
Austérité et mystère, Compassion et hôtels particuliers
L’histoire moderne de la rue est indissociable de celle des religieuses du quartier.
Garde-malades, les Dames de la Compassion dont l’ordre fut fondé par Mgr Blanquart de Bailleul, s’étaient d’abord établies rue des Bonnetiers, puis place de la Rougemare. Puis, elles avaient en 1853, transféré leurs locaux rue Ste Croix des Pelletiers dans un hôtel connu alors sous le nom de l’ancien bureau des Aides. Les grands travaux de l’époque, notamment la création de la rue Guillaume le Conquérant entraînent leur expropriation et les contraignent à déménager à nouveau dix ans plus tard. Elles achètent l’Hôtel d’Héricy au n°10 de la rue d’Ecosse, connu également comme Hôtel de Montault et Grand Hôtel de Reuville et construit dans la 2e moitié du 18e siècle. L’emplacement est vaste et de nouveaux bâtiments sont construits en 1865, puis une chapelle en 1873 par l’abbé Charles Robert. Très récemment, la portion épargnée de l’ancien rempart a été restaurée au pied de beaux jardins s’élevant au nord. Un peu plus à l’est, à une portée de canon, le Petit Hôtel de Reuville, contemporain de son grand frère, nous accueille par l’un des plus beaux escaliers de la ville, avec des marches moulurées en doucine, tandis qu’en face, on se prend à rêver d’un Rouen bien étrange et mystérieux. Une cache à prêtres dotée d’un accès secret escamotable y était jadis installée.
Petite rue transversale est-ouest, la rue d’Ecosse, dépourvue de tout commerce est uniquement résidentielle et le mariage de styles de construction différents a de quoi surprendre, de la maison à pans de bois intime et chaude à l’ensemble de béton déshumanisé.
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83. 11/02/2009 : Contre vents et marées
Situé en bordure de Seine au cœur du port, dans un ancien hangar portuaire autrefois affecté au stockage du vin en provenance d’Afrique du Nord et mis à disposition par le Grand Port Maritime de Rouen, le Musée Maritime, Fluvial et Portuaire nous invite à découvrir ou à redécouvrir, l’histoire de la ville et de son fleuve, par l’évocation des activités économiques et sociales développées grâce à la situation exceptionnelle de Rouen, port de mer.
Une association est à l’origine de ce lieu de mémoire, celle du Musée Maritime, Fluvial et Portuaire de Rouen. Créée en 1980, à l’initiative d’un groupe de passionnés, autour de Pierre Degon, son objectif est de protéger et de mettre en valeur le patrimoine maritime, fluvial et portuaire de la ville et de la région. Il faudra attendre le mois de mai 1999 pour que le musée ouvre officiellement ses portes après d’importants travaux de mise aux normes du bâtiment pour l’accueil du public.
Au fil d’un parcours de visite thématique, l’histoire du port de la ville et de la Seine est retracée pour satisfaire la curiosité des petits et des grands.
Lego et Pompon-Rouge
Des pièces originales ou d’exception sont agréablement exposées, tel ce squelette de baleine, mis en dépôt par le Muséum d’Histoire Naturelle de Rouen qui domine le musée. Trois moteurs de bateaux s’imposent également dans cet univers fragile où la maquette est reine.
On a pu y admirer bien avant sa mise en service, le nouveau pont Flaubert et une partie du port réalisés en briques Lego. Enfin, la collection Thibault, œuvre d’un amateur passionné et comptant 250 modèles réduits à l’échelle 1/500, permet aux visiteurs de contempler les différents types de navires originaires du monde entier.
A l’extérieur, une péniche, la bien nommée "Pompon-Rouge", transformée en espace d’exposition, nous fait découvrir la rude existence des mariniers, alors que d’autres embarcations fluviales, un remorqueur et un passage d’eau sont aussi visibles dans la cour.
Le musée dispose également d’une bibliothèque qui conserve un fond documentaire exceptionnel enrichi au gré des dons, des achats et des dépôts. Aujourd’hui, une impressionnante collection d’ouvrages et de revues du 18e siècle à nos jours et concernant le milieu maritime, fluvial et portuaire, est consultable sur rendez-vous. On y retrouve deux collections remarquables, un recueil de photos et un ensemble rare de plus de 20 000 cartes postales.
Enfin, élément important et incontournable du musée, l’atelier de restauration de charpente marine traditionnelle permet de restaurer des bateaux en bois. Conservatoire d’un savoir-faire ancestral, il est au service de la préservation d’embarcations traditionnelles et plus particulièrement de la conservation d’une étonnante collection de bateaux de plaisance.
Actualités du musée
"A la découverte du patrimoine maritime rouennais", tous les mercredis à 15h00.
"L’Epopée du sauvetage en mer", exposition temporaire tout public jusqu’au 22 mars 2009.
Espace des Marégraphes, hangar 13
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84. 18/02/2009 : Les inséparables
Une encablure les sépare et leurs histoires sont intimement liées. L’Hôtel de la Couronne et l’Auberge de l’Ecu de France (devenue actuellement restaurant Le Sud), place du Vieux Marché sont posés là comme dans une reconstitution de village miniature. Pourtant, pour la vérité historique, il y a beaucoup à dire. "La plus vieille auberge de France" est certes le titre décerné par le journal "L’Hôtellerie" en 1959, mais...
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Des actes d’archives incontestables prouvent que la maison existait déjà en 1345 et on en trouve trace sur tous les plans anciens. En 1359, une charte royale atteste la propriété des "Filles-Dieu" sur un manoir nommé "La Couronne" dans la paroisse St Sauveur. Le jour du supplice de Jeanne d’Arc, le 30 mai 1431, les chroniques de l’époque rapportent que la Couronne connaissait une affluence inhabituelle. Le propriétaire Guillaume Baudry acquittait alors son loyer directement à Pierre Corneille, trésorier de la paroisse.
Au 15e siècle, c’était, comme aujourd’hui, une bâtisse de deux étages avec un pignon pointu et des poutres apparentes. Au début du 20e siècle, la façade était banale malgré quelques ornements sur des murs en brique plâtrés, mais pas de pans de bois. "C’était" doit-on dire. Et aujourd’hui ? Rouennais et touristes s’extasient devant une façade entièrement reconstituée par l’architecte André Robinne en 1926 et fortement inspirée du Livre des Fontaines. On a même réemployé des bois de démolition et les seuls éléments d’origine, restent les caves d’époque gallo-romaine.
Pourtant, on continue à affirmer comme la plupart des guides touristiques et gastronomiques que "cette maison du 14 e siècle, superbement préservée...". Un pas que les Rouennais moureux de leur ville ne franchiront jamais.
Il faudrait demander leur avis à St Fortunat (patron des gastronomes), St Jacques (patron des voyageurs) et St Guénolé (chantre de la pomme et du cidre) dont les statuettes encadrent la porte d’entrée.
Toujours est-il que malgré un intérieur saccagé, l’essentiel sera préservé lors du bombardement le 19 avril 1944.
Une cantine prestigieuse
Les plus grands auront fréquenté cet établissement emblématique de la ville, de l’Empereur d’Ethiopie à Jacques Anquetil, le régional de l’étape, en passant par Sophia Loren, Jean-Paul Sartre, Salvador Dali et bien d’autres.
Construction pastiche par excellence, "La Couronne" a son pendant un peu plus à l’ouest, l’ancienne Auberge de l’"Ecu de France", autrefois réservée au personnel. On en trouve trace dès le début du 17e siècle, mais complètement détruite le 22 juin 1944, cette propriété divisée par suite d’héritage, sera reconstituée à l’identique quelques années plus tard. "Cuillère à Pot" sous la Révolution, le négoce y régnait en maître. Marchands d’épices et de cidre, puis un serrurier à l’enseigne du "Chevalier Blanc" se succéderont avant l’installation d’un traiteur qui lui donnera son appellation définitive en 1926.
Un bon normand, indécis comme il se doit, saura t’il choisir entre les deux enseignes ?
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85. 25/02/2009 : Petit patrimoine végétal en péril
C’est malheureusement une évidence. Le petit patrimoine tend imperceptiblement à disparaître sans que l'on ne s'en aperçoive. Ce sont bien souvent des "choses" qui font partie intégrante de notre univers quotidien. Parmi elles, les arbres jouent de malchance, n’étant que rarement considérés comme éléments du patrimoine.
Une note d’espoir toutefois depuis quelques années, car une excellente initiative a été prise en recensant certains spécimens dits "remarquables" à cause de leur âge, leur rareté, leur taille, ou de leur histoire. Ils sont souvent les seuls vestiges du paysage à subsister après de longues années survivant aux générations qui défilent et restant des témoins muets pendant des décennies, voire même des siècles qui s'écoulent inexorablement.
L'un des premiers à prendre conscience de leur importance et de leur sauvegarde a été Henri Gadeau de Kerville, le célèbre naturaliste normand (1858-1940), qui a entre autres écrit "Les Vieux Arbres de la Normandie" entre 1890 et 1932. Outre leur recensement, il a tenté de les faire connaître en notant l'intérêt pour l'histoire et les sciences à les conserver.
A Rouen, nous en comptons un bon nombre classés par âges ou espèces et en consultant le plan local d’urbanisme, on connaît leur localisation avec une grande précision. Malheureusement, le commun des mortels n’est pas toujours au courant, ou s'en désintéresse tout simplement, si bien que des arbres sensés être protégés sont abattus. C’était le cas récemment dans une propriété abandonnée depuis plusieurs années de la rue de Bihorel où des spécimens remarquables ont disparus sans raison valable. Dans le même quartier, un très beau tilleul dans une propriété de la rue Louis Bouilhet a été coupé, sans aucun doute pour le confort personnel de propriétaires pas très en adéquation avec leur temps. Certes, un arbre fait de l'ombre, prend de la place, et demande de l’entretien. Mais en contre partie, quelle richesse que ces "monuments", qui, s'ils pouvaient parler, pourraient nous compter toute l'histoire de notre ville sur des centaines d'années ?
Exemples de taille
Le hêtre pourpre de la Porte des Champs âgé d’environ 150 ans et de 4 m 50 de circonférence, domine la chaussée du haut de ses 12 m. Il a entamé sa phase de vieillissement et fait l'objet d'une surveillance régulière. Il a été diagnostiqué en 2006 par un expert indépendant et les conclusions sont rassurantes. Afin de le "dorloter", du mulch (feuilles et bois dégradé) a été déposé à son pied afin d'entretenir sa flore pédologique et conserver une certaine fraîcheur en cas de sécheresse. Quant au hêtre planté lors de la création du square Verdrel vers 1860, il est malheureusement attaqué par un champignon. Sera- t’il sauvé ? Il est important aujourd’hui de poursuivre le travail d’Henri Gadeau de Kerville car, comme nous le voyons ces derniers temps, la protection des arbres est un combat bien loin d’être gagné. Une véritable campagne de sensibilisation permettrait peut-être une prise de conscience sur la nécessité à sauvegarder ce vert patrimoine.
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86. 04/03/2009 : Les îles rouennaises
Iles Lacroix et Brouilly étaient jadis des bancs de sable déserts fréquemment envahies par les eaux. La première ne deviendra accessible qu’en 1829, grâce au pont de pierre et c’est vers 1855 que les premières habitations y apparaitront. Elle changera souvent de nom et s’appelait île de la Mouque au 17e siècle avant de prendre son nom actuel, en référence à la grande croix placée à son extrémité.
La seconde, sera rattachée à sa grande sœur en 1922. L’ancien pont aux Anglais s’y appuyait et ses guinguettes faisaient recette. Dans son prolongement était l’île aux Cerises que l’on rejoignait en barque pour une petite collation champêtre. Accompagnée d’un coup de cidre, on venait déguster une friture de gardons et d’ablettes tout juste sortis de l’eau, juste après avoir joué à la "grenouille" ou au bilboquet.
Plus à l’ouest, l’île du Petit Gay était selon Georges Dubosc, "un véritable conservatoire du bel art de la natation" avec les bains froids du père Fessard où les lycéens apprenaient à nager tenus à la corde. Une île appréciée aussi des frères Flaubert, habitués des lieux, qui sera rattachée à la rive droite comme l’île Meru, lors de l’agrandissement du port en 1885.
Séquence "ambiance"
Le Château Baubet était à la Belle Époque le "Tivoli Normand". Créé en 1848, il resta longtemps le lieu le plus couru de la ville avec des fêtes fastueuses données dans une salle à la décoration foisonnante. Les inondations de 1910 le feront beaucoup souffrir et il sera vite démoli. Le Tivoli II lui succèdera presque en face des Folies Bergères et connaitra ses heures de gloire jusqu’en 1920 avant d’être transformé en "skating", en cinéma, le "Gaumont Palace", puis en garage, et enfin détruit par les bombes. Quant aux Folies Bergères inaugurées en 1883, c’était l’une des salles les plus fréquentées : Mayol, Ouvrard, Mistinguet et Charles Trénet y ont été applaudis et les revues locales rivalisaient avec des récitals et des revues de plus en plus déshabillées.
Mais la guerre isole l’île, endommage la salle et condamne la scène à un repos forcé.
L’ouverture du pont Corneille facilitera son redémarrage en 1952 sous le nom de Théâtre de la Lyre, un instrument posé sur le toit bien visible des deux rives. Le grand maître des festivités, le dynamique Jacky Gaillard continuera à l’animer jusqu’en 1964 dans le dernier quartier pas encore reconstruit. L’emblème déposé en 1965 serait toujours entreposé dans une réserve municipale alors qu’il devait être remonté dans un parc de loisirs près de Ry.
Histoires d'eau
"En amont du ponton d’où les baigneurs se jettent en Seine, sont amarrés les toueurs, grands remorqueurs à chaîne (Le procédé utilisé entre Rouen et Paris dès 1860), ainsi que les bateaux omnibus désarmés, en aval, les bateaux lavoirs et les canots des sportmen rouennais." Il y avait aussi le ponton du "père Catel", directeur de l’école de natation et les bains Delion et Villers, très fréquentés au début du 20e siècle. N’oublions pas que les bains-douches, héritiers des "bains en pluie" sont l’invention du docteur Merry Delabost, médecin de la prison Bonne Nouvelle. Qui aurait pu croire que Rouen pouvait être une destination d’évasion ?
