[… Mais, à 7 h 15, ce 25 avril 1876, les flammes dévorent le théâtre dans lequel les artistes sont déjà en train de se préparer… Par chance les portes n’ont pas encore été ouvertes au public. La lutte contre l’incendie s’organise avec la Seine qui est à quelques mètres du site. Rien n’y fait. La violence du sinistre détruit intégralement le Théâtre des Arts, des logements aux alentours, des appartements et le café qui faisaient partie du bâtiment. Plus fidèles que les dessins qui paraissent ensuite dans la presse, les quelques clichés de l’époque conservés à la Bibliothèque Municipale laissent imaginer la rigueur de l’incendie qui ne préserve debout que deux ou trois pans de murs, uniques gardiens d’un tas de débris en cendres. De l’ancien théâtre ne seront conservés que le fronton et les colonnes  le soutenant.

Il faut reconstruire :

Ce n’est finalement qu’à l’été 1882 que la Ville peut enfin « respirer » : le Théâtre des Arts lance fièrement sa silhouette massive dans le ciel rouennais, face à la Seine, avec sa façade donnant sur la rue Grand-Pont qui débouche sur le Pont-suspendu, bientôt remplacé en 1888, par un pont fixe. La salle conçue par M. Sauvageot est une réussite faisant l’unanimité dans la population comme dans la presse qui a suivi quotidiennement l’avancée du projet depuis 1876. L’architecte a gagné ce pari qui consistait à doter la cité d’une salle digne d’elle sans pour autant sombrer dans la pompe parisienne. De fait, en dépit de son apparence monumentale, le Théâtre des Arts est sobre. Aisément repérable comme édifice, il s’intègre bien au nouveau front de Seine plus uniforme. Il ne partage plus son bâtiment avec des logements. L’édifice du Théâtre est dédié à la salle elle-même qu’elle partage néanmoins avec le café Victor, donnant sur la Petite-Provence, qui longe les quais à cet endroit. C’est un lieu rouennais très prisé.

La façade principale est celle de la rue Grand-Pont. Le spectateur pénètre dans un vestibule qui peut servir « à la réunion du public arrivé avant l’ouverture des bureaux »] ou de « promenoir fermé » durant les entractes. Le foyer principal est situé au-dessus du péristyle ; au deuxième étage, on trouve le foyer secondaire ; ces deux foyers devront « être différemment décorés pour être en accord avec le public spécial qui les fréquente ». La communication entre le péristyle d’entrée et le vestibule de contrôle est assurée par trois baies dont deux, latérales, doivent permettre le passage du public n’ayant pas encore retenu ses places.]

(Résumé d’article de Sébastien Rio, « 1876-1883 : Le Théâtre des Arts, théâtre fantôme », in Un siècle de spectacles à Rouen (1776-1876) novembre 2003).

 

Cimetière Monumental  © Jean-Pierre Pinaud