Exposition. Un tableau inspiré des « Énervés de Jumièges », restauré et présenté à Rouen

Le musée des Beaux-arts de Rouen (Seine-Maritime) va exposer une toile du peintre Gabriel Martin, inspirée de la légende des « Énervés de Jumièges », et tout juste restaurée.

Publié le 9 Sep 18 à 18:07

Un tableau du peintre rouennais Gabriel Martin, inspiré de la légende des Énervés de Jumièges, a été restauré et va être exposé au musée des Beaux-arts de Rouen (Seine-Maritime). (©DR)

Gabriel Martin (1842-1922), peintre rouennais avait sans doute lu l’essai d’un compatriote normand, Eustache-Hyacinthe Langlois, sur la légende des « Énervés de Jumièges » publié en 1838. Tirée des Récits des temps mérovingiens, cette histoire peu banale inspira donc Gabriel Martin. Il en fit un tableau géant, large de 3m30 pour une hauteur d’1m40.

Il vient d’être restauré et sera présenté au musée des Beaux-arts de Rouen (Seine-Maritime), du 13 septembre 2018 au 6 janvier 2019 (entrée libre).

Talent précoce

Brillant élève de Gustave Morin de la rue Jouvenet (1809-1886), lui-même peintre reconnu pour ses scènes de genre et d’histoire, conservateur du musée et directeur de l’Académie de dessin et de peinture de la ville de Rouen, Gabriel fait des débuts remarqués à l’âge de 14 ans.

En 1864, il obtient de sa ville natale une pension annuelle de 1200 francs pendant cinq ans pour continuer ses études artistiques chez Cabanel à Paris. Il expose pour la première fois à Paris en 1868 puis à Rouen en 1869. Son tableau Les Énervés de Jumièges ne passe pas inaperçu. Treize ans plus tard, le Nantais Evariste-Vital Luminais peindra une autre version de ce sujet dramatico-romantique, œuvre que l’on peut voir depuis des décennies sur un mur du musée des beaux-arts de Rouen.

La légende des Énervés de Jumièges. Clovis II, fils de Dagobert, part en pèlerinage en Terre Sainte. Son épouse, la Reine Bathilde, est chargée de gérer le royaume mais leurs deux fils lèvent une armée pour prendre le pouvoir en l’absence de leur royal père. Clovis II est prévenu. Il rentre et décide de faire exécuter ses fils, châtiment ultime pour trahison de grande ampleur. Bathilde implore la clémence du roi. On fait donc sectionner les jarrets des deux rebelles : on les énerve (l’énervation est un supplice ancien qui consistait à couper ou brûler les tendons des jarrets et des genoux). Ils crient de douleur. Pour ne pas les entendre, le couple royal les fait placer sur un radeau qui descendra la Seine. L’esquif finit par toucher Jumièges où les moines recueillent les deux jeunes gens et les soignent.

Cadeau à Rouen

Jules, Léon, Gabriel, Alexandre Martin dit Gabriel Martin peint dans son atelier construit par son père, un huissier de profession originaire du Pays de Bray qui demeure rampe Sainte-Marie. Morin et Cabanel, ses professeurs, insistent pour qu’il l’expose à Paris, sur les Champs et à Rouen.

En 1872, Gabriel reçoit une médaille de la ville du Havre, une autre de la ville de Rouen et surtout le Prix Bouctot de l’Académie des Sciences, Belles lettres et Arts de Rouen. Longtemps après, en 1911, il écrit au maire de Rouen : « À la fin de ma carrière, je serais heureux d’offrir à ma ville natale mon tableau des Énervés. J’espère que la ville voudra bien accepter cette offre d’un de ses concitoyens. »

Renaissance d’un œuvre

En fait, ce n’est qu’en 2009 que le musée des Beaux-arts le récupère à l’Hôtel des Sociétés savantes de la rue Beauvoisine où il était stocké sans ménagement dans un local d’entretien. C’est grâce à la persévérance de la famille Martin et à la compréhension bienveillante du musée que le tableau sera extrait des réserves et restauré.

Il sera exposé du 13 septembre au 6 janvier 2019, entouré de dessins, remarquables études préparatoires et de huit toiles prêtées par les descendants du peintre. Commissaire d’exposition : Diederik Bakhuys pour « L’Art du dessin ». Le peintre rouennais méritait bien cet hommage. Il n’exposa plus après 1893 et préféra se consacrer à sa nouvelle passion : la photographie, jusqu’à sa mort et son inhumation au cimetière monumental de Rouen.

 

76 actu

© Daniel Caillet, 2018