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87. 11/03/2009 : Jacques Pochet, le savetier rebouteux
Le patrimoine tangible, grand ou petit, est omniprésent à tous les coins de rues de Rouen. Il l’est aussi dans les esprits, et la restitution du passé par des récits savoureux, souvent anecdotiques, constitue un patrimoine immatériel permettant de mieux connaître la vie de nos aïeux.
Vers 1860, dans un but d’assainissement, l’un des quartiers les plus pittoresques de Rouen est rasé pour faire place au Square Solférino, devenu aujourd’hui Square Verdrel. C’est là qu’étaient établis en nombre depuis le 15e siècle, des tanneurs et des maroquiniers. Deux voies étroites et sales le traversaient, la rue des Hermites, à l’emplacement de l’actuelle rue des Basnage et la rue de la Renelle au niveau du square Verdrel et sur une partie de la rue Jeanne d’Arc. Un ruisseau traversait le quartier, recouvert çà et là de planches pour faciliter la circulation des piétons.
Par suite des travaux de démolition pour le percement de la rue Jeanne d’Arc, les maroquiniers émigrèrent vers le faubourg Martainville. L’ancien quartier hébergeait aussi la corporation des "étuvistes", personnes qui tenaient les bains publics. Ils étaient obligés de suspendre comme enseigne des plats blancs et sur leurs boutiques figurait l’inscription : "Barbier, Perruquier, Baigneur, Etuviste : Céans on fait le poil proprement et on tient bains et étuves".
Déjà, le travail au noir
C’est ici que vivait vers 1760 Jacques Pochet, un savetier qui exerçait aussi l’activité clandestine de rebouteux. Ouvriers et bourgeois venaient s’y faire soigner faisant ainsi la fortune de notre homme. Bien que régulièrement poursuivi par les chirurgiens et les apothicaires de la ville, il continua ses activités et écrivit même un recueil de 80 "recettes" plus ou moins baroques qu’il appliquait aux personnes venues le consulter.
Elles étaient rédigées de telle façon qu’il était très difficile de les lire au premier coup d’œil. Il n’y avait qu’en les lisant tout haut qu’on arrivait à en comprendre le sens.
En tête des maladies pour lesquelles on venait consulter Pochet, figuraient les maladies vénériennes qui devaient être très fréquentes alors, puis on trouvait les maladies d’yeux, la fièvre, les rhumatismes et même aussi le secret pour guérir....les cors aux pieds !
Voici une de ces recettes retrouvée pour soigner les coupures : "Le Sances deture Banstine [lire : Essence de térébenthine] est bonne ausy pou les Coupures sa fait tous de suitte reprandre leschaire".
Dans le recueil de Pochet, on apprend qu’il se déplaçait à domicile et que, très organisé, il notait soigneusement les rendez-vous pris et les traitements en cours avec ses clients tel "Monsieur auboin marchand deaudevie rüe os zoure (Rue aux ours).
Le savetier rebouteux relatait aussi tous les événements de son quartier, les détails se rapportant à sa propre vie, mais aussi à celle de ses voisins. Il cite aussi certains de ses "confrères" exerçant à Rouen, comme un certain Fabulet qui vendait un onguent guérissant les maux incurables.
D’après Alfred Poussier (1909)
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88. 18/03/2009 : Haute et Basse Vieille Tour
La tour édifiée vers 970 par le petit fils de Rollon, Richard 1er, et démolie en 1204, a donné son nom aux places des Haute et Basse Vieille Tour. En 1256, St Louis décide la construction de halles à l’emplacement de la tour. Au début du 20e siècle, la place de la Haute Vieille Tour était un quadrilatère fermé sur trois côtés par les bâtiments des halles, le quatrième étant occupé par de vieilles maisons et par la Bourse du Travail. Edifiée en 1903 par l’architecte Trintzius influencé par l’Art Nouveau, elle était décorée de fresques de Paul Baudouin. On accédait à la place par un passage sous la Fierte St Romain et la rue de l’Epicerie. Depuis le 13e siècle, un marché s’y tenait déjà, et six siècles plus tard, on y vendait "Fruits, légumes, volailles, friperies, arbustes...". Chaque bâtiment avait une utilisation spécifique, halles aux Toiles au sud, aux Grains à l’est et aux Draps au nord. Les utilisations évoluèrent ensuite en fonction des besoins et des évènements avec une connotation guerrière marquée. Caserne, arsenal, camp de prisonniers seront les affectations, mais aussi entrepôt pour les décors du Théâtre des Arts, bureaux, et occupation par l’Ecole des Beaux Arts.
Histoire de châsse et fayences
La Fierte de style Renaissance, reste le seul vestige de l’ancienne place. Sans doute l’œuvre de Jean Goujon en 1542, c’était une chapelle ouverte au sud de la place ou la foule venait assister le jour de l’Ascension à la levée de la châsse de St Romain. Ce "privilège de la Fierte" ou "fête de la Gargouille" qui permettait à un condamné à mort désigné pour cette tâche d’être gracié, fut supprimé à la Révolution. Seule la Halle aux Toiles sera reconstruite après les destructions de la dernière guerre et en 1978, lors du creusement du parking souterrain, des vestiges gallo-romains étaient mis au jour, battant en brèche l’hypothèse de nombre d’historiens qui pensaient que la Seine ne recouvrait pas l’emplacement à cette époque. Au sud de la Halle aux Toiles, reliée par le passage sous la Fierte, la place de la Basse Vieille Tour abritait également le marché. Toutes les anciennes constructions ont disparues, dont les dernières maisons à "avant-soliers" rouennaises, un type d’habitat qui laissait une partie du rez-de-chaussée ouvert à la circulation publique. Avant leur disparition, "A la cruche cassée" par exemple, on y vendait des porcelaines, "fayences", cristaux et verreries. Seul élément conservé de l’hôtel des Douanes établi sur les quais et détruit en 1944, la porte sera remontée sur le côté ouest de la Halle aux Toiles réédifiée à partir de 1958. Le mémorial aux victimes civiles de la guerre est intimement inclus dans son arcature désormais aveugle.
Richard 1er pouvait il imaginer que ce lieu chargé d’histoire deviendrait un jour un parking et que Halle aux Toiles et Fierté seraient ensevelies sous une crasse innommable ? Une reconversion qui fait fi de l’opinion de certains auteurs du 18e siècle qui considéraient ce site comme le plus beau marché de France et même du monde. Fort heureusement, quelques décisions récentes laissent penser que l’année 2009 permettra à l’ensemble de retrouver son lustre d’antan.
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89. 01/04/2009 : Une voie royale d’ouest en est
Avenue Flaubert et rue de Crosne pullulent d’édifices d’un intérêt architectural certain. L’un d’eux, l’ancien Hôtel de Crosne, dit aussi Hôtel du Commandement au n°53 est devenu depuis peu le siège du Tribunal Administratif. Le IIIe Corps d’Armée y était installé depuis 1860. Une plaque commémorative rappelle la mort du Général Frère au camp du Struthof le 14 juin 1944. Un arrêt au n°74 permettra, si la porte est ouverte, d’apercevoir une boutique de la fin du 15e siècle, propriété du Musée Départemental des Antiquités. Elle a été déplacée du n°6 de la rue des Boucheries St Ouen lors de l’élargissement de la voie pour le passage du tramway. Au n°38, un immeuble du 19e siècle avec au dernier niveau, une proue de bateau encadrée d’une sirène et d’un triton ainsi que le monogramme PB du propriétaire Pierre Bataille. On admire aussi un bow-window avec décor en céramique, des balcons avec grille en fonte et des bas-reliefs avec référence allégorique aux quatre éléments.
Mais pourquoi la même artère avec une numérotation continue des immeubles, porte t’elle deux noms différents de part et d’autre du boulevard des Belges, l’ex boulevard Cauchoise ?
Un peu d’histoire entre ville et faubourg
En 1775, débute le percement de nouvelles rues dans le "quartier neuf de Cauchoise".
Cette sorte de voie royale vers la nouvelle Préfecture sera d’abord la "nouvelle route du lieu de santé" qui devait relier l’Hôtel Dieu jusqu’au nouvel Hôtel de Ville, entre le Vieux Marché et la rue des Jacobins devenue rue de Fontenelle. La première pierre de l’Hôtel de Ville est posée le 8 juillet 1758. Mais l’intendant Thiroux de Crosne, en fonction à Rouen de 1769 à 1785, avait vu grand, trop grand, et si quelques fondations sont encore visibles rue Thomas Corneille, le projet fut abandonné par manque d’argent. La nouvelle voie devient en 1780 "Grand rue de l’Hôtel Dieu", puis rue de Crosne, rue de Crosne-en-Ville et rue de Crosne-hors-Ville de part et d’autre de l’ancien boulevard Cauchoise. Jusqu’en 1796, elle sera fermée par une grille séparant plus que symboliquement la ville et le faubourg. Entre deux, à la période révolutionnaire, elle sera baptisée rue Pelletier – Fargeau, puis rue de l’Hospice. Ce n’est qu’en 1951, que le côté ouest deviendra "avenue Gustave Flaubert".
Côté est, une belle unité architecturale s’est développée avec de nombreux hôtels particuliers du 18e siècle, dont celui habité jadis par l’industriel et Ministre des Finances Pouyer-Quertier. A côté, au n°20, celui ou naquit Juliette Rondeaux, la mère d’André Gide rappelle par une plaque commémorative que l’écrivain a évoqué des souvenirs d’enfance dans "Si le grain ne meurt". On remarquera aussi à l’angle des rues de Crosne et de Fontenelle, de beaux médaillons représentant Fontenelle, Géricault, Armand Carrel et quelques autres.
Au n°3 de la rue, quasiment place du Vieux Marché, une chapelle dédiée à Jeanne d’Arc avait été aménagée en 1919. Elle deviendra église paroissiale en remplaçant après la guerre l’église St Vincent détruite, puis après son agrandissement vers 1958, sera transférée rue du Général Giraud dans l’actuelle Salle des ventes.
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90. 08/04/2009 : Histoires de cloches
Chez les catholiques, les cloches cessent de sonner à partir du "Jeudi Saint" précédant Pâques et on les entend à nouveau à la fin de la veillée, juste avant le jour de Pâques proprement dit. Entre deux, elles seraient parties à Rome pour revenir dans la nuit, chargées d'œufs en chocolat qu'elles déversent dans les jardins pour le plus grand bonheur des enfants. A Rouen, "la ville aux cent clochers carillonnant dans l’air" selon Victor Hugo, cette symbolique est encore plus vraie qu’ailleurs mais l’histoire des cloches est plus prosaïque.
Deux grosses cloches ont occupé le campanile du bâtiment "de l’horloge" de l’Hôtel Dieu.
Sur l’une, fondue en 1682, on peut lire "chaque fois que je sonne,... j’avertis que l’on donne... Son esprit et son Cœur... à Jésus, son sauveur". D’un poids d’environ 160 kg, elle sonne à l’aide d’un marteau extérieur. Elle est ornée de fleurs de lys et représente de profil, la sainte Madeleine, qui étire sa longue chevelure.
La seconde, est de 1679 et d’un poids équivalent. Les inscriptions rappellent les personnages qui ont présidé à sa naissance, à savoir, le Révérend Père Nicolas Brice qui l’a bénite et la femme d’un conseiller du roi : "J’ai été nommée Sainte Suzanne Henriette". Une vierge à l’enfant est représentée, ainsi que trois couronnes royales dans un médaillon. Enfin, une mention concerne le fondeur : "Malherbe me fit".
Cache Ribaud et Gros Léon
Au Moyen Age, depuis le 13e siècle, accompagnée des tinterelles, la pacifique Cache-Ribaud donnait l'heure à la population et sonnait le soir à 21 heures pour le couvre-feu. En l’entendant, les Rouennais savaient que les mauvais sujets, les "ribauds", allaient profiter de la nuit pour commettre leurs larcins et se cacher, d’où son nom de Cache-Ribaud. Sa soeur, la Rouvel, sonnait le tocsin dans des moments dramatiques, incendies ou émeutes comme l'appel à la révolte de la Harelle en 1382. Il semblerait que la cloche ait connu des problèmes de livraison et que sa valeur aurait été payée aux représentants du roi. Dès lors, il y avait peu à faire pour l’appeler "cloche d’argent", ce qui fut fait, une autre explication étant qu'elle contient de l'étain et aurait coûté très cher aux Rouennais.
A la Cathédrale, la cloche Jeanne d’Arc d’un poids de 20 tonnes fut installée le 22 avril 1920. La cérémonie inaugurale donna lieu à un épisode cocasse. Mgr Touchet, évêque d’Orléans qui devait bénir la Jeanne, arriva avec deux heures de retard. Il s’était tout simplement endormi dans le train et réveillé à Yvetot.
Le Gros Léon est un bourdon de plus de 6 tonnes fondu en 1892. Il devait initialement être placé dans le clocher de la Basilique de Bonsecours, mais on s’aperçut qu’il était trop gros et trop lourd pour être supporté par le clocher. Il fût donc installé à l’extérieur dans une cage. Gravé sur son pourtour, on peut lire : "Je me nomme Léon. J'ai été donné en l'honneur de Notre-Dame de Bonsecours, pour perpétuer le souvenir de Monseigneur Thomas, archevêque de Rouen, qui a fait élever dans cette paroisse le monument à Jeanne d'Arc". Restauré fin 2007, Gros Léon est revenu à Bonsecours le 23 janvier 2008 et a sonné de nouveau lors de l’inauguration du nouveau Casino.
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91. 15/04/2009 : Sur la piste de Ferdinand Marrou
L’homme, né en 1836, quitte l'école très jeune et devient apprenti ferblantier. 1863 est le tournant de son existence quand il s’installe dans l’atelier rouennais de François Depeaux et au soir d’une vie marquée par une production éclectique, il décède en 1917. Il repose dans le sarcophage en cuivre repoussé richement décoré qu'il a lui-même réalisé au Cimetière Monumental. L'art funéraire étant très en faveur, Marrou produisit de nombreux décors pour les sépultures et composa même des tombeaux complets pour les riches bourgeois qui pérennisaient ainsi une vie fastueuse.
