Présidée par Charles Besselièvre, cette manifestation sur le Champ de Mars du 1er juin au 30 septembre 1884 faisait suite à l’Exposition Régionale de 1859 qui avait réuni près de 1500 exposants et reçu 350.000 visiteurs. Sur 27.000 m², elle comprend 13 sections pour toutes les industries et la France entière pour la laine, le coton et l’électricité. Les constructions abritant l’exposition sont en location pour éviter tout aléa de  financement (subventions et souscription publique couverte à hauteur de plus de 300.000 f).

Le 6 juillet 1883, M. Poan de Sapincourt, ingénieur, est nommé Directeur de l’Exposition puis en août, M. Villette, entrepreneur à Déville-les-Rouen, se charge de couvrir 17.000 m² de constructions pour abriter les exposants moyennant le prix de 11 f. le m². Il lui sera confié plus tard, pour une somme de 32.000 f., l’exécution de l’entrée décorative de l’Exposition. M. Garret, entrepreneur de jardin, se chargera pour 9000 f  de la réalisation du jardin intérieur sur près de 10.000 m².

L’exposition d’Art rétrospectif, prévue aussi depuis le début du projet, ne pouvait, faute de place, avoir lieu sur le Champ de Mars. Ce sera dans la grande salle du rez-de-chaussée du Palais des Consuls avec autorisation de construire une annexe complémentaire.

Le 1er juin, à une heure et demie, l’Exposition s’ouvre en présence des présidents d’honneur, le Préfet de la Seine-Inférieure et le Maire de Rouen, des autorités civiles et militaires, des exposants et de nombreux invités.

32 départements français ont répondu à l’invitation, donnant ainsi à l’Exposition le caractère national que la commission avait désiré lui voir. Les produits sont répartis en 21 groupes, subdivisés eux-mêmes en 90 classes. Enfin,  deux groupes spéciaux, celui de l’Exposition scolaire avec 600 exposants, et un groupe algérien aussi important, ce qui, avec les 1.200 exposants industriels, donne un total d’environ 2.500.

Une visite solennelle des Ministres du commerce, de l’agriculture, des postes et des télégraphes aieu le 14 juin.

Du 21 juillet au 2 août, 300 membres de jury examinent les divers produits représentés  afin de décerner les diplômes d’honneur et les médailles d’or, d’argent et de bronze. Soit plus de 1.500 récompenses distribuées dans la salle du Théâtre des Arts le 23 août sous la présidence de M. Cordier, sénateur et président du Conseil général en présence des principales autorités du département et de la Ville. La journée prend fin le soir par un grand banquet.

Mais qu’en fut-il de l’élément indispensable au succès de l’Exposition, c’est-à-dire la fréquentation ? Les visiteurs allaient affluer du premier au dernier jour dans des proportions que personne n’aurait osé imaginer. Le 1er juin, jour d’ouverture, 3.837 entrées, le lendemain, lundi de Pentecôte, 4.483. Le 15 juin, jour de la distribution des récompenses du concours régional agricole 11.239 entrées et chaque dimanche suivant, une moyenne de 8.000 entrées. Lorsque la Commission réduit de moitié le prix d’entrée le 14 juillet et trois dimanches d’août et septembre (habituellement, il était de 1 f), la moyenne s’élève à 15.000 entrées.

Et sans tenir compte des 5403 abonnements valables pendant toute l’Exposition, des exposants qui avaient une entrée permanente, des facilités accordées  à l’autorité militaire pour son abandon du Champ-de-Mars et à la population scolaire, et enfin des cartes à demi-tarif pour les ouvriers.

On peut estimer que l’Exposition a dû accueillir quelque 600.000 visiteurs en 4 mois. Et pourtant, une clientèle ordinaire d’étrangers n’avait put venir à cause de l’épidémie cholérique dans les départements du midi et la menace qu’elle atteigne la région.

Le bilan financier sera lui aussi positif puisqu’un léger bénéfice après remboursement des subventions pourra être dégagé. Il faudra ensuite attendre 12 ans pour que l’Exposition Nationale et Coloniale de 1896 vienne supplanter cette remarquable exposition de 1884.

 

Photo : exposition coloniale de Rouen en 1896.

 

Avec l’aide précieuse d’Internet.

 

© Daniel Caillet, 2016