Que reste-t-il des ouvrages édifiés par Henri II Plantagenêt, alors Roi d’Angleterre et Duc de Normandie ? D’abord et surtout, le seul témoignage normand d’art roman, quasi millénaire puisque construit en 1160 au Petit Quevilly. La chapelle de l’ancien manoir royal ou Prieuré de Saint Julien, mérite en effet un détour hors des limites de la capitale régionale. Maladrerie pour les jeunes filles nobles atteintes de la lèpre depuis 1183, elle sera épargnée par les conflits. Seule la période révolutionnaire aurait pu lui être néfaste lorsqu’elle fut utilisée comme écurie et grenier à foin. Un plancher la coupait alors en deux. Les affectations ultérieures de la chapelle et de ses dépendances en tant que colonie agricole pour des jeunes détenus en 1842, puis en hospice communal en 1868 lui permettront d’avoir une histoire sociale utile, mais l’on ne sera définitivement rassuré sur son sort qu’après son classement comme Monument Historique en 1869. Dès lors, elle sera restaurée et elle est visitable depuis 1981. A noter que la façade intégralement en pierre, était terminée autrefois par un étage en colombages jusqu’à sa modification en 1895. On peut y admirer dans le chœur des peintures remarquables restaurées et reposées en 1984. L’une d’elles évoque la « Fuite en Egypte ».

 

Regrets éternels

Il est fort dommage que les Chartreux de la Chapelle de la Rose aient détruit l’ancien cloître pour y construire leur couvent après leur déménagement de Darnétal. Plus tard, c’est la totalité du domaine, à l’exception de la chapelle, qui sera divisé en lots et démoli. Avec un peu d’imagination, on peut encore s’imprégner de l’atmosphère de recueillement de ces lieux devenus secrets et quasi ignorés de nos jours.

Quelques vestiges subsistent, un mur d’enceinte, une porte de pierre du grand cloître et quelques cellules transformées en maisons d’habitation. Avec un étage desservi par un escalier de bois, celles-ci étaient dotées d’un jardinet et d’une petite cour intérieure où l’eau de pluie était recueillie dans une citerne. Un petit patrimoine écologique en quelque sorte.

 

© Daniel Caillet, 2015