Un publicitaire hors pair
Due à l’architecte Emile Janet en 1890, sa maison de la rue Verte est un condensé du savoir faire des artistes de l’époque, mais Marrou y avait eu évidemment sa chasse gardée, la ferronnerie. Bien en vue des voyageurs descendant du train, la façade est un vrai catalogue du fer forgé, mais les autres métaux ne sont pas en reste avec une crête de toit en cuivre et des statues en plomb repoussé. Dans le même esprit, il ouvre en 1902 une agence de vente rue St Romain près de l’Archevêché. Choix judicieux du génial ferronnier qui à coup sûr était en avance sur son temps dans le domaine de la publicité car l’agence ne passait pas inaperçue des ecclésiastiques, excellents clients potentiels. Du sol au dernier étage, les ferronneries étalent savamment l’art du maître devenu fervent adepte de l’Art Nouveau naissant.
Sur la Cathédrale, ni lanternon, ni clochetons, au grand dam des contemporains, Gustave Flaubert entre autres. Barthélémy, le nouvel architecte, propose en 1875 d'adjoindre les éléments manquants, confiant ce travail à Marrou dont ce sera l’œuvre maîtresse. Hauts de 25 m et pesant 25 tonnes, ils sont en cuivre sur un support en bois et fer.
La riche paroisse St Romain se devait elle, de posséder un clocher digne de ses fidèles et Marrou édifie en 1877 un pastiche en plomb Renaissance rappelant les beffrois flamands.
Le spécialiste des crêtes et épis de faîtage
Lors de la restauration du donjon du château de Philippe Auguste entre 1866 et 1874, la tour a été surmontée d'un toit conique. Marrou apportera la touche finale avec un épi dont la base est un bouquet de chardons et une girouette en forme d'étendard.
Puis entre 1878 et 1884, il réalise la crête en plomb et les épis de faîtage de la Salle des Procureurs au Palais de Justice tandis qu’au Gros-Horloge, restauré en 1892, ce sera la crête et les épis de faîtage figurant le soleil et la lune avec une frise en plomb Renaissance.
Marrou fabriquera aussi des couvercles de baptistères. La manipulation de celui de la Cathédrale se faisait à l'aide d'une potence en fer forgé, un principe repris à la Basilique de Bonsecours où le couvercle est illustré de scènes de baptêmes alors qu’à St-Vivien, le Christ tient un agneau dans ses bras.
Bien que sa production soit essentiellement rouennaise, Marrou s’illustrera aussi aux environs, réalisant les ferronneries du Palais de la Bénédictine à Fécamp ainsi que la coupole et le campanile du monument Jeanne d’Arc de Bonsecours. Ce sera l'une de ses dernières réalisations monumentales.
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92. 22/04/2009 : Tour Jeanne d’Arc et rue du Donjon
Bel exemple d'architecture militaire médiévale, le château de Rouen a été construit par Philippe Auguste, roi de France, à la suite de la conquête en 1204 du duché sur Jean sans Terre, duc de Normandie et roi d'Angleterre, et en remplacement du palais ducal de la ville. Situé à l'extérieur de la cité et en position dominante, il est une puissante forteresse et jouera un rôle important pendant la guerre de Cent Ans et pendant les guerres de religion. Pendant près de 400 ans, il sera bailliage et vicomté du roi de France, gouvernement du roi d'Angleterre et l’échiquier qui deviendra le Parlement de Normandie. Anciennement "Grosse Tour", le Donjon dénommé Tour Jeanne d’Arc mérite assez mal son nom puisque la Pucelle n'y fût jamais emprisonnée, même si c'est ici qu'elle fût mise en présence de ses bourreaux et des instruments de torture et jugée en 1431.
Jeanne d'Arc affirmait alors : "Vraiment, si vous me deviez faire écarter les membres et faire partir l’âme du corps, oui, je ne vous dirais autre chose ; et si je vous en disais quelque chose, après je dirais toujours que vous me l’auriez fait dire de force." Elle fut en fait emprisonnée dans la Tour de la Pucelle, aujourd'hui détruite, dont la base est encore visible au 102 rue Jeanne d'Arc, une tour démolie en 1809 et dont les soubassements ont été retrouvés en 1908.
L'édification de cette puissante forteresse est un acte symbolique pour affirmer l’autorité du monarque sur une ville nouvellement soumise et parachevé par l'arasement du château ducal de "la Vieille Tour". La construction du nouveau château s’accompagne d'une nouvelle enceinte urbaine, montrant la volonté royale de créer une entité avec deux éléments jusqu’alors juxtaposés, le Bourg et le Cité.
La fin d’une vie de château
Mais, vulnérable aux tirs d'artillerie comme toutes les forteresses médiévales, le château sera démantelé par Henri IV à partir de1591, à la fin des guerres de religion. Il en reste le donjon, classé Monument Historique en 1867, imposante tour maîtresse qui est en fait le dernier vestige en élévation du château édifié il y a huit siècles. Il a été restauré dans les années 1870 par l'architecte Desmarest, sur les avis de Violet-le-Duc. La toiture en poivrière qui a été alors rajoutée a été très décriée à l’époque. Elle est coiffée d'un épi de faîtage, œuvre du célèbre Ferdinand Marrou. Durant la Seconde Guerre mondiale, le donjon est camouflé et transformé en bunker par les forces allemandes et souffrira peu.
La vision que nous en avons de nos jours ne date que de 1906, début de travaux d’envergure. L’inesthétique mur d’enceinte qui encerclait le monument disparait, mais aussi l’Hôtel de Mathan où étaient installées les Ursulines depuis 1684 et désaffecté depuis 1901. On en profite pour percer les rues du Donjon et Philippe Auguste et des constructions remarquables sont édifiées comme le petit immeuble "Les Sphynges" avec une profusion d’éléments architecturaux et décoratifs qui ravit les touristes. Dans le même temps, les fossés du Donjon sont restitués, donnant plus de crédibilité historique à un vestige très remanié.
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93. 29/04/2009 : Un vestige évocateur
Que reste t-il de l’un des plus anciens hôpitaux de France, l’Hôtel Dieu de la Madeleine ? In situ, la réponse est simple : rien. Même pas un souvenir ou une évocation. Pourtant... Rares sont les Rouennais sachant qu’au sud de la cathédrale, au cœur de la cité, entre la place de la Calende, les rues du Change, de l’Epicerie et nos modernes rues de la Tour de Beurre et du Général Leclerc, s’élevaient ses bâtiments. Il occupait cette place centrale privilégiée depuis la fin du XIe siècle, sa physionomie changeant lors d’agrandissements successifs et en 1624 après un incendie dévastateur.
Il sera reconstruit et un plan de 1758 montre comment il était organisé à la veille de son transfert au Lieu de Santé. Tel un labyrinthe, il se développait autour de cours intérieures et de ponts permettant le passage à pied sec au dessus des rues du Bac et de la Madeleine. Il s’était construit comme il avait pu, tel ces arbres qui, entravés dans leur croissance finissent par faire corps avec l’environnement. Il en résultait une disposition malcommode, un hôpital à l’étroit toujours en travaux. Longtemps on s’était contenté de replâtrages et il faudra un arrêt du Parlement de Normandie pour que le 16 juillet 1758, l’Hôtel Dieu ferme définitivement ses portes pour émigrer vers le faubourg Cauchoise. Rapidement le tissu urbain dans lequel il s’était développé reprenait possession des lieux et l’église de la Madeleine elle-même, ne survécut que peu de temps et fut démolie à partir de 1779.
In memoriam
Quelques bâtiments restaient toutefois en place à la veille de la seconde Guerre Mondiale, notamment place de la Calende comme en témoignent des cartes postales, mais hélas le déluge de feu de juin 1940 anéantira tout.
Tout ou presque, car en mai 1900, des fouilles archéologiques mettaient au jour des restes de l’église et dans la propriété de Mr Lucas-Leclin au n°11 de la rue du Change, on découvrait un bas relief Renaissance représentant une scène de crucifixion.
Le propriétaire eut la bonne idée d’en faire don au Musée des Antiquités, permettant à cet unique élément d’échapper aux affres de la guerre. Malheureusement, par manque de place et de moyens, il n’a pu obtenir la place qui devait lui revenir et ce n’est qu’en étant très attentifs, parmi les restes exposés dans l’enclave Sainte Marie, que vous pourrez peut-être découvrir dans un coin, ce dernier vestige, oublié de tous.
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94. 06/05/2009 : Feu la rue du Baillage
Dénommée momentanément rue de l’Etat-civil en 1794, l’Almanach du Facteur ne la reconnait pas, et pour cause...
Dans les années 1950, le fabricant des anciennes plaques bleues de voirie commettait une erreur, une coquille, en oubliant, volontairement ou non, le second "i" du nom de cette minuscule voie. Nombreux sont encore les Rouennais qui pensent de bonne foi que l’orthographe erronée est la bonne. Aujourd’hui pourtant, nous lisons partout "rue du Bailliage", une appellation issue de l’ancienne "baillie" de la ville qui rendait la justice. Un nom vieux de plus de 600 ans pour une rue habitée seulement sur le côté nord et qui continue à emprunter partiellement le tracé de l’ancienne rue de la Truie, disparue en 1862 lors de la création du Jardin Solférino et du percement de la rue Jeanne d’Arc.
L’unique trace se situe du n°10, avec une belle maison à pans de bois dont la sablière est millésimée 1726.De style Louis XV, elle est décalée par rapport aux constructions plus récentes et a été remaniée au niveau des lucarnes, autrefois au nombre de trois et aujourd’hui rassemblées. L’origine du nom de rue de la Truie pourrait provenir de la proximité de la porcherie et de la basse-cour du Château de Philippe Auguste.
Prison, morgue et bourreau
A deux pas de là, à l’angle de la rue Faucon, succédant à celle du château et brûlée à l’époque de Jeanne d’Arc, se trouvait la prison au niveau de l’actuel Hôtel d’Hocqueville qui héberge de nos jours le Musée de la Céramique. Construit en 1657 par Pierre Bec de Lièvre, c’était en ce temps là l’Hôtel de Bellegarde. Au 17e siècle, juste en face, se trouvait la morgue et un peu au-dessus, la maison dite du bourreau. Celle-ci, toujours visible de la rue Jeanne d’Arc, fut occupée jusqu’en 1847 par les bourreaux de la ville qui exerçaient de père en fils. L’ensemble participait sans doute à l’atmosphère morbide de ce quartier. Plus à l’est, on remarque au n°4, à l’angle de la rue Bouvreuil, une plaque commémorative posée en 1994 qui rappelle que Maurice Leblanc, le "père" du célèbre gentleman-cambrioleur Arsène Lupin, séjourna ici pendant une quinzaine d’années jusqu’en 1889. Une façon de renforcer encore plus le caractère étrange et mystérieux d’une rue dépourvue de toute animation.
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95. 13/05/2009 : Patrimoine en exil
Square Guillaume Lion, vous connaissez ? Une sorte de cimetière monumental bis en bordure du Quai de Paris et lové entre les rue des Arpents et des Maillots-Sarrazins. Mais que trouve-t-on dans ce "centre de rétention" si peu connu et visité par les Rouennais ?
Brève histoire d’un mini musée à ciel ouvert
Dès l’entrée, se dresse une porte monumentale, déplacée en 1950 un peu plus à l’ouest qu’à l’origine. Elle a été alors reculée de 5 mètres et surélevée de 3 mètres au moment de la construction des nouveaux quais. Déjà au 19e siècle on dénonçait "un inutile amas de pierres désagrégées... obstruant l’entrée de la rue... cachant le soleil à ses habitants." Elle faillit bien disparaître, mais l’unique ancienne porte de la ville encore debout, œuvre de Pierre Léonard Jarry, classée Monument Historique, avait décidé d’entrer en résistance et fut épargnée par les bombes de la dernière guerre dans un quartier pourtant dévasté.
Côté ouest du square, trois vestiges de fenestrage à la géométrie subtile et rare trônent anonymement. Ce sont les seuls et maigres restes de la chapelle des Augustins dont l’entrée était située autrefois dans la partie sud de la rue Malpalu détruite pendant la guerre. Edifice de la fin du 14e siècle, son clocher avait été décapité par la tempête de 1773 et elle était devenue magasin municipal lorsque les bombardements de 1944 l’achevèrent. Classée Monument Historique elle aussi, elle fut entièrement démolie en 1949 malgré une vigoureuse campagne de protestations.
A une époque où la ville était davantage dévastée par les hommes que par des événements plus ou moins prévisibles, on se donnait parfois bonne conscience avec quelques actions de prestige mais de peu d’envergure. On retrouve donc en fond de square, et sans aucune explication sur son origine, la fontaine réinstallée ici en 1955, qui était autrefois adossée au couvent. Démontée pierre par pierre, elle ne retrouvera sans doute jamais sa vocation initiale, celle de laver les mains de ceux qui allaient rencontrer Dieu. Elle aurait pourtant pu être utile à tous ceux que la sauvegarde du patrimoine a pu laisser indifférents.
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96. 20/05/2009 : Prises d’air et observatoires
C’était autrefois un "type curieux de l’architecture domestique". Georges Dubosc avait repéré 14 petites loggias dressées aux sommets de maisons rouennaises. Percées d’ouvertures, on venait autrefois respirer dans ces drôles et sympathiques petites constructions, un air plus frais qu’au niveau de la chaussée à une époque où pourtant on ne parlait pas encore de pollution ni de réchauffement climatique. De là, des vues imprenables s’offraient et on pouvait admirer ou surveiller les alentours. De ce genre de "bellevédaire estant au-dessus de l’escalier" il reste un bel exemple, rare et confidentiel, invisible de la voie publique et connu seulement d’une poignée de privilégiés amateurs d’insolite. Au n°146 de la rue du Gros-Horloge, vous l’avez peut-être découvert lors d’un récent reportage télévisé consacré au petit patrimoine rouennais. Installé en fond de cour d’une maison à pans de bois du milieu du 16e siècle, on y montait par un petit escalier à vis. Ses dimensions sont modestes, 2,10 m de diamètre pour 2,16 m de haut, ce qui le distingue d’une extension d’habitation avec laquelle on le confond souvent. A l’inverse, tous les autres oriols peuvent être directement aperçus de la rue. C’est le cas notamment de celui du n°8 de la rue François Lamy que le propriétaire, armateur rouennais, utilisait pour surveiller les mouvements de ses navires dans le port.
