A l’origine, ce fut le Chastel de Rollon, une chapelle dédiée à St Pierre, devenue église vers le 13e siècle. Qu’est-ce aujourd’hui ? Quelques vestiges méconnus du grand public dans un état de délabrement lamentable. Fatalité direz-vous, destin normal de toute création humaine. Vous avez tort. Les vestiges actuels sont ceux de l’église rebâtie aux 15e et 16e siècles qui a accueilli diverses confréries dont celles des Agonisants et des Pèlerins de St Pierre de Rome. De biens maigres restes au demeurant.

Puis son histoire s’est brusquement assombrie à la veille de la Révolution, lorsqu’une importante remise en état s’avéra nécessaire dans une période de disette financière. L’église, vendue à la fin de 1791, sera utilisée à différentes fins et notamment comme magasins et écuries des Nouvelles Galeries à l’aube du 19e siècle. On découvrit alors des ossements extirpés d’un ancien cimetière. En 1913, un bruit circule que la tour pourrait être rasée. Malgré une tentative de mouvement d’opinion en 1920 pour sa conservation, on peut chercher en vain les statues des prophètes installées autrefois sur les contreforts. Elles ont tout simplement été « descendues » et sciées en 1921 ainsi que les gargouilles pour des raisons de sécurité. Déjà ! Les protestations n’y feront rien, mais quatre statues seront malgré tout hébergées au cloître Ste Marie. Et la belle pietà « en couleur d’albâtre et azeur, cheveux et bords dorés avec 2 petits ymages paints et blanchis de blanc de plomb », qu’est-elle devenue, et les beaux vitraux, et le précieux mobilier dont l’église a été vidée ?

A partir de 1924, c’est une entreprise de chauffage central qui investit les lieux, juste avant que le classement à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques n’évite la vente de la charpente et son départ probable à l’étranger.

 

Une charpente remarquable aux entraits sculptés

 

La totalité de la nef nord et le collatéral étaient en effet couverts par une voûte de bois peint avec une charpente aux entraits sculptés. Elle fut heureusement démontée à la veille du bombardement du 30 mai 1944, et une grande partie de ces bois précieux existe toujours, entreposée dans un hangar de la rive gauche. Qu’attend-t-on pour la reposer ? Qu’elle soit définitivement jugée irrécupérable, ce qui n’est pas le cas, que toutes les priorités de la ville soient satisfaites, ce qui nous rendrait au moins au siècle prochain, ou que les Rouennais fatalistes oublient son existence et l’intérêt à la sauvegarder ?

Pour couronner le tout, le creusement d’une tranchée à la fin de 1951, entrainera l’affaissement d’une partie de l’édifice déjà mal en point.

Si l’on ajoute que les pouvoirs publics n’ont jamais pris conscience de l’intérêt à conserver en bon état ce témoignage inestimable du passé, pourra-t-on encore oser parler de fatalité ?

Si la sauvegarde de St Pierre du Châtel vous intéresse, n’hésitez pas à contacter P’tit Pat’ Rouennais qui a déjà constitué un groupe actif de défense. Article du 19/2/2007 « Ils veulent sauver une église ».