Histoire. La vie du chantre de Saint-Ouen, à Rouen

Jean Lafontaine, ancien contrôleur général des spectacles de la Ville de Rouen, mort en 1942, était une figure de la vie municipale, musicale et religieuse de la ville. Portrait.

Contrôleur général des spectacles de la Ville de Rouen (Seine-Maritime), Jean Lafontaine ne versait pas dans la fable mais dans le chant sacré et le lyrique. L’employé-modèle aurait pu faire carrière avec sa belle voix de basse. Il meurt à 32 ans de tuberculose, en 1942. Les voûtes de l’abbatiale Saint-Ouen se souviennent sans doute encore de son service dominical. Comme les vieux Rouennais.

Effervescence musicale à Rouen

Jean, Henri, Lafontaine naît à Paris en septembre 1910. Nicolas, son père est marinier. La famille s’installe en 1915 à Rouen où le travail ne manque pas et où la vie, dit-on, est plus facile que dans la capitale. En fait, pas vraiment. Nicolas est assassiné sur un quai de la ville et détroussé de sa paie. Jean a 18 ans. Quelques mois plus tard, titulaire d’un brevet supérieur, il est recruté à la mairie de Rouen comme commis à la comptabilité du service des eaux, à 6 000 francs par mois.

Jean aime son travail où il fait l’admiration de ses supérieurs. Il aime surtout la lecture et le chant lyrique et sacré. A 12 ans, son père l’inscrit au Cercle Boïeldieu. Il y apprend le solfège et travaille sa voix avec M. Gouellan. Il deviendra plus tard basse chantante, sous-catégorie de basse au timbre plus clair et à la voix plus souple. Le Cercle orphéonique François-Adrien Boïeldieu a été créé en 1885. C’est une société chorale d’hommes et de jeunes gens. La discipline y est sévère. Uniforme et insigne obligatoires pour les sorties et les concerts. Même exigence à la Musique municipale et à l’Harmonie de Rouen Saint-Sever. Depuis la fin du XIXe siècle, il y a, à Rouen, un foisonnement de sociétés et d’écoles de musique.

La 3e scène lyrique de France

Parallèlement au chant, Jean Lafontaine apprend la trompette puis le piano et le violon. Le gentil musicien-chanteur se plaît au Cercle, place de la Haute-Vieille-Tour. Deux fois par semaine, il quitte son domicile de la rue Charles Lenepveu et retrouve ses camarades du Cercle. Tous ont en tête d’être recrutés un jour au Théâtre des Arts, qui constitue la 3escène lyrique de France, ou de faire la carrière de Marcelly, baryton de Petit-Couronne, qui eut un grand succès à Paris entre 1900 et 1932. Il avait à son répertoire les dernières compositions de Vincent Scotto et enregistrait chez Pathé.

Chez lui à l’abbatiale Saint-Ouen

Jean a déjà son public à l’abbatiale Saint-Ouen où le dimanche et les jours de fête, il interprète avec son ami René Goudier, les chants liturgiques et les cantiques. Son concert de chants de Noël attire les foules. À la mairie, on ne manque pas de le solliciter lors de réceptions. En 1933, il devient commis de 5e classe et rencontre sa future femme dans les services municipaux. Son nom : Renée Petit. Devenu veuf trop tôt, il épouse en secondes noces, en octobre 1941, Bernadette His, fille d’un propriétaire terrien généreux de Fréville dans le  Pays de Caux. Ils auront une fille unique. L’hiver 42, il prête son manteau à son frère et prend froid. Sa santé se détériore. Le couple tiendra 16 mois seulement. Jean tombe malade et meurt à 32 ans d’une tuberculose le 24 février 1943. Avant de mourir, il dit aux religieuses infirmières qui viennent lui faire des piqûres de morphine :

Les gens ne sont pas si fous. La guerre va s’arrêter. Je souffre beaucoup. J’aurais mérité de guérir pour continuer à chanter et à m’occuper de ma fille Claudine.

On l’enterre au cimetière du Mont-Gargan.

Les anciens Rouennais ont sans doute rencontré cette belle figure de la vie municipale, musicale et religieuse de Rouen, à Saint-Ouen mais aussi au Théâtre des Arts de la rue Grand-Pont. En blouse grise, il en était le contrôleur chef de 1937 à 1939 puis régisseur municipal/contrôleur général des spectacles en 1942. Il était chargé de payer les artistes après leur prestation sur scène.

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© Daniel Caillet, 2016