L’histoire de la Jouvence de l’Abbé Soury est née dans la petite chapelle de Saint-Adrien (Image à la Une) surplombant la Seine et édifiée en 1557, prieuré des chanoines Augustins, dont l’abbé Gilbert Soury, né à Celloville en 1732, un grand connaisseur des herbes curatives.

Devenu prêtre à la Révolution, il est arrêté le 16 octobre 1793 et mis en prison à Evreux où il soigne le député conventionnel Robert Lindet d’un mal que l’on croyait incurable. Il est mis en résidence surveillée à Rouen et il inquiète les autorités en servant des offices. Expulsé, il doit alors se retirer dans sa maison natale de Celloville et meurt en 1810.

Mais la recette de la « tisane des deux Abbés » qu’il avait créée n’est pas perdue pour autant grâce à ses neveux et petits-neveux. L’un d’eux, Méri Magloire Dumontier (1865-1904), pharmacien à Rouen au N°1 de la rue Alsace-Lorraine, vend l’élixir dans son échoppe avant le stade industriel à la fin du XIXe siècle. Il bâtit une usine à l’est de Rouen et assure sa publicité. Malgré tout, il meurt ruiné et la Jouvence est rachetée par un notaire de campagne qui assurait une maigre redevance versée à la veuve. Le notaire ayant consenti au mariage de son fils avec cette dernière, le couple dépose de nombreux brevets accompagnés d’une active campagne de publicité dans le Journal de Rouen et la presse féminine. De nos jours, la Jouvence est toujours vendue en pharmacie pour soigner les troubles de la circulation, mais ses qualités n’ayant jamais été démontrées et le service rendu étant insuffisant, elle n’est pas prise en charge par la Sécurité Sociale.

De l’usine construite par le génial inventeur, il ne reste que quelques vestiges au milieu d’une zone industrielle, vraisemblablement l’entrepôt de matières premières.

 

 

© Daniel Caillet 2016