Savoir être tête en l’air
De la liste initiale de Dubosc, 5 seulement subsistent mais d’autres ont pu être identifiés depuis. A l’exception de l’oriol de la rue Saint Julien (ancienne Ecole Normale de garçons), tous sont sur le domaine privé. Le seul à bénéficier de la distinction de Monument Historique est situé rue de l’Hôpital au sommet de l’Hôtel Jubert de Brécourt.
A qui sait lever les yeux, d’autres oriols s’offrent au regard. Ceux de l’Hôtel de Girancourt au n°48 de la rue St Patrice, du n°10 de la rue St Jacques ou du n°156 de la place Henri IV agrémenté de deux cadrans d’horloge, un rond côté place et un carré à l’opposé.
A vous d’être curieux pour découvrir ceux qui n’ont pas été cités ou même d’en édifier un sur votre habitation. C’est ce qui fut fait vers 1960 au n°147 du boulevard de l’Yser, oriol le plus récent connu à ce jour.
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97. 27/05/2009 : Que reste-t-il de Saint Amand ?
L’abbaye de Saint Amand constituait autrefois un grand ensemble de bâtiments à l’emplacement de l’actuelle rue de la République, près de la place Saint Amand. Démembré en 1853 quand la rue fut ouverte, ses éléments connus grâce à des descriptions et des gravures, ont connu des parcours différents.
La façade en bois de la cour intérieure a été remontée dans l’Ile St Louis à Paris, avant son retour à Rouen où elle est entreposée dans une réserve. Dommage et sans commentaires.
Par contre, la maison au n°75-77 (ex. n°49) de la rue Bouquet mérite une attention particulière. Elle a été construite par Grimaud, l’entrepreneur de démolition de l’abbaye sous Napoléon III. Certains éléments ont été incorporés vers 1860, d’où son style particulier, et elle a l’insigne honneur d’héberger la tourelle du monument disparu.
Une pure merveille bien cachée
Celle-ci, d’une grande beauté, a été remontée pierre par pierre avec ses statuettes en haut relief et elle est inscrite sur la liste des Monuments Historiques.
Elle était placée à l’origine dans une cour de l’abbaye et elle comprenait trois niveaux. Si les deux du bas, en pierre, ont été sauvegardés, du dernier étage de bois, il ne reste rien.
Des gravures anciennes la représentent quelque peu stylisée et des photos du vestige actuel sont en bonne place dans des ouvrages sur Rouen.
La richesse de sa décoration est étonnante. On y trouve les armoiries d’un pape certainement "guerrier" et de Guillemette d’Assy (abbesse de 1517 à 1530), des statuettes, des bas reliefs, des têtes de mort et de la décoration figurative d’éléments d’architecture.
A l’intérieur des panneaux de boiserie peints à la main et de style Renaissance ornaient la chambre de l’abbesse, alors que la cheminée monumentale décorait le salon du premier étage de la maison. Ils ont été démontés et vendus aux enchères.
Faisant jouer leur droit de préemption, les Musées de France les ont acquis au prix du dernier enchérisseur... un certain baron BIC. On peut les admirer aujourd’hui au Musée de la Céramique, dans un petit salon près de l’entrée.
Hormis la tourelle, il reste encore le parquet de la chambre de l’abbesse. Marqueté en chêne, citronnier et ébène dans le salon du rez-de-chaussée, il daterait des dernières années de l’abbaye selon les experts.
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98. 03/06/2009 : Temple et rue Saint Eloi
Eloi, maréchal-ferrant puis orfèvre, devint évêque en 642 et une église lui fut consacrée. D’abord une simple chapelle bâtie sur une île au milieu du fleuve. Puis, une petite église qui "n’avait rien de remarquable" lui succède au 13e siècle avant la construction de l’édifice actuel dont le commencement des travaux remonte au 16e siècle.
Le 17e siècle verra le couronnement de l’église par un clocher surmontant la tour de 1580. Sans doute en colombages à l’origine, il sera plus tard recouvert d’ardoises à l’époque de la transformation radicale de l’église qui, de style gothique, devient baroque avec un chœur en marbre et des colonnes à chapiteaux corinthiens surmontées d’entablements ornés de feuilles d’acanthe. Fermée en 1791, elle devient magasin de fourrage puis fabrique de plombs de chasse en 1793. Lorsque les protestants en prennent possession en 1803, elle est en très mauvais état et de pittoresques échoppes sont établies contre ses murs. A l’intérieur, l’orgue du 16e siècle très détérioré, est remplacé en 1731. Il fera l’objet d’une réfection complète en 1808 par le facteur d’orgue Louis Godefroy et d’une nouvelle restauration vers 1970.
"Rue de la marquise"
La rue pavée et ses maisons à pans de bois n’ont pas été épargnées par les bombes et les incendies de la "Semaine Rouge". Derrière le temple ré-ouvert au culte en 1950, disparaissait ainsi la belle façade du 17e siècle de la Compagnie Générale des Papiers.
La reconstruction accentuera encore davantage le désastre en rasant la totalité de l’îlot compris entre les rues St Eloi, d’Harcourt, des Charrettes et le quai du Havre. Quelques pierres conservées dans l’entrée du "Front de Seine" ont beaucoup de peine à nous faire croire qu’il fallait se résoudre à cette navrante extrémité.
St Eloi, personnage important de la Cour fut aussi Maître de la monnaie et c’est dans la rue portant son nom, que l’Hôtel de la monnaie était édifié tandis que sur le quai, l’Hôtel de la Douane construit en 1836 remplaçait l’immeuble de la "Romaine" bâti en 1723.
Au n°51, une plaque rappelle l’existence du Jeu de Paume des Bracques où Corneille rencontra l’actrice Mlle Duparc à qui il dédia ses "Stances à la marquise". La troupe se produisit à Rouen de mars à octobre 1658.
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99. 10/06/2009 : Sacré-Cœur et Saint Fiacre
Qui ne connait pas la Cathédrale et l’abbatiale de Rouen ? Mais la collection serait incomplète sans une basilique et notre cité peut se targuer d’en avoir une. Peu connue, à l’autre bout de la ville, la basilique du Sacré-Cœur, commencée en 1890, fut construite par étapes successives en une vingtaine d’années. C’est l’abbé Daubeuf, curé de la Madeleine qui décida la construction d’une chapelle de secours, car ce faubourg était alors essentiellement habité par une population agricole et ouvrière, maraîchère surtout, et était dépourvu d’une église d’importance. Les plus proches étaient celles de la Madeleine et de St Gervais. La construction en sera confiée à Lucien Lefort, architecte en chef de la Seine Inférieure. Dédiée au culte du Sacré-Cœur, elle sera consacrée basilique bien plus tard.
A cause d’une configuration de terrain particulière, l’édifice de style néo-roman a du se trouver une place entre l’avenue du Mont-Riboudet et les rues de Bourgogne et Binet, un emplacement en forme de coin, étroit côté portail et s’élargissant progressivement à l’arrière.
En théorie, toutes les églises construites avant 1905, appartiennent aux communes, les autres étant propriété de l’Archevêché. Le cas de la basilique du Sacré-Cœur est à cet égard particulier. Bien que sa construction, à l’exception du clocher, se soit achevée en 1891, elle à été cédée à l’Archevêché. Le clocher plus récent est pourvu d’une horloge à trois cadrans avec un mécanisme manuel qui doit être remonté tous les huit jours.
Le petit moine à la bêche
L’essor religieux important au début du 20e siècle, conduira à la création du culte de la St Fiacre, le patron des jardiniers, dans un quartier dévolu à cette activité. Chaque premier dimanche de septembre, maraîchers et horticulteurs honorent leur saint patron au pied duquel ils déploient un parterre de fruits et légumes dans la basilique fleurie, appelant sur leurs récoltes la protection du petit moine à la bêche.
Une tradition pour se souvenir qu’une confrérie de "Maistres-Jardiniers" était installée dès 1700 en l'église St-Gervais, en mémoire de l’irlandais St Fiacre, qui gagna le continent au VIIe siècle et qui bénéficia d'une importante dévotion populaire.
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100. 17/06/2009 : La Croix de Pierre
Edifié en 1515 sous le règne de François Ier, rien ne prédestinait ce monument à supporter une croix. C’était un édifice civil, une riche "borne-fontaine" où petit "château- d’eau" gothique, comme on en trouve d’autres à Rouen (La Crosse, St Maclou...).
Pourquoi donc est-il devenu Croix de Pierre ?
Vers la fin du 12e siècle, au temps de Philippe Auguste, l’archevêque Gauthier Le Magnifique fait ériger des croix dans plusieurs lieux de la ville. La plus belle, en pierre, haute de 18 pieds, se trouve au carrefour le plus important du quartier est, en pleine campagne, là où la route romaine arrivant de Beauvais formait une patte-d'oie. Naît alors la place de la Croix de Pierre. En 1500 le cardinal d'Amboise fait construire une fontaine, alimentée 15 ans plus tard par la source de Carville de Darnétal pour desservir le quartier en eau. Cette pyramide à trois étages coiffée d’un pinacle, conserve ses caractéristiques médiévales avec les statues de la Vierge, de Ste Anne et St Jean ainsi que des patrons des églises voisines, St Nicaise, St Ouen et St Vivien. On y trouve aussi de petites effigies de St Louis, St Georges et St Michel dans les niches du 1er niveau ainsi que les armes de la France, de la Normandie et de Rouen.
Mais la croix initiale et la fontaine étaient de fait des monuments distincts.
Les sœurs jumelles
En 1562, les Huguenots renversent la croix et ne laissent debout que la pyramide-fontaine. Elle prend un style flamboyant en 1628 mais beaucoup moins solide qu’à l’origine, elle menace à nouveau ruine en 1774. Pour faciliter la circulation, on demande alors sa démolition, mais à une condition, qu’une croix en pierre remplace la pointe élégante du monument. On catholicisait ainsi un monument civil. Mais en 1792, la croix est une fois de plus renversée et remplacée par le buste du citoyen Marat qu’on jettera dans la Seine en 1795. Du coup, il n’y a plus ni croix, ni pointe. En 1816, la croix restaurée est enfin replacée, mais encore menacée par la ruine dès 1828. Cette fois, il n’est pas question de réparer et on décide en 1872 d’en faire une fidèle reproduction, tâche confiée à l’architecte Eugène Barthélémy, tout en conservant les vestiges de l’ancienne réédifiés dans le jardin Sainte Marie.
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101. 24/06/2009 : Musée de la Céramique
Edifié en 1657 par le comte d’Hocqueville, sur les ruines de la prison du bailliage, le musée de la Céramique mérite un détour. Le terrain relevait du domaine royal comprenant le château de Philippe Auguste détruit en 1590. Se libère alors une zone où de nobles demeures s’installent.
La prison communiquait avec le bailliage par une galerie suspendue au-dessus de la rue et construite à cheval sur la courtine défendant la basse cour du château. L’Hôtel reprendra les mêmes assises, d’où un dénivelé de 4 mètres entre les deux rez-de-chaussée.
Il ne reste plus aujourd’hui de l’ensemble initial que le corps principal avec un pavillon d’angle greffé au 18e siècle et un bel escalier à balustres.
Quelque peu anachronique mais charmant, un pavillon de musique avait été édifié au fond du jardin. Démantelé en 1910, ses boiseries sont vendues ainsi qu’une grande partie du décor lambrissé tandis que l’escalier d’honneur est démonté. La Ville a fort heureusement acquis en 1978 les boiseries remontées dans l’une des salles.
Démantèlement et sauvegarde
Entre 1775 et 1790, le baron d’Esneval modifie une grande partie du décor intérieur. Les salons sont dégarnis et lambrissés à neuf et l’escalier d’honneur est paré d’une rampe en bois sculpté et doré, aujourd’hui disparue. Cloisons, plafond et plancher d’un boudoir d’angle sont acquis par le Cleveland Museum of Art. Par chance, quelques salons intransportables de style néoclassique aux décors en stuc ont été conservés.
En 1936, l’Hôtel est vendu à la Ville sous condition. Le propriétaire doit aménager un musée de céramique, mais le projet est ajourné avant d’être réalisé finalement par l’Etat, la Région, le Département et la Ville.
Inauguré en 1864 dans une galerie du cloître de l’ancien couvent Sainte Marie, le musée avait été créé par l’historien de la faïence de Rouen André Pottier qui donnera plus de mille pièces.
En 1888, les collections sont déplacées au musée des Beaux-Arts, mais bientôt leur importance conduit à envisager un transfert. En 1984, le déménagement est effectué.
900 pièces sur les 5000 de la collection sont présentées dont les plus beaux fleurons de la faïence rouennaise du 16e au 18e siècle comme les remarquables sphères céleste et terrestre de Pierre Chapelle de 1725 et la série des bustes des Saisons de 1730.
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102. 01/07/2009 : Rue de la Seille
Avec la rue St Patrice dont elle semble être le prolongement à l’est, elle est l’artère rouennaise affichant le plus d’hôtels particuliers. Son nom proviendrait d’un récipient en bois permettant la récupération de l’eau d’un trop-plein installé sur une conduite de la source de St Amand. Rue de l’Eperon, du nom d’une enseigne de taverne située au coin de l’actuelle rue de la Cigogne, elle devient en 1425, la rue des Etuves de Gournetz.
Au niveau du fossé de l'enceinte d’Henri II, les constructions commencent à s’élever dès le début du 14e siècle. Lorsqu’ils ne sont pas à la Cour, les parlementaires édifient des hôtels particuliers, entres autres dans les rues Pincedos (actuellement Montbret) et de la Seille.
Une rue aristocratique
L’architecture reste discrète car les élites ne voulaient pas se démarquer ostensiblement. Côté sud, on remarque aux N°s 3 à 7, les hôtels du début 18e siècle, propriété d’un proche du Dauphin, Jean Alexandre du Tot de Varneville, maréchal de camp des armées de Louis XV et au n°15, celui de style néoclassique 18e-19e siècles.
