« Les Folies Bergère de Rouen » ouvrage de Sébastien Lefèbvre

Présentation du lieu

Les rouennais qui n’ont pas connu cette époque, « l’entre-deux guerres », ne peuvent imaginer ce qu’était l’ambiance, le « climat » des Folies Bergère de Rouen, dans l’île Lacroix, où le tout Rouen se retrouvait pour applaudir les « p’tites femmes de Paris » et les couplets gaillards des revues locales. On jouait aux Folies les opérettes les plus en vogue dans la capitale, mais c’est la revue locale que tout le monde attendait. Il y avait la revue d’été, la revue d’hiver. Elles fêtaient leur centième représentation, leur deux centième parfois. De nouvelles scènes remplaçaient les anciennes. Les compères et commères se succédaient…

C’est peu après la guerre de 1870, qu’un premier théâtre fut construit sur l’emplacement d’un atelier de menuiserie où l’on fabriquait des garde-manger. Les ouvriers du quartier s’y réunissaient pour danser et jouer la comédie. Le spectacle était gratuit. On donnait ce que l’on voulait.

Le théâtre comprenait deux balcons, des fauteuils d’orchestre et deux promenoirs où se réunissaient les habitués. La salle était équipée de 1400 places. Pas de télévision à l’époque: la salle était le plus souvent pleine, les rouennais retournaient plusieurs fois par semaine au théâtre pour écouter ces revues locales où les notables étaient blagués, où l’on caricaturait les séances du conseil municipal, où tout était prétexte à une aimable satire…

 

 

A l’entracte, une seconde salle; qualifiée de « jardin d’hiver », accueillait les spectateurs « assoiffés ». On y dégustait des demis pour six sous et des coupes de champagne pour dix sous…

A partir de 1880, on baptisa l’établissement en Théâtre des Folies Bergère en référence à la prestigieuse enseigne parisienne du même nom. C’est en 1903 que le propriétaire eut l’idée d’installer une gigantesque enseigne lumineuse sur le toit de l’établissement pour attirer le public.

Pendant la guerre 1914-1918, Rouen étant devenue le point de rassemblement de toutes les troupes alliées. On adapta ainsi le répertoire des Folies Bergère en y insérant des chansons anglaises pour contenter les soldats anglais de passage.

L’explosion du pont de pierre en juin 1940, causa de gros dommages théâtre: bâtiments fissurés, plafonds en ruine. Les bombardements de 1944 aggravèrent les dégâts. Il fût rénové après la guerre et revécut quelques années sous le nom de Théâtre de la Lyre (à partir de 1952). Le théâtre eut l’occasion d’accueillir les plus grands artistes du tour de l’époque: Patachou, Juliette Gréco, Yves Montand, Charles Trenet, Luis Mariano

Puis ce fut la reconstruction de l’île Lacroix en 1957-1958. La ville de Rouen décida de réaménager l’île en remplaçant les vieilles bâtisses d’avant-guerre par des complexes immobiliers plus fonctionnels et plus rentables. Cette reconstruction balaya tout. Ne restent des Folies Bergère que quelques médaillons sur les immeubles. Et le souvenir d’une époque complètement révolue. La lyre, ultime symbole du théâtre fut démontée en août 1965. L’ événement attira une foule de rouennais qui assistèrent à ce dernier spectacle.

 

Les artistes

Parmi l’ensemble des troupes qui se sont produites sur la scène des Folies Bergère de Rouen, on trouve une multitude d’artistes locaux et également de véritables stars des music-halls parisiens.

Parmi ces célébrités, on peut citer: Charlus, véritable star du chant, et fin imitateur du chanteur Paulus; Mlle Diaz gommeuse de l’Eldorado; Félix Mayol qui débuta aux Folies Bergère (à 20 frs par semaine)

La chronique signale également que Ouvrard; Polin; Mistinguett; Sinoël; Dranem, Tramel; Yvette Guilbert; Paul Delmet; Aristide Bruant et bien d’autres vinrent au Théâtre des Folies Bergère de Rouen pour tester de futurs succès. Les années 1900, étaient elles aussi riches en célébrités: Sarah Duhamel; La belle Otéro; Madeleine Guitty sans parler de débutants nommés Gabin (père); Berthe Sylva; Georgel; Claudius; Anna Judic; Kam-Hill…

Les meilleurs artistes et les plus célèbres défilèrent sur la scène de l’île Lacroix, citons: Dufleuve; Polaire; Sulbac; Paulette Darty; Anna Thibault; Xavier Privas; Fursy; Marinier; Jacques Ferny. En 1896, on eut également l’honneur d’accueillir les poètes improvisateurs Charles Schmitt et Gaston Dumestre, chansonniers du Chat Noir de Montmartre…

 

 

Répertoire

Dès l’origine, on trouvait aux Folies Bergère une multitude de numéros d’attraction qui venaient du cirque et de la grande tradition française des phénomènes de foires.

Parmi les attractions présentées aux Folies bergère, on peut citer : les clowns, excentriques musicaux, les gymnastes, les funambules, les cascadeurs, les jongleurs, les antipodistes, les contorsionnistes; les illusionnistes, prestidigitateurs, la pantomime; la danse (sous ses divers aspects: classiques, excentriques, exotiques); certaines présentation d’animaux chiens, oiseaux, coqs, singes. Enfin les « phénomènes », qu’ils soient d’ordre mental (Diamanti, le « premier calculateur du monde » invité à la rentrée 1898); le numéro de l’homme qui sait par cœur l’annuaire du téléphone; les hypnotiseurs et les voyants; ou d’ordre physique: des artistes sans bras ou sans jambes, des nains, des géants, des frères siamois et autres curiosités….

 

 

Parallèlement aux attractions, la revue est devenue au fil des années, le spectacle central du répertoire. A cette époque, le public rouennais appréciait tout particulièrement les « couplets gaillards des revues locales ». « Il y avait également la revue d’été et la revue d’hiver. Leur succès auprès du public était tel qu’il n’était pas rare de fêter la « centième représentation » même la « deux centièmes » souvent. De nouvelles scènes remplaçaient les anciennes. Les compères et les commères se succédaient  pour le plus grand bonheur du public.

Avec le temps, la revue est devenue la forme la plus originale et la plus répandue des spectacles de music-hall alors considérée comme une succession de tableaux déterminée essentiellement par la recherche d’effets scéniques et l’utilisation des artistes et des ensembles au point culminant de leurs possibilités…

A côté de la revue, on jouait également aux Folies Bergère des opérettes. Dès 1890, on trouve dans les programmes des Folies Bergère les plus belles opérettes empruntées au répertoire de Jacques Offenbach, telle que La nuit Blanche; M. Choufleuri restera chez lui, Le mariage aux lanternes, La chanson de Fortunio…

Entre 1918 et 1930, le Théâtre des Folies Bergère est devenu un lieu de spectacle réputé, où l’on donne les meilleures opérettes américaines en vogue dans la capitale: Phi-Phi, No no Nanette, Rose Marie, L’auberge du cheval blanc….