Rendez-vous avenue Gustave Flaubert. Au n° 74 un portail métallique bleu monogrammé « EP » cache un petit trésor inconnu des Rouennais, une boutique médiévale « Propriété du Musée départemental des Antiquités » transplantée du n°6 de la rue des Boucheries St Ouen quand la rue fut élargie pour le passage du tramway. Tout aussi inconnu, un grand rouennais y habita lorsque la rue était encore la rue de Crosne (jusqu’en 1951).

Edouard Pelay est né à Rouen le 9 juin 1842. Sa mère était la fille d’un célèbre médecin rouennais à l’époque révolutionnaire et son père, Jean-Mélite, le directeur de la compagnie d’assurances « l’Urbaine ». Edouard lui succèdera en 1862. Très tôt porté vers la bibliophilie, cet érudit devient un collectionneur inlassable spécialiste de la Normandie, du « p’tit papier » aux documents enluminés. Il partageait volontiers ses richesses, organisant de nombreuses manifestations, participant à diverses expositions et s’investissant dans plusieurs sociétés savantes. Il publia une dizaine d’ouvrages et fut le premier président de la Société rouennaise de Bibliophiles qu’il avait fondé.

 

« Rouen, nouvelle bibliothèque »

Il nourrissait une passion immodérée pour Corneille et il réunit une admirable collection d’ouvrages en éditions originales et rares, ainsi qu’une large iconographie sur le dramaturge. Mieux encore, il anima le comité de rachat de sa maison du n°4 de la rue de la Pie qui sera donnée à la ville en 1912, offrant ensuite sa bibliothèque cornélienne installée dans ce logis devenu Musée Corneille. Une plaque le rappelle précisément: 19 octobre 1917. Pas très loin trône un buste du généreux donateur.

Il rassemble aussi une iconographie foisonnante sur Rouen acquise par la ville en 1983. Pas moins de 26 cartons comprenant des chartes médiévales, des étiquettes de coton à broder, des devis du XVIIIe siècle, des tickets du pont transbordeur, des timbres commémorant des événements rouennais marquants, des documents publicitaires. Une source de renseignements inestimable sur la période 1880-1920 mais stoppée net par son décès en 1921.

© Daniel Caillet, 2018