Côté nord, le plus riche, au n°6 et en restauration, l’hôtel de la fin du 18e siècle qui fut à compter de 1835 le siège de la Trésorerie Générale durant plus d’un siècle. Y habitèrent Milady Marie Madeleine Talbot de Tyrconnel et son époux le marquis de Vintimille. Puis aux N°s 8 et 10, caché discrètement derrière sa porte cochère, l’hôtel portant le nom du très riche baron Asselin de Villequier, ancien conseiller au Parlement et premier président de la Cour royale sous la Restauration. Des travaux récents ont mis en valeur son bel escalier à balustres et le cadran solaire du fronton en fond de cour.
Enfin, au n°12, l’hôtel de Miromesnil dont l’une des propriétaires, Marie Charlotte Duhamel était parente du garde des sceaux de Louis XVI, le marquis de Miromesnil. Il est le seul à être classé monument Historique.
Coup de chapeau
Une rue qui rappelle quelques autres pages d’histoire puisqu’à l’angle de la rue du Petit Porche, la maison du Dr Gosseaume décédé en 1877 fut aussi la demeure de Cideville, Conseiller au Parlement et ami de Voltaire. La corporation des chapeliers y avait établi un bureau particulier pour la marque des chapeaux avant leur mise en circulation.
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103. 08/07/2009 : L’Alhambra
C’était la plus belle salle de cinéma de la ville .On aimait "aller à l’Omnia", la concurrente des Folies-Bergère de l’île Lacroix .A l’emplacement de l’ancien Hôtel d’Espagne, la salle de 1650 places avait vu le jour en 1906 pour accueillir les spectacles de music-hall dans un luxe sans pareil. Conçu par l’architecte Victoria Lelong et édifié par l’entrepreneur Chouard, sa tour d’angle couronnée d’un dôme ne passait pas inaperçue. A sa base, des hublots balayaient la ville de leurs puissants faisceaux.
Une décoration pour le moins osée
La façade "Art Nouveau" était ornée de trois statues d’Alphonse Guilloux représentant la danse alors qu’au premier étage, une grande verrière de 9 mètres sur 5, due à Paul Steck et réalisée par Devisme (maître verrier) et Thorel, montrait une bacchante échevelée aux formes visibles. Mais cette "Apothéose de la beauté et de la joie" dérangeait les prudes Rouennais qui avaient créé une ligue de moralité ; pour rien d’ailleurs, puisque dans la nuit du 14 au 15 août 1918, un avion allemand lâchait une bombe pulvérisant l’objet du litige. Il sera remplacé par un vitrail représentant un sujet plus consensuel, un drakkar sur lequel navigue Jeanne d’Arc accompagnée d’un gaulois, de Corneille et d’un poilu de 14-18. On était bien loin de la verrière du scandale.
Des panneaux décoratifs bucoliques ornaient la salle, tels les "Normands sous les pommiers" ou la "Terrasse à la Bouille" de Robert Pinchon, ainsi qu’une statue suggestive du déjà cité Alphonse Guilloux. La belle rouennaise Antonia avait posé pour "L’heure du plaisir".
Mais si les spectacles se succédaient, les changements de gestion aussi, les indélicatesses du caissier et du directeur, entraînant une désaffection progressive de l’établissement. Il devient "Théâtre de l’Omnia-Pathé" en 1910 et en 1936, les Rouennais y découvrent les premières "réclames". Il connaitra un franc succès, mais la guerre aura à nouveau raison de lui. Incendié par les allemands en juin 1940, c’est un amas de ruines. Une nouvelle salle ouvre en 1952, inaugurée en présence de Jean Marais et de Michel Simon entre autres. Puis ce sera le Gaumont inauguré en 1973 que nous connaissons aujourd’hui et dont l’avenir semble bien incertain.
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104. 15/07/2009 : Rue du Renard
Son nom proviendrait d’une vieille enseigne, mais elle a si souvent changé d’identité au fil de l’histoire qu’il est difficile de s’y retrouver. Elle fut "pavé de Déville", "rue de Lomer", "chemin royal de haut" en 1525, "chemin d’Yonville" ou "rue du Regnard". On ne saura d’ailleurs jamais si Renard est une déformation de Regnard, ou l’inverse. Ce dont on est sûr, c’est que les renards de la Forêt Verte descendaient la voie et fréquentaient les jardins, non pas pour y manger les légumes, mais les rats qui pullulaient dans le quartier. Elle sera aussi baptisée "rue de la Fondation" pendant la Révolution. Elle menait jadis à la fontaine St Filleul alimentée par la source d’Yonville où une chapelle avait été édifiée sur le réservoir
Riche en patrimoine, cette interminable rue serpentant entre la place Cauchoise et le boulevard Jean Jaurès aux confins de Déville est une aubaine pour curieux et bons marcheurs.
Pourquoi pas un parcours avec des haltes photos à l’angle de la rue des Forgettes pour l’Asile Dumanoir (qui dépendait autrefois des Hospices de Rouen), pour de vieilles demeures comme cette maison datée de 1524 ou celle des 17e-18e siècles à l’angle de la rue du Chouquet, ou d’autres du 19e siècle avec greniers à étentes (maison d’un tisserand au n°55) et celles à tendance Art Nouveau comme au N°171, sans compter quelques vestiges épars.
La petite histoire d’une longue rue
Le Musée des Antiquités possède un squelette romain de la période du bas-empire, des cercueils en plomb, des monnaies de cuivre, des vases en terre cuite, métal et bronze, tous ces éléments ayant été retrouvés aux N°s 18-20 de la rue en 1827-1828.
Le Journal de Rouen de 1868 indique que François Marie Arouet, alias Voltaire, habita quelque temps dans la rue. En 1731, il est de retour dans la cité et y fait imprimer l’ "Histoire de Charles XII" dont le gouvernement ordonna la saisie.
Au n°227, une plaque rappelle la fondation de la Croix Rouge par Henry Dunant en 1859. Enfin dans le petit havre de verdure du jardin Achille Lefort, on remarquera deux belles statues qui représenteraient les premiers maîtres des lieux en habits de jardiniers, le comte et la comtesse de Boishébert, rappelant ainsi la vocation maraîchère du quartier.
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105. 22/07/2009 : Tour de Beurre
Faisant pendant à sa sœur, la Tour St Romain de près de quatre siècles son aînée, la tour sud de la cathédrale de Rouen, dite Tour de Beurre, présente un dernier niveau passant du plan carré au plan octogonal, ce qui dénote une virtuosité sans pareil. Construite à partir de 1485, c'est l’un des plus beaux exemples de l'art gothique flamboyant et il aurait du être terminé par une flèche en pierre. Mais les chanoines, effrayés par le coût jugé excessif d’un tel ajout, imposèrent une balustrade ouvragée après de houleux débats entre "anciens" et "modernes". Il fallait alors décider qui, des partisans d'une flèche ou d'une couronne, l'emporterait. Ce furent finalement les seconds.
La statuaire est remarquable, sur la face du côté est notamment, tandis que l’on retrouve les origines chrétiennes avec Adam et Eve à l’ouest.
De deux choses l’une
Pour certains, le nom viendrait de la couleur de la pierre. Elle est différente du reste de la Cathédrale édifiée avec une pierre locale blanche, la pierre de Caumont. Plus jaune, elle provient des carrières de Saint-Maximin dans la vallée de l’Oise. Une couleur caractéristique qui pourrait faire penser que la tour a été sculptée dans une motte de beurre
Seconde explication : une partie des frais de la construction avaient été couverts par le produit d'une aumône acquittée par les riches fidèles rouennais. Ils payaient sans sourciller le droit de consommer le bon beurre normand et les autres laitages pendant le carême. Les historiens s'accordent plus volontiers à trouver là l'origine de cette appellation particulière. De nos jours, on n'a plus qu'une très vague idée de ce qu’étaient les privations endurées par les chrétiens avant le concile de Vatican II dans les années 1960 et de l'imagination qu'il fallait pour préparer un repas sans viande, ni graisse animale, œufs et lait.
Mais Rouen n’est pas la seule ville à avoir sa Tour de Beurre. La cathédrale St Etienne de Bourges a la sienne et même... Chicago où le Tribune Tower, gratte-ciel construit comme une cathédrale, présente une parfaite copie de la tour rouennaise.
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106. 29/07/2009 : La Cour d’Albane
Le long du flanc nord de la Cathédrale, la Cour d’Albane est à l'emplacement d'une église d’un ensemble religieux qui comprenait aussi une nécropole ainsi que des constructions appartenant à la communauté des chanoines et sans doute un palais archiépiscopal.
En 1525, Jacques Le Lieur nous la montre bordée au nord par une rangée de maisons semblables à celles de la rue des Quatre-Vents (rue Georges Lanfry actuelle). Le 20e siècle leur sera fatal et il ne reste qu’une rescapée, la "Vieille Maison" de la rue St Romain, (sauvegardée grâce aux "Amis des Monuments Rouennais" en 1897) et quelques traces de solives sur les murs inférieurs de la tour St Romain.
Un parfum d’Italie
Le Lieur ne montre pas les bâtiments entre les cours d'Albane et des Libraires. Pourtant, la galerie d’un cloître du 13e siècle, surmontée de l'ancienne Trésorerie, formait le logis d'Albane. Pourquoi ce nom ? Simplement à cause de sa construction par Pierre de Colmieu, devenu cardinal d'Albano en Italie. Il accueillait le Collège d'Albane, dix clercs qui chantaient les offices dans la Cathédrale et abritait aussi la bibliothèque, riche d'une cinquantaine d'ouvrages au 12e siècle.
Le cloître était en fait un côté du quadrilatère reconstituant l'atrium de l’édifice primitif comme en attestent les pierres d’attente au nord de la Cathédrale.
De cette galerie jadis ouverte, il reste cinq élégantes travées à deux niveaux avec des fenêtres au rez-de-chaussée fermées au 19e siècle par un décor rappelant le 15e siècle.
Des vestiges d'une chapelle romane peut-être dédiée à St Romain ont été découverts en 1937 alors que d'autres bâtiments occupaient l'espace comme la prison capitulaire, la trésorerie et la loge aux chiens des dogues lâchés chaque soir dans la Cathédrale.
Transformée aujourd’hui en atelier et réserve de matériaux de restauration, la Cour d’Albane sert accessoirement de parking. Ne mérite-t-elle pas mieux ?
Rappelons que la ville de Rouen est jumelée avec celle de Salerne depuis 2002.
Enfin pour les curieux amateurs de petit patrimoine, une question : qu’est devenu le cadran d’horloge peint par Monet et remonté plus tard au fond de la cour ? Visible sur de nombreuses cartes postales, il était encore en place en 1936.
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107. 05/08/2009 : Rue de l’Ecole
Une jolie rue de l’Ecole coupée en deux, et voilà la rue Charles Lenepveu qui apparaît !
Elle mène toujours à l’école Marie Houdemare, mais l’ "ANCIENNE RUE DE L’ÉCOLE (Partie Nord)" - texte de l’ancienne plaque de rue toujours apposée à l’angle de la rue Jean Lecanuet – a changé d’identité. Deux noms pour une si petite voie.
Elle a tout de même trouvé l’espace nécessaire pour ne pas trahir la réputation rouennaise en arborant avec fierté ses deux églises.
L’une est réhabilitée en musée de la ferronnerie autrement nommé Secq des Tournelles. Et l’autre, l’église Saint Godard, comme pour faire honneur à Charles Lenepveu, loge l’un des plus beaux orgues de la ville. C’est en outre un lieu d’accueil privilégié pour les représentations lyriques.
On l’aura compris, la rue est marquée au fer rouge de son histoire musicale. Si Lenepveu exporte son talent jusqu’à Londres avec son grand opéra "Velleda", on lui doit par ailleurs "Jeanne d’Arc", drame lyrique joué à la Cathédrale de Rouen pour la première fois. De la rue Lenepveu, justement, on aperçoit la flèche. Une plaque commémorative au n°16 rappelle que le compositeur y est né en 1840, tandis qu’à deux pas, au n°22, une autre est dédiée à Jules Poret, baron de Blosseville, qui y naquit en 1802 dans une belle maison restaurée, ex. presbytère de l’église St Godard. Ce dernier, navigateur, explorateur et naturaliste, disparaît en août 1833 alors qu’il commande le brick La Lilloise vers les côtes d’Islande et au Groenland, bloqué par les glaces.
Un charme rare
De par son statut piétonnier, la rue de l’École, pavée à l’ancienne dans sa partie sud, est la discrétion même au cœur de la cité. Une situation idéale pour l’Hôtel Mimosa qui fut pension de famille avant de devenir hôtel de passe, lieu de liesse ou inquiétant selon l’heure, et qui fut ravagé par les flammes. Au n°12 bis, une perle gothique vient d’être remarquablement restaurée, la maison où vécut Camille Cé, contraction de Chemin, écrivain (1878 -1959) et professeur au lycée Corneille. Si une plaque rappelle son souvenir, la librairie L’Armitière (dont l’enseigne vient d’Art et d’Amitié) n’en a nul besoin, elle qui fut dans cette rue et pendant trente ans le temple de la vie culturelle locale.
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108. 12/08/2009 : Vieux Rouen
Remarquable par la diversité et la richesse de son tissu urbain allant du 14e siècle jusqu’à l’époque contemporaine, Rouen est l’une des villes françaises les plus hétérogènes au point de vue architectural pour les époques, les matériaux, les formes et les couleurs et elle incarne toujours le modèle de ville romantique, si chère à Victor Hugo. Ce patchwork aurait pu disparaître lors du dernier conflit mondial avec la disparition des quartiers entre Seine et Cathédrale, si appréciés des touristes avant-guerre. Un quart de la ville ancienne partit alors en fumée. Dans l’ensemble, la reconstruction respecte pourtant les particularités de la vieille cité sans recourir au pastiche et en proposant une certaine irrégularité des tracés et des formes.
