Dénommée momentanément rue de l’Etat-civil en 1794, l’Almanach du Facteur ne la reconnait pas, et pour cause…

Dans les années 1950, le fabricant des anciennes plaques bleues de voirie commettait une erreur, une coquille, en oubliant, volontairement ou non, le second « i » du nom de cette minuscule voie. Nombreux sont encore les Rouennais qui pensent de bonne foi que l’orthographe erronée est la bonne. Aujourd’hui pourtant, nous lisons partout « rue du Bailliage », une appellation issue de l’ancienne « baillie » de la ville qui rendait la justice. Un nom vieux de plus de 600 ans pour une rue habitée seulement sur le côté nord et qui continue à emprunter partiellement le tracé de l’ancienne rue de la Truie, disparue en 1862 lors de la création du Jardin Solférino et du percement de la rue Jeanne d’Arc.

L’unique trace se situe du n°10, avec une belle maison à pans de bois dont la sablière est millésimée 1726.De style Louis XV, elle est décalée par rapport aux constructions plus récentes et a été remaniée au niveau des lucarnes, autrefois au nombre de trois et aujourd’hui rassemblées. L’origine du nom de rue de la Truie pourrait provenir de la proximité de la porcherie et de la basse-cour du Château de Philippe Auguste.

 

Prison, morgue et bourreau

A deux pas de là, à l’angle de la rue Faucon, succédant à celle du château et brûlée à l’époque de Jeanne d’Arc, se trouvait la prison au niveau de l’actuel Hôtel d’Hocqueville qui héberge de nos jours le Musée de la Céramique. Construit en 1657 par Pierre Bec de Lièvre, c’était en ce temps-là l’Hôtel de Bellegarde. Au 17e siècle, juste en face, se trouvait la morgue et un peu au-dessus, la maison dite du bourreau. Celle-ci, toujours visible de la rue Jeanne d’Arc, fut occupée jusqu’en 1847 par les bourreaux de la ville qui exerçaient de père en fils. L’ensemble participait sans doute à l’atmosphère morbide de ce quartier. Plus à l’est, on remarque au n°4, à l’angle de la rue Bouvreuil, une plaque commémorative posée en 1994 qui rappelle que Maurice Leblanc, le « père » du célèbre gentleman-cambrioleur Arsène Lupin, séjourna ici pendant une quinzaine d’années jusqu’en 1889. Une façon de renforcer encore plus le caractère étrange et mystérieux d’une rue dépourvue de toute animation.