La faïence française doit beaucoup à Rouen. Dès 1530 Masséot Abaquesne, contemporain de Bernard Palissy, produit de magnifiques carreaux de céramique. Il s’inspire du goût italien de la Renaissance avec à profusion, scènes historiées, arabesques, emblèmes, mais aussi de nombreux pots de pharmacie et d’épicerie. Mort en 1564, sa veuve et son fils prennent brièvement la relève. L’activité ne réapparaît qu’en 1644, dans le quartier St Sever quand Anne d’Autriche accorde à l’un de ses huissiers un privilège de production pour 30, puis 50 ans. L’huissier loue les services d’Edme Poterat inspiré lui aussi des techniques italiennes. Apparaît alors le fameux décor bleu à lambrequins, d’abord limité à la périphérie des objets qui marquera longtemps le style rouennais.

La fabrique se développe rapidement et en 1674, Poterat rachète au fils de l’huissier, le privilège royal. En 1712, l’entreprise passe dans la famille de son épouse et y restera jusqu’en 1770. Elle ferme en 1795 quand le monopole cesse, favorisant la concurrence et en 1720 Rouen compte treize fabriques.

 

Inspiration lointaine

Une touche de polychromie apparaît, limitée à un beau rouge du à la présence d’oxyde de fer qui rend très difficile la cuisson. Rouen crée un décor « chino-hollandais » et de nouvelles couleurs vives sont utilisées avec même un noir brillant. La fabrique Levavasseur se distinguera en s’inspirant du décor « famille verte » de la dynastie chinoise Tsing.

Vers 1750, apparition du style rocaille qui conserve des éléments chinois coexistant avec des motifs occidentaux et à la fin du siècle, on cuit des pièces au « petit feu ». Dans la technique dite de « grand feu », le décor est posé sur l’émail non cuit et pâteux alors que dans celle du petit feu, le décor est posé sur l’émail déjà cuit et dur. Le décor est de fleurs ou d’inspiration orientale « aux marchands levantins » issue d’une série de gravures hollandaises.

A côté de ces prestigieuses productions, Rouen produit à cette époque, de grandes quantités de faïences bon marché plus rustres au décor très succinct. Malgré la productivité et la qualité de leurs produits, les faïenciers cessent l’un après l’autre leur activité à la fin du 18e siècle. Importations anglaises, protection des forêts limitant l’utilisation du bois de chauffe et fabriques de porcelaines en sont les principales causes. Pour les fouineurs, n’oubliez pas le Musée de la Céramique et le Clos St Marc chaque dimanche matin.

© Daniel Caillet, 2015