Bien avant le pont levant Flaubert, au temps du pont transbordeur

Il ne nous reste que d’anciennes photos ou cartes postales, ainsi que quelques toiles, de Delattre ou Le Trividic notamment.  

Oeuvre d’un spécialiste, l’ingénieur Ferdinand Arnodin, il fut jusqu’en 1940, le dernier ouvrage à franchir la Seine avant l’estuaire. On traversait le fleuve dans une nacelle au niveau de l’actuel pont Guillaume-le-Conquérant.

La Ville décida sa construction en 1895 pour faciliter les liaisons entre les deux rives reliées alors par trois ouvrages dont un exclusivement ferroviaire, et le chantier débuta à l’automne 1897. Inauguré le 15 septembre 1899, c’était le second pont transbordeur d’Europe après celui de Portugalete, près de Bilbao. Aujourd’ hui, seul celui de Rochefort subsiste. La nacelle verte et blanche facilita la vie des Rouennais, surtout en temps de guerre d’autant plus qu’ Arnodin, fervent patriote, avait établi la gratuité des passages.

Exploits en tous genres

Quelques anecdotes mémorables lui restent attachées comme le passage sous le tablier de l’aéroplane de Marcel Cavelier le 5 mai 1912 ou l’« exploit » d’un nageur qui à la suite d’un pari, en sauta sans dommages. Il servit aussi aux essais des pionniers parachutistes.

Interrompu pour réfection de 1926 à 1930, le service reprit jusqu’au 9 juin 1940, lorsque l’armée française le fit sauter pour ralentir l’avancée allemande. La destruction se fit dans une grande confusion,  la navigation n’ayant pas été interrompue. Le tablier effondré s’écrasa sur le remorqueur Houdon  transportant des réfugiés et qui coula immédiatement.

Ce pont a toujours eu pour les Rouennais, une valeur symbolique. De dimensions généreuses, 143 m de long, 70 m de haut et un tirant d’air de 51 m, il permettait aux grands voiliers de remonter jusqu’aux derniers quais du port maritime. Et s’il n’était pas le plus grand des « transbordeurs » français, il offrait une hauteur au-dessus du niveau moyen du fleuve supérieure à tous les autres.

De type suspendu semi-rigide avec haubans d’ancrage à terre situés en dehors des emprises, il avait deux passerelles accessibles par escaliers dont l’une, ouverte aux piétons, permettait de jouir d’un exceptionnel panorama. Le chariot porteur reposait sur deux rails  soutenus par les poutres du tablier et supportait la nacelle de 130 m² et une charge de 15 tonnes. Cette dernière comportait une chaussée centrale et des abris latéraux, l’un de 1 ère classe vitré pourvu de sièges, l’autre simplement couvert. L’installation motrice fonctionnait selon le principe du touage, à savoir qu’ un câble fixé aux extrémités du tablier, passait sur les poulies du chariot puis descendait s’enrouler sur le tambour d’un treuil porté par un arceau surplombant la nacelle. Ledit treuil était actionné par deux moteurs électriques, le pont de Rouen étant le premier à utiliser l’électricité.