Le numéro spécial du 10 juin 2015 est largement consacré aux « Chefs-d’oeuvre en péril » de Rouen.

En tant que rouennais amoureux de sa ville et délégué régional de l’association nationale « Urgences Patrimoine », j’ai eu l’honneur de donner mon avis sur certains sujets délicats (église Saint-Pierre du Châtel, église Saint-Nicaise, abbatiale Saint-Ouen, moulin de la Pannevert, chai à vin,…). J’ai essayé d’être objectif en souhaitant que ce dossier soit un déclencheur pour booster les actions en faveur du riche patrimoine de la ville.

© Daniel Caillet, 2015

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Rouen est dotée d’un patrimoine exceptionnel… qui coûte très cher.

Patrimoine à Rouen. Des « chefs-d’oeuvre en péril », selon l’Express

Dans son numéro du 10 juin 2015, le magazine l’Express consacre un dossier au patrimoine de Rouen (Seine-Maritime). Un patrimoine en péril, selon l’hebdomadaire. Détails.

Ville « d’art et d’histoire », selon l’expression consacrée, Rouen (Seine-Maritime) est dotée d’un patrimoine exceptionnel. Dans son numéro du 10 juin 2015, le magazine L‘Express lui consacre un dossier de 16 pages, intitulé… Rouen et ses environs, chefs-d’œuvre en péril. « Rouen forme avec Paris et Nancy le trio des villes de France qui comptent le plus de monuments historiques au kilomètres carré », souligne l’enquête en introduction.

Des trésors patrimoniaux en péril

Sauf que cet atout est autant une « richesse » qu’un « casse-tête ». Car bien évidemment, maintenir un tel patrimoine en bonne santé a un coût, exorbitant. « En 2008, un rapport des Monuments historiques évaluait à 100 millions d’euros les investissements à réaliser dans les seules propriétés municipales. Six ans plus tard, les financeurs publics n’étaient parvenus à réunir que 12,5 millions d’euros de ce budget… »
En conséquence, de nombreux édifices de Rouen sont en souffrance, voire en péril.L’Express a passé en revue les exemples les plus édifiants, guidé par des interlocuteurs locaux, comme Daniel Caillet, délégué régional de l’association Urgence patrimoine, Jean-Pierre Chaline, président de l’association des amis des monuments rouennais, Jacques Tanguy, guide-conférencier, Guy Pessiot, adjoint en charge du patrimoine à la Ville de Rouen etc.

Des églises à l’avenir incertain

Il en va ainsi de plusieurs églises, dont quatre sont affublées d’un qualificatif évocateur par le magazine : Saint-Pierre-du-Châtel (« la  ruinée »), Saint-Romain (« La menacée »), Saint-Nicaise (L’oubliée »), et Saint-Paul (« La mal-aimée »). Quatre édifices aux destins différents, mais qui partagent désormais la même incertitude quant à leur pérennité. Saint-Pierre-du-Châtel porte les stigmates de la guerre et pourrait être rasée ; Saint-Romain a dû composer avec une urbanisation grandissante, et l’arrivée du métro lui fait subir des vibrations inquiétantes ; Saint-Nicaise, de caractère hybride ancien/moderne, s’effrite, mais  pourrait être réaménagée en logements ; Saint-Paul est cernée par la circulation et est à vendre – tout comme Saint-Nicaise -, sauf que les acheteurs ne se bousculent pas…