Encorbellements et greniers-étentes
Aujourd'hui la ville conserve près de 2000 maisons à pans de bois dont la moitié a été restaurée faisant de Rouen le plus riche témoignage de ce type d’architecture en Normandie. Les plus anciennes, une centaine, sont antérieures au 16e siècle, voire même du 14e siècle. Reconnaissables à leur encorbellement interdit depuis 1520 à cause de la propagation des incendies, quelques beaux exemples subsistent rue du Gros-Horloge ou rue St Romain mais l’on construit encore des maisons à pans de bois au 18e siècle, et même après. C’est le cas des maisons de tanneurs aux greniers-étentes ouverts sur la rue. Situées pour la plupart rues Eau de Robec, Damiette et Cauchoise, elles font partie du secteur sauvegardé, l’un des premiers créés en 1964 par la loi Malraux. Etendu sur 42 hectares, il exclue les zones reconstruites et les quartiers St Vivien et Beauvoisine, moins restaurés et fréquentés, avec cependant de nombreuses demeures anciennes. En fait, les anciennes fortifications, démolies peu à peu à partir du 19e siècle siècle, englobaient une superficie quatre fois supérieure à l’actuel secteur. Comme dans de nombreuses villes, il est possible de retrouver les limites du Vieux Rouen historique, correspondant au tracé des boulevards remplaçant les remparts. On y trouve la majorité des 227 maisons et monuments inscrits ou classés par les monuments historiques, plaçant Rouen parmi les toutes premières villes en termes de richesse patrimoniale.
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109. 19/08/2009 : L’octroi rouennais
Georges Vanier nous en fait une description savoureuse :
"Tout ce qui entrait dans la ville payait un droit ; non seulement les liquides, mais les viandes sur pied ou débitées, la charcuterie, les poules et les canards vifs ou morts, les lièvres, les lapins, les perdrix à l’époque de la chasse, les poissons, les fruits, les légumes, les pâtes, les fromages, le beurre et les œufs, les combustibles (bois, charbon de bois, bûches, fagots), les bougies, les chandelles, les fourrages, les briques, les ardoises, les tuiles, le sable, la chaux, le plomb, le verre, bref, tout ce qui servait à la construction. Oh ! C’était une belle institution !"
Et encore : "Que d’embouteillages, l’on voyait aux barrières, route de Neufchâtel et au Mont-Riboudet par exemple ! Et comme il était difficile de sortir de la gare, de la rue Verte, à la période de la chasse. Les "octroyens" avaient l’œil et il n’était pas facile de passer un lièvre en fraude, même en le confiant à un voyageur qui, sans fusil, risquait moins d’attirer l’attention. Malgré la faible lueur des réverbères, il était malaisé de tromper l’autorité".
L’impossible impôt
Les octrois dont l’origine est moyenâgeuse étaient pour la plupart situés au pourtour de la ville et représentaient une part substantielle des ressources municipales. Juste avant la première guerre mondiale, c’était presque la moitié des recettes. Mais la gêne pour le commerce et la circulation ainsi qu’un coût de perception prohibitif vont entraîner une chute spectaculaire du rendement.
Plusieurs fois repoussée, la suppression de l’octroi prend effet le 1er juillet 1927, mauvaise nouvelle pour les 184 "octroyens" et les finances locales, taxes de remplacement et impôts locaux ayant du mal à se mettre en place.
Sur la trentaine de bureaux d’octrois, devenus stations de tramways ou maisons particulières, il en reste fort peu. En flânant dans la cité et avec une petite pensée pour "le douanier" Rousseau qui après la guerre de 1870 entra à l’Octroi de Paris comme commis de deuxième classe, vous pouvez toujours voir, entre autres, la maison du n°83 route de Darnétal ou le poteau à l’angle des rues Malatiré et de la Corderie.
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110. 26/08/2009 : Un axe historique
C’était autrefois un seul axe sud-nord arborant avec fierté ses beaux hôtels classiques Louis XIII. Au sud, la rue du Sacre, nom qui proviendrait d’une enseigne d’auberge déjà connue en 1496, devint momentanément rue Jean Bart en 1794.
Les Bézuel, famille de parlementaires rouennais en vue au 17e siècle, ont fait édifier un étonnant hôtel particulier d’inspiration flamande en brique et pierre aux N°s 5 et 7, construction de facture assez lourde récemment restaurée avec une façade "Monument Historique" et un magnifique portail sculpté. Juste en face au N°6, on pouvait lire encore récemment l’inscription "Pains d’épices" de la boulangerie pâtisserie que fréquentait la famille de Marcel Duchamp.
Au-delà de la rue St Patrice, la rue devient rue du Moulinet, un nom en rapport avec un petit moulin activé par les eaux de la fontaine Gaalor.
En enfilade, on remarque sur le côté gauche, plusieurs hôtels particuliers.
Celui de l’Armée ou de l’Etat Major, édifié au 18e siècle, inscrit à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques et caractéristique par sa toiture en carène de bateau inversée ; juste après, du 17e siècle, celui de Franquetot, président du Parlement de Normandie, dit aussi Hôtel de Bailleul.
Puis, on rejoint le boulevard par la rue Alain Blanchard (Blanchart dans les actes originaux) ouverte en 1838, près de l’ancienne tour Bigot qui faisait partie des remparts sur un terrain jadis occupé par l’hôtel du marquis de Martinville, maire de Rouen de 1821 à 1830.
Héroïque arbalétrier
Capitaine courageux des arbalétriers de Rouen, Blanchard se rendit célèbre pour son dévouement dans la défense du Vieux Château. Résistant avec énergie, il dut après un rude combat, capituler devant Henri V, roi d’Angleterre qui était venu en 1418 mettre le siège devant Rouen. Il défendit la ville avec bravoure et résolution, en retardant la prise. Les Anglais exigèrent lors de la reddition, que trois notables soient livrés pour être exécutés. Deux d’entre eux rachetèrent leur vie en payant une rançon, mais sans fortune, Blanchard fut quant à lui, décapité. Il alla au supplice en disant : "Je n’ai pas de bien, mais quand j’en aurais, je ne l’emploierais pas pour empêcher un Anglais de se déshonorer.".
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111. 02/09/2009 : Une église succursale
"Cimetière de nos premiers archevêques et des premiers chrétiens de la ville".
Mais l’église St Gervais est-elle si ancienne ? Réponse positive pour la crypte, qui daterait des années 820 et est la seule partie classée Monument Historique d’une église qui aurait été le lieu d’inhumation hors les murs des premiers évêques de Rouen. C'est ici que fut déposée la dépouille de Guillaume le Conquérant avant son transfert à l’abbatiale St Etienne de Caen pour ses funérailles.
L’inscription de l’Académie des sciences de Rouen rappelle l’ancienneté de cet édifice :
"Ici était le Prieuré de Saint Gervais, où mourut Guillaume le Conquérant, le IX septembre MLXXXVII (1087). Académie Roth. Posuit an. MDCCCXLVI (1846)".
On lit sur une autre plaque côté sud : "Diex Aïe La Justice, le Droit, La paix de Dieu
Dernières paroles de Guillaume le Conquérant Aïeul des Rois Normands + 9 7BRE 1087 Le Souvenir Normand 9 Juin 1904.".
Concurrente de la Madeleine
Construite dans une paroisse pauvre (ne dit-on pas "désargenté comme le crucifix de St Gervais" ?) elle connaîtra bien des vicissitudes comme la plupart des édifices religieux.
Démolie en 1418, rebâtie en 1434, elle est dévastée par les Huguenots en 1562 avant de subir le siège de la ville par Henri IV en 1589.
Ce sera ensuite un conflit d’attribution avec l’église de La Madeleine.
Elle devient "succursale paroissiale" et sera utilisée momentanément comme dépôt d’artillerie pendant la période révolutionnaire.
Réédifiée de 1868 à 1874 dans un style néo-roman, elle a conservé une belle verrière du 16e siècle, ainsi que les colonnes de son abside à cinq pans datée de 1030-1040.
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112. 16/09/2009 : Sacrifices pour l’Impératrice
Charles Verdrel, négociant en huiles de droguerie et maire de Rouen de 1858 à 1868 était un mégalomane accompli. Son tombeau au cimetière Monumental témoigne de sa folie des grandeurs qu’il voulait faire partager à ses administrés. Le "Baron Haussmann" rouennais avait le "culte de l’axe". A la tête des bourgeois conquérants de l’époque, il a restructurée la ville en créant deux axes majeurs, nos rues Jean Lecanuet et Jeanne d’Arc actuelles. Mais le percement de la croisée impériale, la rue de l’Impératrice, fut douloureux pour le patrimoine de la cité. Après avoir écarté un projet passant par les rues de la Vicomté, Ecuyère, Dinanderie et du Moulinet, on décide de couper au plus court et donc le plus rectiligne possible entre les quais au sud et les boulevards au nord. Dès lors, pas de sentiment. Globalement, 6800 habitants sont à déplacer et un millier de maisons expropriées sans compter des coupes sombres pour le patrimoine religieux.
Des restes de restes, c’est peu
L’église de St Martin sur Renelle, au niveau de la rue Ganterie est purement et simplement rayée de la carte. Démolie en 1861, il reste un pilier de la nef transporté dans le square Maurois et quelques vitraux remontés dans l’église St Romain. Même constat désolant pour l’église St André aux Febvres (les forgerons) de la fin du 15e siècle, dont ne subsiste que la "tour" à la fois gothique et Renaissance. Le clocher était finement sculpté à l’origine, jusqu’à ce qu’un ouragan le renverse le 25 juin 1683. La nouvelle artère a eu malheureusement l’idée saugrenue de passer en plein milieu de la nef, mais deux travées auraient pu être épargnées. Le vitrail de l’Arbre de Jessé, d’abord remonté dans l’église St Vincent, rescapé, est aujourd’hui au Musée des Beaux Arts. On voulut alors mettre en valeur le peu qui restait en créant un square au pied de la tour et en remontant quelques anciennes façades, toutes incendiées en 1944. 65 ans après, il n’est peut-être pas encore trop tard pour redonner une apparence convenable à ce vestige en le débarrassant enfin de ses inesthétiques et illusoires protections de ferraille et d’une végétation parasite nocive. La pose d’une plaque explicative serait aussi la bienvenue.
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113. 23/09/2009 : Place Henri IV
On a bien du mal à imaginer ce qu’elle a de royal. Quelques places de parking derrière le "Front de Seine", voilà ce que les bâtisseurs du 20e siècle laisseront à la postérité. Mais pourquoi ce nom ? En fait, ce n’est pas suite au passage du bon roi Henri, mais grâce à sa statue ornant une fontaine construite en 1559 et représentant à l’antique le roi de France et de Navarre. Henri IV, tel Hercule, apparaissait muni d’une massue et drapé dans une peau de lion. Le thème d’Hercule terrassant l’hydre de Lerne, populaire à la Renaissance, est repris alors à son compte par le monarque pour symboliser sa victoire sur la ligue catholique. La statue est remplacée en 1782 par une autre plus classique, représentant le roi sur un bouclier. Elle sera emportée par la fureur révolutionnaire le 5 octobre 1792 et en 1794 la place devient place du Vieux- Palais. En 1814, elle prend sa dénomination actuelle.
En la débaptisant, les révolutionnaires mettaient en évidence une autre origine royale de l’endroit. Vieux-Palais ou Palais du Roi, c’est en effet sous ce nom qu’apparait la place dès 1422, référence à Henri V, roi d’Angleterre. C’est à cet emplacement qu’il construit son Palais Royal à partir de 1419 pour asseoir le pouvoir anglais après la conquête. Tout comme Philippe le Bel en 1204 avec le château Bouvreuil, c’est dans la pierre que l’occupant marque sa domination. Fin des travaux en 1448 sous Henri VI, l’année suivante Charles VII reprend la ville ... et le château aux anglais.
Le Vert Galant exilé
La révolution sera fatale au vieux palais et à la statue, effaçant tout signe de royauté. Jusqu’à la seconde guerre mondiale, tout le quartier était ouvert vers le fleuve, à l’image du fameux Hôtel de Londres au débouché de la rue des Charrettes. Les ravages du conflit ne sauraient être invoqués, puisque c’est seulement après, et jusqu’en 1970, que la partie sud de la place sera "réhabilitée". Seul l’Hôtel Elie-Lefevre échappa au massacre ainsi que quelques façades à pans de bois décrépites sur le côté est.
Une place qui n’a donc plus rien de royal ? Pas si sur, car bien que remplacée en 1782, la statue d’Henri IV existe toujours. Elle orne aujourd’hui la pelouse du château des Deux-Lions à Canteleu. Alors à quand un retour royal à Rouen ?
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114. 30/09/2009 : Scénario catastrophe
En cours de tournage du film "Camping 2", on peut évoquer le village de tentes que connurent les quais de Rouen dès la fin du 19e siècle. Village modeste certes. Deux "tentes" seulement qui ne ressemblaient en aucune manière aux modèles "igloo" ou similaires qui envahissent notre littoral pendant la belle saison. C’était en fait à l’origine des hangars métalliques ouverts sur les côtés. De type Eiffel, entièrement rivetés à chaud, ils protégeaient les marchandises et permettaient à la douane d’exercer ses contrôles assez confortablement. Dénommées tentes A et B, elles deviendront hangars 1 et 3 et seront complétées au fil du temps par des auvents longitudinaux pour protéger les voies de chemin de fer, puis clôturées en 1929 pour éviter les vols de plus en plus fréquents. Sérieusement endommagées pendant le second conflit mondial, elles seront réaménagées de façon précaire pour abriter les nouvelles grues américaines de déchargement, tellement volumineuses qu’il faut alors supprimer les auvents. De 1967 à 1969, c’est la construction du pont Guillaume le Conquérant qui impose la suppression de deux travées de la tente A, réduite de plus de 30 mètres. Les défenseurs de patrimoine industriel, satisfaits de conserver la tente B, la moins malmenée, n’eurent que quelques années de répit.
Un relooking utopique
La disparition des sympathiques maisons bigarrées de la rue du Champ de Foire aux Boissons et le relooking de l’avenue Pasteur sonnèrent le glas de leurs dernières espérances. On croyait alors créer une perspective avec vue sur la Seine dans le prolongement de l’avenue en rasant la tente B. Utopie complète avec un fleuve trop encaissé à ce niveau, mais le résultat est là, le village de tentes a disparu. L’aménagement récent des quais et la réhabilitation du hangar 1 ne feront jamais oublier que la folie et l’incompétence des hommes sont à l’origine de beaucoup de déboires pour notre patrimoine.
