Article de Paris Normandie du 10/08/2013

Rouen : Soif de fontaines ?

Urbanisme. Pourquoi tous les points d’eau ne fonctionnent-ils pas en été ? Les fontainiers qui entretiennent ce patrimoine répondent et expliquent le fonctionnement d’un réseau complexe à gérer…

Avec pour surnom « Le Pot de chambre de la Normandie », Rouen mérite le titre de ville d’eau. Pour son hygrométrie généreuse certes, mais aussi pour son parc historique de 25 fontaines et 11 bassins.
« En 2009, la mairie a repris à l’agglo la charge et l’entretien des fontaines de ces réseaux d’eau », explique Guillaume Beux, responsable d’une équipe de quatre fontainiers et deux maçons. « J’ai été embauché à ce moment-là. Tout était vieux et mal entretenu. »
Un drôle d’héritage à l’image de la fontaine de l’hôtel de Ville qui sera finalement supprimée pour cause de travaux estimés à plusieurs centaines de milliers d’euros ! Autre caillou dans la chaussure de la Ville, la facture d’eau désormais à sa charge contrairement à l’agglo qui produisait le précieux liquide.

Une pompe sur trois pour propulser l’eau                                                                                                                      

« C’était à la fin d’une échéance, la Crea nous l’a proposé et nous avons souhaité récupérer les fontaines. Ça semblait logique », se souvient Guillaume Grima, ex-adjoint à l’environnement (Vert) alors en charge du dossier. « Il n’y a pas eu de passage de relais, de transmission de documents, on s’est retrouvé tout seul. »
Les mauvaises langues voient là un épisode des relations parfois tendues entre différents élus des collectivités socialistes…
Résultat des courses : pendant les grandes chaleurs estivales, une quinzaine de fontaines chante, quand une douzaine est réduite au silence. Dont quelques-unes emblématiques comme la monumentale Sainte-Marie, en haut de la rue Louis-Ricard, ou la très visitée cascade de l’église Jeanne d’Arc, place du Vieux-Marché.
Les caisses de la Ville étant à marée basse, il a fallu prioriser les chantiers. « Cette semaine, nous avons remis en route celles du Champ de Mars, de la place Joffre, rive gauche, et du 19 avril 1944 après réparation de la sculpture vandalisée », confirme Christophe, fontainier en second. « D’autres doivent suivre. »
Encore faut-il trouver le financement, se procurer la bonne pièce, savoir où acheter une nouvelle pompe ou bien tenter de réparer l’antique. Exemple, le jet de la station de métro Joffre-Mutualité est (mollement) propulsé par un seul moteur sur les trois à l’origine. Quant à l’alimentation électrique, elle n’est plus aux normes… Le pompon est décroché par celle du Gros-Horloge, la toute première bâtie en 1456. Les bistrotiers n’appréciant pas cette concurrence déloyale car gratuite dans cette rue touristique, le débit en a été simplement coupé.
Une dernière recommandation, valable pour les grands comme pour les petits, il est rigoureusement interdit de se baigner. Les fontainiers ne transigent ni avec la sécurité, ni avec l’hygiène !

La filtration par le papyrus                                                                                                                          

La première année suivant la reprise des fontaines, bassins et points d’eau par la Ville, les (mauvaises) habitudes se poursuivent avec l’achat d’« une quantité industrielle de produits chimiques coûtant les yeux de la tête », rappelle un employé de la maire.
Adjoint écologiste à cette époque, Guillaume Grima ajoute : « Il a même fallu se battre avec des services pour arrêter de balancer du chlore. De gaspiller des mètres cubes d’eau. »
Le changement débute sur le cours d’eau qui coule rue Eau-de-Robec. Deux pompes alimentent le petit et le grand Ruissel, long de 200 mètres. Deux techniques aux choix : filtration aquatique par les plantes ou filtration à sable. Deux procédés différents, mais un même objectif, retenir les impuretés, les bactéries. « On a essayé différents produits. Et, l’an dernier, on a intégré des plantes à l’intérieur du cours d’eau. Ce test a plutôt bien marché. On poursuit », confirme Christophe le fontainier, en pointant ces fameuses plantes de filtration formant des îlots grillagés.
Le bouquet est constitué de plusieurs des espèces de carex, iris, papyrus, pour certaines produites au Jardin des Plantes de Rouen.
Toutes les fontaines et bassins font l’objet d’une visite des fontainiers au moins chaque jour.

Bas et haut débit                                                                                                                                           

 La fontaine de l’hôtel de Ville disparaît en 2010 pour cause de travaux ruineux, son fonctionnement faisant sauter les plombs de la mairie. Construite en 1875, Sainte-Marie ne coule plus. Pour la réparer, trouver 1 M €. Mutisme aussi pour celle des Jacobins à l’angle du rectorat. Pareil pour les angelots incontinents de l’église Saint-Maclou, pour celle de l’îlot B, pour l’Hôtel des sociétés savantes, la rue Sainte-Croix-des-Pelletiers, Saint-Vivien, Saint-Clément, celle de la rue aux Ours, de Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle… La Crosse et Verdrel coulent mais derrière la mairie, le centaure crachote. Comme la Croix-de-Pierre ou les Augustins. Celle de Louis Bouilhet, devant la bibliothèque, doit se réanimer. Autre remise en état très attendue, celle de la gare offrant une piteuse première impression aux visiteurs.

Gâchis                                                                                                                                                             

Les 25 fontaines de Rouen se classent en deux catégories. Les 14 fontaines à eau recyclée et les 11 fontaines à eau perdue. Les premières comportent des équipements de pompage et de traitement.
Les suivantes sont équipées de dispositifs d’écoulement et d’automacité interrompant les fonctionnements nocturnes. Exemple : depuis la reprise par la Ville du Ruissel, fini les 30 m³ d’eau renouvelés et donc balancés au quotidien. Aujourd’hui, 60 m³ le sont, mais seulement trois fois par an.