Faire la différence entre « Art nouveau » et « Art déco ».

L’Art nouveau est l’art de la fin du XIXe siècle et du tout début du XXe. C’est « l’art de la belle époque ». Ce mouvement artistique qui accompagna le changement de siècle naquit en réaction à la révolution industrielle qui transformait l’Europe en société industrielle. Il prônait donc le retour de la nature au centre de l’Art (et de la ville).
L’Art nouveau se caractérise donc par des formes ondoyantes et enchevêtrées, des volutes, des enroulements, des arabesques, et privilégie l’esthétiques des courbes et des asymétries. C’est l’art de l’ornementation, des plantes, des fleurs. Cet art de l’émotion et de la sensualité s’exprima dans tous les domaines, de l’architecture au mobilier, de la sculpture à la mode, de la calligraphie à la joaillerie. Bien souvent, on le retrouve dans des travaux de ferronneries, des mosaïques, des fresques ou des vitraux. Enfin, quelques-uns de ses plus célèbres représentants furent Hector Guimard (les célèbres entrées du métro parisien), Alfons Mucha, Emile Gallé, Louis Majorelle ou Antoni Gaudi.
Bref, si vous ne deviez retenir qu’un adjectif caractérisant cet art de la nature, retenez celui de « pittoresque ».

L’Art déco succéda à l’Art nouveau, et vit son apogée dans les années vingt, autour de « l’exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes » (Paris, 1925) qui lui donna son nom. C’est « l’art des années folles ». Il naquit justement en réaction à l’Art nouveau, en rupture avec cet art des circonvolutions que ces nouveaux artistes moquaient comme « l’art nouille ».
Par essence, l’Art déco est donc l’art du modernisme, du propos direct et droit. C’est l’art de la géométrie, de l’ordre, de la symétrie, de la sobriété. C’est l’art des angles, des pans coupés, des cercles, des arrondis et des octogones, qui dans la peinture, trouva son écho dans le cubisme. L’Art déco est l’art du retour en grâce de la technique : c’est l’art de la science, des découvertes, des voyages (trains, paquebots, hôtels), de l’automobile, de l’aviation. Cet art « stylisé » est souvent caractérisé par des socles, de la marqueterie, ou des luxueux matériaux de l’époque, en provenance des colonies : des bois exotiques (l’ébène de macassar), du galuchat, de l’ivoire, de la laque. Enfin, notez que l’Art déco, né comme un mouvement extrêmement luxueux, devint aussi un art de crise, suite à la crise de 29. L’Art déco devint donc un art de masse au début des années 30, utilisant un tout nouveau matériau : le plastique. A ce titre, l’Art déco marqua d’ailleurs la naissance du design.
L’Art déco, art de la modernité, colle avec son époque : là où l’Art nouveau vantait une femme arrondie, bucolique et poète, l’Art déco révèle une toute nouvelle femme, longiligne, mince, élancée, habillées à la mode, voire androgyne, en totale rupture avec la représentation artistique classique de la femme. C’est l’art de la femme moderne, précurseur de la femme actuelle. Parmi les artistes les plus célèbres de l’Art déco, citons Jacques-Emile Ruhlmann, Jules Leleu ou René Lalique.
Bref, si vous ne deviez retenir qu’un adjectif caractérisant l’art déco, retenez celui que j’ai dû répéter 10 fois : « moderne ».

Vous l’aurez compris, s’ils se sont succédé, ces deux mouvements sont radicalement différents. Etonnamment, un siècle plus tard, on retrouve aujourd’hui encore des centaines d’exemples de ces deux mouvements dans notre vie courante, il suffit d’y être attentif. Certaines oeuvres d’Art nouveau ou d’Art déco sont magnifiques et s’arrachent à prix d’or…

Un grand merci à Internet !

 

© Daniel Caillet 2016