Une page d’histoire

Construit par les templiers vers 1214, ce beau manoir gothique a pu traverser les siècles sans grandes modifications, ni dégâts grâce à la qualité de sa construction.

Les Templiers, ordre religieux ainsi nommé car il s’est constitué pour défendre le Temple de Jérusalem, a une histoire brève qui se confond avec celle des Croisades. Pauvres soldats du Christ, ils apprennent en Orient à manier l’argent et la banque.

Devenus très riches, ils se constituent des domaines pour protéger les routes et accueillir voyageurs et croisés.

Ils s’installent d’abord à la pointe sud de ce méandre de la Seine, dans leur commanderie de Saint Vaubourg, au Val de la Haye.

A la fin du XIIème siècle, ils défrichent des terres dans la forêt de Roumare, créent des clairières comme le Genetay où ils construisent une ferme pour gérer ce nouveau territoire agricole.

L’ordre du temple disparait avec la mort du grand Maître jacques de Molay, brulé sur le bûcher en 1314, et leurs biens sont dispersés.

Au XVème siècle, la clairière et sa Ferme dépendent de l’abbaye Saint Georges,, à Saint-Martin-de-Boscherville, située au pied du plateau, le long de la Seine.

Les Bénédictins en font alors la demeure de l’aumônier, puis dès 1500, ils y installent des fermiers tout en gardant la jouissance du manoir à usage d’hôtellerie.

Cette situation perdure jusqu’à la Révolution où la propriété revient à des particuliers qui la laissent en fermage.

Dans les années 70, l’exploitation agricole s’arrête, faute de terres.

De longues années de restauration commencent pour les nouveaux propriétaires.

 

La Ferme et son architecture

Caractérisé par deux magnifiques pignons de 15 mètres de haut, ce manoir gothique est construit en pierres de Caumont, dont les carrières se situent à quelques kilomètres.

Il est constitué à l’origine de deux grandes pièces :

-au rez-de-chaussée, le logement du fermier était chauffé par une grande cheminée qui a conservé son arc de décharge trilobé,

-au premier étage, une pièce noble au plafond en forme de carène de vaisseau renversée montait jusqu’au faîte du toit : chauffée par deux grandes cheminées, elle était réservée à l’accueil des moines et de leurs hôtes.

Les fenêtres à meneaux sont caractéristiques du XIIIème siècle tandis que la porte d’entrée a sans doute été percée vers 1500. L’accès était auparavant beaucoup plus sécurisé.

Le porche situé à côté de cette porte d’entrée a été édifiée à la même époque pour permettre un accès direct à la cave voûtée située sous le bâtiment.

A l’arrière de la ferme, on aperçoit la tourelle d’escalier.

Elle est surmontée de corbeaux de pierre qui soutiennent une galerie aujourd’hui vitrée et qui jouait autrefois un rôle défensif.

Le toit a été recouvert de tuiles dont 10 % sont vernissées dans des tons comparables à ceux des tuiles retrouvées dans les fouilles effectuées autour de la maison.

La chapelle Saint Gorgon et le pèlerinage

Cette chapelle a été construite vers 1500 sur les ruines d’un ancien oratoire.

En pans de bois, elle est couverte d’une charpente plus ancienne récupérée sur un batiment du XIIIème siècle.

Entièrement peinte à l’intérieur, elle conserve encore un décor renaissance figurant 12 sybilles et 12 apôtres…

Cette chapelle est consacrée à Saint Gorgon.

Qui est ce Gorgon ? Dans l’histoire sainte, c’est un officier de l’empereur Dioclétien converti au christianisme et martyrisé en 303. Selon d’autres traditions plus anciennes, il se rattache au culte d’une divinité de l’eau et de la fécondité Gorgo ; on retrouve trace de ce nom dans Gargantua (sa chaise est à Duclair !) et dans le Mont Gargan, qui domine Rouen.

Le 9 septembre, du Moyen-âge jusqu’aux années 1950, des centaines de jeunes gens viennent au pèlerinage pour trouver l’âme soeur et avoir des enfants ; les vieux y demandent la guérison de leurs rhumatismes.

Les uns accrochent aux nombreuses statues leurs jarretières, les autres leurs cannes et tous repartent plus alertes… d’autant qu’après la messe du matin, ont lieu foire aux dindons, fête foraine et bal !

A l’intérieur de la chapelle, dans les registres latéraux au-dessus des sablières, 24 petits personnages peints à fresque : les 12 apôtres et les 12 sibylles …

Qui sont les sibylles ? Des femmes qui prédisaient l’avenir dans l’Antiquité tout autour du Bassin méditerranéen.