Décidemment, peu de chance que Rouen accueille l’équipe de tournage de "Camping 3" ! Et le hangar 1 est maintenant le hangar A, une petite consolation.
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115. 07/10/2009 : Du sordide au sublime
Jadis peu fréquentable, la rue Malpalu retrouve progressivement le lustre d’antan de ses vieilles maisons. Un coin typique et incontournable de Rouen avec une suite vers le nord par la rue Damiette. Au passage, une récompense inestimable, l’église St Maclou, jadis hors les murs, un joyau véritable quasiment les pieds dans l’eau comme en témoignait cette inscription à 1 m 60 du sol : "La grosse eau du 28 déc. 1740". La rue se prolongeait au sud de l’actuelle rue Alsace Lorraine, un côté entièrement détruit par l’incendie du 9 juin 1940. Tout en bas était l’entrée de la chapelle des Augustins, dont il ne reste que quelques fenestrages hébergés dans le square Guillaume Lion. L’origine du nom de la rue, un nom à la fois mystérieux et inquiétant provient de la présence autrefois de mauvais (mals) palus (marais). C’est ici, dans ces "marais de mars" qu’au 11e siècle, les archevêques avaient leurs vergers du "Cul-de-Sac du Haut-Jardin" et que vivait la fameuse gargouille terrassée par St Romain.
Dépaysement garanti
Au n°17, le très bel hôtel à l’enseigne de "l’île-du-Brésil" montrait en façade des bas-reliefs (aujourd’hui au Musée des Antiquités) représentant des brésiliens nus défrichant la forêt et embarquant sur une caravelle pour le compte de négociants rouennais. Il est vrai qu’en 1550, des habitants de la contrée des Tupinambas, récemment découverte, vinrent à Rouen et donnèrent avec les matelots normands, une fête pour des visiteurs de marque, Henri II et Catherine de Médicis. A côté du n°70, en fond de cour, la maison Renaissance dite du Four Banal" sera démontée pour le percement de la rue Louis Brune vers 1890, pour être remontée dans la dite rue en 1895. Une restitution avec une profusion de sculptures en bois mais peu fidèle et sans oriol. Elle sera incendiée en 1940. Au n°90, c’est l’hôtel du Pélican qui a été démonté pour la création de la rue Alsace Lorraine. Acheté par Eugène Dutuit, il sera transplanté près de l’église St Maclou. Une rue qui a tant à raconter mais devenue beaucoup trop courte.
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116. 14/10/2009 : Du pont suspendu au pont Boïeldieu
Vers 1860, pour remplacer le pont suspendu, inadapté à une circulation croissante, il est décidé de construire un pont en acier. L’ancien est détruit en 1884 et remplacé provisoirement par une passerelle sur pilotis que les Rouennais regretteront lorsqu’elle sera elle aussi démolie après l’achèvement du nouveau pont inauguré le 23 juin 1888.
L’ouvrage comportait trois arches et mesurait 240 m de long pour 20 m de large, largeur suffisante pour les "Fêtes normandes" de 1904 ou les défilés du Front Populaire en 1936. Les clefs de voûte représentaient des femmes casquées et les deux piles se terminaient par des exèdres semi-circulaires et des réverbères éclairaient la chaussée.
Plus récent que le pont Corneille, le pont Boïeldieu assemblé par rivetage, est supporté par deux piles implantées dans la Seine et deux culées sur le quai.
Une statuaire historique
Il résiste jusqu'au 9 juin 1940, détruit par l’armée française lors de l'entrée des Allemands dans la ville et remplacé par un pont de bateaux emporté par la Seine gelée en janvier 1941. Il est alors temps d’entreprendre sa reconstruction qui est confiée aux Allemands.
Le nouveau pont métallique est inauguré le 30 août 1941 en présence du "Feld Kommandant" mais il sera à nouveau détruit à la Libération et remplacé en septembre 1944 par un ouvrage de type "Bailey" réalisé en deux jours. En 1949, les quais sont surélevés et une trémie est construite, nécessitant le relevage du pont sur la rive droite.
On songe alors à démonter le pont Bailey et à reconstruire. Ouvert à la circulation le 3 mai 1955, le pont est inauguré le 28 avril 1956 par Paul Ramadier.
Quatre statues monumentales de Saupiquet et Beaumel, tous deux Grands Prix de Rome ont été sculptées en 1956 et 1957. Au sud, elles représentent "la Seine" et "l'Océan", au nord, "les Vikings" et "le départ de Cavelier de la Salle".
Les bustes de grands navigateurs dus à Jean-Marc de Pas ont récemment complété la collection, mais l’on attend toujours la construction de boutiques coupe-vent évoquée dès les années 1950.
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117. 28/10/2009 : Rouenneries
Eugène Noël, écrivain rouennais est l’auteur de "Rouen, Rouennais et Rouenneries". Rouenneries, un drôle de mot pour désigner quoi au juste ? Explication.
L’ouest rouennais avait naguère la réputation de quartier de maraîchage, en raison de la présence de nombreuses sources, mais c’était aussi un quartier de filature et de tissage. En attestent, les nombreux greniers à "étente" et les magnifiques hôtels particuliers des propriétaires d’ateliers fabriquant toiles, mouchoirs et tissus, indiennes notamment. Jusqu’à la fin du 18e siècle, la culture du coton était l’affaire des pays d’Asie et de l’Inde qui fournissaient l’Europe. A partir de 1740 cette dernière pousse St Domingue à cultiver le coton et la production atteint 6 millions de livres en 1789.
Au début du 18e siècle, un riche marchand n’ayant pu vendre son stock de coton, alors utilisé pour la fabrication des mèches de chandelles, décide de faire filer et tisser cette fibre. Le succès du nouveau tissu est foudroyant. Une toile de coton est fabriquée à Rouen, et imitée par d’autres fabriques. Dénommée "rouannerie" en1798, elle devient "rouennerie" en 1800.
Rouleau et planche
Deux techniques apparaissent alors. Du 18e au début du 20e siècle, l’impression sur tissu, préalablement blanchi, se faisait à l’aide de planches à bois gravées en relief et il y avait autant de planches que de couleurs. C’était l’impression dite "au rouleau". Oberkampf installa sa première machine dès 1788 à Jouy-en-Josas. Elle permettait d’exécuter le travail d’environ 40 imprimeurs à la main. Bonvallet fut quant à lui le premier à employer une machine au rouleau en relief pour l’impression d’étoffes de laine vers 1755 mais c’est l’écossais Atkin qui inventa en 1772 une rotative avec rouleaux gravés en creux, idée reprise par Thomas Bell qui déposa son brevet en 1783. Cette deuxième technique est dite "à la planche".
De nombreux sites régionaux sont restés célèbres : Bolbec, Déville et la vallée du Cailly, Amfreville-la-Mivoie (usine Kettinger), Rouen et la Vallée du Robec. Dans les quartiers ouest, on retrouve, à St Gervais, une Confrérie des Fabricants et Tisserands de Toiles créée en 1676, avec des statuts extrêmement précis et qui fut fréquemment en conflit avec son homologue de la ville de Rouen.
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118. 04/11/2009 : Une personnalité méconnue à Rouen
Connaissez-vous Antoine Durenne ?
Né en 1822 à Sommancourt, décédé en 1895, il a laissé de nombreuses traces de son passage à Paris mais aussi de façon moins visible à Rouen.
Après l’Ecole des Arts et Métiers d’Angers et celle des Beaux Arts, il fut l’un des fondateurs de l’Ecole nationale des Arts Décoratifs et cofondateur de l’Union Centrale des Beaux Arts appliqués à l’Industrie, ce qu’on appelle de nos jours "Design" et dont la devise est
"Faire du beau dans l’utile"
Il rachète en 1857 l’usine Viry de Sommevoire pour augmenter sa capacité de production, faisant de la fonte une matière d’art en collaborant avec des artistes réputés comme Bartholdi et en permettant à l’entreprise d’occuper une place prépondérante.
Le monde entier acquiert ses bronzes et ses fontes et il est récompensé aux expositions universelles de Paris en 1867 et 1900 et de Vienne en 1873.
Certaines de ses œuvres agrémentent toujours les plus grandes villes comme le pont Alexandre III à Paris ou la fontaine du Capitole à Washington...
D’autres, plus modestes, ont équipé et agrémenté d’autres cités, lampadaires, porte-caténaires, kiosques, fontaines et autres mobiliers urbains. Deux éléments, sont encore présents à Rouen, un porte-caténaire place du 39e RI et un lampadaire, place des Chartreux.
En effet, entre 1871 et 1877, Rouen se dote d’un réseau de tramways desservant entre autres cette place en passant par la rue Armand Carrel, ce qui nécessite un ensemble d’équipements urbains. C’est Durenne qui emporte le marché et couvre les 70 km de lignes.
Deux styles de poteaux ornés des armoiries de Rouen à base carrée ou ronde ont dès lors cohabité. La première base n’est visible que sur de rares photos antérieures à la seconde guerre mondiale. Si vous êtes curieux, peut-être aurez-vous le bonheur de découvrir au détour d’une rue, un de ces poteaux de la Belle Epoque ou un de leurs petits frères ?
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119. 11/11/2009 : Chapelle Saint-Julien du Parc
Que reste-t’il des ouvrages édifiés par Henri II Plantagenêt, alors Roi d’Angleterre et Duc de Normandie ? D’abord et surtout, le seul témoignage normand d’art roman, quasi millénaire puisque construit en 1160 au Petit Quevilly. La chapelle de l’ancien manoir royal ou Prieuré de Saint Julien, mérite en effet un détour hors des limites de la capitale régionale. Maladrerie pour les jeunes filles nobles atteintes de la lèpre depuis 1183, elle sera épargnée par les conflits. Seule la période révolutionnaire aurait pu lui être néfaste lorsqu’elle fut utilisée comme écurie et grenier à foin. Un plancher la coupait alors en deux. Les affectations ultérieures de la chapelle et de ses dépendances en tant que colonie agricole pour des jeunes détenus en 1842, puis en hospice communal en 1868 lui permettront d’avoir une histoire sociale utile, mais l’on ne sera définitivement rassuré sur son sort qu’après son classement comme Monument Historique en 1869. Dès lors, elle sera restaurée et elle est visitable depuis 1981. A noter que la façade intégralement en pierre, était terminée autrefois par un étage en colombages jusqu’à sa modification en 1895. On peut y admirer dans le choeur des peintures remarquables restaurées et reposées en 1984. L’une d’elles évoque la "Fuite en Egypte".
Regrets éternels
Il est fort dommage que les Chartreux de la Chapelle de la Rose aient détruit l’ancien cloître pour y construire leur couvent après leur déménagement de Darnétal. Plus tard, c’est la totalité du domaine, à l’exception de la chapelle, qui sera divisé en lots et démoli. Avec un peu d’imagination, on peut encore s’imprégner de l’atmosphère de recueillement de ces lieux devenus secrets et quasi ignorés de nos jours.
Quelques vestiges subsistent, un mur d’enceinte, une porte de pierre du grand cloître et quelques cellules transformées en maisons d’habitation. Avec un étage desservi par un escalier de bois, celles-ci étaient dotées d’un jardinet et d’une petite cour intérieure où l’eau de pluie était recueillie dans une citerne. Un petit patrimoine écologique en quelque sorte.
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120. 18/11/2009 : Les traces de l’église St Vincent
Elle était St-Vincent-sur-Rive bien avant que la ville renie son fleuve. Une façon dans cette paroisse à population cosmopolite, de couper les vins déchargés sur les quais sous la protection du patron des vignerons, St Vincent, celui qui "clair et serein annonce année de bon vin". Edifiée il y a cinq siècles, elle était un véritable joyau, presque à la hauteur de sa célèbre grande sœur St Maclou. Jusqu’en 1649, l’église bénéficia d’un privilège lui permettant de percevoir un droit sur le sel remonté à Rouen par les bateaux. Le petit porteur de sel qui gardait le souvenir de ce droit dans une niche de la sacristie, disparut en 1944. A l’ouest était la façade avec son portail gothique sous un porche polygonal de 1490. On pouvait y contempler un bas-relief du "Jugement dernier" d’après Michel Ange. Le clocher daté de 1669 ne sera jamais achevé. Au sud, élevé en 1515, situé dans le prolongement de la rue Haranguerie, le beau portail à trumeau est le seul reste lapidaire conservé de nos jours au beau milieu d’un traçage partiel sur le trottoir des murs de l’ancien édifice. Une plaque explicative serait la bienvenue pour la compréhension d’une page d’histoire dramatique et polémique.
Remake du "Jugement dernier"
Il faut en effet savoir que l’on a gardé le strict minimum des vestiges de l’église qui après avoir été épargnée lors de la création de la rue de l’Impératrice, devenue rue Jeanne d’Arc, fut anéantie le 31 mai 1944. Certes, après le bombardement, il semblait ne rester que le crucifix du choeur restant accroché parmi les ruines. Certes, le percement de la rue du Général Leclerc et de la rue du Général Giraud dans les années 50 nécessitait un espace suffisant, mais avec un léger décalage de voirie qui existe de fait, on pouvait conserver un ensemble significatif de ce site emblématique. Fort heureusement, les vitraux de la fin du 15e siècle et du siècle suivant, avaient été déposés en 1939 et gardés en caisse à Niort, ce qui permit de remonter ceux du chœur dans la nouvelle église Ste Jeanne d’Arc.
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121. 25/11/2009 : Façadisme rouennais
Mesdames, Messieurs, admirez les plus belles maisons à pans de bois de la cité, lance-t-on aux visiteurs ignorants. En fond de place du Vieux Marché, se dresse un décor de carte postale qui aurait pu jouxter les maisons des frères Corneille. Mais l’envers du décor, direz-vous ? Rien, ou plutôt si, du béton presque encore frais. Car c’est une spécialité rouennaise de déplacer et de replaquer des façades, au demeurant dignes d’être conservées ... sur du vide.
