L’éminent historien rouennais Raymond Quenedey en dénombrait à Rouen une soixantaine. Des habitations réservées à une catégorie de population particulière… l’aristocratie du XVIIe siècle surtout. Un siècle plus tard, deux catégories coexistent pour des milieux qui s’interpénètrent, nobles et négociants aisés. Mais comment reconnaître un hôtel particulier ?

C’est un type de logement consistant en une vaste maison luxueuse bâtie au cœur d’une ville, en principe sur plusieurs étages. Il est conçu pour être habité par une seule famille et éventuellement son personnel de maison et n’est pas tourné vers la rue, domaine des manants, mais au centre d’un îlot réservé au seigneur. Contrairement aux maisons ordinaires, il est généralement bâti de manière indépendante en retrait de la rue, une cour séparant le porche d’entrée du logis des maîtres.

 

Un charme suranné

L’hôtel particulier est l’aboutissement d’une longue évolution de l’habitat noble urbain commencée dès le XIVe siècle, un processus architectural traduit par des canons précis au XVIIIe siècle :

– un porche avec porte cochère ouvragée sur la rue, souvent en demi-lune, le décor étant concentré sur les parties hautes avec une clef d’arc avec mascaron par exemple.

– une cour d’honneur pavée encadrée des « communs », écuries, chambres des domestiques…

– le logis en fond de cour dans l’axe de la porte cochère. Généralement sur deux niveaux et sous-sol il a un comble brisé coiffé d’un toit à la Mansard, avec lucarnes à linteaux bombés.

– le jardin est en perspective des croisées des pièces les plus intimes, soit à la française avec statues, bustes, parterres,… soit déjà à l’anglaise.

Aujourd’hui, il reste une quarantaine d’hôtels dans la ville, mais ce ne sont souvent que des coquilles vides. Si la rue présente de beaux murs restaurés pour que l’illusion corresponde à l’attente et à l’imagination du passant, il faut être honnêtes, les magnifiques intérieurs d’antan ont pour la plupart disparus ou ont été remaniés pour être en phase avec un mode de vie nouveau et satisfaire les contraignantes règles urbanistiques d’hygiène et de sécurité.