Peu à peu intégrées dans la tradition chrétienne, elles sont considérées comme des prophétesses annonçant la venue du Christ.

Peintes vers 1611, elles ont les cheveux dénoués, preuve de leur étrangeté (les honnêtes femmes ont à cette époque les cheveux tressés et coiffés) et sont entourées d’architectures et de végétaux orientaux.

Le puits

Devant la ferme vers 1900 (on aperçoit le puits derrière le noyer)

Le puits a été construit devant la porte de la ferme en même temps que celle-ci, au XIIIème siècle.

Dans les textes anciens, il était réputé faire 300 pieds (100 m environ) mais il n’a retrouvé sa profondeur initiale qu’après d’importants travaux de curage car il s’était rebouché après la seconde guerre mondiale.

Il descend aujourd’hui jusqu’à la nappe phréatique profonde ici de 87 mètres, au-dessous du niveau de la Seine.

Il est maçonné de belles pierres blanches venues des carrières de Caumont, situées à quelques kilomètres en bordure de Seine et son diamètre reste constant.

Au niveau de l’eau, une grande niche creusée dans la paroi permet de s’assoir pour nettoyer le fond.

Vers 30 m, apparait une porte murée vers la vallée, peut-être l’entrée d’une galerie latérale de construction.

Ce puits était autrefois protégé par un petit édifice, muni de cordes et de seaux. C’est un âne qui tirait l’eau dans un grand seau en fer battu de 50 litres.

Les autres bâtiments

Le chenil

Ce petit édifice aux portes surbaissées a dû être réalisé vers 1600.

Il se distingue des autres bâtiments agricoles parce qu’il est construit de façon soignée en pierre de taille comme le manoir et le puits. Son toit, particulièrement élégant, est recouvert de tuiles de Bavent et couronné de deux épis de plomb.

Le pressoir

Le pressoir est couvert de tuiles de cèdre rouge.

Le fournil

Construit en 1600, on trouve à l’intérieur la trace du four à pain.

Le jardin

Le jardin envahi par le pastel (cette plante jaune donne une teinture bleue, la plus appréciée des couleurs au Moyen-âge)

Situé devant la maison dans une poche de sable et de cailloux, le jardin d’origine était revenu à l’état sauvage.

Comment lui redonner son caractère de potager médiéval ? Par un plan correspondant à ceux du Moyen-âge et par des végétaux cultivés à l’époque.

Un jardin médiéval se construit comme un paradis terrestre, carré isolé de la forêt (c’est-à-dire de la sauvagerie et des forces maléfiques) par des murs. Au centre un bassin alimenté par deux chemins d’eau qui rappellent les fleuves de l’Eden et la fontaine de jouvence.

Les plates-bandes allongées rythment régulièrement l’espace.

Le bassin central est entouré d’asperges et de fenouil.

A l’extrémité de chaque plate-bande close de plantes aromatiques ou de buis, un rosier-tige ombrage les plantations comme Dieu protège son église.

La plupart des espèces connues au Moyen-âge coexistent ici :

– les légumes que Charlemagne fait cultiver dans ses propriétés vers 800 : fêves, mongettes, crambe, panais, livêche …

– les plantes aromatiques et médicinales qui forment le « jardin des simples » et qui permettent de fabriquer les remèdes (pavot, plantain, rue, aconit etc)

-les petits fruits rouges pour garnir les tartes,

-des fleurs telles que l’oeillet, l’iris ou la rose pour fleurir les autels,

– et l’épice la plus précieuse, le safran rapporté des Croisades !

Autour de la chapelle, un clos de pommiers évoque le « champ du repos » où dormaient les moines pour l’éternité.

Toutes sortes de pommiers anciens perpétuent le souvenir du greffage des arbres fruitiers par les fermiers.

Ces belles pommes garnissaient les tartes des moines !

Et près de l’entrée un labyrinthe de buis rappelle la quête spirituelle commune à tous nos ancêtres …

Près de 200 panneaux explicatifs répartis dans le jardin permettent aux visiteurs de découvrir les usages de toutes ces plantes.

Le jardin est cultivé sans aucun traitement contre les insectes et les prédateurs divers. Il est également peu arrosé.

Les espèces privilégiées sont des annuelles qui se ressèment à leur gré et des vivaces très vigoureuses. Le meilleur moment de visite se situe en juin et juillet.

 

 

http://templiers-genetay.jimdo.com/

© Daniel Caillet, 2015