Côte à côte, voici donc quatre spécimens. La maison Lewandowsky (1500-17e siècle) jadis 45 rue Orbe . Ne cherchez plus son escalier à balustres ni ses poutres maîtresses décorées de fleurs polychromes. A sa droite, la maison du teinturier Delle qui nous vient du 29 de la rue Eau de Robec (époque Louis XV). Disparus son rez-de-chaussée aux linteaux cintrés et son fourneau. A droite, la brasserie du Coq noir et la quincaillerie Sauvé de la place St Vivien. Exit son remarquable escalier ovoïde et sa porte Louis XIII désormais au n°1 de la rue des Chanoines. Et enfin, la maison des marchands-teinturiers Godebin, de style Louis XV et transplantée elle aussi, du n°97de la rue Eau de Robec. Cheminée en pierre, boiseries et laboratoire sont aujourd’hui aux abonnés absents. A deux pas de là, sur le côté méridional, la maison dite "A la Pâquerette", jadis à l’angle des rues des Charrettes et Harenguerie, a redéployé ses façades bizarrement et sans soucis de vérité historique. De plus son escalier à balustres a été volé.
Alors, est-ce de la poudre aux yeux, direz-vous ? Oui et non, une réponse de normand.
Sauvegarde ou hérésie ?
Objectivement, que seraient devenues ces façades lorsqu’on décidait sans scrupules de raser des quartiers entiers pour cause d’insalubrité ? Au mieux, on les aurait expatriées comme la "Maison ailée" de feue la rue des Matelas pour la remonter au golf du Vaudreuil. Au pire, elles auraient terminé leur existence à la décharge publique comme ce fut le cas récemment pour un escalier à balustres Louis XIII de l’Hôtel de Bourgtheroulde. Soyons donc réalistes. Sauvegarde du patrimoine ne veut pas dire automatiquement conservation de tout (si c’est pour croupir dans les réserves des musées déjà bien encombrées, quel intérêt ?). Des choix sont à faire, parfois des crève cœur, mais laissons vivre le patrimoine. Il n’est pas figé à vita eternam. L’exemple de la place de la Cathédrale nous le montre chaque jour.
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122. 02/12/2009 : Une anti-star
Tout comme Georges Lanfry, l’architecte Pierre Chirol reste un grand rouennais trop méconnu. Né le 25 août 1881 et mort le 21 novembre 1953, il fut entre autres, président de l'Académie de Rouen et professeur à l'école des Beaux-Arts. Que nous a-t’il laissé ?
St Nicaise d’abord. En mars 1934, un incendie détruit partiellement l’église et un concours contraignant est alors ouvert afin de reconstruire nef et clocher. L’année suivante, le projet de Pierre Chirol et Emile Gaillard est retenu. Respectant le parvis et le chevet du 16e siècle, la nef unique carrée et le clocher conservent l’harmonie générale tout comme la façade à trois niveaux dotée d’un grand gable ajouré, orné de sculptures en ciment. La coupole, jonction des arcs de la nef, évoque la tour lanterne normande. Le béton armé contribue à faire un ensemble moderne, fusionnant classicisme et modernité. L’église sera consacrée en 1940.
Mais Pierre Chirol avait déjà fait ses preuves auparavant. Dès 1928, on lui doit le monument à la mémoire de Georges Dubosc. Vers 1930, il édifie pour la Direction Régionale des Postes, un bâtiment de style Art Déco à ossature de béton dont la structure est habillée par un revêtement en pierre de taille, mais c’est pour la Compagnie des Tramways qu’il réalise les projets les plus innovants. Au magasin de pièces détachées de Sotteville (actuel FRAC de Haute Normandie), la structure béton reste apparente tandis que le vaste garage rue Poret de Blosseville marie charpente métallique et façades enduites de ciment.
La p’tite gare
En 1932, il réalise à la demande de la Compagnie une petite "gare-kiosque", place de l’Hôtel de Ville. Elle est dotée de vitraux, d’une belle marquise Art Nouveau et d’une façade ornée de mosaïques. En 1984, sa démolition fera l’objet d’une polémique mais ses défenseurs n’obtiendront qu’un réemploi partiel des éléments du décor. En 2009, l’état de la mosaïque ne cessant de se détériorer, P’tit Pat’ Rouennais réalise et finance sa restauration et pose le 25 juin une plaque commémorative "A cet emplacement, s’élevait un kiosque à tramways "modern style" conçu en 1932 par l’architecte Pierre Chirol. Les fragments de mosaïque Art Déco conservés ont été restaurés en 2009".
L’une des dernières réalisations de Pierre Chirol sera en 1952, le garage des autobus de la rue de Constantine, un édifice d’une grande modernité. Il a été aussi l’un des concepteurs du Palais des Consuls. Un discret souvenir de cet homme remarquable reste à l’Hôtel de Sacy, rue des Champs Maillets avec la très belle porte de son atelier présentant les attributs d’architecte.
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123. 09/12/2009 : Faïence de Rouen
La faïence française doit beaucoup à Rouen. Dès 1530 Masséot Abaquesne, contemporain de Bernard Palissy, produit de magnifiques carreaux de céramique. Il s'inspire du goût italien de la Renaissance avec à profusion, scènes historiées, arabesques, emblèmes, mais aussi de nombreux pots de pharmacie et d'épicerie. Mort en 1564, sa veuve et son fils prennent brièvement la relève. L’activité ne réapparaît qu'en 1644, dans le quartier St Sever quand Anne d'Autriche accorde à l'un de ses huissiers un privilège de production pour 30, puis 50 ans. L'huissier loue les services d'Edme Poterat inspiré lui aussi des techniques italiennes. Apparaît alors le fameux décor bleu à lambrequins, d'abord limité à la périphérie des objets qui marquera longtemps le style rouennais.
La fabrique se développe rapidement et en 1674, Poterat rachète au fils de l'huissier, le privilège royal. En 1712, l’entreprise passe dans la famille de son épouse et y restera jusqu'en 1770. Elle ferme en 1795 quand le monopole cesse, favorisant la concurrence et en 1720 Rouen compte treize fabriques.
Inspiration lointaine
Une touche de polychromie apparaît, limitée à un beau rouge du à la présence d'oxyde de fer qui rend très difficile la cuisson. Rouen crée un décor "chino-hollandais" et de nouvelles couleurs vives sont utilisées avec même un noir brillant. La fabrique Levasseur se distinguera en s'inspirant du décor "famille verte" de la dynastie chinoise Tsing.
Vers 1750, apparition du style rocaille qui conserve des éléments chinois coexistant avec des motifs occidentaux et à la fin du siècle, on cuit des pièces au "petit feu". Dans la technique dite de "grand feu", le décor est posé sur l'émail non cuit et pâteux alors que dans celle du petit feu, le décor est posé sur l'émail déjà cuit et dur. Le décor est de fleurs ou d'inspiration orientale "aux marchands levantins" issue d’une série de gravures hollandaises.
A coté de ces prestigieuses productions, Rouen produit à cette époque, de grandes quantités de faïences bon marché plus rustres au décor très succinct. Malgré la productivité et la qualité de leurs produits, les faïenciers cessent l'un après l'autre leur activité à la fin du 18e siècle. Importations anglaises, protection des forêts limitant l'utilisation du bois de chauffe et fabriques de porcelaines en sont les principales causes. Pour les fouineurs, n’oubliez pas le Musée de la Céramique et le Clos St Marc chaque dimanche matin.
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124. 16/12/2009 : Bourgtheroulde story
"Une jolie tourelle gothique polygone en encorbellement, remarquable par son élégante simplicité, [...] éclairée par cinq petites fenêtres cintrées". Voilà la description de l’échauguette * de l’Hôtel de Bourgtheroulde par Eustache de la Quérière, auteur d’un "essai sur les girouettes, épis, crêtes et autres décorations des anciens combles et pignons" en 1846. A l’angle de l’ancienne rue Panneret, elle est détruite en 1824 et ne sera pas remontée lors de la reconstitution de la façade de 1899.
Flashback pour mieux comprendre
Le 22 septembre 1824, c’est la stupéfaction : "des préposés au service de l’éclairage" en fixant un crampon dans la tourelle, déjà en bien mauvais état, " pour y attacher une corde destinée à supporter un réverbère [...] firent effort de tout leur poids sur la corde afin d’en serrer le nœud" provoquant "l’écroulement d’une partie des pierres d’encorbellement".
De la ruine au quatre étoiles
Un an plus tard, Jean-Daniel Mathéus, le propriétaire, demande à la municipalité de faire réparer au plus vite son bien ou de lui attribuer une compensation financière. L’affaire traîne alors en longueur et ce n’est que le 21 septembre 1831 qu’on décide la démolition de l’échauguette "qui menace ruine". Elle est en outre frappée d’alignement et, un comble, le propriétaire récalcitrant est traîné devant les tribunaux. Le Comptoir d’Escompte, le nouveau propriétaire des lieux depuis 1885 demande sa reconstruction, appuyé par les Amis des Monuments Rouennais, une opération prévue en 1891 par l’architecte Louis Sauvageot dans son projet de restauration de la façade donnant sur la place de la Pucelle. Vient alors une longue période d’oubli et de complet désintéressement jusqu’à ce qu’enfin, à l’occasion de la transformation de l’édifice en complexe hôtelier de grand standing on puisse à nouveau admirer cet élément du petit patrimoine rouennais.
* guérite de guet placée en surplomb sur une muraille fortifiée, une tour, etc...
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125. 23/12/2009 : Quand Rouen était fort de café
C’était le bon temps, la "Belle Epoque". Près du Théâtre des Arts, les Rouennais avaient l’embarras du choix pour leurs promenades dominicales. Mais où allaient-ils donc ? En Provence souvent, ou plutôt sur la "Petite Provence" le long du fleuve, bien avant que les quais ne soient surélevés. Sur le Cours Boïeldieu, la "plus belle terrasse de France" du Grand Café Victor les accueillait sous sa longue et remarquable marquise due à Ferdinand Marrou. "Le Victor" changea de décor vers 1930, adoptant la mode Art Déco. Déjà incendiée en juin 1940, sa terrasse sera anéantie lors de la Semaine Rouge d’avril 1944.
Une clientèle célèbre et éclectique
A deux pas, la brasserie de la Bourse et celle de l’Opéra, de style Art Nouveau faisaient aussi recette. Dès l’origine, la seconde bénéficia de l’éclairage électrique tout nouveau. La brasserie Paul rue Grand Pont était particulièrement bien équipée avec une salle de billards et une piste de bowling. De grands noms ont fréquenté ce Quartier Général, comme Apollinaire, ou Marcel Duchamp.
Dans "La Force de l’âge", Simone de Beauvoir raconte : "... je déjeunais à la brasserie Paul... C’était un long corridor, aux murs recouverts de glaces écaillées; les banquettes de moleskine cachaient leur crin ... des hommes jouaient au billard et au bridge. Les garçons s’habillaient à l’ancienne, en noir, avec des tabliers blancs; il y avait peu de clients parce qu’on mangeait mal. Le silence, la nonchalance du service, l’antique lumière jaunie me plaisaient ... Je m’y installais en sortant du lycée ... et j’écrivais.» Elle reste aujourd’hui, la plus ancienne brasserie rouennaise en activité.
Le matin, en regardant Jean-Paul Sartre s’entraînant au yo-yo, Simone prenait son petit déjeuner au "Métropole", place de la gare. Créé en 1930 dans un pur style Art Déco et devenu célèbre, il est classé Monument Historique.
Eurent aussi leurs heures de gloire, la brasserie de l’Epoque avec ses 15 billards, transformé en foyer allemand lors de la dernière guerre, le Nico Bar, qui était ouvert 24 heures sur 24 pour le plus grand bonheur des noctambules, et rue du Gros Horloge, le salon de thé Périer, autre établissement de style Art Déco qui connut un beau succès.
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126. 30/12/2009 : Retour aux sources
L’héraldique rouennaise est riche. Les léopards symbolisent la Normandie, le mouton représente Rouen. Leur coexistence pacifique reste gravée dans la pierre au 56 de la rampe Bouvreuil. Sans chercher le paradoxe du "Pot de chambre de la Normandie", une plaque d’égout, place St Marc, représentant un mouton, permet de passer de l’héraldique à l’eau, un thème fort à Rouen. Les exemples sont légion. Ainsi, l’axe de roue du passage des Anciens Moulins rappelle que le Robec serpentait en centre ville.
Fontaines, puits et bassins pullulent et les représentations artistiques font bon ménage comme au Jardin des Plantes avec la statue "Migrations", ou à la Grand Mare avec les statues fontaines des "Muses" et des "Musiciens".
Juste à côté, le Service des Eaux conserve le seul élément décoratif de l’ancienne fontaine des Carmes. On trouve aussi des canalisations admirablement décorées, tel le collecteur d’eau pluviale de la maison natale de Pierre Corneille.
Nautilus et Niphargus
Les histoires d’eau se déclinent partout. Les marégraphes étaient des accumulateurs hydrauliques alimentant les grues pour décharger les navires. Une plaque sur la première tour mentionne l’expérience du "citoyen américain" Fulton qui "En Seine ... du 24 au 31 juillet 1800 ... procéda aux premières expérimentations de navigation sous-marine sur son navire submersible Nautilus ..."
Plus confidentielle, dans une réserve municipale, une plaque jadis rue Martainville, rappelle que les bains-douches, héritiers des "bains en pluie" sont l’invention du docteur Merry Delabost, médecin à la prison Bonne Nouvelle.
Sans oublier le petit patrimoine vivant au collège Barbey d’Aurevilly. On y rencontre une habitante insolite, la Niphargus, petite crevette cavernicole blanche et aveugle, dans un ruisselet souterrain qui acheminait l’eau vers l’un des puits de la ville.
A l’est, près du Pré aux Loups, on pouvait "prendre les eaux" au bon vieux temps ... quand Rouen était station thermale.
Plus insolite, 32 rue St Nicolas, c’est l’illustration parfaite de Rouen port de mer avec en façade, un plateau de fruits de mer alléchant, et côté ouest de la ville, le couvent troglodytique Ste Barbe de Canteleu qui dévoile une "cave à sel" et des grottes ornées de graffiti marins.
Enfin, rue d’Ernemont, le manège du Cours Notre Dame trône dans la cour de récréation. C'était à l’origine un manège à chevaux pour puiser l'eau et irriguer les vergers du couvent.
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