Les fleurons : des puits sans fond

Quant aux grands fleurons de Rouen – Cathédrale Notre-Dame, abbatiale Saint-Ouen, église Saint-Maclou, palais de justice, aître Saint-Maclou – ce sont, nécessairement, des chantiers permanents. Ces cinq dernières années, l’État a ainsi déboursé 12 millions d’euros pour rénover la façade principale de la cathédrale, en attendant une nouvelle tranche de 20 millions d’euros sur 7 ans ; l’abbatiale, qui a connu des problèmes de chutes de pierres et d’infiltrations d’eau, fait l’objet d’une inspection permanente. Saint-Maclou a perdu son visage noir à la faveur d’un « relooking » remarquable, mais en a encore pour 20 ans de restauration ; au palais de justice, ancien parlement de Normandie, les passants auront remarqué que l’on ne peut en longer les façades (risque de chute de pierres)… même si l’édifice a bénéficié d’un ravalement à 18 millions d’euros, il y a six ans. De son côté, l’Aître Saint-Maclou, actuellement dans une situation paradoxale, à la fois délabré et dans le top des monuments les plus visités, est à un tournant de son histoire. Après avoir vu partir l’école des Beaux-arts – condition pour que sa restauration soit enclenchée -, elle est à l’aube d’une importante réhabilitation, et d’un changement de vocation – encore non déterminée. Et la ville de Rouen « n’a pas le monopole des trésors en souffrance », pointe l’Express. Dans les environs, d’autres sites inquiètent. Au chapitre édifices religieux, par exemple, les vitraux de l’église d’Houpeville ont dû faire l’objet d’une véritable opération de sauvetage, encore non achevée.

Un patrimoine industriel à réhabiliter

Outre les bijoux du patrimoine, Rouen et son agglomération possèdent des bâtiments industriels dignes d’intérêt, mais qui commencent à dépérir. C’est le cas du chai à vin, situé sur les quais à l’ouest de Rouen. Jusque dans les années 1970, cette bâtisse en briques rouges était le théâtre d’activités spiritueuses. Peu de choses demeurent de ce passé industriel, hormis les cuves.

Les 16 kilomètres de tuyauteries en cuivre ont été dérobés, précise L’Express, qui rapporte les propos d’Alain Alexandre, historien et président de l’Association du musée de l’Homme et de l’Industrie.

À l’abandon, le bâtiment cherche une nouvelle destination. Si certains rêvent de le transformer en un grand showroom dédié à la parfumerie, d’autres imaginent pouvoir le transformer en immense préau. Le chai, si sa destruction n’est pas programmée, est loin d’être réhabilité : il en coûterait 5 et 10 millions d’euros, selon Régis Soenen, directeur de l’aménagement territorial et de l’environnement du grand port maritime de Rouen (GPMR).
Dans l’agglomération rouennaise, à Barentin (Seine-Maritime), l’usine Badin, fermée en 2008, est elle aussi en piteux état. Fleuron de l’industrie textile normande, l’usine est désormais détériorée : huisseries et toitures ont disparu. La commune devrait faire l’acquisition de cette friche pour un montant de 2 millions d’euros :

Cinq bâtiments seront sauvés, notamment la grande cheminée et la tour à l’horloge, détaille Michel Bentot, maire PRG de Barentin.

Une inscription aux Monuments historiques a été sollicitée. Les bâtiments qui ne pourront être sauvés seront rasés, précise L’Express.

L’héritage patrimonial : un cadeau empoisonné ?

À Moulineaux, près de Rouen, le célèbre château de Robert le Diable, racheté en 2007 par la Communauté d’agglomération de Rouen, est en plein chantier. Le château a failli périr dans les flammes. 1,3 million d’euros ont été investis pour nettoyer le terrain et réparer des maçonneries. Le château demeure interdit au public : seule la promenade autour du site est possible. Pour cause de baisse des dotations, la réouverture complète du site pourrait prendre du retard.
La préservation a donc un coût et nombreux sont les trésors menacés, comme le recense l’article de l’Express. Ainsi, le Muséum d’histoire naturelle tente-t-il de sauver 14 poupées japonaises, une collection exceptionnelle. Grâce au mécénat, huit ont été sauvées de la poussière. Coût de restauration d’une poupée : entre 3 000 et 10 000 euros par poupée.
Entre subventions publiques et soutien privé, communes et institutions doivent sensibiliser le plus grand nombre et rechercher de nombreux soutiens financiers pour sauver de l’oubli des chefs-d’œuvre menacés par l’usure du temps. Les trésors patrimoniaux, un cadeau empoisonné ?

  • Infos pratiques :
    L’Express, numéro 3336, du 10 au 16 juin 2015
    Disponible dans les kiosques
    Prix : 4,90 euros